Elle les offrit généreusement à la Russie. M. de Witte
'ondit en faisant publier une note dans le Messager fman-
r russe, conseillant aux sujets russes de réserver leurs
pitaux pour des entreprises nationales d'un intérêt plus
liiimédiat.
L'Allemagne, loin de trouver de la résistance de la part
gouvernement français, obtint son concours. <( M. Delcassé,
lit M. Victor Bérard *, avait profité de son voyage à Péters-
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bourg avec le président Loubet (mai 1902) pour plaider la cause de Bagdad; durant toute l'année 1902 et le début de 1903, il revint à la charge ; il finit par convaincre le comte Lamsdorf que les Allemands étant décidés, coûte que coûte, à faire leur chemin de fer, il était plus conforme aux intérêts de la Russie d'être avec eux que contre eux, tout au moins de laisser la France entrer dans une combinaison qui ne pourrait plus alors devenir une arme contre la Russie. »
Après l'entretien entre l'empereur Guillaume et le tsar Nicolas à Revel (en août 1902), la Russie consentit.
L'empereur Guillaume, dans son voyage en Angleterre en 1902, essaya d'intéresser l'Angleterre à cette entreprise. En 1903, le projet se présentait sous la forme suivante : 3o p. 100 aux Allemands, 3o p. 100 aux Français, 3op. 100 aux Anglais et 10 p. 100 de disponibilités. En échange, les Anglais devaient donner leur assentiment à une majoration des douanes ottomanes; le passage de la malle des Indes par le chemin de Bagdad; et l'établissement d'une stationterminus sur le golfe Persique. M. Balfour déclara qu'il valait mieux que cette route ne restât pas sous la seule direction d'une association franco-allemande. Lord Lansdowne avaitaffirmé des sentiments amicaux pour cette affaire.
Mais M. Balfour fut bientôt obligé de reconnaître que la direction de cette affaire resterait exclusivement allemande : et le 23 avril 1903, la Grande-Bretagne refusa définitivement de participer à cette affaire.
On en revenait aux /io p. 100 à fournir par la France et par l'Allemagne; les 20 p. 100 restant seraient placés en Suisse et en Belgique.
Plus l'Allemagne était embarrassée et plus elle montrait d'exigences. Il avait d'abord été convenu que si le directeur était Allemand, le président serait Français. Berlin entendit que les deux seraient Allemands. La réponse fut simple. La cote fut refusée aux actions du chemin de fer de Bagdad (octobre 1903). Le voyage à Tanger, en 1906, fut une revanche.
LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD 22l
Les Allemands construisirent les 200 kilomètres de Konia à Boulgourdou, en pays de plaine; mais il s'agissait des grandes dépenses nécessitées par les travaux d'art, tunnels et ponts, pour la traversée du Taurus. Les Allemands obtinrent une nouvelle garantie kilométrique de 4 p. 100 pour tin emprunt spécial de 98 millions de francs. La Deutsche j Bank revint en France, offrant comme appât cette garantie de 4 P- 100, en croyant naïvement qu'elle susciterait de puissants concours.
La Russie, en échange de sa condescendance pour le chemin de fer de Bagdad, obtint la reconnaissance de sa situation privilégiée en Arménie et au nord de la Perse.
Elle s'est arrangée en même temps avec la Grande-Bretagne pour déterminer sa zone d'influence en Perse, et la convention du 3i août 1907 a réglé leurs rapports réciproques avec l'Afghanistan que rejoint actuellement un chemin de fer débouchant du Transcaspien à Merw.
Un nouvel arrangement turco-allemand de 1908, a garanti à la société concessionnaire, les excédents de recettes douanières.
A la lîn de l'année igiS, une négociation menée par MM. Porsot et Sergent, pour la France, et MM. de Gwinner et Hellferich, pour l'Allemagne, avec l'appui de M. Gambon et de M. Zimmermann, a abouti à l'accord du i5 février 191/i, en vertu duquel la France renonçait à sa part du Bagdad, et l'Allemagne lui reconnaissait le droit exclusif d'entreprendre des travaux publics, chemins de fer et aménagements de ports, dans la Syrie, dans le nord et dans le nordest de l'Anatolie.
Les Allemands, les bons amis de la Turquie, procédaient ainsi à son démembrement avec un sans-gêne complet. Mais les trois réseaux français, en y comprenant celui de Smyrne- Aliounkara-hissar et Soma-Panderma étaient isolés et ne pouvaient donner à la France une influence comparable à celle que l'Allemagne avait acquise avec la grande ligne de Bagdad.
Mais Bagdad est située à 800 kilomètres du golfe Persique. L'Allemagne s'était heurtée à la situation acquise par la| Grande-Bretagne. Son ambitieux projet ne lui ouvrait pas la^ route des Indes. Le i5 juin 1914, six semaines avant lai; guerre, l'Angleterre avait consenti à un accord pour un par-î tage d'influence au delà de Bagdad. Naturellement, le jour où la Turquie a déclaré la guerre aux alliés, l'Angleterre a installé ses troupes anglo-indiennes à Bassorah.
Gomme contre-projet franco-anglais du chemin de fer allemand de Bagdad, se trouvait la ligne de Homs-Badgad aboutissant au port de Tripoli de Syrie. Elle était plus courte que le chemin de fer allemand de Bagdad, elle n'exigeait pas de grands travaux d'art comme ceux du Taurus. Elle rejoignait l'Euphrate à Deir. Elle desservait la Mésopotamie. Elle était la voie la plus directe par la Méditerranée pour le service de la malle. L'idée de cette ligne datait de plus de quatre-vingts ans.
Sans doute les Allemands pouvaient alléguer la concurrence. Mais si les deux lignes aboutissaient à Bagdad, elles étaient sur presque tout leur parcours, suffisamment éloignées l'une de l'autre pour qu'on pût réfuter cet argument d'opposition. Sir William Willcock, chargé par le ministre des Travaux publics de Gonstantinople, d'étudier les meilleurs moyens d'améliorer la Mésopotamie, avait établi, dans un rapport de 1909, que ce chemin de fer devait être h grand facteur du commerce local. Il n'évaluait les frais d'établissement qu'à 69000 francs par kilomètre, mais poui un chemin de fer à voie étroite. Un autre projet de ligne £ voie large, passant par Palmyre, Deir et Anah, fut proposé en 1910, par M. Bernard Marirnone soutenu par un puissan' groupe de financiers anglais et français. Il y eut à ce momen des intrigues d'ambassade qui ont été racontées dans ur article intitulé : A Bungle in « Entente » *diplomacy, pai M. Francis Aldridge^ On ne comprend pas les motifs qu