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CHAPITRE II

LA riNÀUTÉ SUSJECÏtVfi ET Là. FIHAUTÉ fMMAKfiKTS.

Le nœud de rargument dit des causes finales ou argument physico*théologique est dans cette majeure de Bossuet : Tout ordre, c'est-à-dire toute proportion entre les moyens et les buts, suppose une cause intelligente. Or c'est là aussi que réside la difficulté radicale <te l'argumeiit. Que Tordre de la nature, que la finalité du monde suppose un principe spéci-^ fiqne, approprié , c'est ce qp\ peut être accordé : mws ce prînelpe est^ïï nécessairement irn entendement, une Tolonlé, une réflexion libre et capable de choixt c'est là une autre qoestion^ et un nouTel objet de contestation.

Ce n'est pas tout. La finalilé que l'on suppose dat» la mimû tipparticnt-elle réellement à fe natnre, est-eBe rédle, obfe&tive, cm ne tierail-ce pas tme ferme île notre esprit, «ne dîsposfmM de notre sensibilité^ en un mot une hypothèse plus ou moins tilile et toinmode potit ne représenter les tiko^i mtàs iMI

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utfe loi essentielle, réelle, vraie en soi, comme doivent être les véritables lois de la nature?

Enfin, troisième difficulté : la finalité doit avoir une cause, soit; mais cette cause est-elle nécessairement antérieure et extérieure à la nature? Ne peut-elle pas être précisément la nature elle-même? Pourquoi ne serait-il pas de l'essence de la nature de chercher spontanément la finalité?

A ces trois questions répondent trois solutions ou hypothèses : rhypothèse de la finalité subjective^ dans Kant; l'hypothèse de la finalité immanente^ et celle de la finalité inconsciente dans Schelling, Hegel et tout le panthéisme allemand. La finalité est-elle subjective? Est-elle immanente? Est-elle inconsciente? Les deux premières questions seront l'objet de ce chapitre. La troisième sera l'objet des deux chapitres suivants.

. § t — Pinalité 8abjecti?6

Dans sa Critique de la raison pure Kant s'était efforcé de limiter et de circonscrire la portée de l'argument physico-théologique; mais en définitive, il semblait en admettre le fond; et sauf une réserve d*une grande importance, mais à peine indiquée ^ U reconnaissait que nous sommes autorisés à conclure de l'ordre de l'univers à une cause intelligente : en un mot, l'essentiel de la preuve demeurait sain et sauf. Mais il restait à examiner

1. « Nous ne chicanerons pas ici la raison naturelle... etc. • (Criiitiyu de là Raitùn pure, Trad. franc, de J. Bami, t II, p. lié.) Voir plus haat p. 44S et ploaloin, p. 48L

LA FINALITÉ 6UBJ£GT1VE 437

la valeur du principe lui-même, en vertu duquel nous faisons ce raisonnement. C'est cette nouvelle question qu'il a examinée dans sa Critique du jugement^ et qu'il a résolue ditts un sens beaucoup plus problématique qu'il ne paraissait le faire dans la Critique de la raison pure.

Gomment Kant a-t*il été conduit à examiner le principe de la finalité? lui-même nous l'explique. C'est que le principe de la liberté, démontré dans la Critique de la raison pratique^ impliquait que la liberté doit réaliser dans le monde sensible le but posé par ses lois. En efTet» le concept idéal de la moralité suivant Kant, consiste à se représenter la maxime de chaque action, comme capable de devenir a une loi universelle de la nature, o C'était donc supposer c que la nature n'exclut point la possibilité des fins qui doivent être atteintes d'après les lois de la liberté. Si la nature en effet n'était pas susceptible de fins, comment pourrait-elle se prêter aux fins de la liberté? En conséquence, il doit y avoir un principe qui rende possible l'accord du supra-sensible servant de fondement à la nature, avec le concept de la liberté, et qui permette à (esprit de passer d'un inonde à l'autre ^ d En un mol, la raison pure nous fournit des con* cepts qui suffisent à constituer la nature, à la rendre possible : ces concepts, qui sont les catégories, et dont le principal est le concept de causalité, nous apprennent qu'il y a une nature soumise à des lois; et cela suffirait pour l'intelligence de cette

t. Crit. du ;uy. Trad. fr. dt J. Barni, tome L Intfodaotioo, § II, p. 20.

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natore, et pour lai donner um oorlaiiie unité. Ibu^ one teUe natnre serait eneore poMble poarm qn'il y cftt des lois» qaand ndoie ces km particnlièrat n'aoment ancon rapiKurt entre dles, et formeraient des systèmes s^wés. Seulement dans cette hypothèse» comment poarrtons*noas rétndier? U nous faat donc qnelqoe chose de plos : noas aTons besoto, pour oamprendre la natnre et ponr Fétndiw avec femlitè, de croire qn'elle forme nn système, un ordre, qae les diverses parties se lient entre elles; de là ces principes : « La nature ne fût rien en Tain. — La natore agit par les voies les plus simples. ^ La nature ne dit pas de sants. (Loi de eonUnuUé, loi de paroimonU, loi de te nurinére aetUm). » Or tontes ces maximes peu* vent se ramener à une r^le fondamentale : à savoir, c que les lois particulières de la nature doivent être considérées d'après une unité telle que Taurait établie un entendement, qui^ en donnant ces lois, aurait eu ^rd à notre faculté de connaître, et voulu rendre possible un système d'expérience, fondé sur les lois particulières de la nature <. »

Ce passage de la causalité à la finalité, ou de la CriHque de la raison pure à la Critique du jugement paraîtra obscur au lecteur; mais c*est qu'il est obscur dans Kant lui-même. Le principe de causalité sert à constituer une nature en général, mais sans rien déterminer pour les lois particulières. Les principes de la physique pure pourraient encore trouver à s'appliquer,

i. md., I IV, p. ss.

qwnd iaé>in^ o» ne s^isir^U ^ucun^ loi clétçiri»i9é^ ^. Go^

lois iom donc contingeiitef^i ^t qç ^ ^^o^wirmi qu'à l'obser*

yation. Nous avons cependant besoiQ 4'un gl fionâttfilfiar

{K)ur Iw étv4iir et le» Qomprep4r§i et pour teur donner ope c«r(^o^ wUéi Ge 6i çonâuct^ur, o'^^t te prmoipe de âmUtât principe nâcessùre» comme 0» te yoUi mûi esienti^emeat

Ici, il fout ai prémunir contre un malantendui Kn un «eni, U e^t yrei de dire que pour lUnt tous le« concept! dci U rAiaon et de Tentendementi lauf ccui^ de to raiion pretlqua, «ont sub< jectifi* On sait» en effet, que lei formel de k sinaibilité (etpaœ et ternpi)» et lei lois de rentendement (cauae et substance) ne sont que Ici conditions propres & l'esprit dana Tétude dfii pbénomtoei ; ce tont donc dee lois lubjectives, puisqu'elles ne sont que les loia de notre esprit, Mais il est à remarquer que Kent n'emploie jamais le mot de subjectif pour exprimer cette signification. U les considère au contraire comme Qbjef' Hve$f en ce sens qu'étant des lois absolument néoessaires et universelle»! et dont nul esprit ne peut s'afiranehlr^ elles déterminent ces phénomènes à nous affecter comme des objeti. Ce qui est universellement et nécessairement vrai est objectif. Bn outre ces lois sont eonsHtuHvesj en ce sens que Pobjet est

1. Par exemple, le principe de la conservation d'une même quantité de force et de matière^ le principe que des pliénomnes extérieurs ont uoe quantité SxtÇDr Bive, etc.^ resteraient vrais, quand m^me Tunivers formerait une sorte de chaos, au» lois déterminé^.

446 UVRB IL GHAP. U

réeUement eonstitoé par dles, que sans dles, il ne serait pas possible, et que Tintoition, rexpérience* la seience méaie ne le sanait pas daiantage.

Il n'en est pas de même da principe de finalité. Gâni-là est sobjectif dans le sens propre dn mot, et il l'est même par rapport aux lois précédentes. Celles-ci en efE^ étant une fois supposées objectiTes, l'esprit bumain peut avoir en outre des tendances, des dispositions, des besoins, qui, sans être nécessaires pour constituer un objet d'expérience ou de science, sont non-seulement utiles, mais indispensables pour guider l'esprit dans ses rechercbes. C'est donc, si Ton peut dire ainsi, une subjectifité au second d^é. Ces sortes de prindpes sont des hypothèses naturelles^ des manières de se représenter les choses, des cadres, des fils eondueieurs pour les recherches; ce ne sont pas des principes constitutife, ce sont des principes régulateurs.

Kant ne se lasse pas de répéter que le principe de finalité n'a qu'une valeur de ce genre. Il appartient non au jugement déterminant f mais au jugement réfléchissant. Le premier, qui est le jugement scientifique proprement dit, applique la loi aux fiiits particuliers, sans aucune espèce de liberté. Le second, au contraire, étant donné un fait particulier, cherche à le laire rentrer sous une loi, à le ramener à quelque notion générale. C'est à peu près la différence qui existe entre la science et la philosophie. Dans les réflexions que nous faisons sur les choses, il ne faut pas voir des lois, mais seulement des pensées. De ce genre est le principe transcendental de la finalité : « Le

jugement le trouve en lui-même.,. Il ne le prescrit pas à la nature, parce que s'il est vrai que notre réflexion s'accommode à la nature », la réciproque n'est pas vraie ; et « la nature de son côté ne se règle pas sur les conditions d*après lesquelles nous cherchons à nous en former un concept. » En jugeant ainsi^c la faculté de juger se donne par là une loi pour elle-même, et non poucL la nature. » En effet, a on ne peut pas attribuer à la nature elle-même quelque chose de semblable à un rapport de âna* lité, mais seulement se servir de ce concept pour réfléchir sur la nature ^. » Et plus loin : « Ce concept transcendental d'une finalité de la nature, n'est ni un concept delà nature ni un concept de la liberté : car il n'attribue rien à V objet; il ne fait que représenter la seule manière dont nous devons procéder dans notre réflexion sur les objets de la nature pour arriver à une expérience parfaitement liée. C'est donc un principe subjectif {iiat maxime) du jugement. > — « Le jugement contient un principe à priori de la possibilité de la nature, mais seulement à un point de tue subjectif y par lequel il prescrit non pas à la nature, mais à lui-même une loi... qu'il ne trouve pas à priori dans la nature, mais qu'il admet afin de rendre saisissable l'ordonnance de la nature ^. » Il ajoute a que l'observation ne nous apprend rien de cette loi, quoiqu'elle puisse la confirmer. » Enfin, c'est la liberté même de notre esprit dans l'application de cette loi qui est la source du plaisir que nous y trouvons.

1. Crit du jug. ln:r., § IV (p. 28, 29), 2« Ibid., iQlr., g V» p. 35 et p. 38<

4« Liva» II. OHAP, Il

Ce caraolèrQ de 9ubjecti?ité, Kmt Tuttribue am ûenx mortel de OnalUé qu'il a diaUnguées ; k h fiaaUtô Q$tbétiqae et ii la fiualUô téléolQgiquei Tune qu'il appelle aus^î finalitè ««((/^4it)i et l'autre âualitô Qté^eHn^ ^ Parle«t*U de la premi^e, c est* i-dire du beau, il distingue le réoUmê et ViéioUêmê de U ^m^ litô. Suivant la première de ces coneeptious» le beau serait t coDime une fin réelle que se propose la nature ; a auiveut la seconde, ce ne serait « qu'une concordance qui s'établit $SQ9 but, d'elle-môme et d'une mawire aeeidânuUê entre la fSQuUi de juger et les formes de la nature« a II aj oute que « partout la nature, dans ses librea formations, révèle une tendance méca<« nique à la production de formes qui semblent aYoir été faites exprés pour Tusage estbétique de notre jugement ; et nous n'y trouvons pas la moindre raison de soupçonner qu'il faille pour cela quelque chose de plus que le simple mécanisme de la na** ture en tant que nature, en sorte que la concordance de pes formes avec notre jugement peut fort bien dériver de ce méca* nisme, sans qu'aucune idée serve de principe k la naturOt » S'il en est ainsi dans la formation des cristaux par exemple» pour* quoi n*en serait-il pasde même pour laproductlon des plus belles formes? Enfin, ce qui prouve que nos jugements sur le beau sont éminemment subjectifs c'est e qu'en général, quand nous

i. Il y a tant de degrés de sabjectif et d'objectif dans Kant que l'on finit par s'y perdre. Ici, les deux espteea de floalité 9ûot aat^eetivei daof le moi qas nous venons de dire : mais l'une (le beau) n'est que l'accord de l'objet avec nos facultés esthétiques. L'autre (la finalité propreaaent dite, celle des êtres organisé! -par exemple) est Taccord de l'objet avec eoo concept, Elle a donc quelque foodement dans l'objet même.

LA BINAUTÈ aOBJJBQTlVE 443

jugeons de 1» bec^uié, nous cherchom eo Dous^même à priori to mesure de notre jugement..» C'est noua ^tti aecueillona U m^ tore avec faveur, ce n'est pas elle qui nous en fait uoe \ »

De?ons-nou8 maintenant, selon Kant, attribuer plus de réa* lité à la finalité qu'il appelle ot||«clîv< (c'est^-dira celle qui constitue à proprement parler le rapport de moyens 4 fin) qu'il n'en attribue, nous venons de le voir, à la finalité subjective, on esthétique? Non ; et même il semble que Kant lui en attribue encore moins; car, dit«il, la finalité subjective repose encore sur quelque principe à priori, tandis que la finalité objective (les causes finales proprement dites) ne reposent que sur Tanalogie. C'est un principe « problématique 1 qu'on fera bien d'admettre dans l'investigation de la nature, mais & la condition qu'on n'en fera un principe d'observation et d'investigation, que par analogie avec la causalité déterminée par des fins, et « qu'on n« prétendra rien expliquer par là '. » Cependant Kant reconnaît < que le principe téléologique objectif a aussi « quelque fonde* ment à priori, b non pas en tant qu'on considère c la nature en général, comme ensemble des objets des sens * 1, mais en tant qu'on considère c une production organisée de la nature; i seulement, encore une fois, c'est c un principe régulateur a, « une maxime d. Ce concept, qui a un fondement à priori dans Tesprit, et une notion déterminante dans la vie des êtres orga*

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