‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 82 sur 168 · I. Essays in finance, llic cost 0/ thc franco qcnnnn \\<n · texte numérisé non relu

I. Essays in finance, llic cost 0/ thc franco qcnnnn \\<n

Francs.

En principal 5 ooo ooo ooo

En intérêts 3o2 1 28 000

En frais d'escompte et frais de conversions de valeurs étrangères à la charge du gouvernement français i3 635 000

Total 5 3i5 758ooo

Les compensations admises par l'Allemagne s'élevèrent à 325 millions représentant la valeur delà portion du chemin de fer de l'Est cédée à l'Allemagne par suite de l'annexion.

En réalité l'exportation du numéraire français ne fut que de 512294933 francs. Le reste 4353 365 5x9 francs fut payé en numéraire et billets de banque allemands et en lettres de change. Les lettres de change entrèrent dans cette somme pour 4 248 326 374 francs se subdivisant ainsi :

Francs.

Valeurs allemandes libératoires 2 799 5i4 i84

Valeurs autres qu'allemandes y compris les marcs Banco, monnaie de compte de la banque de Hambourg i 448 812 190

Telles sont les constatations faites par M. Léon Say dam son rapport de 1874.

Pendant le payement de l'indemnité de guerre, le change fut en faveur de l'Allemagne; mais dès qu'il fut réglé l'or quitta l'Allemagne : de juillet 1874 au commencement de 1875, il y eut une exportation d'or de 5oo millions de M. La Banque de Prusse dut élever son taux d'escompte à 6 p. 100 et commença à donner, au lieu d'or, des thalers d'argent qui avaient conservé « provisoirement » leur pouvoir libératoire.

L'adoption de l'étalon d'or est du 9 juillet i9i3.'Une large portion de l'indemnité avait été payée en argent. Sur ses ventes d'argent, montant à 800 millions de francs, le gouver-

LES BÉNÉFICES DE LA GUERRE. l'iNDEMNITÉ DE GUERRE DE 1871 237

nement allemand perdit i5p.ioo, soit 120 millions de francs.

Sur Ies5 3i5 millions de francs, l'Empire garda 2 o5o millions et répartit le reste entre les divers États. La confédération du Nord reçut environ 2 800 millions et les autres États reçurentle reste. On n'a pas de détails sur leur emploi, mais on considère qu'ils furent surtout consacrés à réparer les dommages résultant de la guerre ou à des dépenses militaires.

L'Empire ne répartit que 56 millions entre les dépenses civiles : 25 000 000 francs pour l'érection du palais du Reichstag, le reste pour les chemins de fer d'Alsace-Lorraine et la ligne du Luxembourg, i milliard fut remis à la disposition sans contrôle du chancelier. Provisoirement, des fonds, avant qu'ils fussent utilisés, entre autres pour la construction et la réparation des forteresses, furent prêtés à intérêt à des banques et au fonds dépensions pour les soldats retraités.

La Confédération du Nord acquitta 325 millions d'emprunts contractés pour la guerre. Une somme de i2omillions de M. constitua un trésor de guerre déposé dans la forteresse de Spandau. L'Angleterre a reçu, au mois de mars igiô, des livres sterling toutes neuves dont le millésime annonçait qu'ils avaient dû en faire partie.

L'État s'en servit pour payer ce qu'il devait pour son matériel -de guerre; il s'en servit pour le renouveler et l'augmenter; il s'en servit pour faire des constructions de forteresses. L'indemnité donna donc une certaine activité à certaines industries, mais pour des travaux qui, loin d'être reproductifs, entraînaient de nouvelles dépenses.

Le professeur Ad. Wagner, examinant l'usage qui aurait pu être fait de l'indemnité de guerre, a regretté qu'elle n'eût pas servi à entreprendre de grands travaux productifs.

Dans « le Mai noir «de 1873, une crise éclata en Autriche, frappa l'Allemagne et s'étendit sur le monde entier. Elle provenait de l'absorption énorme de capitaux faite par la guerre, par les travaux de construction de chemins de fer aux États-Unis, qui avaient doublé leur réseau en sept ans ;

en Russie, dontle réseau, depuis 1868, représentait igoooki lomètres; en Autriche qui, depuis i865, avait augmenté 1( sien de 65oo kilomètres; parles emprunts faits parle Brésil la Plata, le Chili, le Pérou, sans compter ceux du Honduras du Paraguay, de Saint-Domingue et de Gosta-Rica.

La crise provint, comme toutes les crises, d'une destruc tion ou d'une absorption de capitaux circulants en capitau} fixes ^ L'indemnité de guerre n'en mit pas l'Allemagne^ l'abri. On est même allé jusqu'à dire qu'elle fut une des causes de l'état de malaise dans lequel elle se trouva. Ces) exagéré 2. Mais elle ne l'a pas empêché.

Quand Bismarck introduisit son projet politique protectionniste, le 2 mars 1879, il compara la situation de l'Allemagne à celle de la France : et il déclara que l'indemnité de guerre de 1871 n'avait pas enrichi l'Allemagne.

Deux ans plus tard, le 29 novembre 1881, il disait :

C'est vers 1877 que je fus frappé, pour ia première fois, de la détresse générale et croissante de fAUemagne. comparée à la France; j'ai assisté à la diminution du bien-être général.

Ce n'était pas seulement des phrases de tribune. D'après Busch, dans des conversations privées, il formulait ainsi son opinion :

En définitive, les milliards français n'ont pas été une bénédiction, au moins pour nos industriels, qu'ils poussèrent à la surproduction. Les banquiers seuls en profitèrent et parmi eux, seulement les gros^

Dans son livre, la Grande illusion, M. Angell suppose que l'Allemagne ait arraché 25 milliards à la Grande-Bretagne. S'ils sont payés en richesses réelles, produits,

1. Voir Yves Guyot. La Science économique et Journal des Economistes, août igiS.

2. Robert Giffen. Essays in finance. Tlie liquidation of 1873-1876,

3. Bismarck. From secret pages ot his history. T. III, p. 161. (Englisb ed'ition.)

LES BENEFICES DE LA GUERRE. l'iNDEMNITÉ DE GUERRE DE I87I 239

marchandises utiles à l'existence, directement ou indirectement, ils provoquent un excès d'importation que les protectionnistes considéreront comme une ruine. Mais M. Angell suppose que cette indemnité entraînerait une élévation des prix; cependant, si elle donnait lieu à une augmentation d'importation, cette augmentation d'importation devrait avoir pour résultat de les abaisser. Elle ne pourrait donner lieu à une élévation des prix que si elle provoquait de nouveaux besoins et une grande activité.

D'après le Fiscal blue book (Cd. 1761), M. Horace Handley O'Farrein a dressé deux tableaux. Pour obtenir les salaires réels, il a divisé les chiffres des salaires par l'index number représentant les prix.

Les salaires allemands sont ceux de l'usine Krupp.

Prix et salaires en Allemagne. Prix et salaires en France.

Prix- Salaires Salaires Prix. Salaires Salaires

normaux. réels. normaux. réels.

Années. (1900=100) (1900=100) 0, (1900=100) (1900=100) 0,

1870 III 64 58i » » »

1871 117 63 54o io4 74 712

1872 i3o 71 545 III 74,5 672

1873 i35 78 576 iio 75 682

187/1 124 81 653 loi 75 743

1876 ii3 76 672 100 76,5 7G5

1877 ii3,5 70 616 102 78,5 785

1878 io4 67 654 89 79 870

1880 io5,5 67 635 80 ' 84 io5o

D'après ces chiffres, il y eut en Allemagne une grande lausse de prix en 1872 et en 1873, suivie d'une baisse qui les •amena au-dessous de ceux de 1870. La hausse des salaires, .elon un phénomène presque constant, ne se produisit fu'après; puis elle futsuivie d'une baisse. Cependant comme

i. The Franco war indemnity and Us Economie results (The Garton fondaion) llarrisson and sons, London, i9i3. P. h'].

les marchandises étaient au-dessous du prix de 1870, il en résulta une hausse définitive pour le salaire réel.

En France, il y eut aussi une hausse en 1872 et 1878, mais beaucoup moins accentuée; le taux des salaires augmenta peu; mais étant donnée la baisse des marchandises, le salaire réel augmenta relativement à 1871 de 70 p. 100, tandis que le salaire allemand n'augmenta que de 17 p. 100.

L'usine Krupp devait avoir largement profité de l'indemnité de guerre : elle avait reçu le payement complet des armes qu'elle avait fournies et elle avait dû entrer pour une grande part dans le nouvel armement qui devait remplacer j celui qui avait été consommé par la guerre. Les ouvriers se trouvaient donc dans les meilleures conditions pour bénéficier de rindetnnité de guerre de 1870, et au point de vue du i taux et de la progression des salaires, ils restèrent de beaucoup en deçà des ouvriers français.

Dans toutes les opérations de rapine, la perte dépasse 1 pour la victime le gain du pillard. Au cours de son entreprise, il court des risques. La guerre est non seulement onéreuse au point de vue humain; mais elle entraîne des préparations et des frais désastreux. D'après les calculs de Giffen, le montant réel de l'indemnité ne s'est élevé qu'à 2 milliards de francs pour l'Allemagne.

Depuis qu'elle les a touchés, combien avait-elle dépensé avant la guerre actuelle pour ses armements? L'indemnité de guerre n'en représente pas la dixième partie. Mais l'Allemagne a forcé aussi la France à s'armer; et aussi la Russie,! et aussi l'Angleterre : Elle a su les réunir contre elle. Aujourd'hui les 2 milliards nets qu'elle a reçus disparaissent! sous le tas de milliards qu'elle a dépensés depuis le moisi d'août et auxquels viendronts'ajouter les dommages-intérêts! qu'elle devra payer. !

Les Allemands qui sont capables de réflexion doivent avoir laissé pour le compte de Harden « la conviction que la meilleure affaire qu'aient faite les Allemands dans le dixneuvième siècle est la guerre de 1870 ».

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