V. Journal des Économistes, novembre
torien illustre qui s'appelle Rabelais, quand il a célébré les hauts faits de Picrochole.
Les Allemands déclaraient que la Grande-Bretagne avait acquis la plupart de ses possessions par la force. Donc, ils avaient le droit d'employer la force pour les en expulser : mais ils ne pensaient pas un seul moment à rendre l'Australie aux indigènes australiens, la Nouvelle-Zélande aux Maoris, le Canada aux Iroquois et l'Inde à ses rajahs ou au grand Mogol. Ils voulaient .simplement se mettre à sa place.
Ces plans à la Picrochole ne sont pas seulement ceux des publicistes dépourvus d'autorité. Ils forment un ensemble, soutenu officiellement, et ils sont appuyés par des commencements ou des tentatives d'exécution.
Les successeurs de Bismarck ont cru qu'ils pouvaient impunément tout se permettre à l'égard de la Grande-Bretagne. Dans son livre, M. de Bulow dit naïvement :
L'Allemagne est devenue trop forte pour être attaquée sur mer : donc la Grande-Bretagne ne bougera pas.
En écrivant cette phrase, M. de Bulow oubliait que sa politique avait amené un résultat : l'accord franco-anglais de 1904.
M. Harden, le journaliste qui prétend représenter la tradition de Bismarck, reprochait au gouvernement allemand « de diminuer par ses menaces les causes de friction entre la Grande-Bretagne et la France dans le nord de l'Afrique ».
Le gouvernement allemand allait même plus loin : il établissait entre les deux pays une solidarité étroite.
L'ambassadeur d'Allemagne, le comte Wolff Metternich zur Gracht, avait dit au Kaiser : « Vous et le kronprinz vous avez séduit la Grande-Bretagne. Vous pouvez tout vous permettre. Elle ne bougera pas. Vous avez au ministère de la Guerre M. Haldane qui a dit : « L'Allemagne est mon domicile intellectuel. M. Lloyd George a été enthousiasmé de son voyage en Allemagne, il est plein d'admiration pour sa politique sociale. »
' Sur ces assurances, M. de Bcthmann-Hollweg et M. de Kiderlen Waechter, le ministre des Affaires étrangères, envoyèrent le Panther, à Agadir, le i^' juillet 1911. Le l>i juillet, M. Lloyd George au dîner annuel des banquiers :ît marchands, donné par le Lord maire, rappela que « la ; jlrande-Bretagne était prête à de grands sacrifices pour garantir la paix, mais que si une situation était créée telle ►jue la paix ne pourrait être préservée que par l'abandon de ;ja grande et bienfaisante position acquise dans le monde par (les siècles d'héroïsme et de persévérance, qu'en tolérant n'être traitée là où ses intérêts vitaux sont affectés comme iji elle ne comptait pas dans la société des nations, la paix i ce prix serait une humiliation intolérable. L'honneur hational et la sécurité du commerce britannique international ,ie sont pas des questions de parti. La paix du monde serait peaucoup mieux assurée si toutes les nations réalisaient des (îonditions nécessaires. »
*' Venant d'un ami, ces paroles avaient une signification oute particulière. Elles furent suivies d'une déclaration de Vï. Asquith à la Chambre des communes qui rencontra une jidhésion unanime, exprimée par M. Balfour au nom des [inionistes et par M. Ramsay-Macdonald au nom du labour oarty. L'effet fut tel qu'aussitôt les journaux allemands, jusqu'alors menaçants, dirent : « Très bien I nous avons ioute satisfaction 1 Nous sommes prêts à nous entendre. »
L'Allemagne redoublait ses armements : dans l'espoir l'endormir la Grande-Bretagne, elle la trompait sur l'avanîeraent des travaux de sa flotte. Ses spécialistes examinaient constamment la possibilité d'un débarquement dans la Grande-Bretagne et ils se réjouissaient de ce que désormais îlle ne pouvait plus se fier à la stratégie de Nelson, laissant lUx vents le soin de garder le Channel.
La diplomatie allemande, avec sa méthode, son habileté, ses procédés et ses moyens d'action, y compris l'espionnage, 38t arrivée au résultat de grouper la Grande-Bretagne, la Russie et la France pour une défense commune, tandis que
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Hans Delbriick, en 1900, rêvait de grouper rAllemagne, la Russie et la France contre la Grande-Bretagne.
Lorsqu'est arrivé le moment décisif, elle a inventé un casus belli stupide contre la Russie, après avoir refusé les propositions de médiation faites par sir Edward Grey. Elle s'est appliquée à ne laisser aucun doute sur sa volonté de faire la guerre, puis elle a violé la neutralité du Luxembourg et de la Belgique et donné à la Grande-Bretagne le beau rôle de défenderesse des traités conclus, des signatures des grands États, tandis qu'elle a assumé la responsabilité de ne les considérer que « comme des chiffons de papier ».
M. Bethmann-Hollweg et autres Allemands ont abandonné la thèse qu'ils défendaient l'Europe contre- la barbarie slave ; maintenant ils dirigent toute leur fureur contre les Anglais qu'ils déclarent leurs proches parents. Ils se donnent beaucoup de mal pour prouver que la violation de la neutralité de la Belgique n'est qu'un prétexte pour les Anglais; mais c'est eux-mêmes qui ont donné à Sir Edward Grey un motif tel qu'il a fait l'unanimité. La Grande-Bretagne aurait-elle pu conserver la neutralité? Je ne le crois pas : les menaces de l'Empire allemand contre elle étaient trop évidentes et trop persistantes pour qu'elle pût s'abstenir. Mais si la diplomatie de l'Empire allemand a été telle qu'elle rendait obligatoire l'intervention de la Grande-Bretagne, est-ce donc une preuve de sa supériorité, de sa prévoyance, de sa méthode.^ Une diplomatie qui arrive en cas de guerre, à former contre son pays l'alliance de la Grande-Bretagne, de la Russie et de la France, en a trahi la sécurité. Plus le chancelier essaye de prouver que l'intervention de la Grande- Bretagne était fatale, plus il aggraverait sa responsabilité et celle du prince de Bulow si elles ne s'effaçaient pas dans l'ombre de celle de Guillaume II,
Politique de Bismarck après Sadova. — Politique opposée en France. — La menace de 1875. — Son véritable caractère. — La politique coloniale et anglophobe française. — L'Alsace-Lorraine. — Le boulangisme. — liismarck et la guerre préventive. — - Résistance du Reichstag. — L'affaire Schnsebelé. — L'incident de Raon-l'Étape. — Essai d'isolement de l'Alsace. — L'empereur Guillaume II. — Ses amabilités et ses menaces. Le voyage de l'impératrice Frédéric. — La revanche sur l'Alsace. — Les prétentions de Guillaume II. — Le traité d'alliance franco-russe 1894.
Nous avons vu par quels procédés de rouerie et de brutalité, les hommes qui ont assumé la direction des affaires itolitiques de l'Empire allemand, depuis 1871, sont parvenus
approcher la Russie et la Grande-Bretagne et à les unir a la France en opposition à la Triple Alliance.
Au nombre de ces procédés peut être notée leur attitude envers la France. Dans ses Pensées et Souvenirs, Bismarck montre qu'il se rendait très bien compte de la coalition que l'Empire allemand devait redouter; et nous avons vu les tentatives auxquelles il s'était livré pour arriver à concilier des politiques contradictoires.
Mais à toutes ces tentatives, un facteur a toujours manqué : — c'est la garantie que l'Allemagne ne ferait pas la. guerre à la France.
Bismarck* raconte sa résistance au roi et au parti militaire, qui, au lendemain de Sadova voulaient des acquisi-