CHAPITRE VI LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN
!'i uJence de Bismarck et du roi Guillaume. — Naissance de la candida-
ne Hohenzollern en mars 1869. — Refus du prince Léopold. — L'ac-
eptation lui est imposée. — Démarches à Ems. — Désistement du
prince de Hohenzollern. —Demande contradictoire de M. de Gramont.
L'incident d'Ems. — La dépêche de Bismarck — Résistance des Etats
11 Sud.
'Bismarck et le roi Guillaume étaient d'accord qu'il ne fallait : e un pas en avant qu'après avoir assuré le précédent. Ils liaient aussi toujours mettre l'apparence pacifiste de leur é. En 1866, ils s'étaient arrangés de manière à faire faire léclaration de guerre par l'Autriche. En 1867, ils n'avaient jids assez en mains leurs alliés allemands pour risquer une [Muvelle guerre; et ils craignaient d'éveiller les susceptibilités de l'Europe.
\lais de Moltke et Roon préparaient l'armée, Bismarck
parait son prétexte. Dès les premiers mois de 1869, il
î en avant la candidature du prince de Hohenzollern au
ne d'Espagne. Le roi Guillaume jugea que ses troupes
lient encore trop nouvelles.
M. Benedetti a prouvé que, le 27 mars 1869, il signalait au luai d'Orsay cette affaire Hohenzollern. Le 11 mai, il interrogea à ce sujet Bismarck qui lui répondit que <( si le princ»^ devenait roi d'Espagne, sa souveraineté ne saurait avoir qu'une durée éphémère et l'exposerait encore à plus de dan* gers personnels que de mécomptes ».
Mais en novembre 1869, M. de Werther, alors ministre de Prusse en Bavière, présenta certainement aven rassentiment
296 CAUSES HISTORIQUES : CONSTITUTION DE l'eMPIRE ALLEMAND
de Bismarck aux princes de Hohenzollern, dans un de leurs châteaux, un député espagnol, M. Salazar, chargé d'offrir à l'un d'eux la couronne d'Espagne. Il l'offrit à chacun d'eux successivement et même au roi Charles de Roumanie. Tous la refusèrent.
M. Salaza revint en Allemagne en janvier 1870, mais cette fois il se rendit directement à Berlin. Le prince Léopold hésitait. Le prince Antoine écrit le 20 mars 1870 : « Bismarck désire l'acceptation pour des raisons dynastiques et politiques. Le i5, nous avons tenu une délibération très intéressante et importante, présidée par le roi, et à laquelle assistaient, avec le prince royal, Bismarck, Roon, de Moltke, Schleinitz, Thile et Delbriick. Ces messieurs ont conclu unanimementà nous recommander l'acceptation comme l'accomplissement d'un devoir patriotique prussien. Léopold a refusé. » On imagine de leur substituer le prince Frédéric ; mais le prince Léopold, « sur les instances de tous, finit par accepter ».
Aufond, personne ne se souciaitde la couronne d'Espagne ; on voulait tout simplement avoir un prétexte de conflit avec la France. Toutefois le roi de Prusse craignait de provoquer la guerre à propos d'une affaire spéciale à la dynastie des Hohenzollern.
Quand au mois de juillet, la question se précise, le gouvernement prussien dit aux puissances :
— Le souverain peut avoir participé à la candidature du prince de Hohenzollern comme chef de la famille, mais non pas comme roi de Prusse. Le gouvernement n'a pas l'iMention de s'occuper de cette affaire. Du reste, il faut que les Gortès aient ratifié le choix du prince Léopold.
Au momenl oij la crise surgit, on trouve le système d'absence et d'alibi employé encore en igi/i : Bismarck est à Varzin, le roi à Ems, les ambassadeurs sont en congé, il n'y a à Berlin qu'un sous-secrétaire d'État, M. Thile, qui répond : — Cette affaire n'existe pas pour moi.
M. Benedetti se rend à Ems, muni d'une lettre de M. de
LA CANDIDATURE HOUENZOLLEBN 297
Gramont lui demandant d'obtenir du roi la déclaration sui- .rante :
(( Le gouvernement du roi n'approuve pas l'acceptation du îoiince de Hohenzollern et lui donne l'ordre de revenir sur bette détermination.» Le ministre ajoutait : « Il restera ensuite M me faire savoir si le prince obéissant à cette injonction... » L M. Benedetti ne se servit pas de ces termes comminatoires ;;]ui lui étaient envoyés. « Je me préoccupai surtout du soin rie ne pas précipiter avec moi le gouvernement de mon pays ^'laris le piège préparé. »
t M. de Gramont fît tout son possible pour nous y précipi-
t er. Le prince de Hohenzollern se désista de sa candidature.
1 est vrai qu'en France on en fut informé par une dépêche
ilUrangère aux négociations d'Ems ; mais M. Thiers trouvait
ivec raison le désistement suffisant.
L'affaire était finie. Mais le ministère Ollivier, veut avoir in succès d'apparat. M. de Gramont, sans en informer SI. Benedetti, demande à l'ambassadeur prussien d'inviter le ci à adresser une lettre à l'empereur, dans laquelle le roi Icclarerait qu'il n'avait pas cru porter atteinte aux intérêts et 1 la dignité de la nation française en autorisant la candidature lu prince de Hohenzollern. En même temps, sans renseigner Vf. Benedetti sur cette démarche, il lui enjoint de demander lu roi de Prusse « de donner l'assurance qu'il n'autoriserait ;*)as de nouveau la candidature d'un prince de Hohenzollern ». Vinsi l'ambassadeur devait demander au roi une chose plus r,'rave que ce que le ministère des Affaires étrangères lemandait lui-même.
Le i3 juillet, dans la matinée, le roi apercevant M. Beneletti dans une allée vint à lui. B. Benedetti lui demanda l'autorisation de transmettre à son gouvernement l'assuance que Sa Majesté userait au besoin de son autorité pour )révenir toute tentative de reprendre la candidature abanlonnée ».
— Vous me demandez, dit le roi, un engagement sans erme et pour tous les cas. Je ne saurais le prendre.
298 CAUSES HISTORIQUES : CONSTITUTION DE l'eMPIRE ALLEMAND
Il exprima ses regrets de ne pouvoir faire « une concessior nouvelle et inattendue ». [
Dans l'après-midi le roi fit déclarer à l'ambassadeur que \i\ prince Léopold s'était désisté et qu'il donnait son acquiesce ment à cette renonciation ; mais qu'il jugeait les négociations terminées par cette communication. Le roi ne refusa pas de recevoir M. Benedetti: il Lui fît savoir seulement qu'il refu sait de reprendre la discussion relative aux assurances poui l'avenir.
Le ministère Ollivier voulait-il avoir tout simplement un succès d'apparat à brandir devant le corps législatif ou voulait-il la guerre .î^ En tous cas, il s'était placé dans la situation qui pouvait le mieux convenir au roi de Prusse. Bismarck fut autorisé immédiatement à faire tout ce qui était nécessaire pour aboutir à la guerre. Il rappela l'ambassadeur allemand à Paris. Il racontai sa manière à tous les gouvernements l'incident d'Ems. Le roi lui a télégraphié :
Le comte Benedetli m'a demandé finalement, d'une manière très indiscrète, de l'autoriser à télégraphier aussitôt à l'empereur que je m'engageais pour l'avenir à no jamais plus donner mon consentement si les Hohenzollern revenaient sur leur candidature. Je finis par refuser assez sévèrement attendu qu'on ne devait, ni ne pouvait, prendre de pareils engagements à tout jamais. Je lui dis naturellement que je| n'avais encore rien reçu et puisqu'il était, par la voie de Paris et de Madrid, informé plus tôt que moi, il voyait bien que mon gouvernement était hors de cause.
Bismarck, ayant à déjeuner de Moltke, le chef d'État-major, et Boon, le ministre de la Guerre, leur demanda si l'armée était prête. Sur leur réponse, il se vante d'avoir modifié la dépêche de telle manière qu'elle se terminait ainsi :
Sa Majesté le roi a refusé de recevoir encore l'ambassadeur français et lui a fait dire par l'aide de camp de service que Sa Majesté n'avait plus rien à communiquer à l'ambassadeur,