Voir chap. III
204 UVRB I, CHAP. V
physioli^iquc... comineace à se réaliser daos une série d animaux de plus en plus parfaits , elle s'exerce d'abord à l'aide d'une partie qui existait déjà dans l'organisme des espèces inférieures, et qui est seulement modifiée dans sa structure pour s'approprier à ses fonctions spéciales. Tantôt^ c'est, pour ainsi dire, un fonds commun, qui fournit aux diverses facultés leurs premiers instruments particuliers ; d'autres fois, c'est à un appareil déjà destiné à des usages spéciaux que la fonction nouvelle emprunte ses organes, et c'est seulement après avoir épuisé les ressources de ce genre que la puissance créatrice introduit dans la constitution des êtres à organisation plus parfaite encore un élément nouveau *. 3
On s'explique parfaitement d'après ces fidts comment le rapport de l'organe et de la fonction n'est pas le rapport absolu, rigoureux, que l'on est tenté de supposer d'abord. Tant qu'un seul et même moyen peut suffire avec certaines modifica* tiens, il est tout naturel que la nature l'emploie; et toute industrie n'agirait pas autrement : d'un autre côté , quand des conditions nouvelles compliquent la difficulté d'une fonction, il n'est pas étonnant que des moyens différents soient employés pour un seul et même acte. Ainsi les branchies ne sont nullement l'analogue des poumons, quoiqu'elles remplissent les mêmes fonctions ; de même que les chevaux ne sont pas l'analogue des vaisseaux, quoiqu'ils remplissent des fonctions sem-
i» Milae Edwardt, Introduction à la BOologU géniraU^ cb« iv<
LES FAITS C0NTKAIRE3 2%
blables. Enfin, on s'explique même ainsi des organes sans fonction. Car de ce que certaines pièces de Torganisme ont cessé de servir, ce n'est pas une raison pour qu'elles disparaissent entièrement. La loi d'économie n'est qu'une application particulière du principe métaphysique de la siânplicité des voies, invoqué par Malebranche, ou du principe mathématique de la moindre action défendu par Euler et par Maupertuis.
Nous venons de parler des organes sans fonction : c'est un fait sur lequel il importe d'insister; car il est un de ceux que l'on a le plus invoqués contre les causes finales.
Les organes inutiles, soit en réalité , soit en apparence, sont de deux sortes : les uns sont des organes complets, entièrement semblables aux autres, avec cette différence qu'ils ne semblent servir à rien. Les autres sont des organes incomplets, incapables d'agir par leur insuffisance même, et que l'on appelle pour cette raison rudimentaires*
A. Organes inutiles. Les premiers sont en petit nombre dans Tétat actuel de la science. Presque tous les organes connus ont leurs fonctions propres : quelques-uns seulement sont réfrac* taires à cette loi. Le principal de ces organes dans les animaux supérieurs est la rate. Il semble en effet que cet organe ne joue pas un i151e très-important dans l'économie animale ; car de nombreuses expériences prouvent qu'elle peut être extirpée sans endommager notablement la vie de l'animal. Cependant il ne laudrait pas conclure de là que la rate n'ait pas de fonc-
t06 LIVRE I, CHAP V
lions; et les phj^siologistes n'en tirent pas cette eonséquenoe; car ils les cherchent, et ne sont pas sans espérer de les trouver^. Un organe peut rendre des services sans être absolument nécessaire à la tie : tout porte à croire que la rate n'est qu'un organe secondaire; mais l'existence d'organes subordonnés, auxiliaires on subsidiaires, n'a rien de contraire à la doctrine de la flaar
lilé ^ Darwin, & ce point de vue, nous vient en aide ; car étm son
système, il est aussi nécessaire de prouver l'utilité des m^ndres organes que dans le système finaliste : « Nous sommes beaucoup trop ignorants, dit-il, h l'égard de l'économie générale de chaque être organisé pour décider avec certitude quelles sont les modifications qui peuvent lui être de grande ou de petite importance... La queue de la girafe, par exemple, ressemble à un chasse-mouches artificiellement construit, et il semble d'abord incroyable qu^elie ait été adaptée à sa fonc* tion actuelle dans un but aussi peu important en apparence que celui de chasser les mouches* Cependant il ne faut pas trancher sans réflexion une question semblable : car nous
1. Voir lUehéreKes $wr Uê fonetioM de ta rate, par MM. Malarret et Picard i^Comptei rendus de VAc, des sciences, 21 déc. 1874 et 22 nov. 1875). — Poar le développement voir la leçon de M. Picard $wr les fonctions d« la raU ^Rûv^e scientifique, 15 Dov. 1879, p. 468).
2. il faut enf>ore ajouter parmi les organes dont on ne oonoalt pas la fonotion les capsules surrénales^ la thyroïde et le thymus. Pour ces différents organes nous pouvons répondue, conome ponr la rate, que de ce que nous ne cooDftiasons pas les fonctions de ces oi^anes, il ne faut pas conclure qu'ils n'en ont pas. Quant au dernier de ces organes, tout porte à croire que c'est un organe fœtal, ou da moins gui a rapport aux fonctions de la première enfance : etr il disparait d'ordinaire à répoque de la pubertéé
LES FAITS CONTÏIAIRES 207
4V0DS VU que, dans i'Aoïérique da Sud, la distribation géographiqae de Texisteiice du teiif mufage «t d'aatres animaux dépead de leur bcalté piw oa moim gninde de résister aux aUaques des insectes, de sorte qve des indifidas qui auraient quelque OMyea de «e «défendre contre de si petits ennemis, pooffaient s'étendne dans de nouveaux pâturages, et gagner jÉBsi un avantage incessant sur des variétés rivales. Ce n'«st pas que nos grands quadnipëdes actuels puissent être atsément détruits par ks noadies; «ais ils sont contiuudlement iiaiàESsés, épuisés, ai bien qu'ils dcvimnent mije^ à plus de «ntadies, ou «oins capables, en cas de famine, de diercher leur «ourriture, ou d*écliapper aux oiseaux de proie i. »
n en est de même des caractères tes plus superficiels en «pparence, par exemple la couleur : « Quand on voit, dit ïtenvrâ, des insectes phytophages affecter la couleur verte, autres qui se nourrissent d'écorce, un gris pommelé, le ptarnigan alpestre (perdrix des neiges) blanc en hiver, le coq de bruyère écossais , de la couleur de cet arbuste , et le francolin noircoolecn* de tourbe, il faut bien admettre que ces nuances particulières sont utiles à ces espèces qu'elles protègent contre certains dangers •. »
Si des caractères aussi superficiels que la couleur peuvent ^e d'une grande utilité à Tauimalj U fie faut pas se b&ter d^alBrmer que tel ou tel organe soit absolument inutile. Ainsi