‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 26 sur 168 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L alfaire des déserteurs. — L'interview du Kaiser par le Daily Telegraph. — Attitude comminatoire. — Accord du 9 février 1909. — L'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. — (( L'Allemagne et son armure étincelante. » — Le coup d'Agadir. — Déclarations de M. Kiderlen Waechter à M. Class, président de la ligue pangermanique. — Le but de l'Allemagne. — Imprécision. — Le Maroc et le Congo. — Marchandages. — H Notre place au soleil. » — Son mépris pour l'acte d'Algésiras. — L'arrangement du 4 novembre 1911. — « L'éthique diplomatique. » — Les cinq menaces contre la France. — Aveu de M. de Bulow. — Causes de rancune et de haine. — Les routes de l'Alsace et de la Lorraine.

La conférence d'Algésiras n'améliora pas beaucoup l'état intérieur du Maroc. En mars 1907, le docteur Mauchamp fut assassiné à Marakeck; en juillet, des ouvriers européens, occupés au port de Gasabianca, furent massacrés ; Moulai" Hafid, frère du sultan Abd el Aziz, lui faisait la guerre, soutenu par l'Allemagne, qui avait abandonné son ancien protégé.

Six déserteurs de la légion étrangère, dont trois Allemands, les autres Suisses et Autrichiens, avaient reçu des sauf-conduits du consulat allemand. Le 26 septembre 1908, les Français empêchèrent leur embarquement, et il y eut une courte lutte, dans laquelle fut compris le chancelier du consulat allemand. M. de Schœn, alors secrétaire d'État, proposa l'arbitrage. La France accepta. Aussitôt M. de Schœn exigea que tout d'abord la France exprimât ses regrets de

l'atleinte portée par ses agents aux prérogatives consulaires allemandes, l'Allemagne exprimant les siens pour la remise de sauf-conduits à des Suisses et à des Autrichiens qui n'y avaient manifestement pas droit.

Le 28 octobre, le Daily Telegraph publia la célèbre interview du Kaiser, protestant de ses bons sentiments pour la Grande-Bretagne, mais déclarant qu'ils n'étaient pas partagés par le peuple allemand. Cette publication provoqua une violente émotion en Allemagne, englobant à la fois l'empereur et le chancelier.

M. de Bulow voulut-il opérer une diversion à propos de l'affaire des déserteurs .^^ Le fait est que son attitude envers la France devint comminatoire. Le prince Badolin le dit à M. Clemenceau, qu'il menaça de son départ.

Le conflit prit un tel caractère de gravité que les corps d'armée de l'Est étaient consignés et qu'en principe on avait décidé le rappel de la classe libérée en septembre. L'empereur d'Allemagne consentit à renoncera déchaîner la guerre pour une affaire aussi misérable, dans laquelle il avait complètement tort ; et le 10 novembre 1908, il accepta l'arbitrage dépourvu de préambule. Le i5 novembre, le prince de Bulow, au Reichstag, se montrait très aimable pour la France. Ses paroles étaient suivies de l'accord du 9 février 1909, par lequel l'Allemagne, reconnaissant les intérêts politiques spéciaux de la France au Maroc, s'engageait à ne pas les gêner. La France y garantissait l'égalité économique à l'Allemagne, égalité reconnue à l'Angleterre, à l'Espagne et à l'Italie. Au mois de mai 1909, se constituait une société marocaine de travaux publics comprenant toutes les maisons importantes, ayant depuis six ans, sollicité des travaux publics au Maroc.

En mars 1910, un emprunt marocain, destiné à désintéresser les créanciers européens du Maghzen, dont les titres avaient été revisés en 1909, par une commission internationale siégeant à Casabianca, fut décidé à la suite de négociations courtoises entre l'Allemagne et la France. A ce

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rioment, tout paraissait pour le mieux dans les relations ranco-allemandes '.

M. de Bulow présente dans son livre, la Politique allenande, l'annexion de la Bosnie et l'Herzégovine comme une e\ anche de l'affaire du Maroc, et l'ambassadeur d'Allemagne aint-Pétersbourg prévint M. Isvolky, le ministre des ViUiires étrangères, que TAllemagne, « avec son armure f incelante », se plaçait auprès de l'Autriche.

La véritable revanche tentée par TEmpire allemand, ce fui

le coup d'Agadir ».

Le i" juillet 191 1, l'ambassadeur allemand M. de Schœn, , int remettre à M. de Selves, installé au quai d'Orsay depuis rois jours, la note suivante :

Des maisons allemandes qui opèrent dans le »ud du Maroc et pariculièrement à Agadir et ses environs, sont inquiètes de la fermenta- ,ion de certaines tribus. Ces maisons ont demandé au gouvernement mpérial de protéger les personnes et les propriétés de leurs représen- ^nls. A la suite de cette demande le gouvernement a décidé d'envoyer m bateau de guerre dans le port d'Agadir pour qu'on y pût au besoin iccorder aide et protection aux sujets et protégés allemands et aux mporlants intérêts allemands de cette région. Dès que la tranquillité "nrdre seront rétablis au Maroc, le navire chargé de cette mission ctrice quittera le port d'Agadir.

La note parue dans la Gazette de VAllemagne du Nord ivait un caractère plus comminatoire. La protection des jujets allemands n'était qu'un prétexte. Le Panther était oyé à Agadir, non pour intimider les tribus marocaines, iiuis pour intimider la France et lui enlever les bénélices ie l'acte d'Algésiras.

Le moment avait été bien choisi : un samedi, donc, en rertu de l'habitude des vacances hebdomadaires, Sir Edward

V. A. Tardieu. La France et les Alliances (191 o). (Paris, F. Alcan.)

Grey ne serait pas à Dowiiing street ; c'était la veille du départ du président de la République, accompagné du ministre des Affaires étrangères, pour les Pays-Bas. Enfin, l'empereur puillaume II, annonçait son départ pour sa croisière annuelle sur les côtes de Norvège, afin de se créer l'alibi qu'il a créé de nouveau à la fin de juillet igid.

Avec la mauvaise foi maladroite qui est un de ses caractères, le gouvernement allemand a voulu nier ses intentions en faisant ce coup de théâtre; mais la Fornightly review^ a publié les témoignages donnés devant un tribunal, par le directeur du Rheinisch Westfàlische Zeitung dans un procès intenté par lui contre le Grenzboten. Il n'a été im^ primé que par le premier journal et par le Tdglische Rundschau, mais n'a pas reçu de démenti des personnages mentionnés.

M. Class, président de la Ligue pangermanique, affirme sous serment que le ministre des Affaires étrangères, M. Kiderlen Waechter, lui écrivit de venir le voir à l'hôtel Pfœtzer à Mannhein. Il lui dit : « Vous pouvez affirmer que la demande de possession du Maroc es! absolument justifiée et que le gouvernement la fera. M. Gambon se tortille devant moi comme un ver. Le gouvernement allemand esl dans une splendide position. Je suis un aussi bon pangermanîste que vous. »

Le i^*" juillet 191 1, M. Class appelé à la Wilhelmstrasse ne trouva pas M. Kiderlen Wsechter, mais le sous-secrétaire d'État, M. Zimmermann, qui lui dit : « Vous venez à un moment historique. Aujourd'hui le Panther paraît devant Agadir et à cette heure (midi), les cabinets étrangers sont informés de sa mission. Le gouvernement allemand a envoyé deux agents provocateurs^ à Agadir et ils ont très bien rempli leur mission. Les maisons allemandes ont été amenées à faire des plaintes et à en appeler à la protection de Berlin. C'est l'intention du gouvernement de saisir cette province et de ne pas la

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