‹ Les causes finalesChapitre 92 sur 142 · Eitais de logiqm (Paris, 1857), Eâsai vi, p. 346 et auiy · texte numérisé non relu

Eitais de logiqm (Paris, 1857), Eâsai vi, p. 346 et auiy

LE PhOBLÈMB DE L'INDUCTION 597

faite? Telle est la difTiculté persistante, dont nous croyons trouver la solution dans le principe posé plus haut : à savoir que < Faccord et la coïncidence des phénomènes exigent une raison précise, et cela avec une probabilité croissant avec le nombre des coîncl* dences. »

Reprenons en effet la question inductive.

On se demande comment d'un certain nombre d'expériences particulières, nous pouvons conclure à une loi générale et universelle et sans exception ; par exemple, comment ayant vu l'eau bouillir à 100 degrés un certain nombre de fois, nous pouvons conclure que le même phénomène se reproduira dans les mêmes circonstances, toutes les fois que la température sera à iOOdegrés^ C'est un problème; car quoique le fait -se soit reproduit bien souvent, et même toujours, ce n'est après tout qu'un petit nombre d'expériences relativement à l'infini : or c'est l'infini que nous aflirmons, lorsque nous disons que partout et toujours un fait se reproduira.

Si Ton y réfléchit, on verra que la vraie difficulté n'est pas ici de conclure du présent à l'avenir ; c'est de caractériser et d'interpréter l'état présent. Il ne s'agit pas de savoir si telle loi, une fois prouvée» sera stable et immuable (cela est accordé), mais si tel phénomène est Texpression d'une loi. Il ne s'agit pas de savoir si les mêmes causes produiront les mêmes effets (cela est accordé), mais si tel phénomène est une cause, tel autre un effet. Par exemple, j'accorderai qu'une chaleur de 100 degrés fera toujours bouillir l'eau,

1. 0;i a objecté à cet exemple d'être une sorte de tautolo^e ou de cercle vicieux : car, dit-ou, 100 degrés étant par définition la température de l'eau bouillante, dire que l'eau bouillira toujours à 100 degrés, c'est dire qu'elle bouillira quand elle bouillira. Mais c'est là une confusion d'idées. Sans doute, dan^ rusa{,'e, le terme de 100 degrés est devenu synonyme de température de l'eau bouillante ; mais primitivement 100 degrés ne représentent qu'une division du thermomètre; dire que Tenu bouillira toujours à 100 degrés, c'est donc dire qu'elle fera toujours monter le thermomètre au même niveau quand elle bouillira. L'ébullitioo est un fait ; l'ascension de la colonne thermométrique en est un autre ; il n'est

nullement dit que ces deux faits s'accompagneront toujours : c'est une liaison constatée par l'expérience, mais qui pourrait manquer si l'induction n'était pas légitime. Il n'y a pas là ombre de tautologie.

:m APPENDICE

si je commence par accorder qu'actuellement même, c'est la chaleur qui fait bouillir Teau, c'est-à-dire si j'accorde que la chaleur est cause, et rébullition Teffet. Or, c'est là toute la question ; si j'ao corde cela, j'accorde déjà que c'est là une loi : l'induction est faite : l'application à l'avenir, et à tous les temps n'est plus qu'une conclusion.

Mais maintenant le rapport que j*ai constaté en fait jusqu'ici^ estil une loi, ou un accident? Voilà la vraie question. Pour le savoir, supposons que ce rapport ne soit pas une loi. Qu'est-ce à dire ? N'est-ce pas supposer que la chaleur n'est pas cause, et que l'ébullition n'est pas effet? S'il en est ainsi, le rapport entre les deux phénomènes n'est pas réel, mais apparent; il n'est pas nécessaire, mais for-' tuit; en un mot, c*est l'efTet du hasard*. Si l'ébullition de l'eau à iOO degrés n'est pas une loi de la nature, je dois donc supposer que tandis que certaines causes élèvent la température à 100 degrés, d^autres causes n'ayant aucun rapport avec les précédentes se sont toujours rencontrées en même temps pour faire bouillir Teau : si en effet j'accordais qu'il y a quelque rapport entre ces deux causes, j'accorderais par là même qu'il y a une loi. Si je doute qu'il y ait loi, c'est que je ne me refuse pas à croire que le hasard peut produire une coïncidence constante aussi extraordinaire. Or c'est justement ce qui nous paraît impossible ; et c'est là le vrai principe inductif : là est la différence entre les vraies et les fausses inductions. « Quelle différence, en effet, disions-nous plus haut 2, y a-t-il entre cette proposition si certaine : Ij'eau bout à 100 degrés, et cette autre proposition : Une éclipse est un présage de calamités publiques? La différence, c'est que^ dans le premier cas, la coïncidence des deux phénomènes est constante et sans exception, et que, dans le second cas, la coïncidence ne se présente pas toujours. Or le hasard peut bien amener quelquefois^ souvent même, une coïncidence entre une éclipse et un fait aussi fréquent que le sont les malheurs publics; mais la raison se refuse à admettre que le hasard amène

1. Nous avons retrouvé le même mode de raisonnement dans le philosophe allomand Mendelsohn (voir Gérando, Histoire comparée, part. I, ch, XV, et la noie de notre Traité élémentaire de philosophie, 2e éd., p. 4(

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