‹ Les causes financières de la Révolution française (volume 2)Chapitre 5 sur 54 · X' INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X' INTRODUCTION

tant succès. Mais il fut vite détrompé : l'annonce d'un déficit de plus de 100 millions frappa ceux qui Técoutaient d'une véritable stupeur, tant on était loin de croire à une situation financière aussi compromise, et dans la capitale, dans les provinces, on l'accusa d'avoir par ses dilapidations ruiné la France. Il devint aussitôt l'objet' d'une immense impopularité, et quand même ses projets auraient été bien conçus, il suffisait qu'ils émanassent de lui pour soulever une opposition unanime. Le tiers état, si intéressé pourtant à la disparition des privilèges pécuniaires, alla jusqu'à perdre de vue que Galonné en proposait l'abolition. Il aima mieux louer les Notables du courage avec lequel ils critiquaient toutes les propositions ministérielles, et ne s'aperçut pas qu'ils étaient menés par un intrigant, l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, qui ne visait qu'à supplanter Galonné. Il ne distingua même pas la manœuvre de la noblesse et du clergé qui, sous prétexte d'épargner au pays une aggravation de ses charges, voulaient éviter avant tout l'extension des impôts aux deux ordres privilégiés. En eux-mêmes les projets du ministre des finances prêtaient d'ailleurs, il faut le reconnaître, aux plus sérieuses obiections; ils n'avaient pas été suffisamment étudiés, et ils soulevaient tant de questions que leur discussion menaçait de se prolonger indéfiniment. Ce n'était pas ce que Galonné avait promis à Louis XVI. Celui-ci perdit patience, et soudain il le destitua, le même jour où sur sa demande il avait disgracié un de ses principaux adversaires, le garde des. sceaux Miroménil.

En réalité la chute de Galonné était l'œuvre de Brienne. Cependant l'archevêque de Toulouse ne fut pas appelé immédiatement au contrôle général. Ce poste fut confié pendant trois semaines à un vieillard sans capacité, M. de Fourqueux; puis, le i^^ mai 1787, Brienne entra dans le ministère. Sa réputation d'habileté était grande, et la

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voix publique le désignait depuis longtemps pour les hautes fonctions que le roi venait de lui conférer. Par malheur, jamais réputation ne fut plus usurpée. On put s'en apercevoir de suite, car, devant les Notables, Brienne ne sut que soutenir les plans de son prédécesseur, quoiqu'il les eût plus que tout autre discrédités, et après avoir fait voter un édit d'emprunt de 60 millions, il jugea prudent de clore l'assemblée, sans avoir obtenu d'elle ni l'abandon des privilèges pécuniaires des deux premiers ordres, ni une amélioration quelconque dans les ressources permanentes de l'Etat.

S'ils s'étaient refusés à comprendre les embarras trop réels du Trésor royal, s'ils avaient contesté sinon la réalité, du moins le montant du déficit, s'ils n'avaient consenti à sacrifier aucune des exemptions des privilégiés, les Notables avaient en revanche répandu dans tout le royaume ces deux idées : que le roi ne se considérait plus comme en droit d'imposer ses sujets suivant son bon plaisir, et que le jour où il serait vraiment nécessaire de créer de nouvelles impositions, l'intervention des Etats généraux deviendrait indispensable. En outre, le refus de concours opposé au gouvernement par une assemblée dont il avait lui-même choisi les membres, fut interprété comme un signe manifeste de la décadence de l'autorité royale. Il n'y avait qu'un moyen de relever son prestige : c'était de publier, au lendemain de la séparation des Notables, des édits qui auraient sanctionné les diverses réformes dont ceux-ci s'étaient entretenus. Mais Brienne,, inquiet du vide qui existait dans le Trésor, ne songea qu'à créer des impôts pour combler en partie le déficit. Au mois de juillet il soumit donc à l'enregistrement du parlement deux projets d'édit, l'un établissant une contribution foncière, dite subvention territoriale, sur toutes les propriétés nobles, ecclésiastiques ou roturières, l'autre quadruplant les droits de timbre. Ces deux lois fiscales

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