I. Pensées et Souvenirs, t. II, p
lions terriloriales et une entrée solennelle à Vienne. Il se préoccupait de « ne pas provoquer chez les adversaires de la Prusse une haine irréconciliable ». Il dit :
La politique commande, non pas de se demander après une victoire ce qu'on pourrait bien arracher à l'adversaire, mais de poursuivre uniquement les résultats imposés par les besoins politiques.
Après la campagne de France, il manqua à ce principe. Il acceptait l'annexion de l'Alsace. Il étaitapour la frontière de langue ». De Moltke exigeait Metz et Belfort. Thiers répondit : (( Si vous voulez les deux, nous ne pouvons aujourd'hui signer la paix. » Bismarck dit : « A ce moment J'eus une grande inquiétude de l'immixtion des puissances neutres. » De Moltke abandonna Belfort et garda Metz.
Presque aussitôt l'indemnité de guerre payée, la France évacuée, survint la menace de 1876. La France venait de constituer ses quatrièmes bataillons. De Moltke et le parti militaire voulurent faire une guerre préventive. Ils la considéraient à la fois comme utile et agréable, destinée à écraser un peu plus la France et à leur offrir une nouvelle brassée de lauriers facilement cueillie.
Bismarck a accusé Gortschakoff d'avoir inventé cette histoire pour provoquer l'intervention de l'empereur de Russie. Cette a histoire » provoqua aussi l'intervention de la reine Victoria. Dans sa lettre du i3 août 1876 à l'empereur d'Allemagne, Bismarck dit : « Je ne sais si Votre Majesté juge è propos de prendre la reine Victoria au pied de la lettrCj lorsque Sa Majesté assure que « ce serait chose facile d€ prouver que ses appréhensions n'étaient pas exagérées ». Bismarck se livre à des hypothèses sur ses sources d'information. Il les connaissait cependant, et elles étaient toul autres que celles qu'il se plaisait à supposer. Au mois d'avril, M. de Radovitz, fort bien en cour à Berlin, avail prévenu, dans un bal, l'ambassadeur de France, le comte de Gontaut-Biron, que l'augmentation de ses armements
î comportait un risque de guerre. Blowitz, recevant les confi- [ dences du duc Decazcs, alors ministre des Affaires étran- ' gères, envoya au Times une correspondance disant que l'Allemagne avait l'intention de saigner la France à blanc, ;de lui demander une indemnité de lo milliards payable en 'vingt ans et de placer une armée d'occupation dans les dé- : parlements de l'est jusqu'à la fin du payement de l'indemnité. Le rédacteur en chef du Times, le célèbre Delane, ne la ! publia qu'après s'être informé de sa véracité. Or, l'ambassatideur allemand, M. de Munster, à Londres et l'ambassadeur [britannique à Berlin, Lord Odo Russell, avaient annoncé cette nouvelle. Elle fut démentie par les journaux allemands; mais Radowitz qui en avait fait la confidence à Gontaut-Biron continua d'être un des favoris de Bismarck. Bismarck, ayant attribué un jour cette histoire à des spéculateurs de Bourse, Odo Russell lui répliqua : (( Démentez vos quatre ambassadeurs qui l'ont racontée. » Bismarck ne répondit pas. Il a dit dans ses Pensées et ses souvenirs * :
A ce moment, de même que plus tard, l'intention d'attaquer la France m'était si nettement étrangère que je me serais plutôt retiré que de prêter la main à une guerre commencée sous n'importe quel prétexte, dans le but unique d'empêcher la France de reprendre haleine et de recouvrer ses forces.
Mais dans sa lettre à l'Empereur du i3 août 1876, il fait cette observation :
Ce n'est pas un gage de paix que de laisser à la France la certitude qu'elle ne sera jamais attaquée, quelles que soient les circonstances et quoi qu'elle fasse.
Il est probable que de Moltke et le parti militaire, contre lesquels Bismarck récrimine souvent, eurent bien l'intention dont Radovitz fit part à M. de Gontaut-Biron. Par cette indis-