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chine et son action ; car rien ne pent se produire que conformément aux propriétés de la matière ; en second lieu, cette machine est déterminée par le but auquel elle est destinée ; car suivant qu'elle doit soulever des pierres, mettre eh mou^ vement un train de chemin de fer, tisser, fouler, creuser, etc., elle prend des formes infiniment variées. Ainsi, quoique ces formes ne puissent se produire que dans le champ rendu pos* sible par les propriétés et les lois générales de la nature, ces propriétés et ces lois seraient par elles-mêmes insuffisantes à circonscrire la matière dans telle ou telle forme, pour tel on tel effet précis. Que des causes générales et indéterminées, comme la malléabilité du fer, la pesanteur, l'élasticité, etc.» puissent, entre les combinaisons infinies dont la matière est susceptible, en trouver une précise, correspondant à un effet déterminé, c'est ce qui est contraire à toute loi de causalité ; et lorsqu'une pareille rencontre se présente à nous, nous Tex* pliquons en supposant que cet effet préexistait déjà dans la cause d'une certaine manière, et qu'il en a dirigé et circonscrit l'action. De là vient qu en présence d'une machine, d'un outil, d'un débris quelconque de l'industrie humaine, nous disons : ce n'est pas là un |jeu de la nature, c'est l'œuvre des hommes, a Qui trouverait dans une tle déserte, dit Fénelon, une belle statue de marbre, dirait aussitôt sans doute : Il y a eu ici autrefois des hommes, je reconnais la main d'un habile sculpteur. » Ces paroles ont eu dans ces derniers temps une curieuse justification. Ce que l'on à trouvé, non pas dans une tle dé-

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serte^ mais dans les couches antédiluviennes, ce ne sont pas des statues de marbre, ni des palais magnifiques» mais des outils, et les plus grossiers que Ton puisse voir : ce sont des haches, du moins on le suppose ; ce sont des pierres taillées d'une manière maladroite, telles qu'on peut en rencontrer quelquefois dans des éclats de rochers. Et cependant si grossier que fût ce travail, il a suffi que l'on ait rencontré en grand nombre de telles pierres pour faire supposer qu'elles ne peuvent être un jeu de la nature : cette masse d'objets réuni^en un même lieu, taillés de la nième manière, indique un r^ppprt de finalité; ce ne sont plus des pierres, ce s(Hit des in9tTuments^ c'est-à-dire des objets destinés à couper, percer, frapper, produire tel ou tel effet. Cette induction ne soulève pas l'ombre d'un doute; et cependant, si une rencontre de causes inconnues a pu produire l'aile de.Foiseau, si merveilleusement adaptée au yoI, pourquoi une autre rencontre de causes inconnues n'aurait-elle pu produire cet amas de pierres gros-» sières, si imparfaitement adaptées à leur objet? Sur quoi se fonde donc ici l'induction universellement admise? C'est que les objets qui se présentent à nous n'ont pas seulement rapport au passé, mais encore à l'avenir, et nous paraissent déterminés, non-seulement par leurs causes, mais encore par leurs effets. Ici, par exemple, les haches retrouvées par M. Boucher de Perthes ne se présentent pas seulement à nous comme des éclats de rocher; mais elles nous présentent certaines formes^ certaines dimensions^ certaines combinaisons de creux et de

saillies qui ne s'expliquent que par un certain rapport à Faction de couper : cette action de couper qui résulte de la structure de la hache, et qui, dans ce sens, est un* effet, a été en même temps l'une des causes déterminantes de la forme qui a été donnée à la pierre; c'est donc une sorte de cause, mais une cause qui agit en quelque façon avant d'exister : c'est un effet qui, prévu ou prédéterminé par la cause efficiente, l'a obligée à prendre telle direction plutôt que telle autre : c'est un but; c'est une cause anale.

Nous avons vu, par le premier principe précédemment posé, que partout où il y a une combinaison ou concordance de phénomènes, il faut une cause précise pour expliquer cette combinaison ou cette concordance. Mais maintenant, nous demandons quelque chose de plus. Lorsque cette combinaison (déjà remarquable par elle-même, comme rencontre complexe et précise de phénomènes hétérogènes) a en outre ce caractère, d'être déterminée relativement à un phénomène futur plus ou moins éloigné, le principe de causalité exige que nous expliquions non-seulement la complexité de la combinaison, mais encore ce rapport à un effet futur qui, entre une infinité de combinaisons possibles, semble avoir circonscrit l'action de la cause efficiente, et l'avoir déterminée à telle forme donnée. Cette corrélation à Favenir ne peut se comprendre que si ce phénomène futur préexiste déjà d'une certaine façon dans la cause efficiente, et en' dirige Faction. C'est en ce sens qu'on dit qu'une cause tend à un but.

Ainsi, quand une combinaison de phénomènes, pour être comprise, n'a besoin que d'être rapportée h ses conditions antécédentes, il n'y a rien là autre chose que le rapport de la cause à l'effet; mais quand la combinaison, pour devenir intelligible, doit se rapporter non-seulement à ses causes antérieures, mais à ses effets futurs, le simple rapport de cause à effet ne suffit plus, et se transforme en rapport, de moyen à but.

Considérons en effet l'exemple suivant : soit un estomac «pte à digérer de la chair. Supposons d'abord, pour la facilité du raisonnement, que ce soit là une simple conséquence, et non un but. Voici maintenant le problème que se pose le physiologiste, et que la nature a dû se poser avant lui : Comment l'estomac qui digère la viande ne se digère-t-il pas lui-même? Gomment le suc gastrique qui attaque et dissout tous les aliments, ne dissout-il pas l'estomac, qui est précisément de la même nature que les autres aliments? Eh bieni il se trouve que la nature, répondant d'avance à l'objection, a enduit les parois intérieures de l'organe d'un vernis particulier qui les rend inattaquables àl'action du suc gastrique ^ Comment se refuser à admettre que la production de ce vernis a un rapport déter-

i. a Si le suc gastrique ne digère pas les parois de l'estomac vivant, c'est que, pendant la vie, il est impossible que la pepsine soit absorbée. La présence df répithélium sur. les muqueuses en général, sur la muqueuse stomacale notamment, oppose un obstacle complet à l'absorption... L'épitbélium, espèce de mucQs gluant qui tapisse la paroi interne de ce viscère... enferme donc le suc gastrique comme dans un vase aussi imperméable que s'il était de porcelaine. » Qkmdo Bernard, Leçons de physiologief t. II, p. 408.

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miné et rigoureusement calculé avec le phénomène futur que devait produire l'estomac? Dire qu'un tel rapport n'existe pas. et est le résultat d'une pure coïncidence, c'est admettre que pendant que certaines causes physiques produisaient la substance appelée estomac, d'autres causes, sans aucun accord avec les précédentes, produisaient la substance appelée épithéliumy qui se trouve être précisément la condition sine qud non de la fonction digestive. Ces deux séries de causes travaillant dan^ la nuit, sans aucun rapport entre elles, ni avec le futur, finissent cependant par s'accorder entre elles, et par leur accord» rendre possible le phénomène futur qui ne le serait pas sans cela. N'est-ce pas renoncer au principe de causalité, que de ne voir là qu'une coïncidence fortuite, et le résultat de certaines chances heureuses? N'est-ce pas comme si on disait que deux personnes, dont l'une parle russe, et l'autre anglais, et qui ignorent la langue l'une de l'autre, peuvent cependant causer ensemble, en vertu de circonstances heureuses, qui feraient que le discours de l'un se trouverait être précisément la réponse à la question de l'autre ?

Prenons un autre exemple. Tous les animaux appelés mammifères sont en même temps vivipares : étudions cette remarquable rencontre. Voici un certain nombre de causes, ellesmêmes déjà très* compliquées, qui concourent ensemble à la fonction appelée parlurition, d'où résulte l'apparition d'un petit. Ce petit est encore incapable de chercher lui-même sa nourriture, et de toutes les nourritures, appropriées à son âge,

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la plus fovorabie, sinon [la seule, est le lait. Or il se trouve qu'une autre série de causes a produit dans la mèwt^d'autres organes appelés mamelles, propres à une fonction secrétoire» dont le produit est précisément celui qui convient le mieux, sinon exclusivement, au jeune petit. Il se trouve, en outre, que ces organes restent inertes pendant toute une partie de la vie, qu'elles n'entrent en fonctions qu'à certains intervalles, et à de certaines époques, et que ces époques sont précisément celles de la parturition. Si Ton admet que la lactation n*est en rien déterminée par le phénomène futur de la nourriture du petit, il faut encore sup poser, ^dans ce cas, que deux séries de causes agissant séparément, sans se connaître, sans se correspondre, ont rencontré, par des circonstances heureuses et fortuites, cet étrange résultat final qui implique une rigoureuse convenance, et une extraordinaire appropriation. Nous disons, d'après notre principe, que c'est manquer aux lois de la causalité que de laisser inexpliqué cet étrange accord du passé avec le futur.

Le savant législateur de la logique inductive, J. Stuart Mill, a reconnu que le raisonnement précédent est une des applications les plus frappantes des règles de l'induction. Lorsqu'un grand nombre de phénomènes, très-différents à tout' autre point de vue, présentent cependant une circonstance commune et constante, cette circonstance peut être donnée comme la cause : c'est ce qu'il appelle la méthode de concordance. Or dans le cas dont il s'agit (soit, par exemple, l'appropriation de l'œil à

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la lumière) y il y a un nombre infini de phénomènes qui se sout tous rencontrés dans cette circonstance unique : à savoir, de servir à la vision. La vision est donc la circonstance commune à tous, la seule où ils se rencontrent. Elle est donc la cause de leur rencontre ; mais comme d*un autre cdté, elle en est l'effet, et ne peut agir avant d'eiister, ce n*est pas la visioa elle-même, mais ridée de la vision qui est ici la cause véritable : c'est ce qu'on exprime en disant que l'œil est fait pour voir ^ .

D'après ce qui précède on voit combien est juste le rapprochement ingénieux qui a été fait entre le procédé des causes finales et l'analyse des géomètres 2. U semble, en effet, que la nature, lorsqu'elle procède par les causes efficientes^ agisse comme le géomètre qui suit la méthode synthétique, c'est-àdire qui part d'un principe, et qui en déduit des conséquences, quelles qu'elles soient. Au contraire, lorsqu'elle procède par les causes finales, elle ressemblera un géomètre qui se pose un problème, «t qui par l'analyse des données de la question, trouve les éléments mêmes de la solution. Pour employer la distinction d'un géomètre philosophe, l'un des deux procédés est une déductUmy l'autre une réduction. L'un consiste à tirer une vérité d'une vérité donnée; l'autre, plus fécond, consiste à

1. CSelte remarquable analyse de l'argameot des causes finales est doimée par Mill dans son ouvrage posthume, d'ailleurs si hardi, intitulé Bisais sur la religion (Trad. franc, p. 158). Je dois ajouter, pour être tout à fait exact, qjas suivant Mill l'argumeat aurait perdu beaucoup de force depuis la conceplion de Darwin. Mais il conclut néanmoins que Thypothèse d'un j^lan est eDOOce de beaucoup la plus vraisemblable.

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chercher de quelle ?érité on pourrait partir pour résoudre tel problème posé. Il consiste donc à « ramener la connaissance d'une chose à celle d'autres choses dont elle sera la conséquence ^ » On voit d'une manière frappante Tanalogie des deux procédés : ici, c'est une conséquence qui sert à découvrir le principe, qui par conséquent est en quelque sorte le principe de son principe ; là, c'est un effet qui explique la cause, et qaû est en quelque sorte la cause de sa propre cause. Mais mitrons plus en détail ces analogies.

D'après le géomètre cité, l'apphcation de la méthode ana* lytique ou de réduction n'est p^s seulement d'usage dans la science, mais dans la yic pratique. Toute question résolue, dans l'un et dans l'autre cas, ne peut l'être que par ce procédé : a Quelque chose que l'on se propose, dit-il, on se demande nécessairement quelle ^t celle qu'il f«ut faire auparavant et qui conduira à xa proposée. Si cette nouvelle chose ne peut se fidre immédiatement, on cherche de quelle autre elle dépend, et ainsi de suite jusqu'à ce qu^on ait trouvé celle par laquelle il faut commencer. Connaissant alors le point de dé-^ part, on n'a plus qu'à faire successivement toutes ces choses dans l'ordre inverse de celui où on les a découvertes. De cette manière on fait d'abord de l'analyse, puis de la synthèse i. » Celle-ci est donc la réciproque de l'analyse : c'est de là même manière que la série des causes efficientes est la réciproque de la série des causes finales. La^nature exécute synthétiquementi

!• Duhamel, De la méthode dans les mmuom «< raisonnemenitf p. 24;

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ce que l'autear de la natare a inventé onalyHquemetu K Le même géomètre arrive de loi-même à l'analogie que noos signalons, tant elle est frappante, lorsqu'il dit : c La méthode omsistera toujours à partir soit du résultat, soit de la chose qo*(m demande, en un mot de la /In qu'on $e propoWf et à lui en substituer une plus Catcile, et qui entraînera celle-ci par des

«oyais connus '. >

Comparons maintenant à cette méthode celle que suit la nature dans la &brication des organes. Voici par exemple comment un naturaliste expose la théorie du vol des oiseaux. Il prête à l'auteur de la nature un raisonnement analytique, absolument semblable à celui qui vient d'être décrit : c Si Ton admettait qu'un homme d'un génie supérieur, dit Strauss Durckeim, ait la faculté de créer à volonté par la simple pensée, tout ce qu'il peut concevoir, et qu'il voulût transformer le type des mammifères en celui d'un animal volant, parfadt voilier, capable de soutenir longtemps un vol rapide, il serait conduit de eontéquenee en conséquence à former un oiseau tel que nous les connaissons, quand même ces ani* maux ne lui seraient pas connus, tant, jusqu'aux plus minutieux détails, tout est rigoureusement combiné et calculé dans

i. IHd., p. 56.

2. Il est importaot de foire remarquer que nous employons ces deos mots dans le sens des géomètres, et eo particoUer des géomèlres grecs : car en un antre sens, il serait plus juste de dire que c'est Tordre des causes eflteîeates qui est analytique, et celui des causes finales qui est synthétique.

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