CHAPITRE IV
J^'IDÉE PURE ET Ji' ACTIVITÉ CRÉATRICE
Nous sommes arrivé à circonscrire le problème d'une manière de plus en plus étroite ; mais aussi, plus nous avançons, plus la solution devient difficile, et plus les moyens de décider sont délicats è manier, Nous avon^ trouvé qu'il y a de la finalité dans la nature ; que cette finalité doit avoir yne cause \ que cette cause ne peut être le mécanisme pur qui est destructif de toute finalité, iii, ce qui est au-dessus du mécanisme, rinstinct, ou la vitalité. Il semble dès lors que si la racine première de la finalité n'est ni la matière, ni la vie, il hut que ce soit l'âme, c'est-à-dire Tintelligence ou la pensée : car il n'y a rien au delà, au moins qui nous soit intelligible ^ si ce n'est peut-être la liberté : mais la liberté sans intelligence et sans pensée n'est que la force brutale, l'AvaYxi^ ou le Fatum des anciens; et quant à la liberté intelligente, elle est
précisément ce que nou3 appelons d'un çeul mot, et pour abr^ ger, rintellîgence.
Mais riptelligence est*elle la même chose que la pensée? Ou, si on convient de donner le même sens à ces deux noms, le fait ainsi exprimé n'est-il pas double? ne contient-il pas deux éléments : la chose pensée et la chose pensante, le xi cogitansf et le to cogitatum? Si Desçartes a pu dire : cogitOi ^go sum, n'eût -il pas pu dire également : cogito^ ^rgo est aliguid cogitatum? Le pensé n'est-il pas une partie essentiellci de la pensée? Lorsque vQug dites ; A = A, n'y a-t-il p^slà un objet qui se distingue de la conscience que vous en avez? et lors même qu'il n'y aurait aucun A dans le monde, cet A qui est dans votre pensée, ne se distinguerait-il pas du sujet pensant et ne s'opposera-t-il pas h lui? ^tant un penséy il n'est p^s ç^ qx^i pense. Cet élément objectif, immanent à rinteliigence, est ce que Ton appelle Tintelligible^ le rationnel, et il est logiquement antérieur h rintcUîgence : q^r pour qu'il y ^it intelligence, il faut qu'il y ait quelque chose d'intelligihle. La vérité consiste précisément dans cet intelligible en soi, et non dans la conscience que nous en avons. Appelons avec Platon, avec Hegel, idée, ce fondement intelligible de toute réalité ; appelons pensée^ l'essence intérieure et rationnelle des choses : on comprend qu'une nouvelle question puisse s'élever, à savoir : quel est l'élément vraiment constitutif de la pensée? Estrce le rationnel en soi, l'intelligible, l'Idée? Est-ce au contraire la conscience? Dan^ 1^ premier cas, c'est robjeptif d^ la pen§é^ qgi en est l@ @ub«r
naison, à comparaison et à prévision pour approprier les lois et les propriétés de cette matière à un plan idéal ; mais une telle matière n'existant pas, et par conséquent n'opposant aucun obstacle à Dieu, il n'a aucune difficulté à prévoir ni à écarter, aucun moyen à préparer; le monde lui est donné à priori tout entier^ dans toutes ses parties, dans tout son ensemble^ dans tout son ordre. Il n'a qu'un mot à dire, un fiât à prononcer; je vois là une grande puissance, mais aucun acte de prévision.
Ainsi, dans l'hypothèse de Vexemplarisme^ ou des paradigmi platoniciens, la prévision ne serait nulle part en Dieu ; elle ne serait pas dans la conception des types puisqu'ils loi sont éternellement présents (auxa xaô' auxa), tenant de lui leur essence sans doute, mais d'une manière nécessaire; elle ne serait pas dans Texécution de l'œuvre, puisque Dieu n'aurait rien autre à faire qu'à exécuter ce qu'il aurait conçu. On dit dans les écoles que Dieu est l'auteur a des existences et non des essences. > Mais, s'il en est ainsi, dit avec raison Gassendi à Descartes, « qu'est-ce donc que Dieu fait de considérable quand il produit l'existence? Certainement, il ne fait rien de plus qv!un tailleur^ lorsqu'il revêt un homme de son habit ^. »
Reid fait des objections analogues à la théorie des idées, ou des essences éternelles : a Ce système nelaisse au Créateur, dans la production de l'univers, que le seul mérite de Vexêcution* Le, modèle avait toute la beauté et toute la perfection que l'on