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CHAPITRE VU

La philosophie mécanique, que nous avons examinée dans un chapitre précédent sous sa forme abstraite et générale, a trouvé dans une théorie récente un nouveau regain de faveur, et a pu croire qu'elle avait enfin rencontré le moyen d'éluder les accablantes difficultés qui de tout temps ont pesé sur elle. C'est là, comme le dit Platon dans la République, c une nouvelle vague » qui s*élève contre nous, et que nous devons encore une fois repousser, si nous voulons que les résultats précédents, si laborieusement édifiés, restent définitivement établis.

Cette théorie nouvelle est la doctrine anglaise dite « de l'évolution x>, théorie dont le point culminant est le darwinisme. En quoi consiste cette doctrine ? La voici en deux mots : c'est qu'aucune chose de la nature ne se produit tout d'abord d'une

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manière complète ou achevée; rien ne commence par l'état adulte; tout au contraire commence par l'état naissant ou rudimentaire, et passe par une succession de degrés, par une infinité de phénomènes infiniment petits, jusqu'à ce qu*il appa* raisse enfin sous sa forme précise et déterminée, qui elle-mèroe à son tour se dissout de la même manière , par une régression de phénomènes analogue au progrès qui l'a amenée : c'est ce fu'on appelle la loi àUntégration et de dissolution» L'univers dans son ensemble, aussi bien que dans toutes ses parties, est soumis à cette loi ; et en particulier l'origine et le développement des êtres vivants, et la succession des espèces organiques s'expliquent de la même manière. Empruntée d'abord à la physiologie, cette théorie a été peu à peu appliquée à la géologie, & l'astronomie, à la zoologie, à l'histoire, à la politique» Partout, au lieu d'apparitions brusques, on a vu des progrès insensibles, des développements lents et continus. Grice h ce travail secret et incessant de la nature, en vertu duquel cbaqua chose finit toujours par s'accommoder à son milieu» on a cm pouvoir rendre compte des appropriations et adaptations qudks partisans des causes finales avaient totyours opposées comsnt une barrière infranchissable aux entreprises de la philosophie mécanique. L'e xamen de cette doctrine s'impose doncici ànoQi impérieusement, au moins dans son rapport avec la question qui nous occupe : car l'étudier et la discuter en eUa*nidœe serait sortir de la sphère de notre sujet. Nous nous contente» rona d'examiner les deux questions suivantes ; l"" la tbâo*

rie de révolution exclut-elle les causes finales et les rend-elles impossibles? 2^ cette théorie dispense-t-elle des causes finales, et les rend-elles inutiles? Si nous réussissons à établir que la doctrine évolutionniste ne rend les causes finales, ni impossibles ni inutiles, nous aurons suffisamment prouvé ce qui nous inté* resse; et nous n'aurons pas à chercher si cette doctrine est vraie ou fausse en elle-même.

Que la doctrine de révolution n'exclue pas la doctrine des causes finales, c'est ce qui résulte manifestement des faits mêmes que nous présente l'esprit humain» Dans l'humanité, en effet, on ne peut nier l'existence de la cause finale et cependant elle s'y concilie parfaitement avec la loi d'évolution. Toute espèce de projet, de plan, de combinaison pour l'avenir suppose la cause finale, et cependant ne peut s'exécuter que par degrés. Un négociant qui entreprend une grande affaire, se représente un but qui ne sera atteint peut*être que dans plusieurs années : cependant pour parvenir à ce but, il doit passer par mille démarches intermédiaires, et, partant du point où il est, ajouter jour par jour, et en quelque sorte pièce à pièce, chacune des opérations dont se doit composer l'opération totale. Ainsi d'un auteur qui compose un livre, d'un grand capitaine qui fait un plan de bataille. C'est même l'impatience causée par ces intermédiaires nécessaires, qui explique le plaisir des contes de fées, où nous voyons par le fUit d'un enchanteur, se produire subitement la chose désirée. Mais c'est ce qui n'arrive que dans les contes de fées ; dans la vie réelle, c'est la gradation» l'évolua

tion qui est la loi ; et cependant cette éTplution conduit au but.

L'industrie humaine, aussi bien que l'industrie de la nature^ ne procède que par degrés, et par une loi d'évolution. Voyez, pourrait-on dire, cette feuille de [papier qui paraît si propre à écrire et qui semble avoir été préparée pour cet usage. Eh bienl il suffit que quelques vieux chiffons se trouvent réunis ensemble par quelques circonstances heureuses, et rencontrent un liquide qui les imbibe et qui les lave, des forces extérieures qui les déchirent et les broient de manière à en faire une bouillie : il suffit que, par la suite des temps et d'heureuses rencontres, cette bouillie devenue tout à fait liquide soit mise en rapport avec une machine (dont Forigine pourra être expUquée plus tard de la même façon) : passant sous certains laminoirs, et par une succession continue de degrés de température, s'échauffant et se séchant progressivement, elle finit par devenir une p&te qui à la fin est précisément ce que nous appelons du papier. N'est-il pas évident qu'il y a là une évolution de phénomènes qui depuis l'état brut de la matière première jusqu'à l'état final de Tobjet fabriqué, ne laisse aucun vide, aucune rupture? et quiconque ne verrait pas la main de l'homme intervenant à chacune de ces opérations, ou à l'origine de toutes, ne pourrait-il pas croire avoir éliminé toute finalité, parce qu'il pourrait décrire avec la dernière rigueur tous le$ moments de l'opération, et le passage insensible de chacun de ces degrés dans l'autre ? Et cependant nous savons

bien que dans ce cas toute la filière des phénomènes a été préparée et dirigée pour atteindre le but final : et si Ton objecte que la main de l'homme est obligée d'intervenir à plusieurs reprises et qu'il n'y a par conséquent pas une parfaite évolution« nous répondrons qu'au moins la dernière opération se développe toute seule, et que sauf l'impulsion initiale (qu'il Êtut toujours supposer dans la nature aussi bien que dans les machines), tout se fait par degrés. Quiconque, en effet, a vu une machine à papier, sait que la p&te liquide qui passe sous le premier laminoir, sort à la fin, en papier propre à l'impression, sans que, dans Tintervalle, aucune autre action que celle ide la machine soit intervenue. D'ailleurs, notre industrie étant très -imparfaite, il est très- vrai que nous sommes obligés d'accomplir plusieurs actes différents dlntervention personnelle avant que lé mécanisme se développe spontanément. Mais plus notre industrie devient habile et savante, plus grand est le nombre de phénomènes que nous pouvons com* biner avec un moindre nombre d'actes préparatoires, de telle sorte qu'en portant par la pensée la sagesse et la puissance à l'infini, il est facile de concevoir qu'un seul acte préparatoire, une seule intervention initiale suffise à une combinaison infinie. Dans ce cas, par conséquent, comme dans celui de l'industrie humaine, les phénomènes se développeront régulièrement, conformément à leurs lois, sans qu'aucun d'eux en particulier suppose aucune action miraculeuse ; et cependant le tout présentera une combinaison savante d'où Ton pourra

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eonclore que le premier coup m été ckmiié ptr une main mdas» trieuee^

Nmi-«ettleBieiit l'idée d'érolutioii n'exclut pasTidée deeaaies finales; mais il cemUe même an eonttuîre qa*eUe l'implique naturellement, fivokitien n'eat autre ehoiê que dér^oppe» ment ; or, qui dit déielopp^uent semble bien 4ire une subs* tanee qui tend ?ers ma but. Le type 4e oe phénomène, c'est la eemenee des êtres organisés, c'est le çland q« devient cbène : or, qui le pousse à oe cliuigemmt, sinon une fcH-ce secrète qol tend à réaliser ce qai cet en puissance dans le gland, c'est^'à^dire Tessence du cfiêne? Sans une telle force, pourquoi le gland ne resterait-il pas gland f c'est donc pour devenir chêne qu'il se modifie. (Test ainsi que, pour Aristote, la cause formée était identique à la cause finale. Pour peu qu'on admette qu'un être a une tendance yens le futur, aspire à quelque chose, on admet par là même quelque finalité.

D'ailleurs l'histoire est là pour nous apprendre que la théorie êyolutionniste n*est nullement inconciliable avec le principe des causes finales. Ce serait en effet une grande erreur de con^

1. M. Liltré objecte à la doctrine des causes finales qu'elle e:dge une totervenffon iBceseaote de la cause suprême daos runivers, et par conséquent Qu'elle e^t un appel au surnaturel et qu'elle est en cela contraire à ce qu'il appelle le mode positif de penser {Revue det Deux-Mondes, 15 août 1886). M. Stoart Mill le réfute sur ce point {Aug. Comte et le positivisme, trdd. franc., p. 15). Il cite même l'autorité d'Aug. Comte, qui, dans son dernier ouvrog« {Politique poêàtiWf !•' vol., p. 47 de la 1''' édition, et 2* vol., p. 57 et 58), affirme que l'hypothèse du dessein dans la nature «si plus vraienubiable que celle d'uo aveugle mécanisiDe. Cabanis est revenu également à lâ même pensée dans sa Lettre à Fauriel $ur leê Causes fremièrest p. H*

LA DOCTRti'^B DE L»ÊVOLDTION 803

«ééfer la ûe^OJCim âe f évotution CDmme une tloctrine â*intention ré6eiit«> ^ qui serait dm exclosiYetnent à la philosophie «ttgtube, Qette d^trifie n eu pour ter imble fondateur Leihniz. €'«81 lui qaiy par ta M ite mniinuité, par sa théorie des percepihnÈ iummiiàèèê, par «M pWntlps t!es in/lntmen^ petits, a le frm^i^ eofistittté œtte théorie d^ne manière savante et protaidô. Cr^ lui ^i ^ dil ^ tLeprêiient est gros du futur. » Or, â n'a Jftfôafe «éparé sa ttiêorie d« rëroînimn et du progrès de te Aiéorie 4eB causes anales. Pour lui, le principe du dévelop* fi&mwt des tt^mades, et par toméquent de Tunivers est ce qu^ tipp^e V^fpi^ftui ou tendance à passer d'un état à un autre, t^Bt «banf^i^nf! Interne 'des snbsftances étant ^ouTernê par le principe de fin, tandis que les changements externes sont seals ivoduîts par tes oauseâ «ttemes et mècanrques.

A^fit k^éemière forme qu'a prise dans racole anglaise .la éMiIrâiè de révcdution, on n'a^ah pas coutume de Fopposer i lafinaiîté) nais m, méca&isme. L'une était la théorie du dèvefopp(X»ent inusmey Tautre la théorie des combinaisons externes, «pénéiœ par le rapprochemeM ou la séparatioa des parties : c'était rfajloKolsiiie en opposition au mécanisme géométrique qoA €»àut toute i4b d^ fa nature, ije^ ainsi que TéTolutio^ «isme de Leibnis s'opposait an mécanisme de Descartes et de 8{mosa) ou etiom'e iévolutionieme de Schelthig et de Hegel «1 mét^msme eAhée du itvnt* sièdlCé Or, dans toutes ces doctrines éfôtfâioQnhteis, c'était la cause finale qui dominait, et 401 inâiM 4iB (mactlSrisrit

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Il n'y a donc pas de contradiction implicite, ip^o faeto^ entre révolution et la cause finale. U s'agit seulement de savoir comment on entendra l'évolution. L'entend-on comme un simple développement des forces mécaniques? Mais on revient par là à la vieille doctrine des combinaisons fortuites, conséquence inévitable du mécanisme pur. Entend-on l'évolution dans le sens du développement intrinsèque de l'essence ? Mais par là même on revient à la cause finale ; car l'essence étant la loi du développement de l'être, en est par là même le but, puisque chacun des moments de ce développement n'est qu'un degré pour arriver à la réutilisation complète de l'essence, qui ne sert de ressort moteur, qu'autant qu'elle est en même temps le terme de l'action.

Que si maintenant (sans rechercher si ce développement est interne ou externe, mécanique ou dynamique), nous considérons seulement dans l'évolution le point de vue génétique^ c'est-à-dire celui qui nous montre les choses d^ns leur naissance, dans leur progrès et leur accroissement, et qui les fait se produire peu à peu devant nous, au lieu de les considérer comme toutes faites, qui en un mot, selon Tex pression de Leibniz, nous en fait voir Impossibilité--' dans ce sens la théorie de l'évolution pourra bien être contraire, en géologie et en zoologie, à ce que Ton appelle les créations spéciales ou locales; mais elle n'a rien qui dépose contre une cause intelligente de l'univers, et surtout, toute question relative à la cause première mise à part, contre

l'existence de la finalité dans la nature. Par exemple, lorsque

M. Herbert Spencer croit combattre la doctrine des causes finales et de l'intelligence créatrice en combattant la doctrine des créations spéciales \ il mêle des questions bien différentes. Les créations spéciales sont une manière de se représenter Tacâon créatrice; révolution en est une autre.. L'histoire de la philosophie est là pour nous apprendre que le problème, dans sa généralité et dans toute sa profondeur, n*a pas été posé par le darwinisme. U Ta été au xvii* siècle avec l'intelligence la plus profonde des conditions du problème, et par Descartes, et par Leibniz. Sans doute, à cette époque, Tesprit n'osait pas se porter sur le problème scabreux de Torigine de l'homme et de l'origine de la vie; mais dans le fond, lorsque Descartes imaginait la formation du monde par des tourbillons, il est évident qu'il ne se le représentait pas comme ayant été créé immédiatement tel qu'il est; et c'est ce qu'il dit en termes exprès dans cet admirable passage du Discours de la méthode. « Toutefois je « ne voulais pas inférer de toutes ces choses que ce monde ait c été créé en la façon que je proposais, car il est bien plus vrai- « semblable que dès le commencement Dieu l'a rendu tel qu'il c devait être. Mais il est certain , et c'est une opinion comcmunément reçue entre les théologiens, que l'action par c laquelle maintenant il le conserve est toute la même que a celle par laquelle il a créé ; de façon qu'encore quHl ne « lui aurait point donné au commencement d^autre forme que

1. Biologie, part. III, c. ii. M. Spencer combat surtout la aoctrine des causes anales par l'objection du mal s voir sar oe point notre chapitre précédent»

€ celle du chaoSi pourvu qu^ayant établi les lois de la naturef a il lui prêtât son concours pour agir ainsi qu'elle a de cou- «tume, on peut croire sans faire tort au miracle de la € création, que par cela seul toutes les choses qui sont puc rement matérielles auraient pu avec le temps s*y rendre « telles que nous les voyons à présent ; et leur nature est t bien plus aisée à concevoir lorsqu*on les voit naitre peu à a peu en cette sorte que lorsqu*on les considère toutes faites *. » Il est évident que Descartes pose ici le principe de la doctrine évolutioniiiste. Supprimait-il pour cela une cause intelligente de Tunivers? Non, sans doute; et quoique Pascal lui ait reproché d'avoir réduit l'action de Dieu à a une chiquenaude, » cette accusation ne porte pas, puisqu'il admettait que création et conservation sont une même chose, et que Facte par lequel il crée l'univers est aussi celui par lequel il le soutient. Dira*t-OQ que précisément Descartes excluait les causes finales de la phy* sique! Mais on peut répondre que c'est plus en apparence qu'en réalité; car lorsqu'il déclare qu*il a cherché les lois de la nature, sans s'appuyer sur d'autre principe que les c perfections infinies de Dieu, » n'était-ce pas revenir de fait au principe des fins, la perfection étant la fin suprême?

\, ZHêcoura de la méthode, c Dîea a si mervelllfiuseaient établi Ces I0I9, dit-il Meanf qu'encore que nous supputions qu'il ne crée rien de plue que ce que j'ai dit (la matière et le irouvement}, et même qa'ii ne mette en ceci aucun ordre ni proportion, mais qu'il en compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'elles-mêmes, et se disposent en si bon ordre qu'dto auront

la îoffOB ù'm m»^ Mf^mf^» ^ ii^ mônshé ob* VI « M* Coum^ iom» IV»

Hais t'est surtout entre Leibniz et Glarke qu'a été débattue la question philosophique, dont les créations spéciales ne sont qu-uQ cas particulier. Encore une fois, personne au xvii* sië« ele n'eût osé porter la question sur l'origine des êtres ▼irants» tant le surnaturalisme s'imposait ayee autorité dans ce domaine; mais sans porter sur telle question en particulier, le débat n'en était pas moins soulevé dans sa généralité. Leibniz maintenait en effet dans toute sa philosoptiie , que la plus haute idée que Ton peut se faire du créateur, c'est de le supposer créant un monde capable de se développer par ses propres lois, et non pas de l'y faire intervenir sans cesse par des miracles. A la vérité, la dispute de Glarke et de Leibniz portait sur une question plus particulière, celle de savoir si le monde a besoin d'être remonté, redressé de temps en temps. On sait que suivant Newton les lois actuelles ne garantissaient pas la durée de notre monde, et qu'il fallait que Dieu intervint de nouveau de temps en temps pour le remettre en état. Il s'agis* sait donc plutôt d'un redressement de l'univers que de créa<* tiens spéciales et nouvelles. Cependant les principes de Leibni2 peuvent s'appliquer aux deux cas. Quand il dit par exemple : c Selon mes sentiments, la mime force et vigmur subsiste ton* fours et passe seulement de matière en matière suivant la loi de la nature; » lorsqu'il dit encore t a Pourquoi serait-il con* traire à la raison que le mot ftat ayant laissé quelque chose après lui, à savoir la chose elle-même, le mot non moins admirable de bénédiction ait laissé aussi après lui dans les

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choses, pour produire leurs actes, une certaine fécondité ou une certaine vertu agissante? » dans ces divers passages, Leibniz comme Descartes tout à l'iieure invoque les principes mêmes de la doctrine de l'évolution, et en écartant le Deus ex machina, il fournit les principes dont on pourra se servir à tort ou à raison contre les créations spéciales ; mais par ces principes, Leibniz ne croyait et ne voulait certainement pas affaiblir la part de Faction divine dans la nature. Il croyait que Dieu avait imprimé à Torigine dans chaque créature la loi de son développement, et que l'univers n'était que la manifestation de cette loi. Enfin il croyait que cette loi n^était pas autre chose que le principe du mieuxy en d'autres termes le principe des causes finales. Il n'y avait donc pas contradiction pour lui entre évolution et finalité.

Autre chose est donc la question des créations spéciales et locales, dans laquelle nous ne sommes nullement engagés; autre chose est la question d'une cause supérieure à la nature, la produisant et la conservant par un acte essentiellement sage ; autre chose surtout, l'existence d'une loi de finalité dans la nature elle-même. Que la doctrine de l'évolution gagne du terrain sur la doctrine des créations spéciales, nous n'y contredisons point; mais la doctrine, bien plus générale, d'une finalité dans les choses n'est nullement entamée par là.

Au reste le savant et subtil défenseur de l'évolution sous s;>. forme la plus récente, M. H. Spencer semble reconnaître luimême la vérité précédente lorsqu'il nous dit : a La genèse d'un

atome n'est pas plus facile à concevoir que la genèse d'une planète. En vérité, loin de rendre l'univers moins mystérieux qu'auparavant, elle en fait un plus grand mystère. La création par fabrication est bien plus basse que la création par évolution. Un homme peut assembler une machine ; il ne peut faire une machine qui se développe elle-même. Que notre harmonieux univers ait autrefois existé en puissance à l'état de matière difîuse, sans forme, et qu'il soit arrivé lentement à son organisation présente, cela est bien plus étonnant que ne le serait sa formation, suivant la méthode artificielle que suppose le vulgaire. Ceux qui considèrent comme légitime d'arguer des phénomènes aux noumènes, peuvent à bon droit soutenir que l'hypothèse de la nébuleuse implique une cause première aussi supérieure au dieu mécanique de Paley, que celui-ci l'est au fétiche du sauvage *. »

Essayons de montrer comment l'hypothèse de l'évolution peut conduire en effet à une conception de la finalité, qui ne diffère de celle qu'on se fait communément que par la grandeur.

Soit le vieil arp-ument des causes finales appliqué à la fabri-

1. Bssayi, iom, l, p* 398; vofr Ribot, Psychologie anglaisef 9« édit., p. 192. — Remarquons en passant que le Dieu de Paley n'est pas un dieu mécanique. Comme il est impossible de parler sans métaphore, il est certain que lorsque Ton compare les machines de la nature aux machines humaines, on est tenté de parler de Dieu- comme d'un mécanicien : de même ailleurs on Sira le divin poète» le grand géomètre, le grand législateur, le souverain juge, etc. Ce sont là des manières de s'exprimer; et si elles sont interdites, il faut renoncer à parler de ces choses.

m LIVAS II OHAP« VU

cation de rœîl i comment une telle machine se S6rait«e))e faite eUe*mème? disone^noue. On répond qu'elle ne s'est point faite elle^mdme^ maie qu'elle s'est prodnite graduellement en tertu dee fordee organieÉtrices qui tissent et fabriquent les matériaux dee organesi muselés, nerfsy Taisseaux^ et les assemblent eit cœnr^ cer? eati, poomon» estomac, etc. -*Sdit, itiais an lieu d'une seule nactiine à expliquer^ tous en aurez des miDiera comhU néfei ensemniOf et réduites en une seule, que Yùn appelle tin organistiiei un être Tirant* Le problème est done bien plus compliqua que préoédeitiment^ et il faut une cause créatrice bien plus puissante. Qui a fait cette machine complexe^ cotti» posée de itiaehines 1 demanderons-nous. S'est-»clle faite elle^ même? Non^ répond-on } elle exisfait en vertu de la géné« ratidiit c'est-à-dire d'ttne loi itihéreate à l'espèce ^ et qui fait de Tespèce tout entière un seul et même être, tin senl

et fflêtne Individu ^ renaissant sans cesse de ses cendrei. «^ Soit ; maisi ici encore, su lieu d'avoir à expliquer un orga« niâme, tous» en aure» des ffillllers \ an lieu d'une seule ma*«

chine, vous aurez des machines de machines à Tinfini, ateC

une forée toujours nouvelle de reproduction. Ne faut'-il pas

pour créer ces machines de machines une puissance et un art bien plus grands que pour en créer une seule isolément? Je demande maintenant : d'où vient cet organisme général, cette série de* machines homogènes que Ton appelle une espèce? S'est-elle faite elîe-tnéme? Non, répondra- 1- on; mais elle a son origine dans une loi plus haute et plus génè-

LA DOCTRINE DK LËVOLUTION 31 i

raie, la loi de transformation : chaque espèce n est qu'une partie d'un tout infini» qui se multipliant dans le temps et dans Tespace sous mille et mille formes, donne naissance h toutes les espèces animales et végétales. — Soit encore ; mais alors au lieu d'une seule lignée, vous aurez des milliards de lignées, toutes douées de vitalité, toutes douées de propriétés artistiques ou industrielles d'une richesse infinie. Le vivant (to Zûîov) pris dans toute sa généralité comme un seui et même être, voilà ce que vous avez maintenant devant vous au lieu de la petite machine dont nous étions partis tout à l'heure. Il ne s'agit plus d'expliquer un œil| ou une dent, mais ce vaste organisme illimité qui peuple les airs, la terre et les eaux d'êtres visibles et invisibles^ tous «'agitant, se dirigeant dans tou£ les sens, pour se conserver et se perpétueri monde visible et invisiblei et dont la partie invisible est peutêtre des milliards de fois plus riche et plus variée que celle qui est visible? Cet être s'est-il fait tout seul ? — • Non» dira-t» on ; mais il n'est lui-même que le produit des lois de la matière, d'une seule loi fondamenlate» si on veut, celle de la conservation de la force. -^ Soiti mais alors, ce qu'il faut expli« qoer c'est le monde tout entier qui est une machine infinie» construisant, détruisant, reproduisant des machine! & l'infini. La force» quelle qu'elle soit, qui a produit ce tout par un seul et même acte, ne serait-elle pas supérieure infiniment & celle dont on n'aurait besoin que pour expliquer chacune des parties? En quoi l'acte de créer chaque chose séparément par une ta*

lonté Spéciale serait-il supériear à Pacte de toat créer à la fois par une seule volonté, toutes réserves foites d'ailleurs de la part d'intervention mdividuelle qu'a pu se réserver la cause créatrice et qui n'est pas de notre sujet.

N'oublions pas maintenant que, dans cette première partie de notre travail, dans ce premier livre, nous avons écarté la question de la cause première, et nous ne nous sommes engagés qu'à établir, comme une loi, l'existence de la finalité dans la nature, quelle que soit d'ailleurs la cause de cette finalité. Créations multiples et spéciales^ création unique, développement spontané de la nature, instinct, volonté, intelligence, génie, loi secrète incompréhensible, identité finale de toutes choses : toutes ces hypothèses sont en dehors de nos recherches actuelles. Notre seule question jusqu'ici est celle-ci : Ya-t-il dans l'univers une tendance des phénomènes à se diriger vers un but? Quant à la cause de cette tendance, nous la rechercherons plus tard. On voit par là que l'affirmation ou la négation des créations spéciales n'a rien qui puisse intéresser notre recherche, puisque la finaUté peut subsister également dans l'une ou dans l'autre hypothèse; et qu'elle subsisterait encore lors même qu'on écarterait l'idée de création, pour y substituer celle d'un développement spontané et intérieur de la nature ; ou même enfin, lorsque tout en affirmant la cause finale au nombre des causes secondes, on se refuserait à toute hypothèse sur l'essence et le mode d'action de la cause première.

U résulte de toutes ces considérations, !<> que Texclusion des créations spéciales ne contredit pas Thypothèse d'une création unique et générale dominée par le principe du mieux; 3^ que l'exclusion même d'une création externe ne contredirait pas encore rhypothèse d'une évolution interne dirigée parle même principe. Par conséquent, le principe de l'évolution pris en luimême n'est pas essentiellement opposé au principe de finalité.

Mais si la théorie de l'évolution n'exclut pas la finalité, n'est* elle pas cependant un moyen de s*en passer? si elle ne rend pas les causes finales impossibles, ne les rend-elle pas inutiles? Telle est la vraie difficulté. Plus on accorde à la nature, plus l'action divine, une fois admise, paraîtra grande : car il est plus divin de faire une grande et puissante machine que des joujoux d'enfant. Mais aussi, plus l'on accorde à la nature, plus il semble que l'on rende inutile une action divine (interne ou externe). Plus on lie les phénomènes les uns aux autres, plus la part de la contingence semble diminuer, plus par conséquent le rapport à un but parait incertain et problématique; là où tout serait lié, et par conséquent tout expliqué, l'intervention du but semblerait surérogatoire, et ne subsisterait plus qu'à titre d'hypothèse gratuite de la raison, ou d'acte de foi, agréable à notre im'agination, mais nullement nécessaire à notre raison. En un mot, la doctrine de la finalité qui ne peut être démontrée ni par l'expérimentation, ni par le calcul, parait devoir s'imposer d'autant plus impérieusement à notre esprit qu'il y aura plus de disproportion entre les

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causes ei les effets s et c'est celte disproportion elle^indiiie qui suggère la conception de finalité* La science au contraire tend à établir de plus en plus la proportion des causes avec les effetSf et semble par li même infirmer rbypotbèse finaliste t et la rendre de plus en plus aléatoire et subjectîre*

Pour marquer avec précision la difficulté i supposons unio* slant Thypotlièse des créations spéciales* Voici une lie inconnue où nous abordons : la terre y est en travail; les airs «t les eaux y sont en mouvement; puis ce travail s'arrête, et une espèce or« ganiséCi un cheval^ un éléphant, un homme apparaît tout à coup devant nous* Les causes sont, par hypothèse, les causes phy^siques et chimiques : le résultat est un miracle de mécanisme* Ctomment comprendre un tel miracle, une telle disproportion des causes et des effets sans supposer une intervention rationnellei et une puissance suprême qui a dirigé ces forces de là nature conformément à un plan ? Supposez au contraire que cet animal ne soit autre chose qu'une forme nouvelle donnée k un animal préexistant, en vertu d'une loi de transformation dont nous avons des exemples dans la nature, puisque c'est en vertu de cette loi que les espèces fournissent des races et des variétés; la disproportion entre la cause et l'effet a disparu ; Ui cause Êuffit à expliquer l'effet. Si elle suffit, pourquoi en cher* cherais^je une autre ? Je remonterai ainsi du second animal à un troisième^ d'an troisième à un quatrième, ainsi de suite i chacun des abtmes que nous voyons aujourd'hui étant comblé, nous trouverons toujoure une cause proportionnée à ref«

teif et Vbypothise opposée ira toujours perdant de sa vraisemblance; ne subsistant plus qu*à titre i! hypothèse libre 9 mais non d'explication nécessaire. Remontant ainsi de proche en proche jusqu'au minimum de vie, on ne se trouvera plus arrêté que par une difficulté expérimentale : ce minimum de vie a-t-il pu naître un jour de la matière brute? Mais si Texpérience venait àfttro laite, Faction vitale s'expliquerait par des causes physi* ques aussi bien que Taotion chimique : toutes les causes correspondraient aux effets. Sienân nous remontons jusqu'à l'origine de notre monde« qui paraissait à Nevirton hors de toute proportion avec une cause physique quelconque , l'hypothèse nèbulaire fera disparaître cette dernière difficulté , et donnera dans la rotation d'une seule nébuleuse primitive une cause suffisante et adéquate à Teffet produit. Sans douter il reste toujours à expliquer la cause du tout, Tantécédent universel > comme dit Mill, mais cette cause absolue n'échappe -t-elle pas ft nos prises? N'est-elle pas purement et simplement l'inconnu? Et d'ailleurs nous avons laissé jusqu'ici cette cause première efi dehors de nos recherches : ce que nous poursuivions, c'é« tait la finalité d6ns la nature. Or cette finalité ne paralt*elle pas fuir devant nous , à mesure que reculant le domaine dçs explications physiques, nous rendons, & ce qu'il semble, de plus en plus inutiles les explications d'un autre ordre? Tel est le redoutable doute que la doctrine évolutionniste peut évo*» quer dans l'esprit* Cependant, en 7 regardant de près, on verra que la difficulté

précédente est plus effrayante en apparence qu'en réalité. En effet, la disproportion des causes et des effets, bien loin d'être favorable à la ûnalité, en serait au contraire la négation. Qui dit moyen et but, dit précisément une cause parfaitement proportionnée à son effet. Ce qui fait le prodige de l'œil, c'est qu'il est justement et rigoureusemeht ce qu'il doit être pour être la cause de la vision. Là au contraire où la cause n'est pas proportionnée à l'effet, il n'y a rien qui puisse faire supposer un moyen, ni par conséquent un but. Il faut bien distinguer entre l'étonnement que produit sur nous un phénomène sans cause, ou du moins sans cause apparente, d'où natt la croyance aux miracles, et l'étonnement que nous cause au contraire la merveilleuse proportion des causes et des effets, d'où natt la croyance aux causes finales. Dans le premier cas, ce qui nous subjugue et nous domine, c'est l'idée de la puissance, dans le second, c'est l'idée de la sagesse. Supposons par exemple que nous assistions à la résurrection d'un mort, n'en apercevant pas le moyen, nous ne serons pas sollicités à supposer de but (à moins que nous n'ayons d'abord obtenu cette idée par une autre voie). Aussi la première idée que les hommes se sont faite de la divinité est celle d'un destin, qui par une volonté aveugle, crée ou renverse, produit la vie ou la mort (à^yiaî) ; et ce n'est que plus tard qu'un Anaxagore ou un Socrate voyant la proportion des causes et des effets, se sont élevés à la Providence. Il suit de là que la preuve de la cause finale suit précisément le progrès que l'on fait dans la connaissance de la cause efficiente. Si l'on

ne savait comment se produit la lumière , et d'un autre côté comment Tomuroit, on n'aurait qu'une notion vague et obscure de la finalité de Torgane de la vue. Il en est de même des poumons et de la respiration y du cœur et de la circulation , de la digestion et de l'estomac. Il faut donc que Ton ait déjà trouvé physiquement une cause suffisante pour être autorisé idéalement et moralement à concevoir une cause finale. Si la cause physique n'était pas suffisante, elle ne serait pas un bon moyen ; ou plutôt elle ne serait pas un moyen du tout; et par conséquent elle n'impliquerait pas un but. Il ne faut donc pas dire que la découverte des causes physiques rend les causes finales inutiles, puisque sans ces causes physiques, la cause finale serait douteuse ou même nulle. On ne peut pas tirer contre cette espèce de cause une objection de ce qui en est précisément la condition nécessaire.

Sans doute, à parler à la rigueur, il est bien vrai que si l'on suppose des causes finales, c'est que les causes efficientes ou physiques ne sont pas suffisantes : autrement on s'en contenterait. Mais en même temps, il faut qu'elles soient physiquement suffisantes, sans quoi elles ne produiraient pas leur effet et elles ne seraient pas de vrais moyens. Si je bats le fer avec un marteau, ce marteau, à parler rigoureusement, ne suffit pas tout seul à battre le fer, puisqu'il doit être dirigé ; mais physiquement parlant, il doit être suffisant à produire l'effet, sans quoi il ne le produirait pas; de telle sorte que celui qui ne verrait que le marteau marcher, pourrait croire qu'il suffit

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absolument, tandis qu'il ne suttit que relativement; mais ee serait IL une profonde erreur.

La question est donc celle-ci : comment de la suffiisanee purement relative des agents physiques passons-nous à l'affifmation de leur insuffisance absolue. La raison fondamentale que nous avons donnée, et que la théorie de l'évolution n'ébranle pas, c'est Faccord d'un tout formé par des causes divergentes et hétérogènes avec un phénomène ftitnr qui ne peut se produire que par la condition de cet accord. Plus Ton s'éloignera d'un groupe particulier (à savoir de tel organe, de tel organisme, de telle espèce organisée, etc.)) plus Ton remontera de cause en cause, en réduisant de degré en degré le nombre des agents physiques, plus on rendra dirficile à expliquer la multiplicité des accords, et la complication infinie des résultantes. Que je tire en effet d'un sac cinq lettres que je sais former un mot, ce sera déjà un grand basard, si en les faisant tomber l'une après l'autre, j'arrive à former ce mot; à plus forte raison si en prenant au hasard dans un alphabet, je faisais un vers ou un poème. Que serait-ce donc, si j'avais fait une machine capable de produire à l'infini des poèmes et des traités de science et de philosophie? Or cette machine est un cerveau. Que si maintenant cette machine était elle-même le produit d'une autre machine, qu'on appelle un organisme, et cet organisme le produit de cet autre organisme plus vaste encore qu'on appelle une espèce, et l'espèce le produit de cet éminent organisme qu'on appelle l'animalité, et ainsi de suite, on voit

qu'à mesure qu'on simplifie les causes au point de vue physique, on augmente d'autant, au point de vue moral, Tabîme qui existait tout d'abord entre une cause physique et un efliet ordonné.

Il y a donc en réalité disproportion entre la cause et l'effet. Mais cette disproportion n'est pas physique, elle est intellectuelle. La cause physique est une possibilité de produire TefTet, ab actu ad posse. Elle n'implique qu'une chose, c'est qu'il n'y a pas contradiclion entre les propriétés de la matière et reffet produit. Mais cette possibilité ne suffirait pas : il faut en outre une activité , ou puissance qui détermine ces propriétés de la matière à un effet précis, et circonscrive la divagation infinie de ses effets possibles dans un champ res* treint par la raison. De là vient que 1^ matière parvient à réaliser quelque chose d'intelligible, ce à quoi elle n'a aucune propension par sa nature propre ^

Ainsi rhypolhèse de révolution ne donne pas en définitive une raison de plus que tout autre système mécaniste pour expliquer par des agens purement physiques Tordre de runi-* vers. Elle n'explique pas mieux comment d'un chaos primi-^

1. Cette différence entre les condifions physiques des phénomènes^ objet propie de la 8cience,^et leurs condilions intellectuelles, objet de la métaphysique, est accordée par les savants : « En disant que la vie est l'idée directrice ou la force évolutive de Têlre, dit Claude Bernard, nous exprimons simplement l'idée d'une unité dans la succession... Notre esprit snisit cette unité comme une conception qui s'impose à lui , et il l'explique par une force ; mais l'erreur serait de croire que cette force métaphysique est active à la fuçon d'une force physique. Cette conception ne sort pas du domaine intellectuel. Il faut donc séparer ici le monde métaphysique du monde physique phénoménal qui lui sert de basé, ê (Définition de la vie, Rev. des Deux-Mondes, 15 mai 18750

tif serait sorti un système régulier. Son idéal serait de tout ramener aux lois des mouvements : mais les lois du mouvementy prises en elles-mêmes, nous l'avons vu» sont indifférentes à produire telle forme plutôt que telle autre, et ne contiennent nullement Tidée d'une formation de système '• La matière reste la matière, à savoir le substratum ou condi* tion du développement des phénomènes ; la force reste égale* ment ce qu'elle est, la cause du mouvement. Ni dans l'un ni dans Tautre de ces deux éléments n'est, contenu le principe d'un développement rationnel. Tout au moins faudrait-il y ajouter un troisième principe , à savoir Vidée qui servira de cause directrice : et ce sera revenir à la doctrine de la finalité.

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