‹ Les causes financières de la révolution françaiseChapitre 22 sur 68 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

de rÉtat. La seconde, c'est que rinégalité en matière d'impôts est injuste, contraire aux intérêts delà classe la plus nombreuse et à ceux du Trésor, bref qu'elle est un legs suranné des anciens âges et qu'elle doit disparaître. Dans les campagnes comme dans les villes, on en vint à désirer pour tous les citoyens, sans distinction de naissance ou de position sociale, identité de droits et de charges. De nombreux et éloquents écrivains s'appliquèrent avec une persévérance qui tantôt se servit de la tolérance du gouvernement, tantôt se joua des sévérités de la police et dos tribunaux, à surexciter chez les Français la haine de l'inégalité. « Le spectacle de tant de privilèges abusifs ou ridicules, dont on sentait de plus en plus le poids et dont on apercevait de moins en moins la cause, poussait ou plutôt précipitait simultanément l'esprit de chacun d'eux, vers l'idée de l'égalité naturelle des conditions. En voyant tant d'institutions irrégulières et bizarres, allés d'autres temps, que personne n'avait essayé de faire concorder entre elles, ni d'accommoder aux besoins nouveaux, et q-ui semblaient devoir éterniser leur existence après avoir perdu leur vertu, ils prenaient aisément en dégoût les choses anciennes et la tradition, et ils étaient naturellement conduits à vouloir rebâtir la société de leur temps d'après un plan entièrement nouveau, que chacun traçait à la seule lumière de sa raison* ».

Sans aller aussi loin, et tout en se bornant à souhaiter la disparition des abus qui les touchaient de plus près, la masse des bourgeois, des artisans, des campagnards, supporta avec une impatience de plus en plus vive

* Tocqueville, Vancien régime et la Révolution^ 207.

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