INTRODUCTION XIX
a dû convoquer d'abord rassemblée des Notables, puis les États généraux, par ce seul motif que les frais de la guerre d'Amérique avaient creusé un déficit énorme : de sorte qu'il est vrai de dire que c'est en combattant pour la liberté au delà des mers, que la royauté française a marché à sa perte.
Lorsqu'après la chute deTurgot, le gouvernement se décida à rom ro avec l'Angleterre, il est évident que le programme de paix adopté deux ans auparavant ne répondait plus aux données de la situation. Le nouveau titulaire du contrôle général, Necker, abandonna donc le plan de Turgot. Il resta fidèle aux deux règles : pas d'augmentation d'impôts, administration aussi économe que possible; mais au lieu d'éviter les emprunts, il était bien résolu à les multiplier tant que besoin serait, et à se procurer, grâce à eux, non seulement les fonds indispensables aux expéditions militaires, mais aussi ceux nécessaires au paiement des intérêts du capital emprunté.
Necker avait fait sa fortune dans la banque, et il s'était demande pourquoi le crédit ne rendrait pas aux États les mêmes services qu'aux banquiers et aux commerçants. Il avait vu d'ailleurs la Grande-Bretagne user largement du crédit quand elle avait une guerre à soutenir, et obtenir à un intérêt raisonnable les ressources que ne fournissait pas le montant normal des contributions. Son ambition consistait, si jamais il obtenait la direction des finances publiques, à doter la France d'un crédit semblable à celui de l'Angleterre, et une fois la solvabilité de l'Etat bien établie, à se servir du crédit comme d'un moyen commode d'alimenter le Trésor. Jusque-là rien de mieux. Mais dans son admiration pour le procédé des emprunts, Necker se figurait que l'emprunt