XII INTRODUCTION
par leur éducation, leur fortune ou leur naissance, une situation sociale. Seuls ils formaient le public, et il est évident que si nombreux que fussent les salons dans lesquels ils se réunissaient, ceux-ci n'étaient pourtant ouverts qu*à une petite minorité de la population. Il en résulte qu'une opinion qui prévalait dans quelques-uns des plus influents se répandait rapidement dans les autres, qu'elle y faisait loi, et que l'on s'empressait en général d'y adhérer, de même qu'aujourd'hui les lecteurs d'un même journal portent d'ordinaire le même jugement sur les hommes et sur les choses. De là l'extrême importance de ce que l'on pensait et de ce qui se disait dans la société bourgeoise et dans la société aristocratique. Même dans celle-ci on se montrait hardi« frondeur^ avide de changement. « C'était un spectacle curieux, raconte Talleyrand, que celui de la grande société... Les carrières, ce grand soutien de la hiérarchie et du bon ordre, se détruisaient. Tous les jeunes gens se croyaient propres à gouverner. On critiquait toutes les opérations des ministres. Ce que, faisaient personnellement le roi et la reine était soumis à la discussion et presque toujours à l'improbation des salons de Paris. Lies jeunes femmes parlaient pertinemment de toutes les parties de l'administration... La puissance de ce qu'on appelle en France la société, a été prodigieuse dans les années qui ont précédé la Révolution... Sous le règne de Louis XVI tous, les étages de la littérature se répandirent dans la société. Chacun se déplaça, la confusion se mit dans les rangs, les prétentions devinrent hardies. Alors l'esprit de la société subit des modifications de tout genre. On voulait tout connaître, tout approfondir, tout juger. Les sentiments furent remplacés par des idées philosophiques;