‹ Les causeurs de la RévolutionChapitre 16 sur 42 · I. Il btav^K ueiie «pljjramuie h Amault · texte numérisé non relu

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DE LA IIÊVOLUTION. 167

écrire des mâmoires, et les trails spirituels de ses clients ne perdent rien à passer par la plume d'un si Jiabile obsenateur.

Parfois cependant le portrait tourne à ta caricature, à la fantaisie, la critique à la malveillance, comme si Uarmonlel voulait, lorsqu'il le peut sans inconvénient, rattraper ses courbettes, ses compliments, se venger d'une blessure d'amour-propre, ou des bienfaits reeus. Lisez par exemple ce qu'il dit de madame Necker. Il lui reproche « d'ûlre sans goûl dans sa parure, sans attrait dans sa politesse, emplialiquc dans son expression. Tout chez elle était prémëdilë, rien ne faisait illusion, rien ne coulai t de source, et les grâces de la négligence, la facilité, l'abandon lui étaient inconnus... » Cependant le même homme demeure un de ses plus assidus commensaux, et la porte aux nues dans ses lettres'. Il ne connaît rien de plus céleste que le caractère de son Ame; pour être gai, il faut être heureux et il ne peut l'être qu'autan! qu'il n'aura plus rien à désirer pour elle. Va-t-elle en

du : « TrouYM-you» au café Procope. — Mais nous ne pourrons pas parier des malitrea philosophiques. — Si ftiit, en convenint d'une langue parliculiÈre, d'un argol, — Alors ils firenl leur dicllonnnire. L'Jme s'appelait Margot, la religion Javatte; lu liljerlâ Jeannelon et le Père Éternel M. de i'Élre. Les voilà disputant et s'entenilanl trts bien. Un homine en habit noir, avec une mauvaise mino, se mfilaat à U conversaUon, dit à Holndln : t Monsieur, oserai-jo vous demanitei ce que c'était que ce M. de l'Être qui s'est si souvent mal conduit et dont vous êtes si mécontent? — HonslBur, reprît Roind in, c'était un espion de police, » On peut Juger lie l'édat de rire, cet homme Aiall lui-nièniB du métier. (Cliamrort.)

1. Le Salon rfe madame JVecier, par le comte d'ilaussouvllle, memlire de l'Acadétnle Francalsat un des livres les plus attrayants qo'on ait écrits sur le xvin" siècle. (2 vol. iu-l8, Caimann Lévjr.)

LES CAUSEURS Anglelerrc, il la meuace de traverser le détroit i la na^ pour la rejoindre : * Pourquoi ramitié n'aurait-elle poiol son Léandre, comme l'amour?» Picciniste forcené, il pardonne à la reine sa partialité pour Gluck, parce qn'U apprend qu'ayant rencontré au bois de Boulogne, < aveiiture assez rare, la bonté, ta sagesse, la vérité, la veitil même, elle leur ami fait le plus aimable accueiL ^ Passc-l-il devant sa demeure, il soupire profondéniMifr et dit a sa femme : c Voilà la retraite de l'amitié, de b sagesse et de la vertu. C'est la que les plaisirs do l'espiil et de l'âme sont purs, comme on nous dit qu'ils le sont dans le ciel. » Il est des dîners intimes du mardi, de ces dîners qu'il se promet toutes les semaines, comme rccom- ■ pense de huit jours de travail, comme un honneur que Socrate et Marc-Aurèle lui envieraient.

Quant aux rapports de Marmontel avec M. Necker < qui ne lui avait Jamais donné lieu de croire qu'il fut son ami », jamais solliciteur plus intrépide ne lassa plus souvent la patience d'un contrôleur général'. Qu'il s'agisse de lui-même, et d'une pension sur la casselle rojale qu'il voudrait obtenir par l'intermédiaire de M. Necker; d'un oncle de sa femme qui sollicite une place à la caisse de Poissy; d'un beau-frère du susdit abbé qui voudrait conserver son liard dans les octrois de Lyon, ou de tout autre parent ou allié, Marmontel ne met pas au service de ses demandes incessantes moins de souplesse, d'arguments et de variété d'intonations qu'il n'en apporte dans les compliments adressés ^ madame Necker. Tantôt il se pose en personnage

1 Comte d'Haussonville. Le Salon de madame Necker, p. m.

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désinléressé..., tantât il se proslerne dans des effusions de gratitude < les paroles lui manquent; vox faucibiLS hœsit... » Parfois, au contraire, il prend le ton de l'aigreur; s'il ne peut obtenir de M. Necker ce qu'il obtiendrait d'un ministre juste, il sera obligé de dire à la famille de sa femme qu'il est décidément sans influence...

Marmontel ne se doutait probablement point qu'on retrouverait un jour sa correspondance avec madame Neckei". On ne peut pas tout prévoir. Aussi bien que les femmes, les hommes devraient hniler ou se faire rendre leurs lettres, ces précieuses confidences avec lesquelles la postérité, celle grande indiscrète, compose son miel, colore el rectifie l'histoire.

Il a retenu les lefons de madame de Tencin qui lui conseillait de se faire des amies : « Car, au moyen des femmes, on fait tout ce qu'on veut des hommes; et puis ils sont, les uns trop dissipés, les autres trop préoccupés de leurs intérêts personnels, pour ne pas négliger les vAtres; au lieu que les femmes y pensent, ne fût-ce que par oisiveté. Parlez ce soir à votre amie de quelque affaire qui vous touche, demain à son rouet, à sa tapisserie, TOUS la trouverez y rêvant, cherchant dans sa liile le moyen de vous y servir. Mais de celle que vous croiriez pouvoir vous être utile, gardez-vous bien d'èlre autre chose que l'ami... i

Il sait qu'à la cour la faveur ou même l'apparence de la faveur sont un merveilleux talisman, et peut-être a-t-il médité ce trait d'un gentilhomme qui, ayant eu la chance is plaire à Mazarin, le pria comme récompense de lui Hyer amicalement sur l'épaule de temps en temps devant

I Hye r ami

les courlisans el amassa aoe grande fortune parce qu'on le crovail l'ami dn cardinal. L'n jour, madame de Pomjiadour l'emmène pour lui parler daus sod cabinet, el c'était tout simplemeat pour lui rendre an manuscrit. Quand il revient, chacun de s'empresser autour de lui, si bien, qu'avant de sortir du salon, il est invité à dîner au moins pour lonle la semaine.

< Oh! Ihit-il, qu'est-ce que la faveur, si son omlnv seule me donne une si singulière importance'? >

Disons-le à sa lonange, il ne se montra pas toujours te courtisan du fait accompli, l'adoialear du succès: il t eut du moins une puissance qui ne put ni le charmer, ni rinliniider; il vit venir la Révolution, lui refusa ses

I. Il cODte l'aneedoU à ravir et l'une des plus celle dupoète Panard, un des Toodate un du premier Cavoau.imiil buveur, insouciant el lé^er, i]ui abandaDuail â ses amis le soja du le nourrir et le loger. < Lors donc qu'en rédigeant le Mercart lia mois, J'avais tresoin de quelques Jolis vers, j'allais voir mon ami Panard, f fouilleï, me disait-il, dans la boile à perruq\te. ■ Cent boUui'lalt eo etTet un vrai rouîllis où étaient entassés pËle-méle «1 grilTonnés sur des clilffons les vers de ce patte aimable, b'n voftDl presque tous ces manuscrits lâchés de vin, Je lui en l^^ais le reproche: ( Prenez, prenez, me disail-il, c'est la le cachet du genlt.» — Après la mort de son ami Galet, l'ayani irouvii sur mon cbenùB, Je voulus lui marquer la part que je prenais ï son aflllciioa: u Ah! monsieur, me dll-ll, elle est bien vive cl bien prornnde! Un ami de (rente ans avec qoi je passais ma vie ! A la promenade, au spectacle, au cabaret, toujours ensemble! Je l'ai perdu! Je M chanterai plus, Je ne boirai plus avec lui I Je suis seul au rnonde. Je no sais plus que devenir! b ta se plaignant ainsi, le bonhomme Tondait en larmes, et jusque-là rien que de très naturel ; mais rolcl ce qu'il ajouta : « Vous savez qu'il est mort au Temple? J'y suit allL' pleurer et gémir sur sa tombe! Quelle tombe! Ah! monsieur, sous une ((outllire, lui qui, depuis l'Age de raison, o'ftvati pas bu un verra d'eaul >

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hommages et se posa de suile en mécoiitenl. Les préliminaires dos élats généraux, les partis, leurs coryphées, les comités secrets, Ini inspireuL de fines réHexions, de jolies épigram m es, ■doléances d'académicien qui préfère l'élile à la foule, d'épicurien qui voit sa vie troublée par une tempête irrésistible, qui sait que, vouliit-îl ne pas s'occuper de politique, celle-ci s'occupera de lui pour entrer dans ses goûts, dans ses habitudes, comme un éléphant dans un magasin de porcelaines.

C'est la mode en 1789 de trouver & toutes choses un caractère de tyrannie. «J'ai vu, nous dit l'un des orateurs, (à l'assemblée primaire de la section des Feuillants) oui, citoyens, j'ai vu à la barrièi'e Saint- Victor, sur l'nn des piliers, en sculpture, le croiriez-vous? J'ai vu l'énorme télé d'un lion, gueule béante et vomissant des chaînes dontil menace lespassants. Peut-on imaginer un «mblème plus elîrayant du despotisme et de lasei^itude? L'orateur lui-même imitait le rugissement du lion. Tout l'auditoire était ému, et moi, qui passais si souvent à la barrière Saint- Victor, je m'étonnais que celle image horrible ne m'eût point frappé. Je lis donc ce jour-là une attention particulière, et, sur le pilastre, je vis pour ornement un bouclier pendu à une chaîne mince que le sculpluur avait attaché à un petit mufle de lion comme on en voit à des marteaux de porte on à dus robinets de fontaine. »

s Un jour que les factieux marchaient sur rilûlcl-de- Ville, parmi les surveillants était un citoyen, Le Grand de Saint-René, homme d'une complexion faible et valétudinaire, mais d'un fort et ferme courage. « Qu'ils viennent nous attaquer! dît-il, nous sauterons ensemble. » Aussil61 il ordonne aux gardes de l'HAlel d'apporter six

LES CJCSECIS

^M eatffffûe m je >m£ plas de dlf&cnllés q ks diffinllés soot prémes ri

i Tiat

Uan D se fe wJ ff, cl Suateotet xppril qae li okab ^ la tat&am Maieal toéte sur le cantctà ia ni, à ângaè ie lamte liolenoe «id'hu le rrojra pnllaamc, svr rélil actacl ia der^... de la harfl ■oUesse-.. auloot sur la forte rt la rotonlé du tiaj

ébl El cMBio« n abjectail <ia'«B delà des bornes d'u

désirable, la roeilkure^ partie de la nation | porter ancune attetale am priucîpes fond!

de la moDarrhie, Cbamfort riposte qiic si e désif^TWne d'antres projets, ce ne sera que tioiideioc cl sans hntil; d'ailleurs, poor loi en imposer, on a cet classe délemiiDée qai ue roit rien pour elle à perdre an ehangemeat, et croît y voir (oui à gagner. * Pour ameuter celle-ci, on a les plus puissants mobiles, la disette, la iâim, l'argenl, des bruits d'alarme et d épouvante, et l6:'J délire de frayeur et de rage dont on frapper» les esprïti Voas n'avez entendu parmi la bourgeoisie que d'éléf parleurs. Sachez que tons nos orateurs de Irîbnoes à Eonf rien en comparaison des Démosibènes à an écn p tète, qui, dans les places publiques, dans les cabarets ri gur les quais annoncent des ravages, des incendies, i villages saccagés, inondés de sang, des complots d ger et d'aiïamer Paris. C'est là ce que j'appelle l boinnjes éloquents. L'argent surtout et l'espoir du pilllj sont lout-puissanls parmi ce peuple... Mirabeau sonli^ plaisammenl qu'avec un millier de louis on peut ( nnejoliosédilion.

c Ainsi, lui dis-je, vos essais sont des crimes et ^

milices sonl des brigands. — Il le faiil bien, me répondit-il rroiJernent. Que fcricz-vous de ce peuple en le muselant de tous vos principes de l'honnÉte et du juste? Les gens de bieu sont faibius, personnels et lîmides; il n'j a que les vauriens ijoi soient dëlerminés. L'avantage du peuple dans les révolutions est de n'avoir pas do morale. Comment tenir contre des hommes à qui tous les moyens sonl bons? Mirabeau a raison; il n'y a pas une seule de nos vieilles vertus qui puisse nous sen-ir : il n'en faut point an peuple, ou il lui en l'aut d'nne autre (rempe. Tout ce qui est nécessaire à la révolution, tout ce qui lui est utile est juste : c'est là le grand principe... Dans le peuple même, on aura des chefs intrépides, surtout dès le moment qu'ils se seront montrés rebelles et qu'ils se croiront criminels; car il n'y a plus à reculer, lorsqu'on n'a derrière soi pour retraite que l'échafaud. La peur, sans espérance de salul, est le vrai courage du peuple. On aura des forces immenses, si l'on peut obtenir une immense complicité... Mais je vois que mes espérances vous atlrislent : Vous ne voulez pas d'une liberté qui coulera beaucoup d'or et de sang. Voulezvous qu'on vous fasse des révolulions à l'eau de rose?... » Ainsi Cbamforl avait lout prévu, la chute du Irone et de l'autel, la province entraînée par la Constituante, la COnslituanle opprimée par Paris, Paris par la Commune, les clubs, les districts, le triomphe de l'idée républicaine, la Terreur; il a dicté en raccourci l'histoire de la Révolution et prophétisé si terriblement, qu'on croirait l'entretien inventé après coup par Marmonlel, comme la prophétie de Cazotle par La Harpe, si l'on ne reconnaisse à chaque mol son esprit aigu, mordant, sarcasligue;

LKS CAUSEDRS

il a tout prévn, sauf sa propre destinée, qu'il s'égorgerait lui-mérne pour échapper à ces Démosthènes à un éco par lële qu'il avait déchaînés.

On pourrait appeler Marmontel el Morellet : lesdei Hénechmes de la littérature; caractères égalemei vacillants, âmes élastiques et molles; tous deux grai accapareurs de bénéfices, de pouvoirs et d'honueoi académiciens, lettrés, gourmets de belles conversatioi diserts et abondants, ce dernier plus économiste et plus adonné aux questions philosophiques; tous Jeux faiseurs de mémoires, anecdotiers, portraitistes aimables, retroif Tant enfin leur courage en face de la Révolution. Amâ et parents par alliance, ils se passent le séné de b louange et la rhubarbe de la flatterie. Morellet' qui survécut A Marmontel, le place au rang des hommes i qui la littérature en France est redevable de sa gloire. t Formé à l'école de Voltaire el du sage Vauvenargues, nous retrace dans ses écrits la douce philosophie de l'i et le goûlépuré de l'autre.... » Tout au plus confesse-l- BOn irritabilité, el celle de sa femme, tempérées d'ailleon par une extrême justice et une raison supérieure, t Mais de toutes les impatiences de l'un el de l'autra» on n'aurait pas fait une Journée par an, et, dans cel journée, on eût trouvé qu'ils s'aimaient encore beil coup... >

Marmontel, il est vrai, n'épargnait pas la modestie dl

l'abbé Mords'les (comme le nommait Voltaire), a L'un de ses talents et le plus dislinctif était un tour de plaisanterie finement ironique dont Swift avait eu seul le secret avant lui... Il se montrait ft nos dîners avec une âme ouverte, un esprit juste et ferme, et dans le cœur autant de droiture que dans l'esprit... n

A l'égard de ses hôtes et protecteurs, il observe plus de retenue, ou, si l'on veut, de circonspect on q e Mar montel. Il avoue que chez madame Necker o a sa t agréablement, et qu'en dehors de sa sévérité e mili re d'opinions religieuses, elle parlait elle-mèn e tori bien sur la littérature. « Elle plaisantait parfo s soi mar sur ses gaucheries et son silence en société, mais toujours de manière à le faire valoir. » Quant à celui-ci, Morellet se montre assez sévère pour son stjlo, et s'il lui accorde d'avoir bien entendu l'ordre et l'économie dans les finances, il lui refuse, « sur les principes de l'organisation des gouvernements, les connaissances solides et approfondies qui sont nécessaires pour guider parmi les écueils ». Dans tout ceci d'ailleurs, on ne voit rien qui contredise les compliments adressés à madame Necker à propos du livre de Necker sur l'importance des opinions religieuses' : < Il sera de toutes les communions, je le prie de m'admetlre dans la sienne. Nous pouvons avoir encore ensemble quelques disputes théologiques sur les détails, mais il n'y a pas de quoi faire une hérésie, s Une leltre ressemble un peu à un éloge académique : on va jusqu'au bout de l'éloge, on s'arrête au bord du blâme.

H semble que Morellet aurait pu prendre ; devise du courtisan : « Ne se brouille pas avec moi qufj veut s, car ayant attaqué le privilège de la Compa^niw des Indes que Necker s'était cbargé de défendre, Grimm,îl Boulia, Diderot l'accusèrent d'avoir porté, sous le mauteau de la philosophie, la livrée d'un financier, de s'ètP ' Tendu pour une pension ', et Neclter lui riposta fort verte^ I tement, ce qui n'enipècba point l'abbé, durant et aprfl) la controverse, de prendre part à ses diners du vendredi comme si aucun nuage ne s'était élevé entre eux. < étaient les bonnes âmes singulièrement édifiées, dît] Grimm, de l'àme-^ans fiel de ce digne ecclésiasliqi lequel s'asseyait, une fois par semaine, à la table M. Neelter, comme si de rien n'était, après en avoir r cinquante coups d'étrivières, bien appliqués, au mîli^ des acclamations du public. »

Bien d'autres figures prennent place dans ces agréablral Mémoires : Madame Geoffrin, mademoiselle de Lespinasse, Buffon, Rousseau, les Trudaine, les d'Holbach, madame de Boufflers, Beccaria, Garrick, La Harpe, l'abbé Raynal, Suard, Arnault, Brienne, Franklin, Charafort, madame Broutin, Maleslierbes, Sieycs, Condorcet, Garât, les uns esquissés légèrement, d'autres plus curieusement fouillés, presque tous appréciés avec bienveillance, plusieurs même, comme Brienne, avec une indulgence et des flatteries qni font plus d'honneur aux s

]. Morellet avait trinsporlt^ sa bibliothèque chez madame HEdvC tlus à Auleuil et y avalL coinmcDcâ le fameux Dictionnaire 4 commerce qui ne vit jamais le Jour ci pour lequel il recevait n subvention ; de telle sorte que les malins disaient qu'il foisalt U eomnieree du Dictionnaire.

Morellet, qu'à soq iinparlialtlé. Les aiiendotes aboiidenl ; tanlôt c'esl un diploBoale avisé qui, ayant en Gascogne, sa pairie, un petit bien en vignes et mauvais vin qu'on ne pouvait vendre, Imagine de se faire donner par le pape un corps sailli, qu'il baptise d'un nom vénéré dans le pays, envoie avec toutes les bulles cl indulgences possibles, el pour lequel s'élablîssent une fêle et une foire où il vend son vin en iiuit jours ; tantôt un paysan auquel il prend envie d'entendre des docteurs disputer en latin dans une université. Comme on lui demandait quel plaisir il pouvait prendre à entendre discuter dans une langue inconnue, la valeur des argumenls lui échappant cnlièrement : s Oh 1 dit-il, ce n'est pas non plus par ce qu'ils disent que j'en juge; je ne suis pas si bête; mais je ! vois bien celui des deux qui met l'autre en colère et c'est celui-là qui a l'avantage. »

Voici Rousseau, avec ses folles défiances, son affeclation de pauvrelé, la genèse plus ou moins exacte du paradoxe sur les sciences et les arts, et la plaidante algarade avec Rulhière. « J'ai ouï conter à Rulhière, mon confrère de l'Académie française, connu par sa jtlie pièce des Disputes et par son Histoire delarêrolvr tion de Pologne, qu'après avoir recherché Jean-Jacques et obtenu de lui un accueil assez obligeant, un malin où il était allé lui rendre visite, Jean-Jacques, sans provocation, sans qu'il se fût rien passé entre eux de nouveau et d'extraordinaire, le reçut d'un air d'humeur très marqué, et continua froidement de copier de la musique, comme il faisait avec alfectation devant ceux qui venaient I le voir, en répétant qu'il fallait qu'il vécût de son travail. L ] 1 (Ut à Rulhière assis au coin du feu : s Monsieur de Rul-

shière, VOUS venez sa voir ce qu'il ja dans mon pot; ehhieo,

> je satisferai voire curiosité ; il y a denx livres de viande,

> une curolte et un oignon piqué de girolle. » Hulhiëre, quoique assez prompt à la repartie, fut un peu étourdi de l'apostrophe et cessa bieutftl ses visites à Jean -Jacques, che!! qui il menait la belle madame d'Egmonl, et à qui ils avoient montré l'un et l'autre beaucoup d'intérè d'admiration et d'amitié, s

Dans le salon d'Holbach, il entend l'abbé Galia l'homme des jours de pluie, à la conversation élince lante, développer son argument des dés pipés en faven^ de la Providence : « Je suppose, messieurs, celui d'enlii vous qui est le plus convaincu que le monde est i'om du hasard, jouant aux trois dés, je ne dis pas dans u tripot, mais dans la meilleure maison de Paris, et s antagoniste amenant une fois, deux fois, trois foiB^ quatre fois, enfin constamment rafle de six. Pour peu q le jeu dure, mon ami Diderot qui perdrait ainsi s argent,dira sans hésiter, sans en douter un seul moments .] cLes déssout pipés, Je suis dans un coupe-gorge, i philosophe ! Comment? Parce que dix ou douze coups de dés sont sortis du cornet de manière à vous faire perdre six francs, vous croyez fermement que c'est en consfr- quence d'une manœuvre adroite, d'une combinai^ arliflcieuse, d'une friponnerie bien tissue; et, en voju dans cet univers un nombre si prodigieux de combini sons mille et mitlefois plus difficiles el plus compliquée et plus soutenues et plus utiles, vous ne soupçonna pas que les dés de la nature sont aussi pipés, el qu'ill a là-haut un grand fripon qui se fait un jeu de vo<

Morellet avait contribué â propager l'esprit de rérorme, et liJi'd Lansdowne lui écrivait, un peu ironiquement sans doute, qu'il devait se rc^'arder comme un soldat blessé dans une armée viclorieuse. La Révolulion lui fit horreur : elle supprime l'Académie', le brouille avec les Helvétius, oxile ou massacre ses amis, brise sa posilion,

I substitue la violence à la raison, son idole'. En pleine Terreur, cherchant à épancher les sentiments qui

I l'oppressent, il s'avise d'écrire un onvrage tout nouveau, où l'ironie sanglante, l'ironie à la Swift est poussée à l'extrÈme, où il s'efforce de rendre plus odieuses les atrocités, en proposant d'enchérir sur celles dont on était témoin. Ce livre qu'il n'a point publié a pour titre : Le Préjugé vaincu, ou Nouveau moyen de subsistance pour la nation, proposé au comité de Salut public, en mestidor de l'an H de la République. Il avait trouvé « tous les mots sans énergie, toutes les expressions ternes, tous les moyens de style sans effet o, et il apportait tout saignant le festin de l'anthropophage. Il propose donc aux patriotes, qui déciment leurs semblables, de manger la chair de leurs victimes, et réclame l'établissement d'une boucherie nationale, sur les plans du grand artiste et patriote David, avec une loi qui oblige les citoyens k s'y pourvoir au moins une fois par semaine, sous peine d'être emprisonnés, déportés, égorgés comme suspects. Il demande que dans toute fête palrïoliqne il y

1. 11 avait emporté, Il garda comme des reliques, au risque de sa vie, les papiers, les archives, Tacle de naissante de rAcadémie française ; il eut la joie de travailler k son rétablisse me al et d'f parvenir.

' 8. Il disa.lt jusque dan; ses ileraiëres années: a Mon, cela n'est

^^^^lUonnable, cela ne se peut pas. n

ail un plat de ce genre, qui sérail la vraie communion des

patriotes, l'eucharistie des Jacobins'.

Après la chute de Robespierre, il plaide avec éloquence la cnuse de l'humanité : le Cri (tes familles, la Caim des pères, la Loi des otages, d'autres brochures contribuent à réveiller l'opinion publique; M. de Beausset, évëquc d'Alais, lui écrivit à ce propos : < La postérité seule vous décernera la couronne que vous méritez; voire cœur seul est toujours le même, et votre talent ne fait que rajeunir, s

Un des meilleurs chapitres de ses Mémoires est celui où il conte son odyssée auprès des membres de la Commune de Paris, pour obtenir un certiGcat de civisme. Comme il invoque ses livres contre le despotisme, l'un d'eux, Vialard, l'arrête court : « Il faut prouver voire civisme dans les journées du 10 AotU et du 31 Mai, et loul cela ne le prouve poînl. Nous savons bien qu'il j a quelques gens de lettres qui ont eu d'assez bons sentimenls anciennement et avant tout ceci, mais aucun d'euv ne s'est montré depuis, el tous les académiciens sont ennemis de la République. » Un autre lui pousse ce terrible argument qu'il n'a point non plus prouvé son civisme le 2 Septembre; « sur quoi on remarquera que celui-ci était plus difficile, en preuves de civisme, qae

1. Morellel avait déjà donné des témoignages da son esprit h iinioristlquedans deui petits écrits: Requête au roi; — le$ IHarionnetlft, publias k la Ua dei Mémoirts; le dernier surtout reoferme ites idées très llnemeot eiprimées. Son attitudo favorite était de se serrer les cAlcB avec les deui mains Tourrées sous son bobit. Quelqu'un ayant remarqué cotte contenance, dit à d'Holbach; s Je croi^ que VMbb a rroid. — Non, Ht U'Hoibacli, il se Uenl conuiie ceh pour être plus près de soi. i

son collègue Tialard qui ne m'avait pas parlé du 2 Septembre. Mais Bernard, nouveau Chério, et demandant les preuves de ma noblesse révolutionnaire, voulait absolument les (|ualro quartiers. » Quant à l'assemblée générale de rilôlel-de-Ville, les chaosonsj Vhymne des Marsettlaii j alternent avec les harangues des sections; la président Lubin, orné de son écharpe, donnait l'exemple; aussi une femme du peuple qui attendait, comme Morellet, dans l'antichambre, dit : i Mais c'est drille de passer comme çn tout le temps de leur assemblée à chanter; est-ce qu'ils sont là pour ça? »

A propos du vote de Siejès dans le juftemenl du roi : la mort sans phrases, Morellel rapporte que ce mot fut parodié par un ministre du roi de Prusse que l'on voulait engager à montrer quelques attentions à Sieyès, qui venait eu qualité d'ambassadeur à Berlin i s Non, fit-il, et sans phrase. »

Il noie aussi un curieux trait du caractère de Garât. Un homme digne de foi lui conta que vers le mois de mai 1793, lorsqu'on préparait le mouvement du 31 Mai, en cherchant à répandre l'alarme sur les subsistaiices, il alla rendre visite à Garât et trouva dans son antichambre beaucoup d'officiers municipaux qui venaient lui faire part de leurs inquiétudes. Admis dans le cabinet du mtnisire, il le voit un petit volume à la main : Garât s'avance et sans autre préambule : « C'est une chose bien étrange que l'abbé de Condillac ait entendu si mal le sjstéme de Spinoza; il est clair que Spinoza... s el il se met à déduire et exposer l'opinion du juif. Mou homme, surpris, comme ou peut le croire, répliqua : t Vous pourvoir raison contre l'abbé de Condillac; mais je voua

^jet^voir raiso

conseille plutôt de songer à ce que voas avez à dire à trente personnes qui sont dans votre antichambre et qui viennent vous demander du pain pour la ville de Paris. ^

Platon banissait de sa république les poètes : il faudrait bannir aussi des ministères les rhéteurs, ces dangereux poètes de la politique. Ceux de Byzance discutaient sur la lumière créée ou incréée tandis que les Turcs montaient à l'assaut ; celui-ci dissertait sur Spinoza tandis que Pache et ses complices complotaient Vépuror tion de rassemblée, la destruction des Girondins.

Les irislessea de l'hlslolra. — te marquis de Mirabeau ; quatrain de Bivarol. — Mirabeau enfanl, son éducalion. — Le diminn de la cbose impossible. — GourmandUo du marquis de (.'.Immarau.

— Lestyie do Mirabeau Jugé par Victor Hugo. — 11 pstfait pour démoutrer son siècle ! — La monarchie prussieDne. ^ Le plus grand avùoeur de l'univers. — Proteslalion de Mirabeau contre la noblesse de Provence. — Ovations à Aii, â Marseille. ^- Mirabraa est avec Tatleyrand le seul homme politique de la Révolution, Jusqu'il Napoléon. — Sa popularité, son amour de la rhota publique. — Ce n'est que Monsieur, frère do roi Mirabeau. — Ses mots, ses discours, son influence i l'Assemblée consllluante. — Compllmeolde l'acteur Mole. — Silence aux trente voix 1

— Li véritable apostrophe au marquis de Dreux-Brézé. ^ Mirabeau à la tribune. — Relalions avec la eour : il ne se vendait pas, mais se faisait payer pour étro de son avis. — Sa mort. — Mot d'une poissarde. — Les collaborateurs deMirabeau. — Etienne Dumoni. — Comment Mirabeau payai! ses ports de lettres.

Science on art, poésie ou prose, réalilé ou idéal, l'iiisloire, cette tragt-comâdîe aux cetit actes divers, oii les

ISa LES Cll'SEUKS

Fuiidiisions démeiitenl si soovenl les prémisses M les olïols Ica cnuses, parce que nous conroDdons sans cesse les t'oiniiii'iicemonts aven les lins, les fragments du miroir avec le miroir lui-même, les limites de Tborizoa avec les bonx'sdu moiido, l'hisloire réserve à ses fidèles d'élranges QiélUGulios mêlées aux pures joies de k pensée, el, en mCmelompsquo les plaisirs de l'esprit pareourant eedo- ■nuirio iuflni, des regrols rétrospectifs et des chagrins posll)umt>s. Comme ce personnage contemporain ôasReite- HlJrr i]ui r«{[r(>nnil de n'avoir pas cqnnu ses amis Cervaiilès de Snavudra cl William Shakespeare, comme ri* MViiul pliilosophe plongé dans l'adoration des belles li^niftii'!' do In Kronde, nous avons, nous nussi, nos héros pr^(^r^!t,un Henri IV, un Itichetieu, un Condé, auxquels IWHS rt|t|Hïrlons nos sentinieiils, nos rêveries, dont les dé- (litHl$ tttiu» «ttriiiienl, pour lostiuels nous voudrious emftniitiiM' t]U<>l<fni>.'i instants le feu divin de Proniélhée. siHi^lu'tNivr l<» emurf, embellir le ji^nie, prolonger la w» *hw«*r *n\ (événements une nouvelle orientation,

- ir«. n««. r« « WW ^rrifur de tlirmttm, Gcniïc et Paris, 1874.

- M*'-'«u>t*r, ftaaaà hittorifUM, tMd. Guill. Culiol, étude sur t»« tilNMnNttra i't'liM wr flauMKt. — CormcDln, 1« '>>re dM Qratnrt, V. iK f^ f'I ** "**^- ~ Aulanl. (« Ontemrt 4f U CniutitiMnU.

CIM>1*<MM^ Ripnt it* lhr*ti<*a,irol.— Vturhft. Ilrmoira iw IhmttoHi H >iM»jM>f««, l<n>l.l»-$. — TicMrHuBe.fi'ludeMM-lfiralM*. <N>vK t:m r.-t-X. tMbMis AnrMTuff U meladit tt et t* iBMl «* »»«M*** ft«fM4K'Jhr<tfrfm. — Satatr-Beare, Pr«nunT I imMk t 1^ tMMMWt In JfûttWMi. > ml. In-S. IteniD. — MMm «f »«W»Mi^ iV%f««i «AxwMa. -- JbwMl lUi £e«momultê: i-M «vvVwi^'q tu awi c ii ii Jr Jl»^«w (Ktnbcv ISSe). - Mare- "^ ■ . I Mw4 . f atw » M> Ucy, l«U. — Cbuwilinud.

v-ltatl*. t t-. r- m- — **en Sunl. |-£*raf>

DE LA RKÏOLUTIOS. 187

changer en un mol !a carie du monde moral el matériel : rimaginalioiine demande pas moins et c'est une amëre déceplioii de penser avec Pascal quela maladie, larencontre du plus mince obstacle entralaentdes catastrophes qui bouleversent les destinées des peuples.

Que fùt-il arrivé par exemple, s! Mirabeau eût vécu quelques années de plus ? Eût-il dompté le monstre qu'il avait contribué à déchaîner? a Les torts de ma jeunesse coulent bien cher à la Révolution, » disait-il lui-mfimc. C'est en effet cette jeunesse tourmentée, orageuse, qui compromit sa maturité; mais comment ne pas reporter une partie de la responsabilité sur son pare, l'homme le moins fait assurément pour entreprendre l'éducation d'un tel lils, le plus apte en revanche â démontrer que l'esprit, s'il sert à tout, ne suffit à rien et ne saurait remplacer la biîauté de l'àme, l'harmonie du caractère.

Ce père égoïste et avare, qui a le fanatisme de l'infaillibilité, subit l'inOuence d'une intrigante, pousse par sa rif^ieur son alaé dans dos erreurs de plus eu plus graves, l'oblige, par le refus d'une pension alimentaire, à user (^'expédients détestables, est un nouvel exemple de cette vérité, que s'intituler dans ses livres VÂmi des hommes n'empéuhe nullement d'avoir une àme insensible à la pitié pratique, et, qu'en général, ces préleodus adorateurs de l'humanité souEfrante, no se préoccupent guère de mettre leurs actions d'accord avec leurs doctrines. Ou a oublié les livres du vieux physiocrate, mais sa correspondance avec le bailli de Mirabeau son frère, écrite dans un style archaïque, original el primcsautier, qui se rapproche de celui de Saint-Simon, a de quoi intéresser les amateurs de problèmes moraux, tous ceux qui secom-

plaisealauxincerliludes, auicontradictiousducaraetfere. Là se peini de pied en cap ce personnage élran^. oiseau hagard dont le niit fut entre quatre tourelles, qui, poussant l'hyperlrophie du moi jusqu'aux deraîèresli' miles, pensaul haut et mal agissant, prit ses opîuîoDi pour des principes immuables, s'enfoufa dans son orgueil solitaire jusqu'à méconnaître ses premiers devoii-s eavers sa famille et prouver par l'absurile les inconvénients de l'absolutisme paternel.

On l'eût quelque peu étonné sans doute en lui disant que sa méthode de raisuuitement procédait de eelle de Rousseau', d'Alembert, Diderot, de ces philosophes dont c la bibliothèque est l'inventaire de la tour de Dabet qu'en guillotinant une partie de la nation par amour pour l'autre, les jacobins ne faisaient qu'exagérer et géu^ raliser ses propres prineipes. Le marquis de Mirabeaa semble en etîet le jacobin du despotisme tàmilial. Dani une parodie de lascène entre PUèdreel ŒnoiieremplacéMparBarnaveet Mirabeau, Rivarol représente ce dernii bourrelé de remords, et met dans sa bouche ces vers d'u si plaisant comique.

Où me cacber'' Fuyons itana la nuit tnrernale 1

Mais mon père y connaît idod histoire futalel

Je tremblu île tomber en ses sévËres loaiDs,

Tout mort qu'il est, inrin père est l'Ami da IJiun linl I

L'Ami des hommes devenant le plus terrible des êpoi vantails! On ne pouvait mieux démasquer sa dureté réeil àlravers levoile de celle philanthropie dontil se lai^a et se crojail peut-être pénétré, t Quand je vois l'ulopiâli

!• Gbaussard 1 appelle ; l'autre EuryatMe de c£t Hercule.

observe excellemment M. Nisard, ouvrir les bras an genre humain, je me doute qu'il vient de les fermer à ses proches. » L'amour du genre humain, un amour sans devoirs, quoique non pas toujours sans profit, n'est que trop souvent un admirable thème à mettre en articles, en gros volume in-oclavo.

Dès l'enfance 1, Mirabeau se dessine lel qu'il sera, tel qu'il aurait pu être, s'il n'avait subi une si fâcheuse direction. Confirmé fi sept ans, et assistant au dîner offert à l'évËque, quelqu'un lui explique que Dieu ne peut pas faire les ronlradicloires, par exemple un bâton qui n'eilt qu'un bout, o: Je demandai, raconle-t-il, si un miracle n'était pas un bâton qui n'eùl qu'un bout. Ma grand'mère ne me l'a jamais pardonné. ■>

Sa mère lui reprochant de chercher à montrer de l'esprit 1 f Je croîs, repart-il, qu'il en est de l'esprit comme de ta main, qu'on l'ait belle ou laide, elle est faite pour s'en servir et non pour la montrer. »

Interrogé s'il pensait trouver à se marier, malgré sa laideur, il répond qu'il espère que sa femme future ne le considérerait pas au visage : le dessous aidera te dessus. Il croyait à la beauté de salaideur et disait plus tard ' : « Ma tète aussi est une puissance. :»

1. A l'âge de cinq ans, son précepteur lui dil (l'écrira ce qui lui viendrait dans la téle. Voie! ce qu'il composa : a Monsieur moi, Je voui prie de prendre atlculion à votre écriture et do ne pas taire de paies sur votre exemple ; d'âtre allentir 'i ce qu'où lait; obéir à son père, k son maître, & sa mère ; ne point contrarier; point de détours, de l'bonneur surtout. N'attaquez personne, hors qu'on ne vous attaque. Défendei votre patrie. Ne soyez pas mécbant avec les domestiques. Ne lamiiiarisez pas avecouï. Cacber les détauls de son prochain, parce que cela peut arriver à soi-même, o

i. 11 portait une énorme chevelure arUstcment arrangée et qui M.

^^ qu't

190 LES CAUSKURS

A peine adolescenl, il esl lourmenté du désir de fonda nno religion. L'ayant avoué à son père, celui-ci le coqduit (lanssa chambre à couclier, lui m on Ire un grand cifix. a Tiens, fait-il, voilà où cela mène ! »

Écoutons maintenant le marquis lui-même, envoyant' au fur et à mesure à son frère ses humorisliques apprécialions sur cet enfant qu'il étudie avec la curiosité naiv quoise' d'un savant chargé d'niinlyser un animal cxlraoi dinaire hien plutôt qu'avec les scntimenls d'un père. Dans ce style II faîten écailles d'hnllres'», dans celle proi qa'il aime, parce qu'elle esl comme lui « brouillonn* parimpalience », dans cet homme si personnel qui ne relil pas parce que « c'est l'équivalent de se regarder ■ miroir », nous noterons d'esceilenls traits, force idéeS' piquantes qui, mieux cultivées, lui eussent assuré aaéi place parmi les bons écrivains du xviii' siècle.

Tantôt il trouve qu'Honoré a le cœur haut sous la jl quotle d'un bambin... de l'esprit comme trois cent millâ diables, qu'il est vif mais qu'il a bon cteur ; il veut toill écraser et pardonne au premier mol ; c'est un foudre travail et d'expédition. 11 y a bien du physique dans : écarts... 11 voit comme un aigle... Tout (en lui) est faci lité, fougue... défaulilé de caractère, esprit qui cogil dans le vague et bàtil en savon... Cette tête-là esl unmo

eugmenlaiL te volume de sa tèle. i Quand, dlsait-11, Je secoue terrible bure, il n'y a personne qui osàl m 'interrompre. >

1. f Hou style, fait en écailles d'huîtres, est si surchai^é de dil rentes couches d'Idées, qu'il aurait t)csulii d'une poDcluatlon t» ejprÈB pour le délirouiUer. •

S. L'hostilité qu'il porte à son fils so déclare presque à sa m Ton neveu est laid comme Salaa... On petit mou qu'on dit être mon Uls... >

lin pat'liculier à idées, s Ailleurs il confesse, avec une sorte d'étonnsmenl grincheux, ses qualités de séduction : « Le marquis de Lambert me disait l'autre jour qu'il avait partagé la ville et la province entre la raison et lui, et que malgré son caractère odieux, il aurait trouvé dans la ville de Saintes 20000 livresqui n'y sont pas, » Avingldeux ans, il fonde une cour de prud'hommes, « chose que je croyais bien près d'ëlre impossible; il y a mis la souplesse, la finesse, la rondeur, l'activité, employé les curés, fait embrasser tout le monde... Il séduirait le diable,, .N'est-il pas vrai qu'il est deux hommesàlaTois?... Enfin c'est le démon de la chose impossible'. »

Notre original constate qu'il s'est fort bien comporté au service, que ses compagnons le proclament très brave, qu'il a enj61é son colonel et les offîciers. On sait que plus tard, Mirabeau, ayant fait ses preuves de courage, refusait de se battre avec des adversaires qui eussent été enchantés de se débarrasser d'un chef de parti si redoutable et qu'il avait fini par rédiger celle circulaire eu réponse

I. Le duc de NÏTernois écrit au bailU : g L'aulre Jour, dans des pri:( qu'on gagne ctiez mot fi la course, il gagne le prix, qui él Jit un cbapcau, se rctaui-ne ver^ un adolescent qui avait un bonnet, et lui mettant sur la tète le sien qui éinil encore Tort bon : a Tieni, dlUlp je n'ai pns rfeitr têtes. « Ce Jeune homme me pnrnl alors l'empereur du monde: Je ne sais quoi de divin transpira rapidement dans son attitude ; J'êu rèval, J'en pleural, et la Ic^on me Tiit fort

A seize ans, il avait la mine ^\ hardie et si liaulalrio, que le prince de Coiill lui demande : a Que Terais-tu, si Je le donnais un soufHi'tî « Et lui lie lépllquer; e Celle question eilt Élé embai^ ra^^aale avant l'invention des pistolets h deui coup;, u Son père liorlera plus lard ce pronostic étrange : u C'esl uae bouteille ûcelée depuis vin^t ans, SI elle est Jamais débouchée san^ précauUon, Uul e'en Ira. n

198 LES CACSEÏRS

aux défis : « Messieurs, je vous ai mis sur ma lîsle, mais je TOUS préviens qu'elle est loogue, et que je ne saurais faire de passe-droits*. >

Le diclon provençal : «N'enlendrons-nous jamais parler que de celle race elTrénée des Mirabeau? ». n'estpas pour déplaire au père qui, dans un accès de franchise, s'écrie : « Comme depuis cinq cenis ans, on a toujours souffert des Mirabeau qui n'ont jamais été faits comme les autres, on souffrira encore celui-ci qui, je le promets, ne descendra pas le nom... s lia pressenti ce qui s'aiiite dans cetto léle inquiète, a comme la racine sent rêbraiilemeiit des feuilles. — Que diable faire de cette exubérance intellectuelle et sanguine? Je ne connais que l'impératrice de Russie avec laquelle cet homme peut être bon encore à marier. »

Toici maintenant le revers de la médaille : Les lettres pleuvent où Ton Neveu l'Ouragan, Échine de Loup, le comte de la Bourrasque (ce sont les tendres sobriquets qu'il lui applique) ne devient plus t qu'un quart d' homme, la pie des beaux esprits et le geai des carrefours, babile sans doute à habiller ses défauts en vertus, d'ailleurs tout de reflet et de réverbère ». Sa tète est un moulin i vent et à feu... o: Il y a des excréments dans toute eau... Tiens-loi en garde contre la dorure de son bec... C'est Ixion copulant dans la nue, du bruit, du veut, et cfl n'est rien ! s Ori^eil va devant écrasement; il est bien fils de Madame sa mère qui veut bien qu'on la pendo

I plus

1] réponilait encore A ses provocateurs: < Je ne me bats jamnis, la rage de tirer l'ëpêe, ailei trouver mon frûrc, 11 ( plus de surface que moi et il ne demande qu'A se battre. >

pourvu qu'il soit question d'elle. Le marquis' va jusqu'à regrellei' qu'on ne puisse ni se démarier, ni se dépalerniser, et le bailli, plus indulgent d'ordinaire pour les. frasques de soQ neveu, se mel à faire chorus avec le père» : «S'il n'est pas pire que Néron, il sera meilleur que Marc-Aurèle », tandis que sa sœur Luce observe ironi-

I.CetlecurieusecorrespoDdancerourmllle de plaisantes anecdotes c«Dime celle de ce parent de Miraheau, te marquis de Chaniaraii, qui avail envoyé demander a l'évèque de manger gras ; à paioe la messager parti, le dévot gourmand compte les pas sur ses doigts. t H eit là, — il arrive, — il demande, — il obtient. Eb ! vile, partemi ma &ovpe,quémilamange. — Quand elles m'ontprOnâ sa lettre a sa femme, reprend le marquis, j'ai dit seulement : pnrle-'.ui m Movpe que mi la mange. »

3. Il est vrai que le marquis vaudrait charger le bailli d'éduquer Mirabeau, el il n'épari^ne pa^ tes belles phrases: a Tu a-< tout te Salurne qui manque asou Mercure, (lu'i! sache que sous ta longue mine roide et froide habite le meilleur homme qui fut jamais, un homme fait de la rognure des anges... Il fut un temps où lu m'écrivais: quant à moi, cet enfant m'ouvre la poitrine, d liais le bailli ne SB soucie pas d'un lel fardeau : i Je ne suis plus d'Âge ni de goût a me colleter avec l'impossible. Les trente-deux vents de la boussole sont danî sa tftle. Ce cerveau est un fourneau encombré. Il faudrait l'envoyer, comme dit sa bonne femme, aux insurgenls, le faire caiier la lête. g Admirez ce dernier trait. Et un uitrejour :t Honplanestfortementan'èté, c'est que l'antoritè^eule et moi nous sachions où 11 sera et qu'a sa mort un billet caclieté 'apprenne k mon substitul... Je sais que je suis, k les en croire, le Néron du siècle; que les femmes veulent me trallor comme Orphée et les avocats comme Romulus; mais que m'!m|>or[e7 SI J'étais sensible au toucher, il y a longtemps que Je serais mort, Qu'importe qu'ils essayent do me déchirer dans ma cuirasse d'honneur, désormais trop dure et trop cicatrisée, pour que de pareils coups puissent pénétrer. Je serai comme Rhadamanie, puisque Dieu m'y a condamné... J'ai fait justice en qualité de tribunal nalurel et domesllque, el verrais sans remords la mf're sur les tréteaux, le nis i. la Grève... » Ctia devient presque épique et gran- I, a force do cruauté.

I9i Les causeurs

quemenl : t Avouez, monsieur le comte, qu'un corps eSI!

Lien malheureux de porter une tèle comme celle-là? i

Il semble qu'il lui impute à défaut ses qualités el coon fesse en rechignant u ce terrible don de ta familiaritâ qui lui t'ait retourner les grands comme des fagots. Coii> ment d'ailleurs ne réussirail-il pas, en un siècle où lu paroles n'ont plus de son, les écrits de couleur, les droits de réalité, les devoirs d'autorité, où tout se déniéli comme à Lilliput, c'est-à-dire en raison même de ^ petitesse ? »

Cet homme qui reconnaît en son (ils le salpêtre p culioràsa race, qui avouait avoir été lui-même un briilfl à vingt ans, ne devrait-il pas témoigner quelque indul gence, escuserles premières fautes, celles qui n'ont ri d'irrémédiable, attendre que le temps, les conseils, bonté fassent leur œuvre habituelle? Tout au contraire,! s'emporte, va dès l'abord aux extrêmes, sollicite i lettres de cachet contre l'enfant prodigue, le fait espioÇ ner, poursuivre, enfermer dans des prisons d'Étal, meure insensible à ses appels sincères, à ses supplica tiens éloquentes, étonne le ministre lui-m acharnement el trouve fort mauvais qu'on le lui 1 moigne. a II regarde d'ailleurs de telles adjuaneslalioi à un homme de poids el d'âge, comme des leçons de si nette A un éléphant, s Aussi ne peul-on s'empêcher;^ t-on envie, malgré tout, d'admettre les circonstances atU nuaules et de répéter avec Mirabeau : « Vous avez raei tous vos enfants, excepté un seul, par la terreur, comn si c'était du sang d'esclave qui circulait dans let veines. > Comment ne pas approuver son livre conti les lettres de cachet, ce discours à l'Assemblée coust

luaiile, OU, rappelant qu'il y en avaîl en cinquante-quatre dans sa famille, il remarquait spirituellement qu'il en avait eu dis-sepl pour sa part et qu'on l'avait partagé en aîné de Normandie?

L'animosité de l'Ami des hommes, assoupie pendant quelques années, après la sortie du donjon de Vincennes, reprend de plus belle eu ilSi, au moment où Mirabeau, criblé de dettes, entreprend de vivre de sa plume, et commence à conquérir sa réputation par de nombreux écrits', compilations prolises', recouvertes d'un vernis oratoire, qu'on no lit plus aujourd'hui, mais qui faisaient grand

1. Uiie Itroctiure contre les agioiours lui valut ce quaiiuiu de Rivarul :

\ ~3. aUxceptédans ses âloquentes lettres ï madame de UOQiiier,oti Il parle plutôt qu'il n'âcrlt, et qui sont des harangues d'amour, comme s«s discoure à la Conslituanto ïont des baraQgiies de révolulion, le styte qa'il trouve dans son Ëcritoiro t»t en giiiiérel d'une forme niédlocre, pileux, mal lié, mou aux extrérailiSs des phrases, sec d'aiileur», se composant une couleur lome avec des épitliÈtes banales, pauvre en Images, ou n'onVatiI par places, et bien rarement encore, que des mosaïques bigarrèo!; do mi^taptioros peu adlicrenles enirc elles. On sent, en te lisant, que les idées de cet lionimc ne sont pas, comme celles des grands prosateurs Dès, Faites do cotte substance partlculiËre qui s'insinue bouillante et liquide, dans tous les recoins du moule où l'écrlvalD la verse, et SB Dge ensuite : lave d'abord, granit ensuite, u (V. Rugo, p. 62.) — Souvent, même dans les LaUrts à Sophie, l'autour copie des pages entières d'écrits qui paraissaient alors. < Ecoute ma bùHne amie, jf. vais verser mon eaur ilana le lien... et cette conlldeace tnllmc était la Irauscription lllléraie d'un article du Mercure de France ou d'une page d'un roman nouveau, n (Dumont, Soui/enirt,

.BidÈJIo, 6 psiBnl Uirabeau, Ht friiioDi i]ui ([aieal nos iDairas I laverti doit le Coiro bourrosii, El iirJc'iD'' tarrécheitË en {lendani sm conFrëi

bruit à celte époque. Plus que jamais il épanche sa bile contre ce drôle el raille sa laideur amère, sa démarche inlercadente, son re{;ard ou pour mieux dire son souiril atroce quand il écoule et réfléchit,son ne doHterde ri(r<, le caractère incendiaire de sa polémique, il le qnaliGc d'homme vil el méchant, de mauvais sujet à la solde de l'agio,et le croirait bâtard s'il n'élail venu au monde i lieu où nul n'abordait ». Il lui conteste toute autre faculté que celle du plagiai; il ne peut que t compiler el coudre en boursouflé les pièces rapportées qu'il dérobe de toutes paris n. 11 n'a d'autre propriété que celle des renards de Sanison. Et quand on lui objecte le succès de ses ouvrages, il réplique : « Au moment de l'incendie de Persépolis, un tison était plus recherché par les convives que les plus précieux trésors... Le siècle des gens de sa sorte arrive à grands pas; car il n'esl aujourd'hui ventre de femme qui ne porte un Artevelde ou un Masaniello. i Mais le succès est une habile sirène il'Jmi des Aommei a beau s'en défendre, et comme il l'écrit, rire des épaules, la réputation de Mirabeau commence à le Iroubler, à remuer les fibres de l'amour-propre. Envain alTecle-t-îl le dédain, on sent qu'il faiblît. — « M. le comie affecte de la profondeur, écrit-il en 1787, parce qu'il a detouldans sa boutique... Avec quelle impudence il m&tiae l'art de la parole ! Le voilà devenu l'arbitre des événements... Il a insulté les ministres, les puissances étrangères, et il passe dans loule contrée, haul la main, il e^t fait poar démontrer son siècle... Eh ! que fail le bon ou le mauvais sujet?Il y en a tant qui n'onl ni talent, ni espril, ai courage, et celui-là est supérieur en loulcs choses... Quoi qu'il en soit, celui-ci régnerait dans une prison el nul

n'aurait la force de l'y niellrc 11 esl devenu le coryphée du siècle par son ritnbombo..., de ce siècle qui nesl louché de rien, mais qui veut êlre remué de loul. Quand il a à dire une sottise, il pousse d'énei^ie et de ce qu'ils appellent éloquence. »

Des lealalivea de rapprochement échouent; Mirabeau qui sent combien une réconciliation Tavorisera ses projets d'ambition politique, redouble de diplomatie insinuante etcikiine, lui dédie son ouvrage sur la Prusse, énorme compilation en quatre volumes de six cents pages chacun, brochée en quelques mois, avec des matériaux l'ournis par un savant ofTicier allemand d'origine frani^aisc, le major Mauvillon'. Du coup le vieux physiocrate est désarmé, car il retrouve en ce livre ses propres principes, que son fils, pour le flatter davantage, porte aux nues. Toulcequ'il écritn'esl que brochure, disait-il jusqu'alors 5 mais, après vérification* esacle de tout ce que contient l'énorme compilation de cet ouvrier forcené, il le lient pour l'homme leplus rare deson siècle, et ilseraitpeutèlre un des plus rares que la nature ait produits, si la direclité dans les vues lui eût été en même temps accordée.

Il consent donc à revoir « cet homme qui, semblable à la plante nommée pas d'âne, s'étend en feuillage qui couvre tout mais sans racine », mais il ne lui épargne pas les sermons, s'en vante à son frère, faisant souuer

t. C'cstaumajorMauvilloniiiic Mirabeau écrit le 3 décembre tTNS; ( Je vois que les [êtes rurmentcnt d a as voire Allema^no et je sais bien que si l'étincelle frappe les matières combuslJblet, ce sera du feu de cbafbon de terre, et non du Teu de pallie comme ailleurs, d

kj.

LES CICSECKS bien haalqn'U ne capitule poim, qu'an coDirure od w rrad à diâcrétioa. * Tn ne saurais croire arec iiaelle lotte el qnelle aboDiiance je loi monlrai l'enfance et la Irivialîlé (le ses objerlioiis, la misère de prendre eo matièrsA rdigioa le oovau pour la plaule.et i'oatra^e à rhumaii de déchirer l'habit à tontes lailies que tant de | hommes avaieut «ntretena et approprié à son iisnge,p< la laisser nae et lifréc au mol du guet de la tour i Babel : Tôt capita, tôt sekses... Ta voisque ce u avec (les chapelets el des scapulaires que j'ai attaqué^ éelio bruyant. »

Il coiis(ate avec plaisir qne Mirabeau est coDvenu loul, car, c'esl le plus grand aioueurde runivers ; que dis-je! il se (lalleduneconvcrsioa complêle: c .le Tauchc devarU lui, et je crois que, selon son naturel, il trouve à glaner à m'entendre. » Et malgré l'armure d'ironie dont il s'abrite contre l'enchanleur, il ne peut retenir dcïani de Comps un cri d'orgueil en apprenant les succès de Mirabeau en Provence : f Jeune homme, voilà delà gloirCi de la vraie gloire I »

Mais les allures révolutionnaires de son fils effaroucbcDl le vieux royaliste aigri, qui se persuade volontiers que le monde va finir avec lui el lance cette suprême boutade, le 8juilleH789, doux jours avant sa raori : « Douïocent cinquante législateurs, tout neufs k toute sorte d'admi* nisiralion, tous gens sans conduite dans leurs propre affaires, vont nous faire une merveilleuse constilulioo d'État, avec le Bonnet rert en tête, et l'Homme ans contes 6ieus pour guide! »

Lu Bonnet vert, c'est Mirabeau, le Marchand (lepavoies, et VHomnteaux contes bleus, c'est Necker.

DE LA REVOLUTIDfi. 109

Cepeiidanl Mirabeau monlail de |ilits en plus dans la curiosité, la haine et l'admiralioii des hommes : Ton de son audace, de son ne douter de rien', de ses dons de fascitialion, armé de pied sncaji parla nature et lelude, ses passions, ses vices, lui servent autant que ses vertus et ses talents pour dominer l'opinion publique^, celle souveraine capricieuse qui inaugurait alors son r^gne. On sait avec quel fracas il heurta les prétentions et les préjugés de la noblesse provençale déchaînés contre lui; avec quel courage^, avec quelle violence aussi il prit en main la défense des droits du tiers; ce qui ne l'empêche pas de nourrir peu d'illusions sur la reconnaissance et la capacité de ses partisans : « Lo tiers, écril-ilà de Comps, n'a ni plan, ni lumières. Il s'acharne avec fureur sur des bâ~

1. « Je Bi)l3 sûr, à mon premier pas ilans le momie, de Taire baisser la tSte, plus encore par ma cooduile que par mas regards, à qiilcomiue aurait osé me préparer du mépris. »

î. t Ffilles-Doua en sa faveur un pou d'opinion publique, u disait vers la Un du xvnr siècle une femme du monde qui recom~ mandaii à ses amis de l'Acaclémle un débutant llUéralre.

3. Les plus grands embarras d'un chef de part) sont dans son parti («eu). Dans une lettre du 27 janvier 17S9, il ajoule ces parûtes rrappanieai t Tel est le public, imbécile troupeau qui livre sas cbiens au premier loup qui sait Ee servir d'une peau veloutée, o ■ Je ne suis, disent-Ils, qu'un cbien enragé : C'est une grande raison de m'élire si Je suis un clilen enragé, car le despotisme et les privilèges mourront de ma morsure. » Et pour que la morsure soit mortelle, Il approuve, fomente, exploite tous les troubles de ; Ul Provence, de 178S à 1791. — (Voir les historiens de Marseille et Toulon ; Henry, — Tisserand, — Fabre, — Brun, — la Corretpon~ i/ancE odreinte â la marquiie de Crefut, in Revue île la Révolalion. S' semestre, Douunienisel même Revue, 1887; — les travaux de M. B. Taine, La Provence en 1790. ~ Il songeait surtout h. ces tristes besognes lorsqu'il s'écriait : a Je no voudrais pas avoir travaillé seulement à une vaste destruction, a

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