H LES CAUSEURS
nisBeol une fois par semaine, dans an Dîner évangélfi chez le restaurateur Mafs, au Palais-ttojai ; ils causen puis écrivcnl leur conversalion sur un bout de table, < le numéro, ainsi improvisé, est porté àrimprimcrie claoi destine du recueil, et de 1^, chez le libraire Galtey'. y a là, sans doute, de l'exagération; j'aime miens c qu'ils tiennent conseil, préparent leurs balLertes dans 1< salon de la marquise de Chaoïbonas, et que le dîner évaa gélique faisaîl souvent surgir quelques saillies qui coin< plétaient heureusement ce singulier journal.
Ils font la guerre de parlisans, ne s'asservis! cunu discipline, ne se géna:il guère pour tirailler sur Ii gros de leur armée, voire même sur le général en chef, 1 débonnaire Louis XVI, un monarque eii peinture, auquè ils n'épargnent pas les épigrammes,
Tantâl ils racontent l'histoire de Charles I" d'AnglQ terre et en tirent celte conclusion qu'il n'y a qu'un iatti valle très court entre l'emprisonnement des rois et len tombeau; tantôt ils avancent que la constitution de t vicilte France était le chaos; ils appellent le pouveii exécutif : un pouvoir qui s'exécute, ou citent ce pas sage de la Satire Ménippée :
n La seule faiblesse du roi est la verge de laquelle Dieu fouette notre royaume. »
Louis \VI, disent-its, était, il y a si\ mois, le maître de vingt-quatre millions de sujets; aujourd'hui il estli seul sujet de vingt-quatre miliions de rois.
l.LeaAclfs deiApôlrei, oiiïb vol. in-8. — Ma'moi (te TiUy. — Mémoireu du comie ite Montlosier. — , Louise l''uiU, — Ualin, Histoire ite la Preiie, t. VII. ti»pol9, Liberté de psrifsr, i. m.
Ou bien encore :
Toutes les fois que rassemblée ordonne De présenter au roi, pour qu'il le sanctionne, Un beau décret fait à plaisir, Je crois voir le Turc qui commande De porter à quelque vizir Un beau cordon pour qu'il se pende.
Ailleurs ils font coup double sur la cour et l'Assemblée :
Le régime suivi par une cour peu sage Ne nous laissait que peu de laine sur le dos; Mais grâce aux gens d'esprit qui règlent le ménage, Nous n'aurons bientôt plus que la peau sur les os.
L'Assemblée constituante, voilà en effet la bêle d'horreur, la tête de Turc contre laquelle les Apôtres s'acharnent et épuisent les flèches les plus aiguës de leur carquois. Une de leurs meilleures épigrammes, où Ton reconnaît la griffe de Rivarol, est celle du crieur de journaux :
A deux liards, à deux liards, le grand Sénat de France ; — Messieurs, c'est tout en conscience !
D'une voix de stentor criait un colporteur.
Tu dis bien ce qu'il vaut sans doute.
Lui repart un quidam, avec un ton railleur, Mais lu ne dis pas ce qu*il coûte.
Ils imaginent encore qu'un charpentier assiste à une séance de l'Assemblée et lance cette réflexion :
ns en ont bien encor pour une année.
Disait un charpentier sortant de l'Assemblée, Aussi pourquoi les mettre à tant par jour 7 Us ont au roi fait faire une sottise ;
L'ouvrage eût été bien plus court,
£ij les mettant à l'entreprise.
36 LES CAUSECRS
Un voleur de ciboires et de calices, amené devant le juge, se compare à ces législateurs qui
Ont changé biens d'Église en biens nationaux, Prendre vases sacrés n'est rien faire autre chose Que voler en détail ce qu'ils volent en gros.
Agréable paraphrase du vers d'Andrieux :
On respecte un moulin, on vole une province.
Avec le numéro intitulé : la Lanterne magique nati(h nale, nous voyons défiler les Etats Généraux des. bêtes; plus loin un député se frottant les mains : « Ce jour pour nous ne sera pas perdu; nous avons détruit quelque chose. }> Toute assemblée est foule et les ouvriers de la tour de Babel forment le premier parlement dont l'histoire fasse mention : aussi les Apôtres persiflent-ils ces projets de toute espèce qu'on cherche à faire prévaloir dans Yauguste cohue. « Peut-être n'y a-t-il tant d'avis que parce qu'il n'y a pas beaucoup de têtes. >
Voulez-vous maintenant la définition du député ?
... Un député, c'est un grand animal, Vorace, adroit, et qui pêche en eau trouble ; Plus le pouvoir du monarque va mal, Plus le sien croît, plus son profit redouble : Si que, dans peu, lui-même achètera Ce qui de net au bon roi restera :
Or vous voyez, et la chose est très claire.
Que par justice, il serait nécessaire Que quelque jour enfin Sa Majesté Puisse à son t(»ur être aussi député Pour devenir ce qu'il avait été.
« Je les connais, écrivait Mirabeau, chacun d'eux ne veut qu'un lambeau du manteau royal. »
La manie des nouveaux mots, de l'argot politique inspirent à l'un des Apôtres cette boutade sur fe* Ci-Devant:
Grâce à la Chambre souyeraine Que notre idiome est ctiangé !
C'est le ci-devant Dieu, le ci-devant clergé. Ci-devant roi, ci-devant reine, Ci-devant ûdèles sujets.
Ci-devant marquis, baronnets.
Ci-devant ducs, ci-devant princes, Et même ci-devant provinces...
De cet incroyable délire Si l'on ne suspend les accès, Bientôt l'Europe pourra dire :
Le ci-devant peuple français.
Ils enterrent d'avance TAssemblée, mènent le deuil et Composent son épitaphe :
Pauvres à son convoi, monarque aucun jamais -Autant n'eut et n'aura que l'auguste Assemblée ;
N'eût-elle que ceux qu'elle a ftiits.
Dans un an, dans un mois'' Non, dans une journée!
S'ils malmènent de telle sorte la Constituante, vous pouvez juger avec quelle joie ils vont déchirer ses membres, tous ceux qui, de près ou de loin, tiennent au parti de la Révolution. Pas de pitié, pas de trêve; aucune distinction entre les libéraux et les démagogues, entre les constitutionnels et les jacobins, \esjacoquinSj comme ils les appellent : il semble même qu'ils nourrissent plus de haine contre les premiers qui ont entre-bâillé la porte par laquelle se précipitent les exaltés et servi de chevaux de renfort pour monter la côte. Est-ce que le libéralisme n'est pas le pont aux ânes de la Révolution ? Est-ce que Louis XIV ne persécutait pas plus volontiers les jansénistes que les juifs? Et sarcasmes^ quolibets, épigrammes
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