‹ Les causeurs de la RévolutionChapitre 25 sur 42 · Lorsq · texte numérisé non relu

Lorsq

elcs

revenus

Itreal imposés d'ur

quart, le vicoiiiUl

ce disUque

Hoi. J'

ipojim

iiqairleldilayecVo

Idire !

A lous

bian Bit que Ja [ulriu

C5l ohÈro 1

î. Cesl

ui qui

répond

aux Imporlinences de l'acteur

EUertMi

« Apprenei

quen

ns on République

et que Je

égal..

Testomac; enfin j'en vois qui ne seront contents que lorsqu'ils en auront par-dessus la tête. Je leur souhaite toutes sortes de prospérités, mais je leur reprocherai toujours de m'avoir gâté mon Paris ; car de tous les torts, celui que je leur pardonne le moins, c'est celui d'avoir changé la capitale des plaisirs en un foyer de disputes et d'ennui. >

Personne mieux que lui n'avait conservé la tradition de l'esprit de cour, personne ne disserta plus délicieuse ment sur le goût dont il était un arbitre incomparable; ses morceaux littéraires .sur Tesprit et l'amabilité, les conteurs, le naturel, la persuasion et la séduction, VHistoire d'une épingle sont en leur genre de petits chefs-d'œuvre, qui soutiennent la comparaison avec sa fameuse chanson : Le Voyage du temps ^. A chaque ins-

1. Alexandre de Ségur avait, avec son frère, de Piis, Désaugiers, Barré, Radet, Despréaux, et quelques autres, fondé, en Tan V, la seconde société du Caveau qui marcha sur les traces de la première. (Voy. leurs chansons dans le recueil intitulé : Les Dînert du Vaudevilley 10 vol.)> C'est là qu'il lut un jour cette aimable poésie :

A voyager passant sa Tie, Certain vieillard nommé le Tems, Près d'un fleuve arrive et s'écrie :

« Ayez pitié de mes vieux ans 1 Eh quoi ! sur ces bords on m'oublie, Moi, qui compte tous les instants t Mes bons amis, je vous supplie, Venez, venez passer le Tems. >

Ve l'autre côté, sur la plage, Plus d'une fille regardait, Et voulait aider au passage.

Sur un bateau qu'Amour guidait ; Mais une d'elles, bien plus sage, Lear répétait ces mots prudents :

« Ah I souvent on a fait naufrage, En chercbiint ii passer le Tems. >

m LES CAU:

tant il ïes parsème d'anecdotes ingt

qm pn

jettenl une lumière pénélrauLe sur te récil. Jf n'ai? pas le temps de vous estimer, disail une femme un pet légère à un honnële homme ennuyeux; si vous pouviêt me plaire, ce serait plus tôt fait. En vain l'amo] vanlail-il ses qualités, ses vertus... < J'en suis fïchéa> nonsieur, réponduit la coquette; Vhonnéleté sans grâei,

Wtans piquant, n'est bonne qu'en famille. » Ce qui proun [ue, dans le monde, l'amabilité veut dire non la réunies

iâes qualités, mais celledes agréments.

L'babilude, on l'a dit, est une seconde nature, l H. de Stigur développe JagéniGuscmeut celle vérité qv

Ll'Sme, l'esprit, le corps oui des habitudes qui les domï^ c Certain mari avait l'habitude de se coucher ton

' les soirs à (/ta; heures. L'amant de sa femme, leprésidel de S™ retenu toute la journée par des devoirs gravai n'était libre qu'à cette même heure. Il en résultait qi l'arrivée de l'amant était toujours le signal du départ i mari, beaucoup plus occupé de sa santé que de sa feram Enfin il eût été difficile de décider lequel élait plus exa*

QE LA ItÉVÛLUTION. 283

de la pendule à sonner, de l'amant à arriver ou de l'époux à s'en aller. Un jour, l'amauL ayant par hasard quelque chose d'iinporlant à dire à la dame, vinl, contre sou ordinaire, à six heures. C'était l'hiver. Les bougies allumées, la pendule arrêtée, tout servait à tromper l'époux, a Quoi, se disait-il, déjà at tard? cependant je n'ai pas envie de dormir. H'importe, le président est esact; le voilà... je vais me coucher, s

La naïveté de la réponse d'uu nouveau marié doit trouver ici sa place. II aimait beaucoup une Temme depuis dix ans. Tous les jours, il sortait à cinq heui'es précises. Il passait ses après-dinées chez sa maîtresse; point de spectacles, point de visites, il n'allait que chez elle. Là seulement il était heureux. Tout à coup le mari de celle femme meurt. L'amant attend avec impatience que l'année soit révolue; le deuil linit, et l'hymen unit l'amant à sa maîtresse. La journée se termine paiement: on sort de table. Le nouveau marié s'atlrisle. s Pourquoi ce visage sombre, lui dit un de ses amis? N'es-tu pas an comble du bonheur? — Oui, sans doute, je vais être heurcuï ; j'aime ma femme h la folie!... Elle va loger chez moi... Ce sera bien doux!... Mais une chose m'inquiète, je l'avoue... Je n'y avais pas pensé d'abord. — Quoi donc? — Où passerai-je mes aprèsdluées ? s

Dans son parallèle entre l'esprit et le goût, M. de Ségur rencontre cette définition charmante : « Le goût n'est quel'art de mettre chaque chose à sa place... 11 est à l'esprit ce que la grâce est à la beauté... Un berger fatigué de ses courses disait un jour en soupirant :« Ah! que ne 3uis-je roi pour garder mes moutons à cheval ! » Ce

■ÎHi LtS tAlSELHS

mol est applicable eu plus d'nue occasion. Il est des liens qui, sous tous les rapports, ne passent jamais l'horiiou (le leur sphère. Si le goùi nV'st pas île laos le» siècles, il n'est )ias non plus à la portée de tout le monile. (^iinaie il est plus le fruit d'un sentiment inné que de l'étude, et <]u'il lipnl presque à un sixième sens ion quelques personnes sont privées, il est inutile île vauloi réparer en elles ce défaut naturel. >

L'écrivain remarque aussi que jamais les règles lacile du goût Dé parurent plus généralement convenues qa dans les années qui précédèrent la Bévolulion. < Ce) instinct heureux et sur. s*etnparant à la fois de tonslel esprits, réunissait par une secrète chaîne les écrits et langage, tous les talents et tous les arts, les mettait sani cesse en rapport avec l'élégance des formes d'une sociétt choisie qui les jugeait et les proressait tour à tour, t

1 El il cite l'aventure d'un homme d'esprit qui manquait

^^^^d'usage et qui, frappé de l'éclat d'une jeune personne et

^^^Efe la perfection de ses formes, s'écrta dans une sorte

^^^HTenthousiasine i f Ah ! madame, que vous rappelez biea

^^Bce mol d'Aristénèle : t Esl-elle parée, elle esi belle I

^^Hj est-ellenuel... c'est la beauté I... > A ce mot, un secret

^^^inurmure, suivi d'un silence général, glace rassemblée.

La mesure et les égards avaient été oubliés, et le goilt

méconnu. Ainsi, l'esprit sans goût mène au ridicule,

comme l'imaginatioji sans raison conduit à la folie.

L'esprit et le goût ont un traité secret dont leur intérêt

mutuel assure la durée. Quand l'un produit, l'autre pei^

fectionnc. C'est nu calcul adroit de la nature de les avoir

séparés. Si l'esprit avait pu s'épurer lui-même, il eût eu

moins de force et d'éclat. Le premier el le poli pemeul

. raremenl se rémiir. L'esprit devait élinceler de tout son l'eu, et le goût cliarmer et séduire par les finesses de l'an. )

Cette philosophie du vicomte de Ségup, parée de grâces légères et couronnée de roses, digne d'un MonUigaeou d'un FonteucUe, était celle d'une partie de la noblesse de cour, accoutumée à ne vivre que pour les plaisirs, 1rs arts, l'amour et les combats; elle ne suffit pas à donner la mesure entière du comte Louis de Sé^ur. aussi séduisant mais plus sérieux que son frère, grand admirateur de Voltaire, 1res libéral * dans sa jeunesse, diplomate distingué, ambassadeur de la royauté absolue et de la moi.arcbie conslitulionnelle, courtisan accompli, député, sénateur, conseiller d'État, grand maître des cérémoniesî sous Napoléon, pair de France

1, Gardons-DDUs de Juger Ségar par le méchanl portrait ds Séoac de Mcillian, ni par ce couplet de madame de Sabran :

3. Le vicomte s'était dérobé aux avances de Bonaparte, qui voulait lui donner un régiment, ot il appelait son frère, Ségur le Céremo7iiea,t : e Et mol, disait-il malicieusement, je suis Ségur uns

Uu ami de sa tïmille, le comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne à la cour de France, l'initie en un quirl d'heure aux secrels de la diplomatie : n lleyarda/. cette carte; vous y voyez tou3 les Etats européens, grands et petits, n'importe leur lïtcndue, leurs limites. Examinez bien : vous verrez qu'aucun do ces paya

388 LES CACSEtRS

soos la ftcslânralioa, eiceJlf^nt dans la bonne tortuae, supérieur dans la mauvaise, rhomme qui. grâce à sa bienveillance el son exquise éducation, sut le i peut-être faire accepter ses métamorphoses politiques. Chose étrange, il se conduit envers la littérature comme il secomporle envers les gouvernements : tous les genre.' l'attirent, tous, h tour de rôle, tentent ce talent tempéré, DDancé, délicat, mais prolixe et peu énergique. Historien, journaliste, dramaturge, poète, fabuliste, chansonnier. philosophe, moraliste, il a composé une quantité d'ouvrages qui lui assurent une place honorable parmi les gi'auds seigneurs letlrés.

Cequi frappe surtout en lui, c'est le don de la repartie diplomatique, de l'épigramme adoucie et savamment employée, de la louange raffinée qui flatte l'interlocutenr. sans abaisser la dignité de son auteur, el sauve parfois une situation tendue ou compromise. It faut saluer i( un des maîtres de cet art qui ne compte plus guère de représentants '.

ne nous préseale une enceinte bien régulière, un carré complet, un parai léto grain me régulier, un cercle parfait. On y remarqua toujours quelques saillies, quelques renfonce ments. quclquï? brécbes, quelques échancrures..- Tous sentez bleu à préseul que (oul«B ces puissances veuieul conserver leurs saillies, rempllf leurs échaocrures, s'arrondir enlin selon l'oceasloo. Bh bleu, mon eber, une leçon suffit, car voilà toute la politique I *

1 . H. de SÉgur eipllque à merveille l'étal d'esprit de la Jeune noblesse sous le règne de Louis SVI, son engouement pour les Idées nouvelles, le charme Incomparable de ces existences privllëgiées ; « Consacrant tout noire temps à la société, nui tèles,

( plaisirs, aux devoirs peu assujettissants de la garnisons, nous Jouissinns k la Tuis avec incurie, el < ■uie aoas avalent transmis les anciennes tns II luttons, et de U me nous apportaient tes noiweWos laœoiï \ i

DE LA RËYOLUTION. 287

Lors de son premier voyage à Berlin, Frédéric lui avait demandé ironiquement :

« Vos jeunes gens de Versailles s'occupent-ils toujours de leurs rubans et de leur poudre?

— De la poudre, sire, nous avons tous hâte d'en

régimes flattaient également, l'un notre vanité, l'autre notre penchant pour les plaisirs. Retrouvant dans nos châteaux, avec nos paysans, nos gardes et nos baillis, quelques vestiges de notre ancien pouvoir féodal, jouissant à la cour et à la ville des distinctions de la naissance, élevés par notre nom seul aux grades supérieurs dans les camps, et libres désormais de nous mêler sans faste et sans entraves à tous nos concitoyens pour goûter les douceurs de l'égalité plébéienne, nous voyions s'écouler ces courtes années de notre printemps dans un cercle d'illusions et dans une sorte de bonheur qui, je crois, en aucun temps, n'avait été destiné qu'à nous. Liberté, royauté, aristocratie, démocratie, préjugés, raison, nouveauté, philosophie, tout se réunissait pour rendre nos jours plus heureux, et jamais réveil plus terrible ne fut précédé par un sommeil plus doux et par des songes plus séduisants. i>

Ségur avait aussi l'art de ces jolis riens, madrigaux, couplets qui sont en quelque sorte la petite monnaie du poète, et voici un échantillon de sa muse badine :

CHANSÛN MORALE

Quand Dieu noya le genre humain Il sauva Noé du naufrage, Et dit, en lui donnant du vin ; « Voilà ce que doit boire un sage. »

Buvons-en donc jusqu'au tombeau, Car, d'après l'arrêt d'un tel juge. Tous les méchants sont buveurs d'eau -, C'est bien prouvé par le déluge I

Un cœur froid qui jamais n'aima, Du ciel déshonore l'ouvrage ; Et pour aimer Dieu nous forma, Puisqu'il fit rhomme à son image.

Il faut aimer, c'est le vrai bien ; Suivons amis, ces lois divines :

Aimons toujours notre prochain, En commençant par nos voisines \

I Lrù

LES CAUSEUUS Ijrùler eutore. a Ko 1792, quand il te [n'i>jcule i lu cour de Prusse, lo roi l'interroge Itrusqucment : » Les soldats frani;ais coiitiiiueut-ils à refuser loule discipline? — Sire, nos ennemis en jugeront. — S'est-cepuÉ merveilleux d'à-propos ? »

11 sut plaire à Calberine 11, à Poteinkin, el parvint à leur faire signer, en 1787, un traité de commerce qui assurait!^ la Frainie tous les avantages doal jusqu'alors les Anglais avaient exclusivement joui. Le prince Potemkiii se piquait fort d'érudiliou, surtout en matière ecclésiaslique*. Ce faible une fois découvert, M. de Ségurne manquait pas de le mellre sur son sujet favori, l'origioe et les causes du schisme grec, et, l'entendant paliemnienl disserter pendant des heures entières, il avançait chaque jour dans sa confiance, ce qui ne l'empËcliait pas ds relever le gant lorsque l'exigeait le sentimeul de suii honneur. Uu jour que Polemkiii raillait Louis XVI qui. disait-il, érigeait le rojaume de France en archevêché, ajoutant qu'il aurait bien conseillé à l'impératrice de s'allier avec Louis le Gros, saint Louis, l'habile Louis XI, le sage Louis XII, Louis le Grand, même avec Louis le Biea-Aimé, mais non pas avec Louis le Suffragant « Il est vrai, répondit Ségur, que les rois de France o;it p.irlbis nommé ministres des évèques et des cordinatii; maisjenecroispas qu'ils aientjamaisélevé au ministère ttdl

1. Il étail rdine des TËtes de l'Ermila^. Uq Jour M. de Fin Herbert ayant proposé ces buuts rlmés i Àmoar. frattf. tombiur, tuile, Ségur les rcmplii ainsi :

DK LA RÉVOLUTION. 289

homme qui ail souvent monlréTenviede se faire moine, s

En 1789, il assiste à Vienne à un dîner chez le prince de Kaunitz qui, tout d'un coup, inlerpelle le marquis de Noaillcs : « J'ai reçu, monsieur l'ambassadeur, des nouvelles de France; on y pille, on y égorge plus que iamais; toutes les tèles y sont renversées; c'est un pays attaqué de démence et de frénésie, s L'ambassadeur se tait, estimant sans doute que son silence condamnait assez cette sortie inconvenante. Plus jeune, assee impatient, Ségur ne peut se contenir et réplique très haut : t II est vrai, mon prince, que la France, dans ce moment, est attaquée d'une lièvre très ardente; on prétend même que celte maladie est contagieuse el qu'elle nous est venue de Bruxelles '. »

Napoléon reprochantàson grand maître des cérémonies de se trouver en retard : « Sire, dit-il en s'inclinant, j'ai un million d'excuses sans doute à présenter à Votre Majesté; mais aujourd'hui on n'est pas toujours matire de circuler dans les rues... Je viens d'avoir le malheur de tomber dans un embarras de rois dont je n'a! pu sortir plus tôt; voilà, Sire, la cause de ma négligence, t Chacun sourit en songeant qu'il y avait en ce moment six rois à Paris. »

Bussy Rabulin écrivait à madame de Sévigné qu'il voyageait afin d'avoir le plaisir de recevoir ses lettres, Victor Hugo déclarait à Paul de Saint-Victor qu'il écrirait un livre pour avoir une page de lui, Napoléon devait être tenté d'adresser des reproches à Ségur pour entendre d'aussi délicates flatteries.

l.JL.» Belgique a'éiail révoltée contre ladomitiaV.to'iia\\\.T\t'&\e'mft.

LES CaESEEKS U l'anil in partir atec peine : i Vosslnii ■ien et nsler prés de nsi, lui dJsait-elle, el de ne pu «lier rhcirWr «les onges donl tous ne prévojez peat- 4feBpaB toolel'élaKlue. Votre penchant puur la aouteile etfoor U liberté tous portera probableiui-ol la ciBse populaire; j'en serai fâchée, car moi c'est mon métier; son^et)^ ailes trM*er la France bien eoliévrée el bîeo

c CB Fnoee, U ne tarda pas à sentir la jusles« ; tant de chaiigemenl dans les loi^ ta s « les mcEOis le surprenait an point qu'il sa cwupafc ao litil Épîroéiiide soi laul deson long sonimeil; € Ga ■■Ttwcat eilraordinaire régnait partout : j'aperecaîs4«as lesme^sar les places, des groupes d'bommu ^ se pntaical ttec Tivacité;... — les bourgeois, les 1, les ftjsaas, les femmes même, me uionlnueul far maistico, dans leurs gestes et sur loos leun qaelqie ckose de vif. de fier, d'indépendant et éqaejeiK l«)r avais jamais connu.... »

il jB^ arec finesse le parti arùtocratigue, le partt Jn p«ln'«(i»T et essaie même de prémonircontre ses illiK' sÎMB le ;é«énl La Fayette, son nereu, auigucl il siguale le ^^er de U politiifue de la table rase : * Son^i-j, ateene-t-U, quawl on rearerse un éditke en pierres, set jébrô nataal sais nuorentenl couchés sur la lerre, mais a a'c* est pas de mène d'un édifice d'instilutioai luéànne multitude de personun, s riasscs entières, soutenues de nombreux cHent^ , des jouissances, des honneurs, des 4«i«n«s &«A iitivu à leurs yeui,

auxquels chacun tient auUtiL qu'à sa vie... Je pai'lage bien plus vos vœux que vos espérances... »

Il eut itvec la reine un touchant entretien qui se termina par ces paroles : « Je vois que, d'après ce qu'on vous a dil, vous me croyez fort éloignée de voire opinion. Mais demain vous aurez de mes nouvelles, et vous verrez que je ne suis pas aussi rétrograde qu'on le suppose. » En effet, ajoute Ségur, le jour suivant, madame Canipan m'apporta de sa part un paquet dont cette princesse lui avait laissé ignorer le contenu. Je l'ouvris et, à ma grande surprise, j'y trouvai un écrit de M. Mounier, dont les idées étaient Tort analogues aux principes du gouvernement anglais.

On reprochait un jour à l'abbé Sabatier son humeur contre les états généraux, qu'il avait demandés avec chaleur : t Oui, répondit-il, mais on a changé mon enfant en nourrice. » N'est-ce pas là l'histoire en raccourci de ces charmants optimistes qui se lançaient dans la tempête comme don Quichotte marchait à la conquête de son royaume idéal, qui voulaient, comme l'immortel chevalier de la Manche, redresser les abus et prenaieni pour devise le cri chevaleresque de madame de Tessé : « Dussé-je y périr, la France aura la constitution ! i

1 de la Vie:^ el la Qil^ da cardinal. — rêfléxioTU. — Calembours du marquis de Bièvre. — Le duc de Kirernals. — Hartiii le Cynique : < Hs vous lrou\enl peul-*lr« jolie B(u^? > — ie vis par curiosilé. — Brancas-Lauraguals : st UaiEOU kTec Sophie Aniould; se» bons mois. — CoDversaiioii •TEC Cbamlbrt. — Le seul moveo d'êviieruac révolution esl d'en hire uae. — Apologue de Frédéric 11 i La Fayette. — La d61t cicu^e fcosaiioa du scHirire de la multitude. — Madame dt Simiaoe. — Outragé, Impuni. — CapliTité de La Fayette. TQudrais-to donc qo'Us fUssenf? — BelaiJOQs avec Bonaparte. — HéHeiion d'uD député. — Rulhière. —t£ comte de?larbi>nae*ldt de camp de Napoléon. — Il n'y a pas assez de reiigïoa eo Fnaet pour eu faire deux. — L'amour de la paMe.

l. — LE DUC DE LÉVISI

Dans son livre siir la France, lady Morgan rapporte que b maison de Lévis avait la prétention de descendn de la tribu deLévi, et qu'elle a\'a dans son chMeau UD tableau consacrant la tradition. Il représente la \\i

I.Néen 17^, mort le \b KvtI&t V&O.— Dùcouri de M. U Philippe de Sègur à l'Acorf^te fronfuiie, 29 Juin 1H3D.

Marie disatil à un personnage qui esl devant elle [Ète une : « Mon couslîi, couvrez-vous. » A quoi celui-ci répond : < Ma cousine, c'esl pour ma commodité '. «

Si la famille de Lévis put paraître entêtée de j.'t'nlilliommerie au poinl de fournir préte>:te à cette anecdocte plus piquante que vraisemblable, le duc de Lévis, par sa vie entière, appliquée à justifier cette maxime inscrite dans ses Pensées : i Noblesse oblige », montra qu'à ses yeux celle-ci prescrivait plus de devoirs qu'elle ne conférait de privilèges. Capitaine des gardes de Monsieur (Louis XVIIl), député à laConstituante, oùil déploie une grande indépendance d'opinion, bientôt guéri de ses velléités libérales, il émigré en 1792, se rend à l'armée des princes, esl dangereusement blessé à Quiberon. Rentré en France après le 18 Brumaire, il se tient à l'écart, et publie divers ouvrages recommandables par la finesse des pensées, surtout par le talent d'observation, le ton d'urbanité élégante que donnait la parfaite connaissance du monde à un homme qui avait recueilli les leçons et les souvenirs du vieux maréchal de Richelieu. Nommé pair de France en 1814, son érudition, ses écrits financiers lui valurent une sérieuse iniluence

1. Lors de la rccepUon du duc de Lévis ï l'Académie francalsB, les auteuL-s de la Biographie des Quarante relevèrent l'anecdote dans cette épigramme :

àl

ftl LES CAUSF.UHS

politique pendant lu RestTuralion qu'il n'eut pas le chagrin de voir disparaître.

Parmi les livres de cet écrivain polygraphe. deux surtout ont subi victorieusement l'épreuve du lemps, les Maximes et Réflexions, les Souvenirs et Portraits, où il peint avec mesure, avec gràce, l'espril de la cour, de la haute société au moment de la Révolution. « La confiaiice que l'auteur inspire au lecteur, dil-il, ressemble à celle qui est la base des effets de commerce : une lettre de change est-elle souscrite par un homme obscur et sans crédit, elle est de nulle valeur; revâtue d'un nom conna et considéré, c'est de l'or et elle a cours dans tout t'nnivera, » Le duc de Lévis, qui parle des ^ens de cour, des députés de la Constituante, a cet avanlage de les avoir connus et fréquentés, de ne pas les étudier do bas en haut, d'écrire en présence de ses contemporains dont il invoque le témoignage : aussi ses portraits charment-ils encore par leur accent de vérité aimable : ceux de madame de Beauvau, par exemple, de Calonne, de la maréchale de Luxembourg, du maréchal de Richelieu, de Maurepas paraissent de tous points accomplis.

Pendant un vojage qu'il a fait à Genève en 1782, on lui montre la rue où, dans une de leurs nombreuses révolutions, les Genevois s'étaient battus pendant deux heures avec des seringues chargées d'eau bouillante. (Ces seringues sont sans doute les précurseurs des pompes dp général Lobau.) A Lausanne, il rencontre un batelier philosophe auquel il vante la liberté de sa patrie, et qai répond en montrant d'une main un écu et de t'aulre le clocher de son villag:e : i La liberté est dans ma bourse, et l'égalité au cimetière. >

i clocher

^^^1 l'égal

DE LA nÉVOI-UTION. 295

A propos de madame d'Aiigivilliers, le duc de Lévis nous présente le marquis de Bièvre et ses calembours, qui firent tort à ses qualités plus sérieuses'. Celait d'ailleurs lin heureuï à-propos que la réponse de M. de Bièvre à Louis XV qui lui demandait un calembour : s Sur quel sujet, Sire? — N'împortel sur moi si vous voulez. — Votre Majesté n'est pas un sujet, »

Et celte boutade du baron de Breleuil, ministre de la maison du roi, lorsqu'on lui porta la liste des députés aux étals généraux ! a Qu'aurail-on dit des ministres du roi s'ils eussent fait de |areils choix ? »

Le duc de Lévis eut un mol bien spirituel avec Laffitle qui, s'é tant oublié à lui donner deux on trois fois son litre, s'en excusait maladroileinent : « Sacbez que si

]. La comédie du Siductear est des plus agréables, et son succès lui dODua uo lustaot l'idée de se présenter à l'Académie française, mais il se désista de boune grâce devant l'abbé Haur; en disant. Omnia vincit Amor, et nos eedamut Amori (à Haurl}. Il se ruinait galamment on faveur d'une actrice qui le trompait et se vengeait de cette Saplio en l'appelant lugrale Amarante (à ma rente), e Faisons un pari, lui proposait quelqu'un. — Monsieur, répllqua-t-il, songez que Parii ne s'est pas ^t en un jour. » — Il racontait qu'il avait vu des huîtres traverser le Palais-Royal (le roi manger des tiuUres). — En 1785, lo ciel du lit de M. do Calonne se délactie et lui tombe sur lo corps. Lorsque BiÈvre apprit cette nouvelle, il s'écria: «Juste ciel! •— Non content de fiilre des calembours en prose, M. de Bièvre les mettait en vers et composait par eïemple sa tragédie burlesque de Vercingétoriai où cbaque vers repose sur une équivoque.

Dans C03 lleui à l'j4lljïliliie oâ mu Toiï voui amène...

Dès f7îb, l'abbé Chérior avait publié une licélie de VHomm* ineoanu; d'ailleurs, le Coq à l'Ane (\«Le a

^^H je TOUS ai donna du Monsieur le Duc, c'est par pure ^^^r courtoisie. — Oh ! mon Dieu, repart celui-ci, soyez Irau- ^^H quille, je n'iguore pas qu'à vos yeux nous sommes, nom ^^H autres, de vieilles médailles effacées ; et vous, messieurs, ^^V TOUS n'aimez que les lingots, s

^^^ Les Maximes et Réflexions forment un recueil d'observations et de portraits à la manière de La Bocheroacauld, de La Bruyère : sans avoir leur proftindeur im- I mortelle, elles placent leur auteur au premier rai^

parmi les moralistes de second ordre et méritent lei I succès. Voici quelques-unes de ces pensées :

^^L « L'esprit public est la force des États libres ; l'égoIstM ^Hk est la sauvegarde de la tyrannie.

^^m > Le plus souvent, ce qui fatigue les peuples n'est pas tant la masse de la contribution que l'inégalité de U répartition ou ta maladresse de la perception

dans Rabelais, remonle amc auteurs laUas. Viclor Hugo itiltOft justement du calembour a qu'il est la liente de l'espril t.

' En jour M. de Blèvre propose à un de ses amis de l'accompagne

dans une mission auprès du pape. Embarras, bésllalloDS du dlpM malc, c|ui linit par objecter que sa passion pour le calemboui* i

' le bilboquet no le rend pas ud compagnon as^ez séricui- Blèvi

promet de se corrï^r, part, tient parole jusqu'à Lyon; lit l'inUi dant de la province les invile à un grand dîner d'spparal. La pli miËre cliose que Blèvre aperçoit en entrant, c'est un bllboitil

I placé sur la cheminée ; pour comble île malheur, un des coavhi

"prend l'Instrument fatal et s'en sert fort maladroileraenl. 1 marquis ne se contient plus, s'élance, enlËve le bilboquet dl mains du novice, et exécute une série de tours de Torce qui cxclM

, l'admiration générale, g Ohl monsieur, Tail l'un des speclataU

que Je voudrais avoir votre adresse! — Mon adresse, monsisH place des Terreauï, liûtel des Trols-Hois. ï

Page 1