Fénelon, Traité de Vexùteneê» â$ Dieu^ U I, c. II
LA FINALITE IMMANENTE 461
lités que noas connaissons, et Ton ne peut la concevoir et l'expliquer exactement par analogie avec Fart humain . Il est vrai de dire avec Fénelon que Fart de la nature est supérieur à Tart humain. Mais est-il permis de conclure de l'un à l'autre ? La nature n'est-eUe pas plutôt un analogue de la via qu'un analogue de tan ? Bien loin d'être semblable à rintelli-* gence humaine^ elle serait précisément le principe dont est dérivée l'intelligence humaine elle-même ; et Tindustrie de l'homme ne serait qu'un cas particulier et tout relatif de cet art universel.
Cette distinction de Kant entre la nature et Fart se rattache à une autre théorie profonde du même penseur, qui a eu la plus grande influence sur le développement ultérieur de la philosophie allemande. Je veux parler de la théorie de la finalité intérieure que nous avons souvent signalée, mais sur laquelle il est nécessaire de revenir.
Suivant Kant il y a deux espèces de finalité : la finalité intérieure et la finalité extérieure ou relative*
a La finalité purement extérieure, c'est-à-dire l'utilité d'une chose pour une autre, n'est jamais qu'une finalité relative^ » et « n'existe qu'accidentellement dans la chose à laquelle on l'at^ tribue ^. » En effet, celte finalité suppose toujours autre chose qu'elle-même, et elle est toujours hypothétique. Si le sable de la mer est propre à la culture des pins, on ne peut considérer cette propriété comme une fin de la nature qu'à la condition
à.» Trait, du Jug,^ § i.XII^ fom. ll> p« 18*
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de supposer qUe les pins eux-mêmes sont des fins de la aature^ c'est-à-dire qu'il est décidé d'avance qu'il y aura des pins. Qani cette sorte de finalité, les choses ne sont jamais considérées que comme des moyens; mais ces moyens ne peuvent être tels que sUl y a des êtres qui soient considérés immédiatement et en eux-mêmes comme des fins : or ces êtres tout ceux précis sèment qui manifestent une finalité intérieure. Les premiers ne sont donc des ans que relativement aux seconds, et ceux-ci seuls peuvent donner lieu à un jugement téléalogique absolu^
Cette distinction profonde de Kant a quelque analogie avec celle qu'il établit dans sa morale entre les fins subjectitee et les fins objectives : d'où naissent deux sortes d'impératifs : l'im* pératif hffpothétique, et l'impératif catégorique. Les fins subjec^ tives sont celles qui sont toujours subordonnées à d'autres fins, et qui par conséquent ne sont que des moyens, et ne don* nent lieu qu'à des règles conditionnelles : si tû veux être riche, sois économe. Les fins objectives sont des fins absolues et donnent lieu à des préceptes absolus : sois sincère, que cela te plaise ou non. De même ici, la finalité extérieure est hypothétique. Les rennes dans les pays du Nord sont une nourriture destinée à l'homme, H l'on suppose qu'il doit y avoir des hommes dans ces contrées ; mais pourquoi serait-il nécessaire qu'il y en eût? Au contraire, pour qu'un objet de la nature puisse être considéré immédiatement comme une fin, et donne lieu à un jugement téléologique absolu , U faut que> sans sortir de cet objets et sans avoir besoin de
le subordonner à un autre, on y remarque que q la possibilité de la forme ne pourrait se tirer des simples lois de la nature, b que « cette forme est contingente aux yeux de la raison » et « ne semblé possible que par elle; » en un mot, qu'elle est telle que « le tout contienne la posribilité des parties \ »
Tel est d'abord le caractère commun à toute fin, aux œuvred d*art aussi bien qu'aux œuvres de la nature. Mais pour une production de la nature, il faut quelque chose de plus, à savoir : € qu^eile soit à la fois cause et e;f<;l d'elle-même ^ ; i> c'est-à-dire, comme nous l'avons vu, qu'elle puisse s'organiser, se réparer et . se reproduire : « Les feuilles de l'arbre sont les produits de l'arbre, mais elles le conservent aussi de leur côté. > En consé* quenee une fin de la ftature est une production dans laquelle € toutes les parties sont réciproquement fins et moy^s ^; » Tel esl^le earactère de la finalité intérieure.
Nous voyons ici l'une des sources de toute la philosophie all^ mande ultérieure. La finalité interne de ce philosophe est devenue la finalité immanente de l'école hégélienne \ Au lieu de se représenter une cause suprême^ supra-mondainàj construisant des œuvres d'art, comme l'homme fait des maisons et des outils (ce qui semblerait supposer une matière préexistante), toat le panthéisme allemand s^est représenté une cause întrambn*