PhédoD, — 96 199 — laiss. f
après cette séparation *. car voilà une cause toute contraire à celle qui fait que un et un sont deux... car là cet un et un devient deux parce qu'on les rapproche... et là cfette chose une devient deux parce qu'on la divise. Je ne croîs même plus savoir pourquoi un est un (§toTt Iv ^i-^eTat); ni enfin, par cette méthode (xaxi toutov tbv xpoTcov Tyjç fxeÔoSou) pourquoi les choses naissent et périssent; mais je cherche au hasard quelque autre méthode, (xtv' oXXov rpoTtov auToç shâ] <pupw) et j'abandonne celle-là. »
Dans ce passage, nous avons plusieurs points à signaler :
1° Socrate expose la méthode des physiciens d'Ionie, qui expliquaient tout par des causes matérielles , et il signale l'insuffisance de cette méthode.
On peut trouver que Socrate va bien loin dans sa critique de l'explication physique des choses : car il ne se contente pas de condamner celles de ces explications qui prétendaient atteindre les premiers principes et les premières causes, mais en général toute explication par les causes immédiates et prochaines, c'est-à-dire par les circonstances concomitantes ou antécédentes, genre d'explication que la méthode expérimentale moderne a portée à un si haut degré de précision.
Il s'étonne par exemple que Ton explique la croissance de Thomme par la nutrition et que Ton dise que les « chairs étant ajoutées aux chairs, les os aux os et toutes les autres parties à leurs parties similaires, ce qui n'était qu'un petit volume s'augmente et croît , et de cette manière un homme de petit devient grand » ; explication trèsgrossière à la vérité, et qui repose sur la fausse hypothèse des homéoméries, mais qui n'en était pas moins un effort pour résoudre un effet dans ses causes prochaines , et ramener un phénomène obscur à un phénomène général mieux connu : ce qui est la vraie méthode des sciences physiques.
Cependant, en examinant de plus près ce passage, on voit que Platon se place toujours au point de vue des causes premières et métaphysiques, et c'est en ce sens qu'il dit que l'explication du physicien (en tant qu'elle se donnerait pour définitive et absolue) ne lui parait pas une vraie et satisfaisante explication. Plus loin, il dis«
tingue av6C une grande précision les causes et les con<iIth'ons du phénomène, distinction qui est précisément celle sur laquelle s'appuie la science la plus avancée de nos jours. Il ne nie pas que, pour qu'un effet se produise,certaines conditions physiques ne soient nécessaires, par exemple les os et les nerfs pour se tenir ici ou là. Mais ces conditions et instruments ne sont pas les vraies causes. L'erreur des physiciens d'Ionie n^était donc pas de chercher à découvrir ces conditions prochaines des phénomènes (et il eût été même à désirer qu'ils les eussent mieux étudiées et par de meilleures méthodes), mais leur erreur était de croire qu'ils avaient découvert la cause dernière, et c'est là-dessus que Platon les reprend : par exemple, expliquer la croissance par la nutrition est une explication très-insuffisante : car pourquoi cette croissance s'arrète-t-elle à un certain point, tandis que dans les corps organiques, l'accroissement est indéfini? et quant à l'assimilation, quoique les physiciens aient assez ingénieusement essayé de résoudre le problème par l'hypothèse des homéoméries, encore réstait-il à comprendre comment se fait la séparation et la distribution du tout, et comment chaque homogène va trouver ce qui lui est conforme. L'explication même physiquement était très-imparfaite; métaphysiquement , elle ne valait rien du tout.
Il est vrai de dire que Platon n'a jamais cru que la chose sensible pût être l'objet d'une véritable science. Aristote nous l'atteste, et tous les ouvrages de Platon viennent à Tappui. Là même où il touche à ces problèmes^ dans le Tintée par exemple, il ne donne les explications physiques que comme des hypothèses plus ou moins douteuses, et il est toujours sur le point d'y substituer les mathématiques. Enfin^ on peut dire qu'il n'a aucune idée de la méthode expérimentale et inductive appliquée aux phénomènes de la nature. Cette disposition d'esprit se trahit incontestablement dans le passage du Phédon que nous avons cité ; mais il peut être entendu dans un bon sens, que les savants mêmes de nos jours accorderaient sans aucun doute, c'est qu'il ne faut pas confondre les causes physiques avec les causes métaphysiques. Celui-là renversait la pensée de Platon, mais ne lui était pas en réalité infidèle, qui
s^écriait : ô physique, délivre-nous de la métaphysique 1 Cette exclamation irrespectueuse sert au moins à faire comprendre que la métaphysique n'est pas la physique ; et c'est là Tessentiel de la pensée de Platon.
2o Après avoir exposé et combattu la méthode des physiciens dlonie, Socrate expose et combat également la méthode d'Anaxagore ; non pas qu'ici il condamne le principe en lui-même ; mais au contraire, tout en approuvant le principe, il reproche à Anaxagore de ne pas lui être resté fidèle; c'est-à-dire d'avoir pris le principe de l'intelligence» et de n'en avoir fait aucun usage : critique du reste qu'Aristote ^ a fait également au même penseur :
c Ayant entendu quelqu'un lire dans un livre qu'il disait d'Anaxagore, que l'intelligence est la règle et la cause de tous les êtres, 6 £t«xoa(j.«av xt xal ndfvrwv atrtoc, je fus ravi ; il me parut admirable que l'intelligence fût la cause de tout ; car je pensai que Tin* telligence ayant disposé toutes choses, elle les avait arrangées pour le mieux (Ikaorov TtÔévai Tau-ni ^iw) hf pAtiata l)^r|) •*
< Dans cette pensée, j'avais une extrême joie d'avoir trouvé un maître comme Anaxagore, qui m'expliquerait selon mes désirs, la cause de toutes choses, et qui> après m'avoir dit, par exemple, si la terre est plate ou ronde, m'expliquerait la nécessité de ce qu'elle est, et me dirait ce que c*e8t en ce cas que le mieux, et pourquoi cela est pour le mieux, Xé^ovr» t^ ^eivov x«\ éitt a'/riyv ^Ejuivov ^v toiauTTiv $Tvai. De même, s'il pensait qu'elle est au centre du monde, j'espérais qu'il m'éclaircirait pourquoi elle est pour le mieux au milieu; et.... je ne pouvais m'imaginer qu'après avoir dit que l'intelligence les avait disposées, il pût me donner d'autre cause de leur disposition que celle-ci, à savoir que cela est là le meilleur... et je me flattais qu'il me ferait connaître te bien de chaque chose en particulier, et le bien de toutes en commun, tb IxadTw pe'XTtirtov xal To xoivov dvaôov.... Mais je me trouvai bientôt déchu de mes espérances... car je vis un homme qui ne faisait intervenir en rien ïm-^