V. Victor liérartl. L'Affaire marocaine. (Paris
guerre du Japon était finie depuis août 1906; la Russie était donclibrc. La Grande-Bretagne et l'Espagne étaientd'accord . avec la France. L'empereur d'Allemagne offrait à la fois à l Italie et à l'Espagne la police de tous les ports ^ et faisait en même temps entendre des menaces, quand le 3 mars, M. Revoil ayant demandé la mise à l'ordre du jour de la police et M. Radowitz s'y étant opposé, dix voix se prononcèrent pour, trois voix contre. Ces trois voix étaient l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et le Maroc. L'Allemagne n'en télégraphiait pas moins à Saint-Pétersbourg et à Washington que toutes les puissances avaient abandonné la France. Dans la nuit du i3 au i4 mars, le gouvernement anglais répondait par un télégramme circulaire, affirmant qu'il soutenait la France sans restriction ni réserve. Le 19, le gouvernement russe envoyait une circulaire analogue.
Le 20 mars, M. de Tschirschky, secrétaire d'État, disait à M. Bihourd :
« Il n'y a plus de difficultés, puisque nous acceptons ce que vous désirez. »
Dans son livre la Politique allemande, M. de Bulow s'est montré satisfait du résultat qu'il consigne ainsi :
Nous réussîmes à préserver ]a souveraineté du sultan, garantissant le contrôle international de la police et de la banque nationale marocaine, en assurant la j orte ouverte aux intérêts économiques de rAllemagne comme à ceux de toutes les autres nations.
M. Delcassé avait quitté le quai d'Orsay; le voyage de Tanger avait eu lieu.: la conférence d'Algésiras avait terminé ses travaux. Cependant, dans son discours du i5 novembre 1906, M. de Bulow faisait entendre une plainte et une menace :
Une politique, qui aurait pour but d'enfermer l'Allemagne, de I. V. Tardieu. La Conférence d'Algésiras. (Paris, F. Alcan.)
LA DII^LOMATIE ALLEMANDE ET LA FRANCE (aLGÉSIRAS) 85
construire un cercle de puissances pour nous isoler et nous paralyser, serait une politique très dangereuse pour la paix de l'Europe.
La formation d'un tel anneau n'est pas possible sans qu'on exerce une certaine pression; une pression crée une contre-pression; pression et contre-pression peuvent faci'ement produire des explosions.
Mais quand rEmpiic allemand concluait la triple Alliance, quand, en i884, il ai rivait à conclure une autre tripler Alliance entre l'Autriche-Hongrie et la Russie, quand il nous lançait dans des conflits britanniques, ne nous encerclail-il pas? Il trouvait légitime tout ce qui pouvait augmenter sa force contre la France. Il considérait, comme une provocation de notre part, tout ce qui pouvait augmenter notre force de résistance contre ses exigences.
En rendant responsable de la politique de l'isolement de l'Allemagne M. Delcassé, il en faisait le plus grand éloge; car il prouvait la supériorité de la diplomatie française sur la diplomatie allemande.
L'Empire allemand se plaignait que M. Delcassé eût voulu l'isoler par l'accord franco anglais, l'accord franco-italien, l'accord franco-espagnol venant compléter l'alliance russe. Ce pouvoir formidable qui entendait avoir l'hégémonie de l'Europe, se donnait l'attitude d'un pauvre petit enfant abandonné qui pleurait et criait : — Je ne veux pas rester seul ! j'ai peur, na 1
Pour compléter le tableau, il menaçait de jeter son armée sur les puissances qui avaient soudé le cercle.
A la fin de 1906, la Gazette de Francfort résumait ainsi le rôle de la diplomatie allemande :
La diplomatie allemande s'est rendue désagréable à tout le monde. Dépêche au président Kruger; propagande contre la race jaune ou contre l'Amérique, menies panslamiques en Afrique, des fautes et rien que des fautes... quel a été le succès de tout cela? Nous avons laissé les Hoers en p'an. Les Japonais ont battu les Russes. Le sultan du Man»r doit subir In p(>li(M' franco-espagnole...
Voilà la diplomatie allemande, cette diplomatie qui n'est pas gênée par le régime parlementaire, qui obéit à Tinspiçation directe du Kaiser ou du chancelier, jugée par un Allemand. Cependant des publicistes et des hommes politiques français ont continué de célébrer avec enthousiasme le régime autocratique de l'Empire allemand, la continuité des vues, la netteté et la précision de la méthode, et dans leur admiration, même en face d'un succès décisif, comme celui d'Algésiras, ils prétendaient que nous étions battus.