INTRODUCTION XI
tout entière par le droit, par les lois, par les privilèges ; mais de fait, elle s'atténuait chaque jour: les institutions étaient monarchiques et les mœurs républicaines. Les charges, les fonctions publiques, continuaient à être le partage de certaines classes; mais, hors de l'exercice de ces fonctions, Tégalité commençait à régner dans les sociétés ; les titres littéraires avaient même, en beaucoup d'occasions, la préférence sur les titres de noblesse, et ce n'était pas seulement aux hommes de génie qu'on rendait des hommages qui faisaient disparaître pour eux toute trace d'infériorité; car on voyait fréquemment, dans le monde, des hommes de lettres de second et de troisième ordre être accueillis et traités avec des égards que n'obtenaient pas les nobles de province... C'était cet esprit d'égalité qui faisait alors le charme des sociétés de Paris et qui y attirait en foule les étrangers de tous les pays. Partout ailleurs, si ce n'est en Angleterre, on ne savait pas jouir de la vie privée ; on ignorait les douceurs d'une société sans morgue, sans gène, d'une conversation sans déguisement et sans entrave... Ces communications fréquentes des divers étages de la société, ces liaisons mutuelles, ces égards réciproques, ces échanges de pensées accroissaient la richesse de notre civilisation, et dans ces rapports nouveaux, les nobles acquéraient les connaissances et les lumières de tous genres dont ils étaient auparavant privés ; tandis que les hommes éclairés des classes inférieures y puisaient des leçons de ce goût an, de ce tact délicat qu'on ne trouve qu'au sein d'une cour polie \ »
On voit qu'à l'inverse de ce qui se passe de notre temps, on ne se préoccupait alors que de l'avis des gens ayant
A Mémoires du comte de Ségur, I, 53, 5i