‹ Les causes financières de la Révolution française (volume 2)Chapitre 16 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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cessa dès lors de circuler, la monnaie neuve no la remplaça que dans une faible proportion, Tor disparut des mains des particuliers, et le commerce se trouva entravé dans ses échanges. Un commencement de crise monétaire se manifesta, et les débiteurs de mauvaise foi alléguèrent qu'elle les mettait dans l'impossibilité de tenir leurs engagements. Le délai de deux mois au bout duquel les pièces d'or antérieurement frappées devaient, d'après la déclaration royale, cesser d'avoir cours, arriva sans que leur refonte fût achevée ni même fort avancée, et le contrôleur général, assailli de réclamations, fut obligé d'aviser. Il fit rendre, le 18 janvier 1786, des lettres-patentes qui autorisèrent les directeurs des hôtels de monnaie à remettre aux porteurs de louis des bons remboursables à époques déterminées et productifs d'un intérêt de 4 pour 100 l'an, qui prorogèrent jusqu'au 1" janvier 1787 le cours des anciens louis, et qui augmentèrent le nombre des hôtels de monnaie où les nouvelles pièces d'or durent être fabriquées '. Mais aussitôt le public se montra inquiet : les bons de monnaie lui parurent être un papier suspect, et la crainte se répandit que le gouvernement n'en émit pour une somme supérieure à la valeur de l'or à refondre. En outre, on fut très mécontent de la prolongation des délais pour la délivranc des nouveaux louis, et on supposa « que le véritable but du ministre était de se ménager une jouissance de fonds, par forme d'emprunt sur les propriétaires des anciennes pièces d'or »-.

La Gourdes monnaies se fit l'écho de cette crainte et de ce mécontentement, et elle adopta, le 25 janvier 1786, des remontrances qu'elle alla soumettre au roi. Elle reçut l'ordre d'enregistrer, mais ayant renouvelé ses représentations, elle fut mandée à Versailles, et Louis XYI fit biffer en sa présence, par la main du greffier en chef, les observations

» Aux hôtels désignés dans la déclaration du 30 octobre 1785. on ajouta ceux de Strasbourg, Rouen, La Rochelle et Montpellier. ' Talleyrand, Mémoires, 1, 96.

de la Cour K Elle protesta contre la violence qui lui était était faite, et on vantait partout le courage qu'elle avait mis à s'opposer à la multiplication du « papier-monnaie », quand le parlement prit à son tour l'afTaire en main. Il adopta des remontrances dans lesquelles il critiqua le procédé employé pour rétablir un plus juste rapport entre la valeur de l'argent et celle de l'or, et accusa le ministre des finances de n'avoir procédé à la refonte des louis qu'afm d'enrichir le Trésor. Galonné répondit à ces remontrances avec beaucoup de dignité et d'à-propos. « Mon parlement, faisait-il dire à Louis XVI, devrait être convaincu que quand, par des considérations majeures et uniquement relatives à l'intérêt général de mon royaume, je me suis déterminé à établir une nouvelle proportion entre l'or et l'argent, ce n'a été qu'après en avoir vérifié la justesse et constaté l'utilité par des recherches mûrement discutées dans mon Conseil. Il devrait sentir combien il est dangereux de répandre des inquiétudes sur cette matière ; il doit surtout regretter à jamais de s'être permis d'avancer que ce que j'ai réglé pour le bien de mon État est un impôt dissimulé que j'ai voulu mettre sur mes peuples. Comment a-t-il pu adopter une proposition aussi indécente en ellemême qu(^ fausse dans l'application qu'on ose en faire à mon opération, dont le véritable résultat sera de procurera mes sujets, sur 600 millions en louis, un bénéfice de 15 millions, d'augmenter le numéraire de plus de iO millions, et d'en faire venir au Trésor royal non pas 18, comme on l'a supposé, non pas môme 9 à 10 millions, comme j'aurais pu l'exiger pour mon droit de seigneuriage, mais environ 6 pour le sacrifice que je fais, afin que mes monnaies d'or aient parfaitement le titre ? Je connais trop les sentiments de mon parlement pour n'être pas persuadé que, mieux instruit, il ne pourra voir sans indignation le piège

' Bachauiuout, Mémoires, XXXI, "7, 89.

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que lui ont tendu ceux qui ont eu la témérité de dénaturer mes intentions, jusqu'à faire envisager comme une charge onéreuse à mes peuples une opération qui mérite leur reconnaissance. »

Le parlement ne trouva rien à répliquer, et la refonte des louis se poursuivit sans nouvel incident ; mais les fautes commises par Galonné dans la préparation de cette utile mesure laissèrent dans le public une mauvaise impression ', et ses adversaires, avec la complicité des ignorants, lui firent la réputation d'avoir altéré la monnaie d'or en diminuant le poids des louis. Si, trois ans plus tard, beaucoup de cahiers recommandèrent aux États généraux de décider que la valeur des monnaies ne pourrait plus à l'avenir être modifiée que du consentement de la nation, cela tient en partie à ce que les raisons pourtant si judicieuses qui avaient déterminé Galonné à ordonner la fabrication de nouvelles pièces d'or n'avaient pas été bien comprises, et à ce que, grâce aux attaques dirigées contre lui, on le soupçonnait d'avoir agi sous l'influence de considérations purement fiscales.

A un autre point de vue, la refonte de la monnaie d'or valut à Galonné des attaques aussi vives que peu justifiées. Avant de procéder à cette refonte, il avait fait faire des essais, desquels il était résulté que le titre d'un grand nombre de louis était inférieur au titre légal, et qu'en moyenne il leur manquait 4/32™*^* de carat. « Il n'était pas juste, a-t-il écrit plus tard, que les directeurs des Monnaies, chargés de refondre les espèces d'or qui leur seraient apportées, fussent tenus d'en compter à un titre plus fort que . leur titre réel, à un titre plein quand elles ne l'avaient pas. \ Il n'était pas juste non plus, et il eût été contraire non seulement aux vues d'une sage politique, mais même à la

* Dans une lettre du 10 mars 1786 à remporcur Joseph II, Mercy traduit rette impression en qualifiant de « moyen meurtiier » la refonte de la monnaie d"or. iCorr., II, 0.)

très exacte probité do Sa Majesté, de laisser subsister dans les nouveaux louis le déficit inaperçu jusqu'alors, qui venait d'être reconnu sur le titre commun de la masse entière des anciens. » Ordre fut en conséquence envoyé, par circulaire du 30 novembre 1785, aux directeurs des différentes Monnaies, de recevoir les louis qui leur seraient apportés à leur taux effectif de 21 carats 17/32"'"', et d'y ajouter dans la refonte 4/32™" de fin. Ainsi fut fait; mais la Cour des monnaies , très hostile à Galonné qui avait voulu la supprimer, protesta par un arrêt de février 1787. Elle prétendit que les anciens louis étaient au titre légal, elle blâma dès lors comme une dépense inutile l'addition de fin prescrite au mois de novembre 1785, et, arguant de certaines irrégularités de fabrication qui avaient été commises à Strasbourg, elle allégua que la rectification du titre n'avait pas eu lieu; que, d'accord avec le contrôleur général, les directeurs des Monnaies avaient frauduleusement porté en compte des quantités d'or qu'ils n'avaient pas introduites dans la fonte des nouveaux louis. Cette accusation n'a aucun fondement, et dans sa Requête au roi Calonne en a fait justice. Néanmoins, dans l'esprit des contemporains, elle fit planer un doute sur la parfaite loyauté de l'opération monétaire effectuée par le gouvernement de Louis XVI.

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