Phédon. E
tcUigence, et qui ne donnait aucune raison do l'ordre des choses, mais qui à la place de T intelligence, substituait Pair, l'éther, Peau, et d'autres choses aussi absurdes. »
Il est difficile de s'associer sans réserve aux critiques que Platon fait ici à Anaxagore, et où se manifeste par trop le dédain des causes expérimentales que nous signalions tout à Theure. Peut-être Anaxagore a-t-il été frappé de cette considération dont Descartes a fait plus tard le principe de sa physique*, c'est qu'il est difficile et téméraire de scruter des fins^ et que, en admettant que tout est pour le mieux en général, il est difficile de démontrer pourquoi chaque chose est pour le mieux en particulier : d'où il suit qu'il vaut mieux se contenter de rechercher comment les choses sont, mais imprudent de rechercher pourquoi elles sont. Et cela est d'autant plus sage qu'il est arrivé souvent de démontrer que telle chose était pour le mieux, tandis que cette chose n'existait pas ou était tout autre qu'on ne se le figurait. C'est ainsi que les anciens croyaient qu'il était pour le mieux que les astres décrivissent des courbes circulaires ; or, ces courbes sont elliptiques ; et que c'était pour le mieux que la terre fût centre : ce qui précisément n'est pas vrai. On peut donc affirmer qu'Anaxagore était plus près de Platon, de la vraie méthode scientifique, lorsqu'après avoir établi en métaphysique que Tintelligence est le principe de toutes choses, il cherchait en physique, à ramener les phénomènes à leurs causes immédiates : car on sait que c*est un des principes les plus solides de la méthode scientifique, qu'il ne faut pas faire intervenir la cause première sans nécessité.
3<» L'erreur commune des physiciens d'Ionie et d'Anaxagore, c'est d'avoir confondu les conditions des phénomènes avec leura vraies causes, c'est-à-dire, pour parler avec précision, les causes matérielles avec les causes finales^
1. Oo sait que ï^scal faisait à la physique de Descartes uue objeclioa tout à fait semblable à celle que Plaloo Taisait à Anaxagore : c Descarteâ, disait-il, aurait bien voulu dans toute sa philosophie se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher de lui foire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement ; aprôs cela, n n'a ptus que faire de Diuu. » {Pensées, éd. Havet, tume II, p. 148.) ■
ff Autre chose, dit*iH, est la caiise, autre chose est la chose sans laquelle la cause ne serait jamais cause (oXXo p,èv to hri to aiTtov Tw ovTt, aXXo S' Ixetvo aveu oô oOx dfv iror' et>j aittov) ; et pourtant c'est cette chose-là que le peuple prend pour la véritable cause, lui en donnant à tort le nom. Voila pourquoi les uns, environnant la terre d'un tourbillon , la supposent fixe au centre du monde ; les autres la conçoivent comme une large huche, qui a l'air pour base : mais quant à la puissance qui Ta disposée comme elle devait être pour le mieux, ils ne la cherchent pas, et ils ne croient pas qu'il y ait aucune puissance divine (Tyjv & too d)« oToW PsXTtara auTot TêO^vat Suvafjitv outw vuv xEtffôat, TauTr,v oure ÇTjTOUfft ouxe Ttva oiovtat Saijxoviav i^^ùv ey^eiv) — et ils pensent que rien ne contient véritablement le bien (x* dYaôov xal 8eov). »
40 Après avoir exposé la méthode des physiciens, et celle d'Anaxagore, Socrate ou plutôt Platon expose la sienne *; il en donne d'abord le principe fondamental.
f J'ai donc pris le chemin que voici (tauTy) ye ôpiAYi^a) ; et depuis ce temps, prenant toujours pour principe l'hypothèse qui me paraît la plus forte (Xoyov 6iro9sfi,evoç 8v àv xp(va) Ep^uifASvéffTaTOv), tout ce qui s'accorde avec ce principe, je le prends pour vrai soit dans ce qui concerne les causes, soit dans tout le reste ; et ce qui ne s'accorde pas avec elle, je ne le tiens pas pour vrai. »
c Si quelqu'un t'attaquait, ne le laisserais-tu pas sans réponse, jusqu'à ce que tu eusses bien examiné toutes les conséquences de ce principe, pour voir si elles s'accordent ou ne s'accordent pas entre elles (êcoç dfv tk aTu' Ixetvviç ô^coOédecoç 6p(i.Y)0évToe ffxetj/ato ei aot dXXyjXoiç Çufx'^wvet îj 8tap<oveT;) et quand tu serais obligé d'en rendre raison (StSovae Xoyov), ne le ferais-tu pas encore en prenant quelque autre principe plus élevé (àXXiQv ÔTcdÔgatv ÔTcoOéjxevoç ^ Ttç àvcoOev êeX- Ti<7T?) ^aivovTo) jusqu'à ce que tu aies enfin trouvé quelque chose suffisant (tî îxavov).
En d'autres termes, Platon employait la méthode hypothétique,