CHAPITRE III LE CONGRÈS DE VIENNE
Le programme du traité de Kalisz et les réalités du Congrès de Vienne. — Talleyrand. — Le principe de la légitimité. — Le droit public. — Mépris des Prussiens et de l'Empereur de Russie par le droit public. — L'Autriche, Talleyrand et Lord Gastlereagh. — Le traité du 3 janvier i8i5. — Erven capitale de Talleyrand et de Lord Gastlereagh. — Gains de la Prusse, de l'Autriche, de la Russie. — La Suisse. — Les articles de l'acte de Vienne concernant la Confédération germanique. — Mécontentement de la Prusse. — «■ N'accepte province rhénane que pour la défense de l'Allemagne ». — La Sainte-Alliance. — L'acte final du congrès de Vienne.
D'après la proclamation de Kalisz (26 mars i8i3), l'empereur de Russie et le roi de Prusse « devaient essayer de rétablir un empire vénérable ». Mais les traités de Téplitz, de Ghaumont et de Paris ne parlèrent point de cette résurrection ; et il n'en fut pas question à Vienne.
La catholique Autriche n'essaya pas de revenir sur les sécularisations faites en i8o3, de rétablir la noblesse médiatisée dans son rôle de noblesse immédiate, de revenir à l'élection des empereurs et de leur restituer le titre d'empereurs romains.
Frédéric de Gentz, secrétaire du congrès, dans un rapport du 12 février i8i5, dit avec franchise:
Les grandes phrases de reconstruction de l'ordre social, de régénération du système politique de l'Europe, de paix durable fondée snr une juste répartition des forces, etc., se 'débitaient pour tranquilliser ses peuples et jpour donner à cette réunion solennelle un air 4ç
LE CONGBès DE VIENNE 275
dignité et de grandeur : mais le but réel du congrès était le parta»ge entre les vainqueurs des dépouilles du vaincu*.
Les quatre grandes puissances, l'Autriche, la Grande-Bre-
tai^'ne, la Prusse et la Russie avaient, parle traité de Chau-
niont (i"" mars i8i4) décidé que la France, réduite à ses
frontières de 1792 n'aurait pas à intervenir pour les terri-
' res à partager; et elles avaient décidé qu'à Vienne, elles
lieraient seules les grandes questions.
Talleyrand, le représentant de la France, eut l'habileté de
•^uper autour de lui toutes les puissances secondaires, en
larant que les États convoqués pouvaient être inégaux en
lui ce, mais qu'ils étaient égaux en droits; et il fit adjoindre
m comité chargé de préparer le programme des travaux
la France, l'Espagne, le Portugal, la Suède.
Talleyrand posa le principe de la légitimité dans ces
rrmes :« Le premier besoin de l'Europe est de bannir l'opi-
li tn qu'on peut acquérir des droits par la seule conquête. »
Il demanda l'insertion dans la déclaration du 8 octobre des
iiots que « les arrangements seraient conformes au droit
)iiblic ». Les représentants de la Prusse, Hardenberg et de
\ fnboldt, protestèrent avec violence. Le 28 octobre, l'em-
our de Russie lui disait : « Le droit public n'est rien pour