‹ Les causes finalesChapitre 95 sur 142 · LE PROBLÈME DE L'INDUCTION · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE L'INDUCTION

savant ne doute de la vérité de Pinduction ; et il n'est pas même nécessaire que la coïncidence des faits se reproduise bien souvent pour que le savant conclue à une relation nécessaire et essentielle. On ne doit donc pas reprocher au principe de finalité d'être un point de vue subjectif et invérifiable, puisque cela est aussi vrai de la causalité efficiente. Si Ton nous dit que Texpérience a fait connaître de plus en plus des liaisons constantes, nous dirons que la même expérience nous a fait connaître de plus en plus des rapports de finalité. Les premiers hommes et les premiers sages, <3ocrate par exemple, n'étaient frappés que des buts les plus apparents : les jambes sont faîtes pour marcher, les yeux pour voir, etc. Mais à mesure que la science a approfondi l'organisation des êtres vivants, elle a multiplié à l'infini les rapports de finalité. Si l'on dit que Ton a supposé de fausses causes finales, nous répondrons qu^on a supposé do fausses causes efficientes. Si Ton nous montre, dans la nature, des choses dont nous ne connaissons pas le but, nous ré<» pondrons qu'il y en a une infinité dont nous ne connaissons pas la cause ; que si même il y en a qui jurent en apparence avec le principe de finalité, par exemple les montres, il y a aussi des phénomènes qui ont pu paraître aux esprits peu réfléchis échapper aux lois ordinaires de la causalité, à savoir les prodiges et les miracles. Enfin, de même que l'enchevêtrement des causes limite l'action de chacune d'elles, et nous empêche souvent de les isoler, de même l'enchevêtrement des fins peut bien aussi les contrarier et les enchaîner de manière à ne pas nous permettre de les démêler avec précision. En un mot, il y a parité parfaite entre la finalité et la causalité ; et celui qui nie la première pourrait tout aussi bien nier la seconde. Mais quiconque nie la causalité nie la science. La croyance à la finalité, si contestée par certains savants, est fondée précisément sur lo même principe que la croyance à la science elle-'même.

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