CHAPITRE VIII
La politique de la Grande-Bretagne. — La balance des pouvoirs. La supré- ; matie de la mer. — Bismarck et la Grande-Bretagne. — Le conflit , franco-égyptien. — La politique coloniale de la France. — Les protectionnistes français. — <( La possession du Trident. » — <( Notre avenir est sur l'eau. » — Politique navale et mondiale. — Résistance du Reichstag.
— La ligue navale. — Anglophobie. — Treitschke. — Kiao-Chéou. — La Turquie. — Les Musulmans. — La Polynésie. — L'Afrique. — Le télégramme de Krûger. — Aveux de M. de Bulow. — Amérique centrale et Amérique du Sud. — Les Pays-Bas et la Belgique. — Le blocus de la Russie. — Conceptions mégalomanes. — Picrochole. — « La Grande-Bretagne ne bougera pas. » — Les illusions sur les germanophiles anglais.
— Discours de Lloyd George au Guildhall, i"' juillet 191 1. — Fureur contre les Anglais.
Dans son discours du 2 décembre 1914, le chancelier, M. Bethman HoUweg, rappelait que la politique britannique
I avait deux objets : la balance des pouvoirs sur le continent;
jla suprématie de la mer.
I Au dix-septième et au dix-huitième siècle, le commandement de la mer signifiait le monopole de la navigation. Mais l'abrogation de l'acte de navigation, en 1849, * prouvé que la Grande-Bretagne n'avait plus la prétention de le détenir. Elle se contente, en vertu de la libre concurrence,
iide posséder de 5o à 60 p. 100 du pouvoir transporteur du monde.
Depuis l'Armada au moins, les Anglais ont craint, si sur
le continent un État devenait maître des autres, d'être soumis à sa suprématie. A la fin du dix-septième siècle, ils lirent la guerre à Louis XIV parce que Louis XIV voulait rétablir les Stuart qu'ils avaient expulsés et dominer l'Europe. Au commencement du dix-huitième siècle, ils lui firent encore la guerre quand il voulut assurer le trône d'Espagne à son petit-fils Philippe V, tout en lui conservant des droits à la succession du trône de France.
Ils firent la guerre à Napoléon parce que Napoléon voulait être le maître de l'Europe et anéantir leur puissance.
Les Prussiens ont été les bénéficiaires de cette politique pendant la guerre de Sept Ans. Il est vrai que Napoléon leur ayant donné le Hanovre, ils provoquèrent une déclaration de guerre de l'Angleterre contre eux (mars 1806). L'Angleterre soutint la Prusse en i8i3 et en i8i4. Seulement, au Congrès de Vienne, la Prusse montra une telle avidité qu'elle se brouilla avec Alexandre, l'empereur de Russie, et lord Castlereaghjle représentant de la Grande-Bretagne. Elle fut obligée de renoncer à la Saxe qu'elle entendait s'annexer et elle provoqua contre elle l'alliance de la France, de l'Autriche et de l'Angleterre*.
En 1864, la Grande-Bretagne eut la faiblesse de laisser prendre les duchés du Danemark par la Prusse et l'Autriche. Elle laissa Bismarck constituer la confédération du Nord et mettre la main sur l'Allemagne du Sud en 1866. Elle laissa l'Empire allemand se constituer en 187 1.
Bismarck tenait à rassurer la Grande-Bretagne sur la politique de l'Empire allemand. 11 le représentait comme devant être bien sage, satisfait de son sort, tout occupé à s'organiser pacifiquement et, par conséquent, ne pouvant porter ombrage ni sur le continent ni sur mer à la Grande-Bretagne. Il s'attachait en même temps à pousser la France dans la politique coloniale et à entretenir avec la Grande-Bretagne, en