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LA LOI DE GOVIEB

ne puisse, si elle est placée dans des circonstances favorables, continuer d'agir comme auparavant, et pour que chacun de ces fragments de l'animal ne puisse reproduire un nouvel individu et perpétuer sa race, phénomène dont Texpérience de Tremblay nous rend témoins, i

Cette explication nous montre que le fait en question n'a rien de contraire à la loi de Guvier. Cette loi ne s'applique évidemment qu'au cas où les organes, ainsi que les fonctions , sont spécialisés ; et elle se manifeste de plus en plus à proportion que la division du travail augmente. Comme le dit M. Herbert Spencer S « l'intégration est en raison de la différenciation. »

Il n'est donc pas étonnant, comme Ta remarqué également M. de Quatrefages, que la loi de Cuvier, incontestable dans les animaux supérieurs, fléchisse dans les règnes inférieurs de l'animalité. Par exemple , dans les mollusques , suivant ce naturaliste , de grands changements peuvent avoir lieu dans certains organes, sans que Ton trouve dans les organes corrélatifs les changements correspondants, que Ton aurait le droit d'attendre. Les formes organiques, dans ces animaux, ne sont pas liées d'une manière aussi rigou* reuse et aussi systématique que dans les animaux à squelette. La loi des corrélations organiques n'est donc qu'une loi relative, mais non pas absolue.

On conçoit que les conditions de la nature animale soient de moins en moins rigoureuses, à mesure que l'on descend l'échelle* Là où la vie est plus lâche, moins complexe, les coexistences doivent être plus faciles et les incompatibilités plus rares entre les différents organes. Supposez un animal intelligent, cette condition fondamen* taie implique immédiatement un nombre très-considérable de con-* ditions secondaires, infiniment délicates, liées entre elles d'une ma.^ nière précise ; de telle sorte que l'une manquant, l'être total souffre ou périt, ou même ne peut absolument pas être. Supposez, au con* traire, un animal vivant d'une vie sourde et toute nutritive, dans des conditions extérieures favorables à son développement, la liai""

1. Voir, plus loin, la dissei-luliun ioiilulée i Herbert Spencer et Vévolutionnismei

son entre ses diverses parties pourra être très-faible et très-lâche, sans nuire à sa conservation. Cependant, même là, il me semble impossible qu'il n'y ait pas certaines incompatibilités*, et certaines corrélations, que la théorie indique comme devant être en rapport avec le degré de complication que présente Tanimal. Ainsi, il est impossible qu'il n'y ait pas un certain rapport entre les organes de la nutrition et les organes du mouvement ; et que ce rapport ne soit pas déterminé par la facilité que rencontre l'animal, suivant le milieu où il vit, de trouver sa proie. Ainsi, même dans les républiques de polypes, il doit y avoir des corrélations nécessaires, saotf lesquelles elles ne seraient pas.

(Livre I, chap, ii, p. 84.)

Lesage, célèbre physicien de Genève, connu par son Lucrèce Newtonierty avait projeté un ouvrage qui semble, quoiqu'à un autre point de vue , conçu sur un plan analogue à celui de la Cri" tique du jugement de Kant. C'était, nous dit Prévost de Genève, son éditeur et son ami » une Théorie des fins de la nature et de Vart, Il devait l'intituler : Tétéologie, et répondait par cet ouvrage au désir de Wolf qui, dans la préface de sa Logique, avait émis le vœu que la doctrine des fins lût traitée à part comme un corps de science distinct. Malheureusement , cet ouvrage de Lesage ne nous est parvenu que sous forme de fragments détachés» assez obscurs', et il nous est difficile de nous faire une idée juste et de la méthode qu'il comptait suivre, et des pensées principales qu'il devait y développer. Nous extrairons de ces fragments quelques-unes des idées qui paraissent les plus intéressantes.

Lesage lui-même, dans la préface de son Essai de chimie méca* nique (p. 92 et 93), nous apprend comment il avait conçu l'objet et le plan de son traité : « Il serait possible, dit-il, de donner une

1 . On troavcr i ces fragments, aiu&i que le LtLcrect Newtonien, dans la Notke d» la vie et des écrits de Lesage, par Pierre Prévost (Genève, 180 )).

théorie des fins, qui embrasserait les ouvrages de l'art et ceux de la nature , et qui après avoir fourni des règles de synthèse pour la composition d'un ouvrage sur des vues données avec des moyens donnés , proposerait des règles d'analyse pour découvrir les vues d'un agent par Tinspection de ses ouvrages. »

D'après ce passage il est permis de supposer : !<> que Lesage devait d'abord donner la théorie des fins, en partant de la considération des ouvrages de l'art, et 4e là passer aux ouvrages de la nature ; 2» que dans le premier cas^ connaissant la cause qui agit, à savoir la cause intelligente, et pouvant l'observer quand elle agit suivant dés fins et par des moyens déterminés, il aurait tiré de cette observation les régies générales d'une action dirigée par la vue d'une fin ; et ces règles pourraient être appelées règles de synthèses , parce qu'elles seraient tirées de la connaissance de la cause; 30 que de ces règles de synthèse, il devait tirer des règles d'analyse, qui permettraient de remonter de l'effet à la cause intelligente , lorsque celles! n'est pas dorniée, et de déterminer par l'inspeetion d'un ottvrageles fins qui y ont présidé. H devait même, croit dans la première^ soit dans la seconde partie, ne pas se con* tenter de règles logiques, mais employer même des princigGS fltthématiques, eomme on roh par une sorte de table des matières, où Ton trouve ce titre : c Sur les plus grands et les moindres des mathématiciens. Oa crur le meilleur et le morns mauvais en général, llloslration par les cellules des abeilles. 3

Le» fragments qui nous restent répondent à peu près au pbD indiqué. Ils se composent de deux chapitres, dont Tun a poorobj^ la synthèse des fins, et l'autre Vanalyse des fins.

Synthèse des fins.

Définitions. — Lesage définit la fin, à peu près comme nofls l'avons fait nous-même au commencement de cet ouvrage :

f L'effet d'une cause Intelligente, considéré en tant qu^eUe r« connu et voulu, est dit la fin de cette cause K i

I. Plus loÎQ, il déflnit la cause finale, « le motif qui détermine 00 être iotelB* geat à yoaloir ime /In. v J» m sais s'il est permis de confondre h esuA &*^ avec le motif. II «embie qœ éam Paasgele fto» habilud d» loot) ia esort M*

LE8AGÊ ÛÈ 6ÉNÈVÉ 611

c tôùtei» U& catisefir intermédiaii'es sont dîtéd moyens d'exéoix* tion, ou sîmpleinetït les moyènB*

€ Lorsque Von considérer leÈ tûàyenë coifiDûië d€f& Ûtiê, celui éuï' lequel agit immédiatement la cause ordinatricét ô'âppefle ftfi pfô' chaîne : tous les autres, é^fl y en a, S'appellent fine êtai^nééë; et celle où fous letf Ètïoyens êë téi'minenf , se nomûié fin dernière, f

On appelle aussi les prenïîèré&, fine sUbotdônHéès, par rapport à la dernière qtii est là fin pHn^ipdlef, et qixï |M(r là même eèt la seule qui liïéritele îHré de fin.

De ce principe impottaût, Léâage dédtnt léêT conséquences attU vantes :

« Lorsque detix tués réunie» dâiïiï utt oftjét se crôiéérit rûriô fati-* fre, rêtré ordinateur devra ôàcriâef p\viS où Éttoîns de chacune pour prendre lé miéu^t entre totited les eïécutîônd iniparfaites dô chacune. Dans ce choix deux raotifô doîveftt lé détérftiînér : Tîm* portance de chatipié vue pour la fin prîftdpâîlef; lé dé^ré dé contra-' riété qui se trouve entre l'exécution de ceK;té vue srabordonnée et celle de l'autre ou des autrei^.

i Donc : !<► Si quelqu'une des truéé qûî €é féùnfss'ëni rfaniï ûlï objet était tréaucottp plus Importante (ftte tes âtitrés, et qu'elle léif^ fût en même temps fort contrâfré, totttéfir céâ tuéd ihoindres dîspâ* f aîtraiént peu à péK. f

c 2^ Si les vues différentes étaient à peu près également impôr<* tantes, et à pert près également ôppôséésT léô ufiefiT àtix autres, elles seraient âutei à peu près également bîén exéctitéés; et éé âei^ît lé Cas où elles le seraient le moins bfén. v

€ 30 Si l'inégalîté ^Importance âdxië teÉ ÛM était fort grande, mais que l'exécution dé^ tnofndres nuisit extrêmement' peti â l'exécution de^ plui^ grandéd, ùéd ûiolûdreâ-Ià feraient preâ'qué parfaite* ment remplies. »

B*ô6t Attire ebod» qoe la itar ette-méofie : c^est k fio^ éôtaàâètéé^ «mmo Èmiêê, eaosefi de TactioD. Le molif est une cause impulsiv0, et bod fioale. C'est poarqpoi Ubags dit très-bien : « t)iffert finis kmoUto; nam moCivum causa impulsiva dicitur... Tempus amœnum v. g. ambulatioftis t&d^viBâ, iéé no^â dtSs esse pofesh Brgô omms fiois moiivam sied noo omoe flaotivom âxàè QâOQoe M# » iU^ags, Oiilologia, c. III, S 4.)

De cette dernière règle, Lesage concluait, en repondant a un mot célèbre de Diderot : c qu'il n'y a point d'absurdité à se représenter l'Être Éternel occupé à plier l'aile d'un scarabée, ou à compasser Talvéole d'une abeille, i

Pour prouver que lorsqu'un agent poursuit plusieurs vues à la fois, il fait un ouvrage moins parfait que lorsqu'il n'en a qu'une seule, Lesage cite les exemples suivants :

c Les oiseaux nocturnes ont la prunelle fort ouverte : par la même raison, ils ne voient pas si bien le jour. Une dilatation et contraction alternative de la prunelle pourrait rendre le même œil également propre à voir de nuit et de jour ; mais cette flexibilité des fibres de l'iris rendrait en même temps les organes plus faibles et plus fragiles, et nuirait à l'animal plus qu'elle ne lui serait utile. Un créateur intelligent a donc dû prendre un milieu entre une flexibilité nuisible, et la rigidité absolue.... De même les oiseaux sont ordinairement moins propres à marcher, à proportion qu'ils sont plus propres à voler. »

€ Lorsque l'exécution d'un projet donne lieu à quelque inconvénient réparable, de tous les remèdes qu'on peut y apporter, ceux* là sont les plus utiles qui naissent du mal même.... La peau que la chaleur rendait aride, est humectée par les glandes mêmes qu'elle couvre, et que la chaleur ouvre, quand elle rend l'humidité nécessaire. »

Tel devait être le premier chapitre de l'ouvrage, contenant la synthèse des fins. Lesage a ajouté cette note : c II y a trop de distinctions scholastiques dans ce chapitre, et pas assez de règles» Je me propose de doubler celles-ci, et de réduire celles-là. > On voit par là que la principale originalité que Lesage se promettait était de donner les règles d'un ouvrage composé suivant des uns.

En principe, il n'eût dû prendre ses exemples que des faits ou les fins sont accordées, à savoir des faits humains : mais en réalité, il les empruntait indifféremment à cet ordre et à l'ordre de la nature.

Passons au second chapitre, qui devait contenir des règles c pour découvrir les fins d'un système. »

Ce second chapitre est plus obscur que le premier, et ne répond

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