‹ Les causes finalesChapitre 112 sur 142 · Revue hrUannique (août · texte numérisé non relu

Revue hrUannique (août

2« La vieiZle M «use dit à sa maîtresse : « Votre Seigneurie et Tiateodsot veoleot qae Cuddy se serve d'ooe nouvelle machine pour vanner le blé. Cette ouchloe contredit tes vues de la Providence en foorniaiant du vent pour votre vs^fi particulier, et par des moyens humains, an lieu de le deuModer par la prière it d'attendre avec patience que la Providence l'eovoie elIeHBiême. »

but qu elle se serait proposé, puisque nous sommes souvent privés à la fois et de la lumière du soleil et de la lumière de la lune. Pour y parvenir, il eût suffi de mettre à l'origine la lune en opposition avec le soleil, dans le plan même de Técliptique, à une distance de la terre égale à la centième partie de la distance de la terre au soleil, et de donner à la lune et à la terre des vitesses parallèles proportionnelles à leur distance de cet astre. Alors, la lune, sans cesse en opposition avec le soleil, eut décrit autour de lui une ellipse semblable à celle de la terre; ces deux astres se seraient succédé l'un à Tautre sur l'horizon; et, comme à cette distance la lune n'eût point été éclipsée, sa lumière aurait constamment remplacé celle du soleil *. » Ici, il faut le reconnaître, le savant a raison contre le théologien. C'est ainsi que, par un usage indiscret des causes finales, on expose la Providence à recevoir une leçon de mathématiques d'un simple mortel *.

4<* Viennent enfin les applications puériles et frivoles des causes finales, applications qui remplissent des livres excellents sans doute, mais plutôt faits pour édifier que pour instruire. Quelques-unes de ces applications sont tellement ridicules, qu'on pourrait les croire inventées pour ridiculiser la théorie ellemême. Lorsque Voltaire, qui était cependant, comme il s'appelle lui-même, un cause finalier, écrit dans Candide : « Les nez sont faits pour porter des lunettes; aussi portons-nous des lunettes; il ne dit rien de plus plaisant que quelques-unes

1. Laplace, Exposition du système du monde^ liv. IV, cb. VI. — Voir aussi, sur lu cause finale de la lune, d'AIembert, ÉlémtnlBde phUotophiêyècMTcmemenif § Y[. Nous devons ajouter qu'un savant œalhénaaticiea de Belgique, M. Mausion, professeur à l'Université de Gand, nous fuit observer que ce passage de Laplace est « plus erroné que celui de Fénelon » et que Laplace a été réfuté lui-même par M. Lieu ville. {Additions à la eonnaisêanee det temps, 1845.)

2. Une erreur du mèoQe genre est celle d'Hippocrate, qui admire l'art avec lequel les oreillettes du cœur ont été faites « pour souiller l'air daûs le cœur » (Littré, Œuvres d'Hippocratej t. IX, p. 77). C'est à propos d'erreurs de oe genPB que Condorcel écrit : '. Cet opUmisme qui coasisle à trouver tout à merveille dans la nature telle qu'on l'invente, à condition d'adaiirer égaicment sa sagesse si par malheur on avait découvert qu'elle a suivi d'autres combinaisons, cet optimisme de détail doit être banni de la pbilosopbie, dont le but n'est pas d admirer, mais de cooaaitre. » {Fragment sur V Atlantide.)

des assertions de Bernardin de Saint-Pierre dans ses Etudes et dans ses Harmonies de la nature. M. Biot, dans un charmant article sur « les idées exactes en littérature ^ », en a cité quelques exemples, qui sont à peine croyables. Ainsi, suivant Bernardin de Saint-Pierre, « les chiens sont pour Tordinaire de deux teintes opposées, Tune claire et l'autre rembrunie, afin que, quelque part qu'ils soient dans la maison, ils puissent être aperçus sur les meubles, avec la couleur desquels on les confondrait... Les puces se jettent partout où elles sont sur les couleurs blanches. Cet instinct leur a été donné afin que nous puissions les attraper plus aisément. »

A ces exemples plaisants cités par Bioty on peut en ajouter d'autres qui ne le sont pas moins. Ainsi Bernardin de Saint-Pierre nous apprend « que le melon a été divisé en tranches par la nature afin d'être mangé en famille » ; et il ajoute que « la citrouille; étant plus grosse^ peut être mangée avec les voisins >. » En lisant de pareilles puérilités, on s'écrie à bon droit avec M. Biot : « Franchement, sont-ce là des harmonies de la nature? » Un auteur anglais, Buckland ', se demande pourquoi l'agneau est mangé par le loup, et il répond « que c'est là une preuve de la bonté de hi Providence, car il échappe par là à ia maladie et à la vieillesse. » De pareilles apologies de la Providence font plus d'athées que de croyants; tout au plus seraient-elles excusables, adressées à des enfants; mais la philosophie est faite pour parler aux hommes.

Si nous résumons ce qu'il y a de commun dans tous les abus que nous venons de signaler, nous verrons que l'erreur ne con-j siste pas à admettre des causes finales, mais à en supposer de. fausses. Qu'il y ait des causes finales erronées et arbitraires^ cela n'est pas douteux; qu'il n'y en ait pas du tout, c'est une autre question. Les hommes se sont aussi souvent trompés sur les causes efficientes que sur les causes finales; ils ont prêté aussi

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