‹ Les causes finalesChapitre 69 sur 142 · LX, p · texte numérisé non relu

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niséSy 8'étend ensuite à toute la nature, et se généralise légiti<mement sous cette forme : c La nature ne &it rien en vain », mais c'est toujours c subjectivement », comme une «maxime >i comme «t un principe régulateur, non constitutif », comme « un fil conducteur » dans nos recherches qu'il est permis de l'admettre ^ Même ainsi restreint, le principe de finalité ne peut-ii être autorisé dans l'étude de la nature qu'à la condition d'être encore circonscrit dans ses propres limites, et de ne pas être compliqué d'un autre concept, celui de Dieu. La téléologie doit rester distincte de la théologie ^ a Si l'on introduit dans la science de la nature le concept de Dieu pour s'expliquer la finalité dans la nature, et qu'ensuite on se serve de cette finalité pour prouver qu'il y a un Dieu, chacune de ces deux sciences perd sa consistance. » £n conséquence, il faut se borner à Fexpression modeste de c fins de la nature > avant de s'enquérir « de la cause de la nature. » Si la physique veut se renfermer dansses limites, « il faut qu'elle fasse entièrement abstraction de la question de savoir si les fins de la nature sont ou non inten^ Honnelles... Il suffit qu'il y ait des objets qu'on ne puisse expli* quer qu'en prenant l'idée de fin pour principe. » On pourra employer métaphysiquement, et pour la commodité de l'usage, les expressions de sagesse, d'économie, de prévoyance de la nature « sans en faire pour cela un être intelligent, ce qui serait absurde, mais aussi sans se hasarder à placer au-dessus d elle,

1 . Toutes ces ezprewioDs epnt réunies dans le même passage, § LXV* 9. LXVII, p. 43«

comme l'ouvrier de la nature, un autre être intelligent) ce qui serait téméraire ^ »

Enfin, la doctrine de Kant se résume, à ce qu'il semble, de la manière la plus nette dans le passage suivant : <f II nous est impossible d'expliquer les êtres organisés, et leur possibilité intérieure par des principes purement mécaniques de la nature^ et on peut soutenir hardiment avec une égale certitude qu'il est absurde pour des hommes de tenter quelque chose de pareil, et d'espérer que quelque nouveau Nev^ton viendra un jour expliquer la production d'un brin d'herbe par des lois naturelles auxquelles aucun dessein n'a présidé ; car c'est là une vue qu'il faut absolument refuser aux hommes. Mais, en revanche, il y aurait bien de la présomption à juger que, si nous pouvions pénétrer jusqu'au principe de la nature dans la spécification des lois naturelles, nous ne pourrions trouver un principe de la possibilité des êtres organisés, qui nous dispens&t d'en rapporter la production à un dessein : car comment pouvons*-nous savoir cela ^ ? »

En un mot, la finalité est une hypothèse, et même une hypothèse nécessaire, étant donnée la conformation de l'esprit humain ; mais rien ne nous autorise à supposer que cette hy*pothèse ait un fondement objectif dans la réalité, et qu'un entendement qui pénétrerait jusqu'au principe même de la nature, serait encore obligé de s'y conformer.

â. LXXIV, p. 17.

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Nous ne rejetons pas emièrement celle doctrine de Kant; nous racceptons même en partie, mais à la conditionde Tinterprétcr» 61 de lui donner une sigaiâoatton diffiire&te«

NOttS disiingooiis deux sortes d'hypothèses : l'one que Ton peut appeler ot^tm et téMe ; l'autre tuàjtttiet et fyuraU^ê* Dané iel deui cas, l'hypothèse n'est jamus qu'une suppositioni c'^esMHlire une conception qui n'est pas absolument démontrée; mais dai» le premier a») eUe est censée correspondre à la traie nature des choses ', dans le second cas, elle n*est qu'un moyen commode pour l'esprit de se les représenter : ladifiérence aeitiit A peu près celle qui existe entre les classifications natu« relies et les tdassificationsârtiâdelies. Parexemple» l'hypothèse de r^er n'est encore qu'une hypothèse, puisque cette substance ne tombe pas immédiatement sous l'expéri^ce; mais pour les savants cette hypothèse, dans la mesure où eUe est autorisée par les Mts, représente véritableinent ta m^ure. Son oliyectifrîté est en proportion de sa prd>abilité : de ce qu'une chose n'est pas absolument certaine, il ne s^ensuit pas qu'eUe soit subjective^ mais ^^ilenv^t qu'elle n'est que probable. C'est le probable et Mn le sul^ecUf qui S''oppose au certain. Dans le second cas êxi ccmbmire, rhyp<Hbèse n'est qu'un moyen figuré de représenter par l'imagination le phénom^e à expliquer. Je puis me servir 4e rbypeUièse de l'attractictti, sans lui accorder aucune valeur objective, mais simplement parce qu'elle est commode i l'esprit. Je me représenterai par exemple une corde tendue atta* chée à la lune, et qui serait tirée par quelqu'^tm placé ait cenlre

LA FiNAIàiTâ BtlfiJECTIlVË 447

4« ta terre i «'est là une %ure, ub« métti^hare, qui sert 4 f&er me» idées tomm^ k% iâieg^ ii^réieâtéeil «or h tablera fixent 1^ idées du géomitmi

On i^t par ces distinctions qu'un principe peut ne piÉs s'im^ poS^r à reiprit aveé ta tnéoie nécessité que le principe de Càû* salité n sans être cependant piar ceia même une conception exclusivement subjective^ Une ^nien n*est pas nécessairement une fictvon^ Quand même la finalité et sa taùse dans un entên«' dément divin ne seraient admisiis ^ult titre d*opinron% il «s «^en«\iivrait pasqu>eliesne iont que des règles conv^tionndtaiB pour Tusage de la raison. Il y aurait à en déteii^iner le d^èigté de probabilité par la comparaison avec les ftiits; mais on ne «émit p«s autorisé pèr là à les transformer en symb<^s figuiA«> tift n'aytM aucun iraipport à la réalité.

€e que nous accordons à Kant> comme noite l'avons établi dans nôtre première partie^ c^est que ta finalité n'est pas un prindpé constitutif comme le principe de causalités Oe n'est ^s un prin^pe inhérent à fe^it humain^ et s'appliqûànt d'une maniée nécessaire et nniterselte^ comme le principe de cauaalilé luinaiéniev C'est une induction, résultant <le l'ana- \efhx II a^ pas non plus ta «ertitude que peut donner i'^supé^ rimenlation et le calcul z c^e&t tme bf po(àè$e^ une doctrine, une <Éi|^nion : ^ n'est ni un Uiéorème^ ni un axiome» ni un làit% A tè tilfls, m pMt tc<^rder qu'il y % qu^»e diose ée subjectif dans c^te doctrine, 4 savd^ ta paît qui n*est pas stisoeptîbieée dèi^MurtraKioBi et ^ i^itîfloation^ «t Msin ta f»t 4'iMMm

qui va toujours augmentant à mesure que l'on s'approche de la source même de l'activité créatrice. En revanche, la même doctrine est objective dans la portion où elle représente les faits : elle est réelle, au même titre que toute induction qui s'élève de ce qu'on voit à ce qu'on ne voit pas. Telle est Tinduction qui nous fait croire à Tlùtelligence de nos semblables. Personne ne soutiendra sans doute que cette croyance est un principe constitutif de la raison humaine ; et cependant on ne conclura pas que ce n'est qu'un principe régulateur, et une fiction symbolique. Il y a là donc un milieu que Kant n'a pas suffisamment démêlé.

Il ne faut pas oublier d'ailleurs la distinction fondamentale faite au début de ce livre entre la finalité de la nature et la cause première de cette finalité. Autre chose est dire que la nature a des fins; autre chose est dire que la cause de cette nature est un entendement qui l'a coordonné e suivant des fins. L'hypothèse de la subjectivité peut s'appliquer soit à la première, soit à la seconde de ces deux propositions. On peut soutenir, ou bien que les fins de la nature ne sont que des apparences; ou bien que ces fins étant admises comme réelles, c'est seulement Thypothèse d'une cause intelligente qui est un pur symbole , une pure maxime régulatrice de l'esprit. Or Kant ne s'est jamais expliqué clairement sur cette difficulté. Tantdt il distingue les deux questions ^ et n'applique son subjectivisme qu^à la seconde hypothèse; tantôt au contraire il semble les y envelopper toutes les deux : en un mot ce qu'il

appelle subjectif, c'est tantôt la finalité en général, tantôt Tintentionnalité. Réservant cette seconde question pour une discussion ultérieure, contentons- nous de dire avec Trendelenburg S

I . Lliypothèse Kantienne de la subjectivHé des causes Anales a élé discutée par le savant logicien Trendelenburg {Logische Uniersuchungent t. Il, p. 47 et suiv.) avec mie grande force, et nous croyons devoir résumer ici son argumentation.

i* Kent raisonne comme si tout ce qui était subjectif ne pouvait être objectif, et vice versa ; il n'a pas pensé à discuter l'bypolhèse selon laquelle quelque cbose serait & la fois subjectif et objeciif. Il ne suiilt pas qu'un principe ne soit pas tiré de l'expérience pour qu'il n'ait pas une réalité objective.

2" Si la finalité est un principe seulement régulatif mais non constilutif, elle ne signifie rien; ce principe n'est même plus une règle; une règle d'arithmétique ou de grammaire est constitutive, conforme à la cbosc elle-même ; autrement que signifierait-elle? Mais, dira-t-on, il y a des règles, comme engrammaire les règles des genres, qui réunissent ce qui peut-être n'a pas de rapport, pour aider la mémoire; le principe ^cs causes finales n'aurait-il qu'une aussi basse valeur? même dans ce cas^ les règles des genres disent quelque cbose sur la nature de Tobjet lui-même. Si le principe de la finalité n'a aucune valeur objective^ il n'est qu'une association fortuite d'idées.

30 Pourquoi Kant admet-il que la finalité est un principe de plus dont nous avons besoin pour soumettre les phénomènes à des règles, quand le mécanisme ne suffit plus à les expliquer? Ce principe de plut est une 8in;?ulière acquisition; un principe doit simplifier : celui de la finalité n'apporte que la confusion, puisqu'il emploie une interprétation des phénomènes absolument contraire au principe de la cause efficiente : si cette contradiction n'a pas d'inconvénients sérieux parce que le principe de la finalité est purement subjectif, alors ce principe n'a pas plus de valeur que l'ordre alphabétique suivi dans les diclionnaires, ou toute autre classification artificielle.

4* Kant a tort de comparer l'emploi du principe de la finalité à celui du principe de l'absolu qui lui aussi n'est que régulatif sans être constitutif. Le principe de l'absolu (das Unbedingte) nous empêche de nous arrêter au particulier et au relatif; il nous pousse toujours en avant et excite la paresse de la raison, mais il la laisse dans le même domaine, dans celui de la cause efficiente. Le principe de la finalité au contraire ne nous pousse pas dans la direction de la cause efficiente ; il nous conduit à renverser complètement l'ordre des faits ; ce renversement ne peut s'appeler une règle qu'autant qu'il conduit à la vérité. Si la finalité Q'est pas dans les choses, elle ne fait qu'égarer notre esprit et déformer la réalité.

50 Enfin quel est le rapport du principe de la finalité aux antres éléments sub* Jeclifs de la philosophie de Kant ? Si la finalité était une forme nécessaire de notre connaissance, comme l'espace et le temps sont les formes nécessaires de l'intuition sensible, tontes choses nous apparaîtraient dans les rapports de moyens et de fin. Mais point; on appelle la finalité à son aide, suivant Kant, lorsque l'explication par la cause efficiente ne suffît plus : c'est l'objet loi-méme qui force Vesprit à

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que si la finalité était une hypothèse puremeot subjective, elle ne servirait à rien, et il vaudrait tout autant s*en passer.

La doctrine de la subjectivité des causes finales ne pourrait avoir quelque solidité que si on la rattachait au principe général du subjectivisme, c'est-à-dire à Thypothèse qui fait de toutes les lois de la nature des principes de l'esprit humain : mais ce serait sortir de notre sujet que d'aborder la question de la valeur objective' de nos connaissances. Il nous suffit d'avoir établi qu'elle n'est pas plus subjective que les autres. Elle est vraie ou faussé, certaine ou douteuse, probable ou improba* ble, comme tout ce dont on discute; mais dans la mesure où elle est établie et déQ)ontrée> elle est aussi objective qu'aucune autre vérité. En est-il de même lorsque passant de la finalité h sa cause, et de la nature à Dieu, on conclut à une cause intentionnelle? C'est ce que nous verrons plus tard.

C'est encore une sorte de finalisme suhjectitiste que nous ren« controns chez un philosophe contemporain des plus distingués^ dont le nom s'est déjà plusieurs fois rencontré dans ces études, if. Lacbelier : celui-ci a cru devoir fonder la loi des causes finales non sur l'entendement, mais sur la sensibilité. Suivant

quitter le obemio qu'il suivait. C'est dono Vobjet qui détenDioe qaand il faut appliqaer le priocipe purem$rU subjectif de la finalité. » — Cette dernière objectioa est empruntée à Herbart : « Comment se faûi-il, dit celni-ci, que la convenancs des dispositions de la nature ne se montre avec une entière évidence que dans certains cas; que, bien souvent, cette convenance nous parait douteuse ; enfio que» maintes fois, la nature nous offre une certaine régularité mécanique, oé même ds simples faits dont il noui est impossible de nous reodre compte? Si l'idée de convenance était une forme nécessaire de l'intelligence, elle devntfl pouvoir s'appliquer ^ toutes tàoses» comme la forme du temps et de l'ei^paoe (oi même le piincipe de l'absolu). » {EinUiiung in di$ Philosophie, { 132.)

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lui, la loi des causes erficietites» « qui se ramène, dit-il, ft renchatuement des mouvements, » est essentielle à Tentende* ment; la pensée ne peut la nier sans se détruire elle«méme. Hais la sensibilité a ses exigences aussi bien que l'entMde* ment« c Un monde dans lequel le mouvement, sans cesser d'obéir à ses propres lois, ne formerait plus aucun composé» ou ne formerait que des composés discordants qui se détrui* raient eux-mêmes, un tel motide ne serait peut^tre pas moins conforme que le nôtre aux exigences de la pensée ^ ; mais il serait loin de satisfaire à celles de notre sensibilité, puis** qu'il la laisserait dans le premier cas absolument tida, et ne lui causerait dans le second que des modifications pénibles >. > Cependant Fauteur reconnaît que c'est là une pretivé bien insuffisante; car pourquoi la nature serait-elle obligée de satisfaire nos facultés ¥ L'affirmer à priori, ne serait-ce pas supposer précisément ce qui est en question , à satoir que Itt nature a un but? Gomment donc la sensibilité pourrait-elk imposer aux choses une loi qui ne leur serait pas essentielle? Voici le biais que l'auteur emploie pour expliquer sa théorie : ce n'est pas seulement l'intérêt de la sensibilité, c^est l'intérêt de la pensée elle-même, qui exige la loi des causes finales» «De ce que cette loi intéresse surtout la sensibilité, il n'eu résulte nullement qu'elle soit étrangère à l'essence de la

i. C'est là une bien forte concession. Platon dans le Théétèle semble croire le contraire. En effet, si une chose est détruite en même temps gae formée, comment pouvons-nous la penser?

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