‹ Les causes financières de la Révolution française (volume 2)Chapitre 7 sur 54 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

Caisse d'escompte; enfin il prétend porter remède aux souffrances que peut entraîner pour le peuple la mauvaise récolte de 1788, et sans souci de l'excédent de dépense qu'il laissera aux États généraux le soin de liquider, il se livre à l'étranger à d'énormes achats de blé, en même temps qu'à l'intérieur il réédite des règlements surannés, qui entravent le commerce des grains, généralisent la crainte de la famine et n'empêchent pas le renchérissement du prix du pain.

Pendant ce temps les sujets de Louis XVI se préparent à nommer leurs députés aux Etats généraux, et ils dressent la récapitulation de leurs griefs et de leurs vœux. Avec une activité fé])rile, tous ceux qui savent tenir une plume font la leçon à leurs concitoyens. Ils leur disent que le tiers état, qui jusqu'ici n'a été rien, doit être tout, qu'il compose à lui seul la nation, que les membres de la noblesse et du clergé ne sont que quelques centaines de mille contre vingt-cinq millions de roturiers, et que l'égalité doit succéder aux privilèges. Ils s'élèvent contre l'injustice des exemptions pécuniaires et somment les représentants du tiers d'exiger la délibération en commun et le vote par tête, afin que la réforme de l'impôt puisse se faire rapidement. Ils discutent les impositions en vigueur, les trouvent arbitraires et vexatoires, demandent leur suppression, préconisent l'impôt unique, et proposent, pour éteindre le déficit, la confiscation des biens du clergé. Ils s'adressent aussi aux ouvriers, aux paysans, leur dépeignent leur misère et les excitent contre un régime sous lequel les contribuables sont d'autant plus lourdement atteints par le fisc qu'ils sont plus pauvres. Bref, tout le monde en France parle, écrit, critique, rêve changements et améliorations : tout le monde, à l'exception du ministère qui garde un silence aussi imprudent que commode, ne se met pas en rapport avec le corps électoral, ne défend ni les institutions ni les impôts qui

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lui paraissenl indispensables à conserver, et ne trace pas un programme des réformes réalisables auxquelles les gens sages puissent se rallier. Le pays est abandonné à ses rancunes, à son inexpérience, et Necker, pas plus que Louis XVI, n'entend le sourd grondement de la Révolution qui s'avance.

Lorsque nous écrirons l'histoire financière de l'Assemblée constituante, nous exposerons les résultats qu'a eus cette politique passive. En effet, la rédaction des cahiers destinés à servir d'instructions aux députés des bailliages et les votes des représentants du tiers s'en sont profondément ressentis.

Pour le moment, notre tâche est terminée. Nous avons relevé dans la conduite journalière du gouvernement de nombreuses erreurs de jugement, une absence complète de prévoyance, une constante versatilité et une mollesse poussée à l'extrême. Toutes ces fautes ont eu dans l'avenir de terribles conséquences. Mais le récit des événements accomplis pendant les quinze premières années du règne de Louis XVI met en évidence des faits d'une bien autre portée. Il montre le système fiscal dont disposait la monarchie doublement vicieux, d'abord en co qu'il produisait des recettes annuelles inférieures aux dépenses, ensuite en ce que l'inégalité de la répartition des impôts et l'arbitraire de leur perception rendaient malaisée la surélévation des taxes; les contribuables d'autant plus hostiles au régime des impositions que les ministres du roi, tout autant que les écrivains en vogue, en proclamaient l'injustice et reconnaissaient la nécessité d'y apporter de grandes modifications; le déficit accru par une longue guerre, dissimulé au moyen d'emprunts répétés et excitant l'indignation publique le jour où il fut connu ; la nation convaincue que la suppression des exemptions pécuniaires du clergé et de la noblesse et l'économie dans les dépenses suffiraient à rétablir l'abon-

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