Uacaulay. Eiiaii bisloriques, t. It, p. 383 et suir
t < Qu'esl
< Qu'est-ce donc que la banqueroule, si ce n'-cst le plus cruel, le plus inique, leplusdêsasIrcuxdL'simpûls?... Gardez'VOQS de demander du teipps, le malheur n'en accorde jamais. Eh! messieurs, à propos d'une ridicule moliou du Palais-Hoyal, d'une risil)le însnrreclion qui o'eul jamais d'imporlauee que dans les imaginalions faibles ou les desseins pervers de quelques hommes de mauvaise foi, vous avez entendu naguÈre ces cris Ibrcenés : CatUina est aux portes de Rome et Von délibère t Et certes, il n'y avait autour de vous ni Catilina, ni péri), ni factions, ni Rome... Mais aujourd'liui la banqueroute, la hideuse banqueroute est là. Elle menace de consumer, vous, vos propriétés, votre honneur... Et vous délibérez ' ! »
Cazaiès proposait, pour remède aux maux publics, d'investir pendant trois mois le roi de la puissance executive illimitée. ^- Mirabeau dît : a M. de Cabales est hors de la question, car il discute celle de savoir si on accordera ou si on n'accordera pas au roi la dictature. »
Aux optimistes de l'Assemblée qui sommeillaient ; t Nous dormons, mais ne dort-on pas aux pieds du Vésuve? » — < C'est une fête napolitaine, dira M. de Salvandy eu 1S30, nous dansons sur un volcan, n
A M. d'Espréménil qui bataillait pour les mundals impératifs ; « Si le système de M. d'Espréménil eût prévalu, il n'aurait pas eu besoin de venir en personne ;
1. Atil moDsEcur le comte, lui dit le lendemain l'acteur MolA, quel ilisciiurs el avec quel accenl vous l'avez prononcé ! Mon Dieu, comme vous avez manqué voire vocalioa I s — -Do même Kachcl, ftprës avoir enteadu H. Gulzot à la tribune : < J'aimerais Jouer It t bomroe-lA I ■
. lonsi
il aurait pu se conleiiler d'envoyer ici son cahiei enssîoDS élé privés du plaisir de l'entendre. »
A an mpmbre qui voulait conserver dans les promulgations royales ces mots : à tous présents et à vfnitiM tatut : < Si la mode itu salut venait à passer? n
interrompu par les vociférations de la ^ucbc, il se re- ' tourne vers Lameth, Robespierre, Duport et les fondroie d'un mot : « Silence aux trente voix! >
A ceui <]ui contestaient à l'Assenibliie les ponvoina d'une Convention nationale : « Notre Convention iialîa* uale est supérieure à toute limitation comme à toute aiH ton té, elle ne doit compte qu'à elle-même et ne peut être " jugée que par la postérité. Messieurs, vous connaisseï Ions le Irait de ce Romain qui, pour sauver sa palried'uns
mde conspiration, avait outrepassé les devoirs que lai
inréraîenl les lois. — Jurez, lui dit un tribun captieux, avez respecté les lois. -^'Je jure, répliqua ce
md homme, que j'ai sauvé la République! — El vous, 1, jejureque vous avez sauvé la patrie !
Dans une vision prophétique, il prédît toutes les eonsé(|iiences de la séparation des communes d'avet; le p « Vous aurei des massacres, vous aurez des boucheriflÉ fous n'aurez pas l'exécrable honneur d'une guerre civile.'^
Celle pfailippique contre la Saint- Barthélémy : • S'oo- Mw* pas que 4'îci, de cette tribune où je parle, onape^ piil la fenêtre d'oii la main d'un monarque français ti l'aniucbuse qui fut le signal de la Satnt-Barthélemy. 4 Mensongo'. riposta fort justement l'abbé Maury, onuâl
«Uil emprunte à Votney, i l'un des plus éloqt Ils ii<> l'Assemlilée >. Edouard Fouruier soulleat d'ailleure icoup (le fane que Chnrles IX ne prit aucunement
DE LA KÉVOLWTIOÎI. 213
voit pas d'ici, cette fenêtre! » Ce qui n'empScha nullement celle mirabelle (Beaumarchais proposait d'appeler ainsi les pamphlets de Mirabeau)de sortirloutson elFet; tant nous sommes une nation verbale !
Son apostrophe au grand matlre des cérémonies de lii cour, H. de Dreux-Brézé, intimant à l'Assemblée, au nom du roi, l'ordre de se séparer: cNoua sommes assemblés par la volonté nationale, nous ne sortirons que par la force'. » Il fut ainsi le premier qui dévoila h l'As-
massacres, et que celle accusalloQ (l'arquebL-itr Jos huguennls rie sa chambre rentre daas le doniiùne de I» légende. (L'Eaprit dam VhMoirt, p. W5 e'. sulv.)
1 . Toile est la vraie version, d'apr&s les paroles de M. de Dreuï- Brézé, pair de France, dans la séance du lU mars 1333, répondant à H. VilleniBiD qui avait rappelé la pbrase, telle qu'on la ri'pé'a ordinairement : ■ Allez dire â votre maître que nons sommes Ici par la volonlé du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » Voici le discours du marquis de Dreux- Bréaé; « J'ai dit que je remerciais M. ViliennalQ d'avoir parlé delà séance dans lequel mon père Tut en présence de Mirabeau; et voici pourquoi ]e t'^ remercié ; c'est parce que depuis longtemps, je désirais que l'occasion s(! présentât pour recliller ce fait... Voici comment la chose se pn^^a. Mon père fut envoyé pour demander la dissolution de l'Assemblée nationale. 11 f arriva couvert, c'âiail son devoir, il parlait au nom du roi. L'Assemblée, qui était déjà dansuD élat d'agitation, Irouvacela mauvais. Mon père, en se servant d'une expression que je ne veux pas rappeler, répondit qu'il resterait couvert, puisqu'il parlait au nom du roi. Mirabeau ne lui dit pas : f Allez dire à votre maître... s J'en appelle à tous ceux qui étaient dans l'Assemblée et qui peuvent sa trouver dans celte enceinte ; ce langage n'aurait pas été admis. Mirabeau dit ii mon père : ■ Tlous sommes assemblés par la volonté nationale, nous ne ■ sortirons que par la force, t Je demande à M. de Montlosier si cela est exact. Mon péro répondit à M. Uailly ; « Je ne puis recon- * naître dans M. de Mirabeau que ledéputë du bailliage d'Aix et non > l'organe de l'Assemblée nationale, s Le tumulte augmenta, un lenis ''St toujours le plus bible, mon pars
su LES CAUSEURS
semblée le secret de sa force, qui n'étail antre que c
de la faiblesse de la cour.
Uoe anecdote éclaire son latent d'improvisateur, i promptitude h pénétrer le deCaul de la cuirasse de l'ai yersaire, à frapper le point découvert, sans s'inquiéfaH
te relira. Voilà, messieurs, la vérilè ilans touie son exactilaA) Victor Hugo, qui a. vu Mirabeau b. iravers son imaglnaltoa, U ce portrait faulaisiste: s Mirabeau à la triliune,.. chose de magnifique. Là, il est iiien lui loul entier, lui lout-j sant. Là, plus do tablo, plus de papier, plus d'é::titoirc bériasieât plumes, plus de cabinel solitaire, plusde silence et de mèdllathi m&ls iiti marbre qu'on peut frapper, un escalier qu'on peut n en courant; \xne tribune, espËce do cage de celte sorte de bH» HiuïE, où l'on peut aller et venir, inarclior, a'aiTÉler, sounier. tialelK, ' croiser ses braa, crisper ses poings, peindre sa parole avec soi geste, et illuminer une idée d'un coup d'œil... A la tribune, il» nu colossal mouvement d'épaules, comme l'élépbant qui porta « lAur armée en guerre. Lui, Il portait sa pensée 1 sa voix, lorsm qu'il ne jetait qu'un mat de son banc, avait un accent fonniditlt el révolutionnaire qu'on démêlait dans l'assemblée coiuiiie le i» glssement du lion dans la ménageHe. Sa ctievelure, quand II M oouait la tète, avait quoique rbose d'une crinière-. Ses auk gnelquefois semblaient pétrir le marbre de la tribime... H«ttwr fc i'inlerrupteur, matbeur au toréador qui lui avait Jeté le b rllle. Mirabeau fondait sur lui, le prenait an ventre, l'enlevait m l'air, le rouiall aux pieds. Il allait et venait sur lui, il le pll^t. D saisissait dans sa gueule l'bomme loul entier, quel qu'il nil, gmt ou petit, mâchant ou nul. boue ou poussière, avec sa vie, avec *) caractère, avec son ambition, avec ses vices, avoc ses rldlcalei; 11 n'omettait rien, il n'épargnait rien, 11 ne manquait rien, U cogMi désespérément son ennemi sur les angles de la Iribune, il Diioli rire, tout mot portait coup, toute pbrase éiait Q6ctio. Il avait II furie au cœur, c'ëlail terrible el superbe. C'était une colère lionu- Solt qu'il nt rugir son sarcasme aux dents acérées sur lu front plk de Robespierre, ce redoutable Inconnu, qui, deux a devait traiter les l6tes comme Phocion les discours ; soii (|u1l Mcage les dilemmes filandreux de l'abbé Maury, et quill* au nM droit, tordus, déchirés, disloqués, dôvoréstda
DK LA nÉVOLCTlON. Î15
des délails accessoires. Dans la séance du 21 mai, il écoulait aUenUvenieiilBarnave,lorsque loul âcouji, apercevant le cbté faible de son argumenlalion, il dit A demi voix : ^ Jele (i>«s/ puis emprunta un crayon à M, Frocliot qui siégeait à côté de lui, écrivît une demi-ligne el
et lout vouverta de l'écunie de sa colère, soil (|u'î1 eofonçAL lea ongles de son syllogisme dans la phrase molle et flasqun du l'avocat Target, il était grand et magnifique, et 11 avait une sovlc <|j majeslâ formidable que ne dérangealcol pas ses bonds les jilus effrénés... s
A celte poésie flamboyante, opposons la prose splritiiello et précise de l'homme qui a le mieux apprécié Mirabeau, Ëllenne Duiuont.
■ 11 avait un grand mépris pour la ^lusse chaleur qu'il appelait Ut toanerret et lea tempêtes de VOpéra... A la tribune. Il était immobile. Ceux qui l'ont vu savent que les nots roulaient autour de lui sans l'émouvoir, el que inAmc, 11 restait maiire du sert passons, au milieu de toutes les injures; dans les moments les pluslmpétueux, le sentlmenlqul lui taisait appufersurles mots, pour ' en eiprtmer la tarée, l'e m pËc liait d'être rapide, ia voix de Miral»au élalt pleine, mâle, sonore ; elle remplissait l'orollle el la flattait ; toujours soutenue mais Qexible ; il se luisait entendre aussi hien en la baissant qu'en l'élevant ; il pouvait parcourir toutes les Dotes et pronongait les llnales avec tant de soin, qu'on ne perdait Jamais ses derniers mots. Sa manière ordinaire était un peu iraluanie. Il commentait avec quelque embarras, hésitait souvent, mais de maniâre à exciter l'intérêt. On le voyait, pour ainsi dire,
I cliercher l'eipresalon la plus oonvenatilo, écarter, choisir, peser tes termes, jusqu'à ce qu'il se Tût animé et que les soumals de la forge rnssonl en fonctions.
» Je me souviens de l'aviûr entendu prononcer un rapport sur la ville de Paris. Chaque mot était interrompu tie la part du cAlé droit par des Injures. Il s'arrête un Instant, et, s'adrossani aux plus fu-
II rieui d'une voli mielleuse : t Tatteadt, meteieurs, qut l > iot«nl épuiséet u, et 11 continua t aoqu 111 entent, comme si oi I' eûtfitit l'accueil le plus favorable . Ce qulest incroyable, c'est qi I lui faisait parvenir au plod de la trlbuue et à la tribune m<
ail) LES GAUSKVRS
dit à son ami : « En voilà assez d'entendu, je tiens la ! répUgue, sortons. » Ils sorlireiit lout de suite, en eflet, , et alièreul se promener aux Tuileries sans dire nu mol de la question pendante, mais causant d'objets toulditférenls, avec diverses personnes qu'ils renconlrèrenl, notamment avec madame de Staël, à qui Mirabeau parla longtemps du ton de la galanterie la plus spirituelle et la plus enjouée.
Élu enfin président de l'Assemblée, il emporte les suffrages de lous les partis, par un ordre, une netteté d travail dont on n'avait point d'idée Jusqu'à lui, par la précision de ses discours, ses réponses aux dépulatioos qui venaient à la barre, par son impartialité et sa présence d'esprit. « D'un mot il éclaircissait laqueslioii, d'uu mot il apaisait le tumulte.,. Il eut l'art de paraître le premier et de user l'attention générale sur lui, alors même que, ne pouvant plus parler à la tribune, il semblait être déchu de sa plus belle prérogative, i II avait du plaisir à dire des choses obligeantes. M. Tronchel lisant un long ra^
ea parlant, el de les Introduire dans le corpï de son discours arao la pluï tii^'xlc raciUié. Oarai le comparait à ces cbarlaiaos, qd déebireut ua papier ec vingt pièces, l'avalent aux yeux de tout h monde, el le Tout ressortir tout entier... > (EUenne Uumoat.)Vwt aussi sur Mirabeau, oraleuriCb. Bailleul, A'zamen, t. 1", p. 268 « suiv. — Ferrlâres, t. I", p. 94. — Cârutli, Éloge funèbre de Mirabeau, p. S. — La llarpe. Mélanges inédits de Utlèrature. e Mirabeau procède cotnme les graads maîtres ; Il ttil briller 'abord la lumière du raisonnement, il subjugue la pensée; il touill« ensuite plus avant, et va remuer les passions secrètes jusqu'au Ibnd (lu l'Ame : l'intérêt, la crainte, la honte, l'amour-propre, il frappa partout ; el, quand II se scDt le plusfurl, voiez alors comme itparlt de bai», comme il domine, comme il mÈle l'ironie a l'indigasiioa, récapilulaut tous les motifs, Il porte les dentloif
port d'un médiocre intérèl, on nV.coulaît guère et les conversations allaienl leur Irain. Mirabeau, pour faire cesser le tapage, dit en agitant sa sonnette : « Messieurs, veuillez vous rappeler que la poitrine de M. Tronchet n'est pas aussi TorEe que sa tèle. » On sait qu'il tenait les matériaux de ses résumés de M. Frochot, dont l'esprit net et méthodique s'adaptait parfailement à ce {;enre de travail; du 1" au 15, on entendit plusieurs Tois Mirabeau lui rendre eet hommage : a N'esl-il pas vrai que Frochot et moi nous ne présidons pas mal? »
Que la cour ait prétendu l'acheter en le payant, rien de plus certain, mais il se regardait comme un agent chargé des aflaires de Monsieur, du roi, et prenait leurs pensions pour les gouverner, non pour être gouverné par eux. Il ne se vendait pas, mais se faisait payer pour Être de son avis. Et cependant la reine comptait sur lui au point de dire : t Je suis persuadée que je ne périrai qu'après lui. » Madame de Staél, qui le haïssait fort, ponse là-dessns comme Dumont : « Soit qu'il acceptât ou non l'argent de la conr, il était bien décidé à se faire le maître et non l'inslrument de cette cour, u — « Depuis que je me vends, obscrTail-illni-même,je dois avoir gagné de quoi acheter ou royaume, je ne sais comment j'ai été si gueux, ayant tous les rois et tous leurs trésors à mon commandement. » Que son indépendance demeurât entière, on le comprend bien en lisant sa correspondance avec le comte de La Marck, ses mémoires secrets à la cour, en étudiant le double Jeu qu'il Joue à la tribune, ses coups de boutoir contre ses nouveaux et indociles alliés, ses élans subits que Saiiile-Beuve appelle « ses hémorragies d'orateur, s Dans quel vigoureux langage il exprime ses méfiances à
tl8 LES CACSECRS
l'égard de ses étranges clients « leurs amours et liaîoea avortées, leurs volontés et Holontés n I II ea était là comme dans les cuisines îles grandes malsons qui oui toujours quelque pot-au-feu caché, s Quelle confiance eu lui-même et quel dédain des autres dans ces paroles où éclate an esprit prophétique aussi nécessaire que rare chez les conducteurs des peuples : a Le temps est venu où il fuit estimer les hommes d'après ce qu'ils portent dans ce petit espace-la, sous le front, entre les deux soumis... Le vaisseau de l'État est battu par la plus violente tempête, et il n'y a personne à la barre... Tout est perdu, le roi et la reine y périront, et, vous le verrez, la populace baltiu leurs cadavres. » Pour mener à bien ses projets, il ne compte que sur la reine « le seul homme que le roi eût auprès de lui ». « D'ailleurs, le moment viendra bienlAI où il lui faudra essayer ce que peuvent une femme et un enfant à cheval ; c'est pour elle une méthode de famille.* Mais, quels que soient ses moyens, qu'il prétende gagner ses collèjj'ues parl'intérél, diminuer l'influence de Paris, il veut sauver la liberté, la révolution modérée, eu mëiuc temps que la royauté, et regarde toujours l'opinion publique comme le grand levier : « L'opinion publique a tout détruit, c'est k l'opinioa publique à tout réparer... Je combattrai les factieux, de quelque cùlé qu'ils soient. >
Longtemps à l'avance, il eut le pressentiment d'un* mort prématurée. Un jour, quittant madame du Saillant (sa sœur), et ses filles, toutes remarquables par leur beauté, il dit, en embrassant la troisième, dont la fraîcheur avait un éclat extraordinaire : t C'est la igort qui embrasse le printemps, » Il devait en effet mourir bientût^ j mourir trop tôt pour sa gloire.
DE LA REVOLUTION. ai9
Cette morti toule paicnnâ, un peu Ihéâlrale, il t'a dramalisét; lui-même à l'exemple des héros de Plutarque qui fonl des mois jusqu'il leur dernier soupir, t Tu os un grand médecin, disait-il à Cabanis, mats il est un plus f:rand médecin que toijl'auleurdu vent qui renverse tout, de l'eau qui pénètre et féconde tout, du feu qui viviiie ou décompose tout. > — Le malin du jour fatal, comme le soleil brillait : s Si ce n'est pas là Dieu, c'est du moins son cousin germain. »
A Barnave, qui lai conduisait la députation de la Société des amis de la coustilution : ï Âh I il est bien permis de regretter la vie quand on quitte des amis tels que vous ! s — Alexandre Lamelh ayant reiusé de faire partie de celte députation ; « Je savais bien qu'il était un factieux, mais je ne savais pas qu'il fût un sot. »
Sa fermelé, sa patience, sa résignation faisaient l'admiration de ceux qui l'approchaient. En proie à d'atroces souffrances, il s'occupait de l'Assemblée, de l'étranger, des vues cachées de l'Anglelerre : s Ce Pitt, disait-il, est le ministre des préparatifs. Il gouverna avec ce dont il menace, plutôt qu'avec ce qu'il fait. Si j'eusse vécu, je crois que je lui aurais donné du chagrin, b
Il demandait à FrochoE de lui soulever la lëte -. a Je voudrais pouvoir te la laisser en héritage'. »
Quelque temps auparavant, il causait avec le comte de La Marck sur les morts célèbres, le poignard de Lucrèce,
1. C'est à l'absence de principes religieux autant qu'à uue mauvaise éducQlinn qu'il faut attribuer les désordres de sa vie. J'ai cependant sous les yeux des lettres où 11 Invoque la Providence et l'immortalité de l'âiuo.
3. 11 disait de son estomac : < Quand le premier ronctionnaire est 9, Il but Quir. >
ISO LES CAUSEURS
la ciguë de Socrale, l'épée de Calon. « Vous avez admirablemeiil parlé, lui dit La Marcli, mais cesgrandshommes étaient soutenus par de grandes passions, ils atlachaient Bur eux les regards de toul un peuple et pouvaient d'aïaiice entendre les éloges de la postérité. Je connais une mort, dans laquelle il entre peul-éU'e encore plus de simplicité, de force d'àme et de véritable grandeur, — Laquelle donc? reprit Mirabeau. — C'est la mort d'un pauvre soldat que la mitraille vient de mutiler sur un champ de bataille; qu'on jette dans une charrette dont chacun des cahots lui cause d'borrihiessoull'rauces; qu'on abandonne dans un hôpital ou il ne saurait trouver uo lambeau de linge pour arrêter so sa g u erre d'eau pour étancher sa soif, qui a ve u oh ur q meurt de même, loin de .ses paients, sans am sa s consolations, sans secours... et qui meurt sai s se plaindre — Ah I dit Mirabeau, vous pourriez avoir a on b
Il avait exigé que toute sa correspoudance avec le château lui fût remise, mais, quand les progrès du mal ne laissèrent plus d'espoii", le comte de La Marck, au nom de la reine, lui demanda le sacrifice de ses papiers : < Que me demandez-vous? s'écria Mirabeau; vous voulez donc que je meure tout entier! Quelques succès de tribune ont à peine effacé le souvenir de mes désordres; mais c'est là, dans ce portefeuille, qu'est ma justification; là qu'est ma gloire; \h qu'on aurait appris à connaître mes vues, mes plans, mon âme, mou génie; tout ce qui m'aurait grandi dans l'avenir... » Le comte de La Marck ayant représenté le péril que couraient le roi et la peine, Mirabeau se résigna : « Soyez satisfait !... emportez, détruisez ces papiiTs ! » Et, un instant après :
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« Monsieur le connaisseur en belles morls, files-vous salisfait? v
La veille de sa mort, à huitheures et demie', en tendant tirer le canon, il s'était écrié comme en sursaut : « Sontce déjà les funérailles d'Arhille'?»
El cet autre mot célèbre : c J'emporte dans mon cœur le deuil de la monarchie^ dont les débrisTont être la proie des factieux, x
Ton! uii peuple suivit son cercueil, Des élégantes se plaignanide la poussière et remarquant que la municipalité aurait bien du faire arroser le boulevard, une pois- ' sarde eut celle réflexion sublime: s Elle a compté sur nos larmes! »
M. de la Place entrant chez un reslauraleur du Palais- Rojal, un garçon lui dit : « Monsieur de la Place, il fait bien beau aujourd'hui. ^ Oui, mon ami, il fait bien beau, mais Mirabeau est mort, s Le deuil de Mirabeau paraislaït à tous une calamité publique et Boissy d'Ânglas exprime noblement la douleur universelle lorsqu'il écrit qu'avec lui la Révolution avait perdu sa providence, t|u'il emportait tout le bien qu'elle pouvait produire. « Dès ce moment, tous les partis semblent n'avoir plus disputé entre eus que des fautes, s
Mirabeau eut un grand nombre de collaborateurs,
}. II mourut le S avril 1791, i huit beiires et demie du soir. Il avait quarante et un sus.
i. Lorsque ce mol Tut reillt à Robnsplerre. ii on lira un favorable augure el répondit ; o Aeliills est mort, Troie ne sera pas prise. > Si tout le mondo ne comparD point Mirabeau à Achille, du moins Sulesu et les monarchicns le comparaient à ta lauce d'AclilIle qol guérissait loua les maux gu'olla avait bits. (C. Desmoulias.)