I. Mémorandum du gouvernement français le 4 août
iO LES CAUSES POLITIQUES DE LA GUERRE
Berchtold, se garda d'employer le mot de médiation. Le ministre autrichien répondit que, le jour même, la guerre serait déclarée à la Serbie. Sir M. de Bunsen ayant fait quelques observations, le comte Berchtold répliqua qu'il considérait que la Russie n'aurait pas le droit d'intervenir, du moment que l' Autriche-Hongrie l'assurerait qu'elle n'avait pas pour but un agrandissement de territoire. Ainsi, à son , point de vue, réduire tout un état indépendant à la vassalité était moins grave que d'en prendre un morceau. Il paraît qu'au Ballplatzon considère que le tout est plus petit que la partie.
Tous les ambassadeurs, sauf l'ambassadeur d'Allemagne, firent des démarches en vue de la paix.
Le comte Berchtold, si arrogant, était-il prêt à affronter la guerre avec la Russie ou espérait-il que l'Autriche-Hongrie pouvait renouveler son défi, sans courir plus de danger qu'en 1908?
Le lendemain 29 juillet, l'ambassadeur d'Autriche à Berlin dit à Sir E. Goschen « qu'une guerre générale était peu probable, la Russie n'ayant pas envie et n'étant pas en position de faire la guerre ». Le 28 juillet, le comte Berchtold' avait refusé à l'ambassadeur de Russie, M. Schebeko, de don»er l'autorisation au comte Szapary, ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Saint-Pétersbourg, de traiter la question avec M. Sazonof, le ministre des Affaires étrangères de Russie ; mais le 3o, bien que la Russie eût ordonné une mobilisa tion partielle contre l'Autriche, il donna, dans les termes les plus amicaux, son consentement à cette proposition. Un arrangement paraissait probable. Le i'"' août. Sir M. de Bunsen était informé que le comte Szapary avait annoncé à M. Sazonof que l'Autriche avait accepté de soumettre à la médiation des puissances, les points de sa note à la Serbie qui paraissaient incompatibles avec le maintien de l'indépendance de ce pays. M. Sazonof avait demandé que l'Autriche n'envahît pas la Serbie. Le i"' août, le comte Mensdorff, ambassadeur de l'Autriche-Hongrie à Londres, assurait le
l'ultimatum a la SERBIE ET LES DECLARATIONS DE GUERRE 11
Foreign Office que l'Autriche n'avait jamais « fermé la porte à un compromis ni rompu les conversations ». L'ambassadeur d'Autriche faisait une déclaration analogue à Paris. M. Schebeko tenait, de son côté, le langage le plus conciliant à Vienne et il avait informé Sir M. de Bunsen que le comte Berchtold lui avait répondu dans le même esprit. On considérait que l'Autriche ne cherchait qu'un moyen pour couvrir sa retraite.
Mais ce n'était pas le Ballplatz qui dirigeait les événe^ ments, c'était la Wilhelmstrassel
Le 29 juillet au soir, Sir Goschen, l'ambassadeur britannique à Berlin, avait été invité à aller chez le chancelier qui revenait de Potsdam. Cet entretien avait pour objet la neutralité de la Grande-Bretagne. En échange, il promettait que l'Allemagne ne ferait pas des acquisitions territoriales sur le Continent aux dépens de la France. Sir E. Goschen lui ayant posé la question relativement aux colonies, il lui répondit que, sur ce point, il ne pouvait prendre un tel engagement.
Pour la Hollande, il prenait volontiers l'engagement d'en respecter la neutralité, mais l'Allemagne pourrait être forcée d'entrer en Belgique. Si la Belgique laissait faire, l'empire allemand, à la fin de la guerre, voudrait bien en respecter l'intégrité.
Tandis qu'on négociait encore à Vienne, Berlin avait proclamé la veille, 3i juillet, l'état de guerre et avait envoyé à son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le comte de Po.urtalès, l'ordre de porter au ministre des Affaires étrangères, un ultimatum dans lequel il déclarait que si, le lendemain samedi à midi, la Russie n'avait pas commencé sa démobilisation non seulement à l'égard de l'Allemagne, mais aussi à l'égard de l'Autriche, le gouvernement allemand serait forcé de doimcr l'ordre de mobilisation K
Le même jour, cette démarche inamicale à l'égard de la iWissic se doublait d'actes nettement hostiles à l'égard de la
Mémorandum du gouvernement français.
France : rupture des communications par routes, voies ferrées, téléphones, saisie des locomotives françaises à leur arrivée à la frontière, placement de mitrailleuses au milieu de la voie ferrée qui avait été coupée, concentration de troupes à cette frontière ^
Le l'^août, l'Allemagne déclarait la guerre à la Russie. J Le 2 août, l'Allemagne violait la neutralité du Luxembourg,^ adressait un ultimatum à la Belgique et franchissait en trois points la frontière française. Le 3 août, elle déclarait la guerre à la France, dans les termes suivants : 2ê
Paris, 3 août.
Monsieur le Président,
Les autorités administratives-et militaires allemandes ont constaté un certain nombre d'actes d'hostilités caractérisés, commis sur territoire allemand par des aviateurs militaires français.
Plusieurs de ces derniers ont manifestement violé la neutralité de la Belgique, survolant le territoire de ce pays. L'un a essayé de détruire des constructions près de Wesel, d'autres ont été aperçus sur la région de l'Eiffel, un autre a jeté des bombes sur le chemin de fer près de Carlsruhe et de Nuremberg.
Je suis chargé, et j'ai l'honneur de faire connaître à Votre Excellence qu'en présence de ces agressions, l'Empire allemand se considère en état de guerre avec la France, du fait de cette dernière puissance.
J'ai en même temps l'honneur de porter à la connaissance de Votre Excellence que les autorités allemandes retiendront les navires marchands français, dans des ports allemands, mais qu'elles les relâcheront, si dans les quarante-huit heures la réciprocité complète est assurée.
Ma mission diplomatique ayant ainsi pris lin, il ne me reste plus qu'à prier Votre Excellence de vouloir bien me munir de mes passe-