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LA LOI DE GUVIER

nourrit de proie vivante; mais quand il s'agit d'en déduire le système osseux d'un tigre, d'un lion, il y a de si petites différences que vous n'en viendrez jamais à bout. Quand vous en viendrez aux différentes espèces de lions qui ne se distinguent que par le système pileux, Tune d'elles ayant des houppes de poils sur les flancs, Tautre n'en ayant pas, il nous sera impossible de distinguer par ce» simples parties du squelette une espèce d'une autre... M. Guvier a trouvé lui-même son principe en défaut Le tapyrium gigan^ teum qu'il avait déterminé sur une seule dent complète, se rencontra être, quand on découvrit la tête entière, avec des dents absolument les mêmes, un dinothérium, animal perdu qui n'est point un tapir et qui semble être un pachyderme aquatique, comme le morse, quoique bien différent. Ce principe de M. Cuvier est donc faux dans sa généralité, même en s'en tenant aux dents, où il a cependant une application plus fréquemment possible K v

Ces observations de Blainville, de la valeur desquelles nous ne sommes point juge, peuvent prouver, en les supposant fondées, qu'il ne faut pas exagérer la portée du principe de Cuvier, et que ce serait une illusion de croire qu'avec un fragment d'os quelconque on pourrait reconstruire dans tous les détails de son organisation un animal disparu : mais c'est assez à notre point de vue qu'on puisse le faire pour un certain nombre d'animaux, et pour la forme générale du squelette. Lors même qu'une telle méthode- ne donnerait pas l'espèce, mais seulement le genre ou la famille, ce serait déjà un principe très-important ; et une liaison harmonique, fût-elle réduite aux conditions les plus générales de l'organisation, serait encore infiniment au-dessus des forces d'une nature purement aveugle; toutes réserves faites d'ailleurs de l'explication de telles corrélations, comme de chaque organe en particulier par l'hypothèse sélection '> niste, discutée au chapitre VlIIde notre première partie. Cette hypothèse ou toute autre du même genre mise hors de cause quant à présent, le seul point que nous maintenions ici c'est que le plus ou moins de latitude accordé à la loi de Cuvier par les nàturali9te3

1. Histoire du sciences de Vorgtuiisationf tom. III, p. d98« -,

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(ce dont ils redtent seuls juges), laisse cependant h cette loi une assez grande part de vérité pour autoriser nos inductions.

Une autre objection faite à cette loi, c'est qu'en la supposant rigoureusement fondée pour les animaux supérieurs, et en particulier pour les vertébrés, les seuls auquels Guvier l'ait appliquée, il est loin d'en être de même pour les animaux inférieurs. La corrélation du tout aux parties dans ces animaux, est si loin d'être rigoureuse que Ton peut les couper sans qu'ils cessent d'être vivants, et que ces tron* çons peuvent reproduire l'animal entier. Cest ce qui arrive pour les naïades, les hydres, etc. Il semble que dans ces animaux il n'y ait pas plus de liaison entre les parties qu'il n'y en a entre les diffé* rentes parties d'un minéral, puisqu'on peut les diviser sans les détruire : ces parties ne sont donc pas réciproquement les unes aux autres moyens et buts.

M. Milne Edwards a donné une explication três-satisfaisante de ce singulier phénomène.

c Pour comprendre ce phénomène, dit-il, en apparence si contradictoire à ce que nous montrent les animaux supérieurs, il faut, avant tout, examiner le mode d'organisation des polypes dont nous venons de parler. Ces animaux sont trop petits pour être bien étudiés à l'œil nu ; mais lorsqu'on les observe au microscope» on voit que la substance de leur corps est partout identique; c'est une masse gélatineuse renfermant des fibrilles et des globules d'une petitesse extrême, et dans laquelle on n'aperçoit aucun organe distinct. Or, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'identité dans l'organisation suppose l'identité dans le mode d'action, dans les facultés. Il s'ensuit que toutes les parties du corps de ces polypes, ayant la mêm'S structure, doivent remplir les mêmes fonctions : chacune d'elles doit concourir de la même manière que toutes les autres à la production du phénomène dont l'ensemble constitue la vie; et la perte de Tune ou de l'autre de ces parties ne doit entraîner la cessation d'aucun de ses actes. Mais si cela est vrai, si chaque portion du corps de ces animaux peut sentir^ se mouvoir, se nourrir et reproduire un nouvel être^ on ne voit pas de raison pour que chacuned^elles après avoir été séparéedu reste»

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