‹ Les causes finalesChapitre 4 sur 142 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

non pas le fond et la réalité. La vraie méthode, la méthode* vraiment virile est donc celle qui se pla,ce au cœur même des difficultés , et qui de ces difficultés mêmes fait ressortir la nécessité d'un principe ultra-mécanique, d'un principe de finalité et de pensée.

Telle est notre méthode; voici maintenant nos conclusions.

Elles se ramènent à trois propositions fondamentales :

I. La première, c'est qu'il n'y a pas de principe à priori des causes finales. La cause finale est une induction, une hypothèse dont la probabilité dépend du nombre et des. caractères des phénomènes observés.

II. La seconde, c'est que la cause finale se prouve par l'existence en fait de certaines combinaisons, telles que l'accord de ces combinaisons avec un phénomène final indépendant d'elles serait un pur hasard, et que la nature tout entière devrait s'expliquer par un accident.

in. La troisième enfin, c'est que le rapport de finalité étant une fois admis comme loi de l'univers, la seule hypothèse appropriée à notre entendement qui puisse rendre compte de cette loi, c'est qu'elle'dérive d'une cause intelUgente.

I. Pour ce qui est du premier point, nous sommes cettai- Bement de ceux qui vaudraient que le principe des causes finales fût évident par lui-même, ou que du moins, soumis à la réflexion, il nous apparût avec les caractères de nécessité et d'universalité que Leibniz et Kant ont signaléscomme les caractères des notions à priori. Mais il nous est impossible d^ retrouver ce double caractère. Il est nécessaire que tout ce qui se produit ait une cause, il n'est pas nécessaire que tout ce qui se produit ait une fin*,, s'il n'y avait dans la nature que les faits physiques et clnmiques, une

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inteUigence qui les contemplerait en faisant abstraction d'elle-mènie, serait suffisamment satisfaite par une explication qui rattacherait chaque phénomène à sa cause antérieure sans se préoccuper de TefiFet futur* On dit que rien ne se fait sans raison, et que la raison est toujours un motif, un but. C'est équivoquer sur le mot de raison^ qui tantôt peut signifier la raison déterminante, à savoir ce qui précède, et tantôt la raison consécutive ou finale, c'est-à-dire ce qui suit. Or, dans beaucoup de cas, la première raison suffît. Une bille de billard choquée par une autre est mue dans telle direction ; cette direction s'explique par le choc tout seul et par la direction du choc, sans qu'il soit nécesT saire de supposer dans la bille choquante une sorte de pressentiment ou de prélibation de l'effet produit.

Si Ton doit reconnaître des causes finales, c'est donc uniquement par cette raison que, dans certains cas, la raison antérieure ne suffit pas; c'est qu'entre cette raison et le fait produit il y a un vide, une lacune, un abîme, en un mot un hasard. La cause finale n'est donc que Tapplication du principe plus général de la raison suffisante. Tant que les causes antérieures suffisent, il faut s'en tenir là; car il ne faut pas multiplier les causes sans nécessité; mais n'y a-t-il pas des cas où les causes antérieures ne suffisent pas et où il faut faire intervenir les causes ultérieijrcis ou caus^ finales? Voilà la question.

G^ est si bien la question que ceux-là mêmes qui posent de la manière la plus décidée le principe de finalité comme principe évident par lui-même ne le posent après tout qu'en donnant précisément la raison que nous venons de dcHUier, c'est-à-dire en signalant les faits où la cause mécaiftique ne suffît pas, par exemple, les organismes, les genres et les espèces. Mais al<H*s, si de tels faits n'existaient pas, et

(àl Irt uuliiro t'^rtil récluito aux faits physicjues et chimiques, rhyjuHluW tloviundrait inutile. Elle n'est donc pas un l^'tui^ipo f^ />Wor*, s'appliquaut partout d'une manière néces- NîdiH^ t^l univorselle.

\\y Muiulonaut, (juel est le caractère distinctif de ces faits thnuH losquols nous reconnaissons la nécessité d'un ordre de ohosos (oui nouveau, a savoir do la cîiuse finale? Ce caracttMts c\\sl Wfpproinialion au futur. C'est là l'objet de notre Mvoudo piH)pOvHiliou, (Vost ici que noire analyse a dû porter (iUUo lu prtHnsion possible pour rendre sensible la vérité quo no\is tlôfondoas : car Toquivoque est très difficile à \W\W\\ On dit ou oITol, et c'est Targument fondamental de U\\\^ les auli-liuftlisle$» que tout effet, par cela seul qu'il e^l elVel» diùl Ihmver dans la cause (|ui le pix)duit une rai- *w\\ ««uriUuule de s^i p^xuluelion, et qu'il n'y a point lieu de ï^^Mohuei^ que le?* eause^ii soient pnquv^ îI produire cet effet, HiH'flque «ulhMueul elleji ne le ju\jKUunnentpas;rappropria- \\\\\\ m t\\\\\\\ eiJuU doue le eanieteiv de toute causalité sans r\»H^|^lloUv ue ^MUNUt suftUv eu aucune faet.m de critérium y\\\w * <u^^oievl>er la Ihudile et lui servir de preuve. Voilà \\\ dllHeuUei voici la solution. Sans doule> étant données uu eei hdu nombre de causes qui agissi'ni ensemble, il faut qu'elles produisent un certain effet, et il n'est nullement v\|ouuant quelles soient appropriées à cet effet; mais cet pHel, en tant qu'il n'est qu'une résultante, ne peut être qu'un effet quelconque, n'ayant aucun rapport avec Yintérêt de letre qui en est le sujet, en supposant qu'il y ait des êtres qui aii^nt intérêt à tels phénomènes plutôt qu'à tels autres; or c'est le propre des êtres vivants. Supposons mainteimnl qu'un tel intQrêt existe, il est évident alors qu'il ne »'aglt plus d'effets quelconques, mais d'effets déterminés, ayant un rapport précis avec la conservation de

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l'être. Le champ illimité des effets indéterminés se restreint; une infinité d'effets se trouvent écartés comme indifférents ou contraires à la conservation de l'être : ceuxlà seuls doivent se produire qui sont en harmonie avec la vie; or ces phénomènes sont encore dans le futur lorsque l'organisation se forme; cette organisation, au lieu d'être appelée à produire des effets quelconques, est circonscrite dans son travail par la nécessité de produire tel effet donné et non pas tel autre : c'est ce que nous appelons l'appropriation au futur. Pour cela, il faut un arrangement des causes, non pas seulement une rencontre confuse et quelconque, mais une rencontre précise et limitée. C'est cette précision, cette limitation, cette circonscription dans l'arrangement des causes que l'on n'explique pas et qui par conséquent, dans l'hypothèse mécaniste, est sans cause. La preuve de la finalité se fait donc par le principe de causalité.

* III. Quant à la troisième proposition, à savoir que la finalité de la nature n'est pas possible sans une cause intelligente, nous reconnaissons, avec la plupart des critiques qui ont bien voulu s'occuper de notre li\Te, que c'est là le point le plus délicat de la démonstration. Car, dit-on, s'il est vrai que l'on puisse expliquer la finalité par Tintelligence, par quoi expliquera-t-on Tintelligence, qui est ellemême une finalité ? Et, s'il peut y avoir une finalité par soi et sans cause (comme on l'admet implicitement en reconnaissant une intelligence qui existe par soi), pourquoi n'en serait-il pas ainsi de la finalité de la nature, aussi bien que de rintelligence elle-même? — Mais c'est une loi de la science, aussi bien applicable à la philosophie qu'aux autres sciences, qu'il faut pousser une explication aussi loin que possible, sauf à s'arrêter, si l'on ne peut pas pousser plus

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