XXII INTRODUCTION
Telle est la destinée que rései^vait à la France l'aveuglement srvec lequel les finances ont été dirigées durant le premier ministère de Necker. « Cet homme, a pu écrire . Sénac de Meilhan', n'a employé d'autre art que celui d'emprunter à tout prix, pour en imposer par l'état brillant du Trésor royal, et séduire la multitude, enchantée de voir faire la guerre sans augmentation d'impôts ». Mais il y a plus : Le système adopté par Necker offrait tant de commodités, il alimentait si aisément le Trésor, il donnait si complètement au pays l'illusion de la richesse en lui permettant de dépenser beaucoup, il évitait si bien aux ministres les attaques que leur aurait values Taugmentation des impôts, qu'il s'imposa en quelque sorte aux contrôleurs généraux qui succédèrent au banquier genevois. Par suite, les ministres de Louis XVI continuèrent d'une part à emprunter, d'autre part à dépenser, sans compter. Puis, lorsque n'ayant plus de crédit, succombant sous le poids des engagements, la royauté demanda aux Français le paiement de nouvelles taxes, ceux-ci s'indignèrent et refusèrent les sacrifices qui leur étaient réclamés. Ils trouvaient si bon d'acquitter des contributions inférieures aux dépenses permanentes de l'Etat, que l'Assemblée constituante, élue avec la mission de combler le déficit, aima mieux l'aggraver dans d'énormes proportions que de relever les recettes budgétaires, en soumettant le pays à des taxes plus lourdes. La faute commise par Necker, en recourant exclusivement à l'emprunt et en excluant l'impôt de ses combinaisons, est donc doublement déplorable : elle a augmenté l'écart qui existait déjà entre les
i Le gouvernement^ les mœurs et les conditions en France avant la Révolution, 224 (Èdit. Lescare).
INTRODUCTION XXIH
recettes et les dépenses, et elle a été Torigine des errements financiers les plus dangereux.
A Texemple de Turgot, Necker attaqua un certain nombre d'abus. Il supprima des places inutiles dans Tadministration des finances, et il abolit plusieurs centaines de petits offices plus ou moins ridicules dans la maison du roi. Ces suppressions rentraient dans son plan général d'économies, et elles lui firent, surtout les dernières, le plus grand honneur aux yeux de ses contemporains, <^r elles répondaient à Topinion partout répandue que les dépenses de la cour étaient une plaie pour l'État, Le directeur général des finances apporta aussi quelques améliorations à des impôts spécialement impopulaires^ tels que la taille et les vingtièmes. Toutefois son œuvre •est, à ce point de vue, peu importante, et en cédant aux désirs de l'opinion publique, il eût fait beaucoup plus.
Pendant son administration comme avant, des livres et des brochures multiplièrent les critiques contre Tinégalité des impositions et contre les exemptions des privilégiés. Bien plus, lorsqu'éclata la guerre d'Amérique, des écrivains soutinrent que cette guerre allant être une cause de dépenses considérables et grossir la dette publique dans de fortes proportions, le moment était venu pour l'État de s'emparer des biens ecclésiastiques, afin de les vendre et de consacrer le prix de la vente au remboursement de la dette. Ils ajoutaient que le clergé était trop nombreux, que la plupart des ordres religieux devaient disparaître, que le haut clergé jouissait de trop gros revenus, que le bas clergé était trop pauvre, qu'il fallait faire des prêtres et des évêques de simples fonctionnaires, chargés de remplir un service public, celui du culte, et queTÉtat serait quitte envers eux en leur