LE PROBLEME DB L'INDUCTION
une eolncidenoe conitante et sans exeeption. Cette ooîncidenoe doit
avoir sa raison d'être : la raison, c'est que Tun de ees phénûmènes est la cause de Tautre, ou que les deux phénomènes ont une cause commune, i En d'autres termes^ c'est une loi.
On voit par là pourquoi le nœud du problème inductif est dans la méthode expérimentale» ou Texpérimentation. Elle n'est pas seulement un procédé : elle est l'essence de l'induotion, die en est la preuve. En effet par la suppression des causes présumées (per rejectiones débitas) nous mettons en relief le fait capital de la coïncidence ; par la méthode des variations concomitantes, nous la rendons encore plus sensible ; enfin par le calcul appliqué à Pe^périencs, et à l'hypothèse présumée, tirant d'avance les conséquences les plus éloignées possible des faits, conséquences que de nouvelles expériences nous permettent de vérifier, nous suscitons des cofnoi* dences nouvelles , confirmatrices de la première, et inintelligibles, s'il n'y avait pas là une véritable cause. C'est ainsi que la répétition, qui serait insignifiante, s'il ne s'agissait que du nombre des faits (puisqu'on est toujours également éloigné de l'infini), c'est ainsi, dis^je, que la répétition acquiert une valeur logique. En eTfet, Tin* vraisemblance des coïncidences est d'autant plus grande qu'elles sont plus répétées. On voit aussi par là pourquoi il peut arriver qu'une seule expérience suffise à la preuve ; c'est qu'il est telle coin* cidence qui ne pourrait guère se produire même une seule fols, si elle n'avait s» raison dans les lois de la nature. C'est ce qui fait que les grands savants se méprennent rarement sur la valeur d'un fait significatif, ne se présentât-il qu'une geule fois. On dit que Oh. Bell ne voulut pas répéter la fameuse expérience qui établissait la différence des nerfs moteurs et des nerfs seni^ltifs, tant sa sensibilité répugnait h faire souffrir les animau?:, Çroit^-on qu'il eût douté pour cela de sa découverte ? L'abbé Haây laisse tomber un morceau de quartz, et rien qu'en observant la cassure, 11 devine surle-champ qu'il vient de découvrir une loi de la nature : oar quelle apparence qu'un minéral se casse par hasard suivant les lois de la
géométrie? Ainsi de mille e^empl^s. h^ oœu4 est donc non pa§
dans la répétition elle-même, mais dans la îêH de la eefnaideneo :
seulement la répétition ajoute évidemment beaucoup à la valeur des coïncidences.
Une fois la première affirmation établie, le reste va de soi, et Tapplication à Tavenir n Wre plus aucune difficulté. Car si tel phénomène est le produit de telle cause, il s'ensuit manifestement que telle cause étant donnée, tel phénomène suivra ^ : comme le dit Spinoza, ex data causa determinatà necessariosequitur effectué. Cette réciproque du principe de causalité est aussi vraie que lui, et n'est que ce principe même renversé.
L'induction se compose donc, selon nous^ de deux moments, et se ramène à deux propositions, Tune synthétique, l'autre analytique. La première est celle-ci : toute coïncidence constante des phénomènes a sa raison d'être (soit dans la causalité d'un des phénomènes par rapport aux autres, soit dans une causalité commun^»). La seconde proposition tout analytique est celle-ci : une cause donnée (considérée sous le même point de vue et dans les mêmes circonstances) produit toujours le même effet qui a été une fois donn-^
1. C'est ici qu'inlerviendruit, selon M. Laclielier, la seconde loi, ou loi des causes finales, qui composerait avec la première, ou loi des causes efflcientes, le principe inducUr. Noos n'affirmons pas seulement, en effet, cette proposition hypothétique : 9* telles conditions sont données, tel effet suivra ; nous affirmons une propositioD catégorique à savoir : que telles Conditions sont données en effet. Notre confiance envers la nature n'est pas problématique : elle est assertorique, comme dirait Kant. Or cette confiance implique que la nature a on intérêt à conserver Tordre des choses : ce qui est au fond le principe de finalité. — Nous ne croyons pas qnant à nous que h différence du si et du que (le to tl et le rb Sri) ait ici une aussi grande portée que le veut Tauteur ; et nous résolvons la difficulté toujours par le même principe que plus haut. Eu effet, quelle que soit la stabilité future de l'ordre du monde, toujours est-il que cet ordre a existé jusqu'ici. Or cet ordre est la résultante d'un nombre infini de coïncidences, qui ont dû avoir lieu pour que l'équilibre se produisit : mais le hasard ne peut avoir amené une telle masse do coïncidences; donc l'ordre du monde, non pas dans l'avenir, mais dans le passé, et dans le présent, suppose une cause précise, une cause d'ordre. Celte cause étant, donnée, Il va de soi qu'elle continuera à agir conformément à sa nature, en d'autres termes que l'ordre durera, tant que nous n'apercevrons pas d'indices qui nous fassent soupçonner le contraire. Ce qui prouve qu'il n'y a là aucune croyance à priori, c'est que Newton était arrivé par l'étude des faits à croire que le système du monde se dérangerait, et qu'il faudrait un acte nouveau de la puissance divine pour le rétablir; et c'est encore par l'étude des faits qu'on a écarté ce doute. La oroyance à la stabilité de la nature n'est donc qu'un des résultats de rindoctioo, au lieu d'en être le fondement