X INTRODUCTION
plexes, ropinion générale est souvent de nos jours une énigme difficile à déchiffrer. Lorsque nous disons que telle mesure est désirée ou redoutée par Topinion publique* que telle politique plairait ou déplairait au pays, nous risquons de prendre ce qu'on pense dans la <ïlasse de la société à laquelle nous appartenons pour le sentiment du reste de la nation : que de fois les vœux, les tendances ont été différents dans les villes et dans les campagnes, de la part de la bourgeoisie et de la part des classes populaires!
Au contraire, du temps de Louis XVI, l'élite du pays était seule en état d'inspirer au gouvernement certaines résolutions, et seule apte à juger celles qu'il prenait ou qu'il repoussait. Cette élite, qui pensait ou parlait pour la France entière, méritait véritablement le titre de classe dirigeante, qu'elle a conservé, comme par une sorte d'ironie, longtemps après qu'elle eût perdu sa prépondérance. Elle comprenait d'une part les nobles, les ecclésiastiques, ainsi que les membres de la haute magis^ trature; d'autre part les bourgeois des villes, avocats, hommes de lettres, juges des tribunaux inférieurs, commerçants, manufacturiers et propriétaires roturiers des campagnes. De ces deux groupes, celui des privilégiés était de beaucoup le moins nombreux, et il n'était pas. davantage le plus éclairé. Mais ni l'un ni l'autre groupe n'était fermé, la douceur des mœurs et la communauté des sentiments les faisaient se pénétrer réciproquement, et si les aspirations, si les préjugés y étaient en certains cas opposés, adversaires et partisans des idées nouvelles serencontraientvolontiers. Comme le constate un écrivain qui avait conservé un souvenir très vivant des impressions de sa jeunesse : « En France, l'inégalité existait encore