‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 20 sur 168 · I. La Politique allemande · texte numérisé non relu

I. La Politique allemande

La surveillance exercée j)ar l'Empire et la législation de l'Empire s'applique aux objets suivants... « et aussi à la colonisation ainsi qu'à l'émigration vers des terres non-allemandes ».

Le Reischstag n'avait pas de passion pour une grande marine. Le 28 mars 1897, il avait adopté en troisième lecture le budget qui faisait une réduction considérable dans les demandes du gouvernement pour de nouveaux navires. Le 28 juin, le prince de Bulow^ fut nommé chancelier de l'Empire. Le 27 novembre, l'amiral Tirpitz, devenu ministre de la Marine, demandait la construction de sept vaisseaux de guerre, de deux grands et sept petits croiseurs, à terminer dans un délai expirant en 1904. Il parlait ainsi au nom du Bundesrat : (( Sans préjuger les droits du Reischstag et sans demander la création de nouveaux impôts, les gouvernements alliés ont, à l'égard de la marine, l'objet suivant : créer dans un temps donné, une flotte nationale assez forte pour protéger d'une manière effective, les intérêts maritimes de l'Empire. »

Le prince de Bulow dit, avec une certaine naïveté : a Nous pensions que cette augmentation de notre pouvoir éveillerait quelque malaise et quelque susceptibilité dans la Grande-Bretagne. «

En fondant, à la fin de mai 1898, la Deutsche flottein verein, la ligue navale, l'amiral Tirpitz n'avait certainement pas pour but de les apaiser. Ses moyens de propagande étaient empruntés à l'Armée du salut. On voyait des officiers de la marine allemande prendre part à des processions charivaresques, avec accompagnement de cornets à piston, de trombones et de grosses caisses, ayant pour but de provoquer l'enthousiasme des terriens pour cette phrase du Kaiser : « Notre avenir est sur la mer. )>

L'exposé des motifs du programme naval de 1900 disait que « l'Allemagne devait posséder une flotte telle qu'elle ferait courir à la plus grande puissance navale du monde le

risque, même en cas de victoire de sa part, de n'avoir plus pendant longtemps la sécurité de la mer. )>

Des livres classiques pour les écoles montrent la Grande- Bretagne affamée et n'ayant même plus d'acier pour reconstituer sa flotte I

Les professeurs et les publicistes allemands affirmaient hautement leur hostilité contre la Grande-Bretagne. Le célèbre Treitschke disait :

Nous avons réglé nos comptes avec l'Autriche-Hongrie, avec la France, avec la Russie. Le dernier règlement de compte, celui avec l'Angleterre sera probablement le plus long et le plus difficile.

Mais il le considérait comme une nécessité. En janvier 1900, le professeur Hans Delbriick, écrivait dans The North american review :

Comme le grand pouvoir naval de la Grande-Bretagne ne peut être détruit par un seul état, le meilleur remède serait une alliance contre elle de tous ses rivaux, la Russie, la France, l'Allemagne.

Douze ans plus tard, Eisenhart écrit dans son livre, V Allemagne dans le vingtième siècle :

Nous considérons une grande guerre avec l'Angleterre comme inévitable.

Professeurs de l'Université, maîtres d'école, publicistes, enseignaient que les Anglais sont trop égoïstes, trop poltrons, sauf en matière de sport, pour défendre leur pays; et l'armée britannique leur donnait une trop belle occasion pour ne pas rappeler les mercenaires de Garthage en y ajoutant le refrain de Caton : Delenda Cartliago. Il faut détruire Garthage.

Ils s'attachaient à montrer la facilité de cette besogne. Ils disaient : « L'empire anglais n'est pas une réalité, c'est une

f)0 LES CAUSES POLITIQUES DE LA GUERRE

ombre <. » La population des colonies n'est pas suflisante pour donner à la Grande-Bretagne un appui suffisant. Le lien entre les colonies et la Grande-Bretagne est si lâche, qu'ils n'ont pas d'intérêt commun. La Grande-Bretagne ne peut leur garantir sa protection. Pourquoi donc se compromettraient-elles en combattant avec elle ? Le général Bernhardi conclut à la séparation du Canada et probablement à la perte des Indes.

Les Allemands ajoutent que le gouvernement britannique n'a pas l'unité de l'autocratie allemande. Il appartient à des ministres qui ont souvent des vues opposées et qui subissent le contrôle du Parlement. La diplomatie de Downing Street ne saurait donc égaler celle de la Wilhelmstrasse.

Cependant la Grande-Bretagne est partout; et l'Allemagne n'a de valable que son territoire de 54oooo kilomètres en Europe. Donc la Grande-Bretagne est l'ennemie qu'il faut et qu'on peut facilement détruire.

Ces belles théories se traduisaient dans les faits.

Les politiques allemands considérèrent que tout émigrant allemand qui allait dans un pays étranger était une perte pour l'Allemagne. Cependant on ne pouvait lui interdire d'aller aux Etats-Unis et le forcer d'aller dans l'Afrique allemande orientale. Il fallait chercher ailleurs.

Ils envisagèrent le partage de la Chine et pour commencer, ils prirent possession, dans l'automne de 1897, des territoires qui entourent la rade de Kiao-Chéou et imposèrent à la Chine le traité de Shantung. Mais ils ne pouvaient espérer de faire de la Chine déjà trop peuplée une colonie de peuplement.

En 1889, le Kaiser obtient de la Turquie la concession des chemins de fer d'Anatolie.

En 1898, peu de temps après le vote de la première loi sur la flotte, l'empereur allemand débarque en Palestine,

I. P^ Cramb. Germany and England. D^ Charles Sarolea, The anglo-germain problem.

La diplomatie allemande et la GRANDE-BRETAGNE ()1

réclame la protection des lieux saints que lui refuse le pape, va à Constantinople présenter ses amitiés à Abdul-Hamid, et s'écrie à Damas :

Les trois cents millions de musulmans qui vivent éparpillés sur le globe, peuvent être assurés que l'empereur allemand sera leur ami de tous les moments.

Cet appel direct aux musulmans de l'Inde, de l'Egypte, de la Tunisie et de l'Algérie était un acte qui ne devait pas laisser indifférente la Grande-Bretagne.

Pour l'appuyer par un fait, il lance le chemin de fer de Bagdad.

Le Kaiser essaye de mettre la main sur toutes les terres étrangères, petites ou grandes. A la fin de la guerre entre les Etats-Unis et l'Espagne, il acquit, en 1899, la Caroline et les îles Mariannes, et il fut très fier « d'avoir un point d'appui en Polynésie ». Pourquoi faire, sinon pour inquiéter l'Australie?

En Afrique, les Allemands voulaient rejoindre leurs colonies de l'Afrique du sud-ouest et de l'Afrique orientale en mettant la main sur la Rhodésia. Ils espérèrent que les Boers se chargeraient de préparer le résultat. Des négociations eurent lieu. Les Allemands leur fournirent des armes. De là en 1896 le télégramme à Krùger qui était gros de promesses et qui poussa les Boers à faire la déclaration de guerre du 10 octobre 1899.

Les Allemands éprouvèrent une grande déception en voyantla Grande-Bretagne capable de transporter une armée de l'Europe au Cap et du Cap au Transvaal, et de supporter sans grand effort les frais de la guerre.

Les journaux allemands dépassèrent ceux de tous les autres pays en violence et en grossièretés qui atteignirent même la reine Victoria. Le refus par le Kaiser de recevoir Krùger ne compensa pas l'effet produit sur l'opinion de la Grande-Bretagne. Elle ne se trompait pas; car M. de Bulow

reconnaît que l'Empire allemand ne resta neutre que parce que sa marine n'était pas asse*^ forte et que parce qu'il ne pouvait pas compter sur la France dans une agression contre elle.

Le gouvernement britannique savait à quoi s'en tenir sur la part de responsabilité qui liii incombait dans la guerre du Transvaal.

Sa déception fut encore aggravée par la formation de la South African Union, comprenant les divers peuples de l'Afrique du Sud, et dont les Boers ont pris la direction. Von der Goltz conclut : « Nous devons nous opposer à la suprématie anglaise. »

Vers 1880 les Allemands voulurent aussi coloniser l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud. Ils jetèrent d'abord leur dévolu sur le Venezuela, lui consentirent des emprunts, achetèrent quelques mines, engagèrent des entreprises ; puis ils installèrent un navire de guerre dans son port et demandèrent de prendre part au gouvernement du pays*.

Ces prétentions éveillèrent aussitôt les susceptibilités des Etats-Unis qui, au nom de la doctrine de Monroe, les informèrent qu'ils ne souffriraient pas leur intervention dans le gouvernement du Venezuela. Les Allemands apprirent en même temps qu'ils n'obtiendraient l'accès d'aucune colonie dans le golfe du Mexique, tant que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis seraient les maîtres de l'Océan.

Maintenant, grâce à leur émigration au Brésil, ils songent à constituer un état allemand dans l'Etat de Sâo-Paulo.

Rotterdam et Anvers sont les ports du Rhin. Les Pays- Bas sont la véritable base d'opérations pour un envahissement de la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas et la Belgique ne sont indépendants que parce que la Grande-Bretagne et la France ont empêché l'Allemagne de les prendre. On les prendra : et avec la Belgique le Congo belge ; avec les Pays-

I. Pangermanism, by Roland G. Usher, professer of history, Washington umversity, Saint-Louis, p. 119. j &

Bas, les Indes néerlandaises. Le Danemark est la clef de la Baltique, qui d')it devenir un lac allemand. On le prendra : la Russie bloquée par le Bosphore au sud, et par le ^und et le grand Belt au nord, n'aura plus en Europe, -iir la mer libre, d'autre port qu'Arkhangel.

L'Empire allemand a poussé l'Autriche-Hongrie à l'est et au sud-est; mais l'englobant dans son aire, c'est lui qui (Mitendait diriger sa politique à son profit. Imprégné de sou-

îiirs classiques, les hommes d'Etat allemands et autri- < iiiens ont rêvé de saisir les grandes routes par lesquelles \r< Romains, les barbares, les croisés, sont passés des \ allées du Danube à Gonstantinople et les Ottomans de Lonstantinople dans les vallées du Danube.

L'imagination joue dans ces conceptions un rôle beaucoup plus important que la perception exacte d'avantages réels, ^alonique, comme port de commerce, est insignifiant pour ! Vutriche et l'Allemagne*. Il ne peut valoir que comme port guerre. Alors vient le rêve de la grande ligne de Bagdad, . la mainmise sur la Turquie et sur la Perse, en attendant 1 (ade. L'Italie, tenant le nord de l'Afrique par Tripoli et la Cyrénaïque, l'Allemagne prend l'Egypte, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc.

L'Allemagne victorieuse fera une grande confédération dont Tempereur sera le chef absolu, comme il est le chef de l'Empire allemand, qui comprendra l'Autriche-Hongrie, les Etats Balkaniques, la Turquie, avec l'Egypte, la Perse et l'Inde.

Les pangermanistes disent naïvement :

(( Les Anglais sont parvenus à gouverner l'Inde; est-ce que les Allemands ne pourraient pas en faire autant.^ » et ils ne sont même pas parvenus à gouverner le duché de Posen ' t l'Alsace-Lorrainel

Dès le seizième siècle, la politique allemande a eu un his-

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