Éludes sur la nature, étude XI, Harmonies végétales
3. Cité par Jules Simon, dans eon livre de la Religion naturelle, 2* partie, ch. !•
souvent à la nature de fausses propriétés que de fausses intentions. Mais, de même que les erreurs commises en matière de cause efficiente n*ont point empêché les savants de croire qu'il y a des causes véritables, de même les illusions et les préjugés du vulgaire relativement aux causes finales ne doivent point déterminer la philosophie à les abandonner entièrement.
Pour ce qui est du premier point, nous avons vu déjà que la cause finale ne doit en rien nuire à la liberté de la science. Aucune idée préconçue ne peut prévaloir contre un fait. Mais, le fait une fois découvert, rien ne nous interdit d'en rechercher la finalité. « Il faut, a dit avec justesse M. Flourens, aller non pas i des causes finales aux faits, mais des faits aux causes finales. » /
Sur le second point, la cause finale, bien loin d'interdire aucune invention utile, les justifie toutes d'avance, et à priori. Car, sans même aller jusqu'à dire que tout a été fait pour l'usage de l'homme, il suffit que Thomme, ayant été créé industrieux, ait été f fait pour se servir de toutes choses, pour que toute nouvelle invention soit autorisée par là même comme implicitement voulue par / la Providence divine. Ce n'est donc qu'une superstition peu éclairée, et non la doctrine des causes finales qui est ici en cause.
Pour le troisième point, nous dirons comme précédemment qu'il faut aller « des faits aux causes finales, et non des causes finales aux faits. » Ainsi entendue, cette théorie ne peut favoriser en rien aucune errreur scientifique.
Pour le quatrième point enfin, il faut distinguer les causes finales accidentelles des causes finales essentielles. Les premières sont les usages plus ou moins arbitraires que les hommes tirent des choses extérieures et qui n'y ont pas toujours été attachés; les secondes sont les usages inhérents à Tessence même des choses, par exemple les usages des organes <. Les abus de ce genre viennent presque
i. Voltaire dit très-biea à ce sujet : « Puur qu'on puisse s'assurer de la Hn véritable pour laquelle une cause agit, il faut que cet effet soU de tous les temps et de tous les houx, n n'y a pas eu de vaissseaux en tous temps et sur toptes les mers ; ainsi, Ton ne peut pfM dire que l'Océan ait été fait pour les vaisseaux. On sent combien H serait ridicule de prétendre que la nature eût travaillé de tcu3
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toujours de ce que l'on confond la finalité externe et la finilHé interne : et cette confusion elle-même est la source de la plupart des objections dirigées contre cette théorie, et en partieulier de robjection suivante.
Vkomme cause finale de la créaffon.
Le principal abus qui ait été fait de la doctrine des causes finales et contre lequel. on a le plus protesté est celui dont nous avons déjà touché un mot, et qui consiste à faire de rhomme le centre et le but de la création, et à croire que tout a été fait pour son usage et sa commodité <. Fénelon est souvent tombé dans cet excès. Pour lui, Teau est faite « pour soutenir ces prodigieux édifices flottants que Ton appelle des vaisseaux. Elle désaltère noo seulement les hommes, mais encore les campagnes arides- L'Océan, qui semble mis au milieu des terres pour en faire une éternelle séparation, est au contraire le rendez- vous de tous les peuples ; c'est par ce chemin que Tancien monde donne la maiB au nouveau, et que le nouveau prête à Tancien tant de Gommodités et de richesses. » Fénelon oublie qu'il a fallu bien des siè' clés pour que TOcéan servît de chemin entre lancien monde el le nouveau, et que, lorsqu'on s'y est aventuré, d'autres défenseurs de la Providence disaient qu'il ne fallait pas affront»* ces chemins inconnus et périlleux. Ce point ie vue, trop exclusivement anthropologique, a été dénoncé par Descartes comme anti* philosophique. « Encore que ce soit, dit ce philosophe, ^ pensée pieuse et bonne, en ce qui regarde les mœurs, de croira que Dieu a fait toutes choses pour nous, afin que cela nous e^^ d'autant plus à l'aimer et à lui rendre grâce de tant de bienfait'
teoiM pour ft*flâQ8ter à aoa ioveoUcos arbitraire^ qui toutes ont paru si tar<i;a»j| il est bien évident que, si les nez n'ont pas été faits pour les besicles, ils IW w pour l*odorat, et qu'il y a des nez depuis qu*il y a des hommes. « {Did. phiU'i »* Causes finales.)
/ i. Cette doctrine est bien tombée en désuétude dans la philosophie modertf djepuîs Descariés et Leibnitz. Cependant elle est encore défendue. Noos citojj mv exemple, comme particulièrement intéressant à ce point de vue» l*^^"^^ tulé Vhomme el la eréatiotif théorie dés eauset finales^ par De»d&arts (Paris, iw»; 2* édition, 1846). Nulle part, le point de vue anihrvpocenlriqw n'a été eip*» d'une mnnière plus affirmative et plus décidée^
encore aussi qu'elle soit vraie en quelque sens, à oause qu'il n'y a rien de créé dont nous ne puissions tirer quelque usage,... il n'est aucunement vraisemblable que toutes choses aient été faites pour nous, en telle façon que Dieu n'ait eu aucune autre fin en les créant; et ce serait, ce me semble, être impertinent de se vouloir servir de cette opinion pour appuyer des raisonnements de physique; car nous ne saurions douter qu'il n'y ait une infinité de choses qui sont maintenant dans le monde, ou bien qui y ont été autrefois, ou ont déjà entièrement cessé d'être» sans qu'aucun homme les ait jamais vues ou connues, et sans qu'elles lui aient jamais servi à aucun usage ^. > Desoartes, on le voit, n'admet qu'à un point de vue d'édification» mais il écarte scientiquement cette explication trop facile des choses par l'utilité de rhomme, et cette prétention présomptueuse de tout rapporter à nous-mêmes. Gœthe a critiqué le même préjugé : a L'homme est naturellement disposé à se considérer comme le centre et le but de la création, et à regarder tous les êtres qui l'entourent comme devant servir à son profit personnel. Il s'empare du règne animal et du règne végétal, les dévore et glorifie le Dieu dont la bonté paternelle a préparé la table du festin. Il enlève son lait à la vache, son miel à l'abeille, sa laine au mouton, et, parce qu'il utilise ces animaux à son profit» il s^imagine qu'ils ont été créés pour son usage. Il ne peut pas se figurer que le moindre brin d'herbe ne soit pas là pour lui *. »
Mais personne n'a critiqué cette singulière illusion des causes finales d'une manière plus spirituelle et plus piquante que Montaigne dans une page célèbre : « Oar pourquoy ne dira un oison ainsi : Toutes les pièces de Punivers me regardent ; la terre me sert à marcher, le soleil à m'éclairer, les étoiles à m'inspirer leurs influences. J'ai telle commodité des vents, telle des eaux : il n'est rien que cette voûte ne regarde si favorablement que moi; je suis le mignon de nature. Est-ce pas l'homme qui me traite, qui mé^ loge, qui me sert f (Test pour moy qu'il fait semer et n^ouldre :