‹ Les causeurs de la RévolutionChapitre 2 sur 42 · M LES CAUSEURS · texte numérisé non relu

M LES CAUSEURS

que ce rôle de salirisle à outrance fait lâche dans la r de Rivarol et conlribue h répandre sar sa répulatioa quel que équivoque, avec un vernis de légèreté superflciell dont ne témoigne que trop cette réflexion tancuuiëre d l'abbé Delille : ( C'est le plus aimable vaurien que j'ai jamais rciiconlré. » Avouous-le aussi, les i moraliste, de ce dérenscur des grands principes, laissaieS un peu trop à désirer; ou connaît ses jolis vers à cet! Manette qu'il avait emmenée quand il émigra, qui occupai une place dans son salon, et qu'il suppliait de persévère dans son aimable ignorance' ;

Ah ! coDsei'vez-moi bien tous ces jolis zéi'os Dont votre tête se compose

SI Jamais quelqu'un vous instruit,

Tuut mon buntiuur sera détruit,

Sans que vous y gagniez grand 'cliose.

Ayez toujours pour moi du goût comme un liOD fruil,

El de l'esprit comme une rose.

Si Rivarol avait vu nos collèges laïques déjeunes tille il eijt sans doute renchéri sur le mot d'un évêque. t Voii des jeunes personnes qui arriveront plus vite à la liceni que leurs frères au baccalauréat. » Sa femme* l'ava dégoûté des femmes qui ont de l'esprit, il prélendai

1. Voir plusieurs épigrammes riraées de Rivarol, dans VAeanthologic de Fayolle, 1 vol., 1817. Une des meilleures est celle qu'il décoche a Flsriaa :

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s ni Jupiter ni Socrate, dlstUt-U, i ma maison Junon et Xantippe.

* ïïflji TniïErl

DE LA HÉVOI-tTION.

ï|ue mesdames de Genlis et de Staél n'avaient point de sexe. Vuila pourquoi il gardait Maiiclic qui avait de l'esprit comme une rose et à laquelle il répondait plaisamment, afi[i de calmer sea inquiétudes sur ce qu'elle deviendrait dans l'autre monde : < Laisse faire, ji; te donnerai uno lettre de recommaudation pour la servante de Molière. »

Le Discours préliminaire au Nouveau Diclionnaire de la langue française parut en 1797 ; il eut l'honneur d'exciter les inquiétudes du Directoire, qui en prohiba d'avance l'inlroduclion en Frauce : c'est assurément l'œuvre ta plus suivie, la plus fortement pensée de Rivarol qui, dans l'exil, a beaucoup appris et n'a oublié que ses défauts. Dessinateur exquis de formes idéales, coloriste harmonieux d'abstractions, il y fait entrer toute la métaphysique et la politique: attaquant en particulier les philosophes modernes, comme les pères du désordre cl de l'anarchie, il les flagelle, eux et les terroristes, dans une série de tableaux d'une éloquence enDammée et d'une élévation soutenue.

« Les philosophes n'ont négligé aucune des routes de l'erreur, expliquant tantôt des apparences par des réalités et tanlûl des réalités par des apparences... Égal ne signifie pas semblable; les philosophes fondent l'égalité sur des rapports anatomiques; ils concluent de ce que les nerfs, les muscles, la configuration extérieure est la même...

s Ils n'ont pas aspiré à moins qu'à la reconstruction du tout par la révolte contre tout ; et sans songer qu'ils étaient eux-mêmes dens le monde, ils ont renversé les colonnes du monde...

LES CADSEURS

I Que dire d'nii architecte cjui, chargé d'élever i édifice, briserait des pierres pour y trouver des sels, ■ l'air el une base terreuse, el qui aons offrirait ainsi uiM analyse au lieu d'une maison?...

> La vraie philosopbie est d'être astronome en aslrond^ mie, chimiste dans la chimie et politique dans la polv tique.

» Us ont cru cependant, ces philosophes, que défînl les hommes, c'était plus que les réunir; que les ému ciper, c'était plus que les gouverner, el qu'enfin lessoa levLT, c'était plus que les rendre heureux. Ils ontreiH versé les États pour les ré;i;énérer, et disséqué les hommt^ vivants pour les mieux connaître. >

Rivarol croit que l'incrédulité est un terrine luxd que la morale sans religion c'est la justice sans tril iiaux, qu'il y a un contrat éternel entre la politique e relifîion : « Tout Élat, si j'ose le dire, est un v mystérieux qui a ses ancres dans le ciel. » A certaj moment, il pousse le cri d'angoisse d'un noble d'esp qui croit voir le monde social s'abimer dans le calacl jsn final, et les ruines elles-mêmes péiir. « Malgré tons id efTorlB d'un siècle philosophique, les empires les pld civilisés seront toujours aussi près de la barbarie quelj fer le plus poli l'est de la rouille; les nations comme 1^ métaux n'ont de brillant que les surfaces. .

II démonte à merveille le panlin humain, les iiél RiïrvnnteB des passions, les modérés écrivant souS ] dictée des violents; et il en donne uji piquant exeia WUfl forme d'apologue : « On dit à Voltaire dans l champs Élysées : « Vous vouliez dojic que tous les hom

égaux? — Oui. — Mais savez-vous qu'il ablâ

DE LA HÊVOLUTION. 27

pour cela une révolution effroyable? — K'impnrle... on parle à ses idées. — Mais savez-vous que le fils de Fréroii esl proconsul et dévaslo des pi-oviuces? — Ah ! dieux ! quelle horreur ! — On parle à ses passions. »

Le moraliste politique reparaît daus ces maximes tranchantes, ingénieuses et parfois un peu subtiles qu'il sème partout, avec la prodigalité d'un dieu qui, pendant soa sommeil, crée tout ce qu'il rêve.

« Il n'y a de levons ni pour les peuples, ni pour les rois.

i La première assemblée ôta le royaume au roi, la seconde ôta le roi au royaume, la troisième tua l'un et l'autre. L'Assemblée consliluanle asservit le roi, Paris et l'armée, Paris asservit l'Assemblée, les jacobins décimèrent Paris, l'armée et l'Assemblée.

» L'Assemblée constituante tua la royauté et par conséquent le roi; la Convention ne tua que l'homme'.

» La souveraineté du peuple tuera les rois, s'ils continuent d'avoir le diadème sur les yeux au lieu de l'avoir sur le front.

» Les souverains ne doivent jamais oublier que le peuple étant toujours enfant, le gouvernement doit toujours être père.

ï Les acteurs de la Révolution ressemblent aux vents et aux vagues d'une mer terrible; ils font la tempËle et ils l'ignorent.

B Tout constituant esl gros d'un jacobin,

> La nature nous condamne à tuer un poulet ou à mourir de faim; c'est là le fondement de nos droits, et

J. « Vous nous aviez conllâ un cadavre, nous l'avons enterré », d^plns tard un convenlionnel A un ancien constituant.

ii LES CAUSECns

Toici la généalogie des ressorts politiques : les bëâc fondenl les droits et les droits rondeiilles pouvoirs; mais, en France, on a donné au peuple des pouvoirs dont il u'avait pas le droit, et des droits dont il n'avait pas le besoin.

On vent absolument que la religion soit le garant du peuple envers les gens du inonde; il faudrait du moins que la morale fut la caution des gens du monde envers le peuple. Il n'en est rien et il se joue ainsi partout une grande et triste comédie, s

Le Discours préliminaire se termine par quelques pages trop peu connues sur la Terreur, sur celte époque néfaste 1 où chaque loi ajoutait à la lâcheté pius encore qu'au désespoir; où l'on ne savait plus que gémir, payer et mourir; où tout était en réquisition et dans les fers; où tout fut victime et bourreau ; époque sans exemple où les pères et les enfants, poussés par milliers aux frontières, y venaient en tremblant pour y faire trembler l'Europe... Cependant la nation, écrasée au dedans et redoutée au dehors, consternée de ces massacres sans fin et confuse de ces victoires sans fruit, attendait en frémissant un nouveau Dieu et un gouvernement inconnn. L'agonie de ce peuple a duré quatorze mois, et il n'a pas tenu aux ennemis de l'humanité, tant intérieurs qu'extérieurs, que le dernier des Français ne se soit enfin Irauvé en présence du dernier bourreau.

« Celte effroyable crise s'est appelée gouvernement révolutionnaire, expression indétinissable, monstrueuse alliance de mots préparée par la révolution du siècle!... Le signal est donné, plus d'autorités ; tout est comité ou tribunal rérolulionnaire; la souveraineté dn peuple est suspendue, ses représentants, déclarés inamovibles,

' pogennli^'i

ceasentd'étre inviolables, car il faut que l'un règne et qua l'aulre périsse; la nation entière tombe à la fois en état d'interdiction et de conspiration; mineure pour a^ir et majeure pour le suppline... Point de retour sur sa fortune et sur sa famille : tout est à la Révolution. Point de pitié pour la jeunesse et l'innocence : tout est nécessaire. Il faut que le sang coule, que les villes tombent, que la nation diminue; il faut que le brigand ai^uerri et que le pauvre oisif et abruti mettent la France à leur portée. Je n'entends qu'un cri: la Révolution ira, le char avancera... Vieui respects, propriétés antiques, droits, humanité, vous êtes des signes de conspirations; sanglots étouffés, soupirs et gémissements, vous êtes des signes de contrerévolution ; la terreur est la justice... Cependant les maisons se ferment, les chemins se couvrent d'herbe et les murailles de listes mortuaires. Quel silence! la nation entière est aux écoutes : quelques journaux lui disent froidement les décrets du jour et le nombre des morts...

Ne croirait-on pas entendre Joseph de Maislre, avec un style moins hiératique, moi; ssolennel?

Comment ne pas regretter qu'une fin prématurée ail empêché Rivarol de donner cette Histoire de la Révolution, ce Traité sur la nature du corps poliligue', ces

1. Voici en quelques lignes sa Lhéorie de la moDarchie conalitulioDoelle ; « Toute Torce, dans la nature, est despotique, camme toute volonté dans l'homme. Mais, de marne que cbaque plante, chaque animal tend arec la même énurgle b occuper laulo la terre ; il en résulte que ces dilTérenles forces, également despotiques, se rÉprimoat mutuellement; il se tait eoiro elles une compensation dont les lois nous échappent, mais d'où il résulte que, sans jamais se détruire, elles relieaaeni cliaqua espace dans ses propres llmiieB. I

30 LES CAUSEUns

Mémoires littéraires et celle Étude sur lesrévoluïiâ du goût, qu'il avait sur le chantier en même temps quel le Dictionnaire delà laii^'UG française. Du moins eut-il la j consolalion de mourir en pleine célébrité, en pleine sa- ■] tisfaction d'amour-propre, ambassadeur in partiètts de 1 Louis XVIII, accueilli presque triomphalement par le&rl hommes de lettres et la haute société de Berlin, honoré T de la Lieuveillance de la reine de Prusse, invité chez i le prince Henrij seul héritier du génie de Frédéric, dont j il refusa les avances, pour se consacrer (ont entier à la j princesse Dolgorowka qui l'cnchainait auprès d'elle par l'amitié la plus délicate, ranimait sa verve, sa gaieté 1 et son talent. C'est cette femme si séduisante, en l'hoo- I neur de laquelle le prince Potemkin, épuisant vainement' 1 les prodiges de la galaulcrio orientale, avait offert ce J feslin légendaire où l'on apporta nu dessert des coupes de j cristal remplies de diamants qui Turent servis aux d à pleines cuillers; c'est pour elle qu'une autre fois il expédia à Paris un exprès chargé de lui rapporter, en courant nuit et jour, des souliers de liai qu'elle faisait faire ] eu France; pour lui offrir uu spectacle original qu'il donna l'assaut à la forteresse d'OtschakolT plus tôt qu'il n'était convenu et peut-être qu'il n'était prudent de le.J tenter. C'est elle qui àPétersbourgavait mis àtamodelesiil jolis sabots élastiques qu'un émigré, le comte d'Âutî--| champ, fahriquaît pour gagner sa vie'; elle qui mit a bras de madame Vigée-Lcbrun un bracelet fait d'une'!

i. Aprbs sa préseutalion à Boaaparte, madanie Vigée^Lebroa lui- | i commoDl ello avait Iroiivâ la cour du premier consul: it poial une cour, dlt-clle, nmla une puissaace. s

tresse de ses cheveux, sur laquelle étaient brodés en diamants ces mots : Ornez celle qui orne son siècle; elle enfin qui servait d'intermédiaire à Rivarol* auprès de la cour, et qui lui écrivait, après une maladie pendant laquelle il avait reçu des marques d'universelle sympathie : « Votre santé nous a prouvé que vous étiez très aimable et votre maladie que vous étiez très aimé. » Il est permis de penser que, soumis à cette douce et salutaire tutelle, il n'aurait plus sacrifié les heures sacrées de l'inspiration, mais qu'il aurait bientôt terminé un de ces livres qui portent leur auteur sur les éternels sommets du temple de la gloire. Ce qu'il a laissé prouve qu'il était capable de l'écrire.

1. Il avait de grandes prétentions à la noblesse : ce Nous autres gentilshommes, disait-il... « Voilà, interrompit le marquis de Créqui, » un pluriel que je trouve singulier. » Voir sur la famille des Rivarol l'ouvrage de M. Lescure.

Le Journal-lype do la cjHii'iî-]i.ïjluliun. — Une absurdité courageuse. — Les Apûtres n'i^pargaont personne, n[ leurs amis, ni leurs eaoemis. — Ce que vaui le Sânat, ce qu'il coQte. — Les députés à l'entreprise. — Journée bien empioyéo. — L'sngusta, cobue. — Les ci-devaot. — La Targetade. — lin aj^ompte. — Due dcQnition. — Serment civique k double Tace. ~ SurancliËra de vioIi'Qce, — L'oraison ruoâbre de la Comiautio. — Le trictrac national.

Un énorme pamphlet en onze volumes de six à sept cents pages chacun, bourré d'invecUves, de médisances, de calomnies en Tcrs et en prose, outrant le portrait jusqu'à la caricature, dénaturant la plaisanterie en injure, lesoarire en grimace, original d'ailleurs, amusant et courageux, parfois éloquent et profond, trop souvent aussi frivole, cynique et graveleux, accommodé aux appétits de la foule plut6l qu'au goût des délicats^ une débauche de satires, une orgie de personoalifés; saynètes, comédies, poÈmes tragicomiques, dialogues, allégories burlesques, apologues, arias, impromptus, noëls, sonnets, distiques, vaudevilles, imitations ingL'nieuses de La Fontaine, Corneille, Hacia^

Rabelais, roulant péle-mële dans un déluge de quolibets de joyeusetés enragées ; voilà les Actes des Apôtres. Ses auteurs se vanlsnt d'être quarante-cinq, mais on n'en connaît guère qu'une douzaine : les deux Rivarol, Suleau, Champcenelz, Mirabeau « le Vicomte a, Peltier, Bergasse, Montlosîer, Lauragnais, Tilly, de Bonnay, Barruel-Bauvert. Entreprise téméraire, absurde, menacée sans cesse par la populace et la police^ continuée pendant deu\ ans avec une folle liardicsse 1 Aui brutalités révolutionnaires, ils opposent d'imprudents dëds, ils luttent avec leurs plumes contre les piques, et s'imaginent avec leurs foudres à deux sous pouvoir se mettre en travers d'un monde qui passe. Leur circonstance atténuante, c'est l'ivresse du combat, leur excuse, c'est qu'ils jouent leur tète chaque semaine, c'est qu'ils narguent la lanterne et ses sinistres suppôts, t Mon existence, écrivait l'un d'eux, est un miracle perpétuel de la fée de l'aristocratie : moi qu'un réverbère ne voit jamais sans un mouvemoiit de convoitise. »

Alors en effet les mots tuent, et Suleau égorgé par Théroigne de Méricourt, Champcenetz guillotiné disent assez quel sort attendait Tillj, Rivarol, s'ils ne se fussent dérobés aux vengeauces de ceux qu'ils avaient cruellement raillés.

C'est le journal type de la contre- révolulion, comme les articles de Mallet du Pan forment le meilleur commentaire du royalisme modéré, comme Camille Desmoulins, avec \es Révolutions de France et de Brabaiit et son Vieux Cordclier, demeure l'inlerprèle le plus brillant de la révolution parisienne.

D'après les mémoires du temps, tes ApAIres se réu-

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