INTRODUCTION XXI
irès graves, les embarras du Trésor étaient donc réels, et ils exigeaient une grande prudence. Si Ton ne i^elevait pas le produit des impôts, on se trouverait à la fin de la guerre en présence d'un effrayant déficit. Mais Necker ne fit pas ces réflexions. Amoureux de popularité et désireux de se distinguer des autres contrôleurs généraux, qui avaient eu recours en même temps à l'impôt et à l'emprunt, il eut comme politique de ne pas grever les contribuables. Il s'attira ainsi leur admiration et leur reconnaissance, et, fait qui prouve à quel point l'expérience financière manquait alors dans notre pays, il parvint assez aisément à placer ses emprunts : malgré le défaut de garanties oôertes aux prêteurs, il trouva des capitalistes pour lui avancer l'argent qu'il sollicita à maintes reprises.
Son seul mérite est d'avoir imprimé au crédit public une vive impulsion. Il mit ainsi entre les mains du roi une arme dont, avant lui, on n'avait pas bien apprécié la puissance et qui, habilement maniée, aurait pu être d'un grand secours pour la France. Malheureusement son succès même égara le gouvernement. N'était-ce pas un funeste cadeau à lui faire, que de lui apprendre à emprunter, sans lui enseigner en même temps que le service de chaque emprunt doit être garanti par les l'evenus ordinaires du budget, et que dès lors, si ces revenus sont insuffisants, l'accroissement des impositions existantes devient un mal nécessaire? Une nation qui emprunte, non seulement pour se procurer des ressources extraordinaires, mais pour payer les intérêts des emprunts antérieurs et pour couvrir une partie de ses dépenses normales, est une nation qui se ruine ou qui du moins marche vers une crise certaine et redoutable.