BEUGNOT
Le plus spiriluel des i'aiictiQiiUitims, le plus lugéoieui faiseur de mois politiques après Talleyrand, prompt i
LES CAUSEUns DE LA RÉVOLUTION. 337
saisir les ridicules des sitiialîojis et des hommes, iiilel- ' licence vive et fine, a;aii[ la clairvoyance des petites choses, obstinément fermé aus grandes, tiraillé sans cesse entre sa verve el son ambition, et lente sans doute de brider celle-là au profit tie celle-ci, assidu au travail, instruit, partisan décidé de la politique de Sosie, admirateur intrépide de l'amphytrion chez qui l'on dine, c'està-dire de celui qui accorde le conseil d'État, les préfectures, les directions générales, les ministiires. Au demeurant le meilleur fils du monde, né chambellan, avec une clef dans le dos, adorant la bureaucratie, épris du dossier administratif, fidèle au succès, arrière- pelit-neven de ce courtisan qui conseillait de tenir le pot aux ministres en place, et de le verser sur leur tète quand ils étaient disgraciés. De là ces enthousiasmes foudroyants, lorsque le chef de l'État lui sourit, ces conversions miraculeuses, quand un gouvernement nouveau s'Installe. Rudoyé par l'empereur, il est au comble de la joie, parce que celuici finit par lui pincer l'oreille en ajoutant avec sa brusquerie familière ; « Eh bien, grand imbécile, avez-vous retrouvé votre tête ? » Sous les Bourbons, il s'exalte après une conversation avec le comte d'Artois. « Ce tÛte^^-lÉte qu'autrefois je n'aurais pas osé rêver, celle présence ii douce et si aimable, m'attendriront jusqu'aux larmes. Je n'avais rien éprouvé de pareil avec Napoléon, Il n'était pas le fils de saint Louis. » Ailleurs, il lui trouve e je ne sais quoi de céleste».
Ayant reçu une faveur de Louis XVIII, il tombe « dans
2 TOl., Denlu. — Sainlc-Beuve, Nouveaux LundU, t. Il, Oalmann Lévy, édii, — Imbert de Salnl-Atnand, ileiiue des Deua: Uottdei, l-maiise;.
^^* diss
LES CAUSEURS l'eKlase où était madame de Sévigné devant LoaisXIV, qu'elle regardait comme le plus grand des rois an sortir du bal où il lui avait fait riionneiir de danser ITfic elle ». D'ailleurs il lut en coule peu de rÉvèlef petitesses, de se persifler lu! même. Un boa gaa- ■iiement est celui qui le distingue, luvernemeni celui qui lui tient rigueur : une telle ditique, hélas 1 compte ses dévots par millio dissout les nations eu leur enlevant la foi, la deur morale. Ici du moins peut-on plaider les circonstances atténuantes. Ses ennemis, raillant la pusilanimité de Beugnol, son manque de stoïcisme, disaient avec eKagéralion que « c'était l'àme d'Arlequin dans le corps d'Alcide». Pendant la Terreur, il avait été eft* fermé comme suspect à la Conciergerie, et sa déleDlian, qui nous a valu de bien curieuses pages, lui inspira saffl doute l'horreur du sacrifice et du martyre : son âme ea retul nu pli ineffaçable, elle se recourba comme le corps ' d'un vieux paysan voûté par le travail de I put se relever.
Peu de livres sont aussi piquants que ses MémoirttJ ;Quelle variété de personnages! Que d'allrayanles aneo*' dotes! L'alTaire du Collier, les élections des étals »éa& raux, les premiers temps de la Révolution, la Terrem^ les missions dans le grand-duché de Berg, l'empercni Tallejrand, Jean Bon Sainl-André, la Restauration, lej Cenl-Jours à Gand, tant et de si dramatiques événà mcnls, tant d'hommes de génie ou de talent ne poot raient manquer de fournir d'excellents traits à cet lukbîj| iservatcur. Je voudrais dés mainteiiaul en noter qu6| ■uns; d'autres uurowX \euT ^quï.
A propos des éleclions du bailliage de Clermont, oii apprend i^ue la pluparl des cahiers des communes étaient copiés sur des cahiers imprimés qui circulaient alors, avec quelques additions suggérées par le praticien de l'eudroil, et qui formaient parfois d'élranges contrastes avec le reste. Ainsi, après avoir demandé fa séparation sévère des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, la liberté de la presse, le jugement du jury, l'abolition de toutes les servitudes, les habitants insistaient pour que leurs chiens de basse-cour fussent délivrés du bUlnt, espèce de piquet fort lourd qu'on suspendait, par ordre du seigneur, au col de ces pauïres bêles, pour les empêcher de saisir un lièvre, si, parhasrird. il s'olfrail à leur portée. Plus loin, après aïoir voté pour toutes les libertés échappées du cerveau de l'ahbé Sicyés, les habitants demandaient encore qu'il leurfùlpermisd'avoir des fusils chez eux pour se défendre contre les loups. Beugnot remarqua le cahier d'unecommune voisine deChavillainqui se terminait par cette formule prophétique : a Donnons pouvoir à nos députés de solliciter du sei^'neurroi son consentement aux demandes ci-dessus; dans le cas où il l'accorderait, de l'en remercier; et dans le cas où il le refuserait, de le dêroiler. »
Pour avoir proposé qu'on supprimât les parlements, Beugnot se voit (première leçon de prudence) poursuivi par ses collègues qui veulent l'assommer. Pareille mésaventure faillit être le partage de Dupont de Nemours, et pour le même motif. Mais il s'en tira par sa présence d'esprit : il s'élança sur un gros homme fort replet et le serra éperdumeni à bras le corps, sans qu'on pût l'ea arracher. cMais que voulez-vous donc, &"femi\\\e ^^i*
^^^Me
LES CirSCtRS
<t — Ha foi, nioasirBc, ré|Kiiid Dujwal, saim qï Ta me jeter par la fem-tre et je giréteod^ qm serriez de naalelas. ■ Cet àr-propos touro.i li ca rires.
il oe fat paséln député, et ice propos il ntoali
■■ nwl de ssn beau-père qnî conlieat tottle une philos»^
|feMdeBesrév«lnlî»as: < Ils voulaient me iiomuier aussi
élccleiir > rassemblée de Laogres, mais ils me ilofr^
oaieiil pool acolUes trois manants que je Eais manger Ir
ou caisîne;je les ai envoyés à tous les diables. Il n^
arica que je ne &sse pour le bien ; mais chacun sa place.
— Oui, lui répliquai-Je, pourvu que chacun y puisst
rester. — Oh ! vous avez toujours peur. Esl-ce que le nâ
s'a pas ceut ciuqûanLe mille hommes?* — Les consof
valears d'alors uiérilaieul déjà qu'on tes appelai les c(
serrés, et ressemblaient au savant qui répondit, comi
Ml lui annonçait que le feu était à la maison : >. Prêta
.«fil madame, je ne me mêle pas des afTaires dn mià
Souvent madame est absente et la mnison brûl&j
Lorsqu'il part pour le grand-duché de Bcrg, rarcbl-
tcelier Cambacérés, gourmet émérite, lui donne nw
igulière instruction : lui envoyer tous les ans, à litrft
gracieus, deoi douzaines de jambons. Avec Tallevra:
il n'est nullement question de cuisine : Beugnot adinirt
surtout < ces mois enveloppés dont il a le secret p
faire des dupes sans se cumprometire, il le ingiilq
écoutant les gens si bien qu'il les renvoyait convaîncsï
qu'il les avait approuvés», fidèle n aussi à la rtgledepnK
irlionner lenomhre de mois qu'il emploie h la graviléi!»
détermination qu'il annonce. Plus cette délerminatioc
imtforlanle, vAusWftsVtoiim.-»
Voici en passant, une jolie silhouette de M. de Sémonville, Célimène politique de premier ordre : « ATcrli par son instinct de la conliiiuelle moliilité des gouvernements qui ont depuis un demî-siëcle exploité la France, il est toujours pour une moitié de lui-même dans celui qui est, et pour l'autre moitié dans celui qui va venir. Il a grand soin d'avoir un pied dans toutes les cabales et quelle que soit celle qu'il aborde, il s'écrie en entrant : « J'en suis! » Quoiqu'il ait la vue basse, il regarde à la fois à droite, à gauche, et devant lui ; on serait encore tenté de croire qu'il a des yeux par derrière... En tout et pour tout, il s'occupe d'abord de lui, ce qui est tout simple, et jamais en ce point on ne l'accusa de la plus petite distraction. Le ^Tand maître des sentences de ce siècle, Tallevrand, l'a parfaitement caractérisé, lorsque, répondant à quelqu'un qui lui annonçait que Sémonville était malade, il dit ; «Comment! Sémonville a la fièvre! et à quoi cela lui sert-il?» Au reste son égoTsme est collectif, il s'élend à tous les Sémonville: enfants, petits-enfants, cousins et cousines. La famille h laquelle il lui faut pourvoir est grande, et Sémonville y adjoint encore, comme cousins ou comme devant l'être, tous les individus qui peuvent le servir de près ou de loin.» C'est un membre de l'innombrable tribu des Sémonville, qui, montant à la tribune pour défendre un projet ministériel, est ;irrêté par un opposanl : «A quoi bou? Tous Êtes placé, vus six enfants sont pourvus! ■ — Oui, riposte-l-il en se dégageant, mais ma femme est
lUrf. M. de lilacas ayanV lu an IQ> \a.\\î.\R it* iivcdo Chamhro des paivî \(vs\\V'jfeeYaî'î>a.ç"îA»'*^
ort I
331 LES CAVSëCRS
plus loin, c'est Jean Bon te convenlioiinel, celi désignail l'iitérllable calembour : Jean Bomie Mayem raiicien collègue de Robespierre aii eomilé de Salut public, devenu préfet de Havence, travailleur inTaligable. administrateur modèle, sujet à des ruades de franchise qui stupêtieni Beugnot. Un Jour, devant les ctiambellans et officiers d'ordonnance de Napoléon, il fait l'éloge de la Convenlion et rabroue son auditoire empanacbé'; une antre fois, tandis qu'il se promène en barque avet l'empereur sur le Rhin, il se penche vers Beuc^not et lui dit, pas trop bas : < Quelle étrange position ! le sort du monde dépend d'un coup de pied de plus od moins. » El Beiignot de frémir de tous ses membres, cet Alcesle de poursuivre : c Sojez tranquille, les geaide résolution sont rares. » En rentrant au palais. Bengnot murmure à son compagnon : « Savez-vous que von* m'avez furieusement effrayé? — Parbleu! je lesaisICa qui m'élonne, c'est que vous ajez retrouvé vos jaml pour marcber ; mais tenez-vous pour dit que nous pU rerons des larmes de sang de ce que sa promenade dei jour n'ait pas été la dernière. — Vous êtes un înseï — Et vous un imbécile, sauf le respect que je doil' Votre Excellence '. s
Louis IVtll Ht ccltQ obsenaiLoQ ; i Pour moi je trouve CMIa l| lort bonne, car J<i n'y vois pas le nom de S6jTiDnville ; coU n
I . Sur Jean Bon Sainl-Aadré, vuy. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundu, t. VIII, — rie et écrits de Jean Bon, par M. Michel riîcoifts,
S. t ta 1S07, l'oriulls, minlstro îles cultes, entre un jour clm
l'empereur, la li^re liâimte et les yeux pleins do larmes, t Qu'an*-
I vous (loDc, l'oiialis, lui dit ^Sapoléon, Ëtes-vous malade? — Koa.
■jSirv, mais Je su\s lAco maWwiii&flLi., taichevÈque do Tours, M
R«tsg\^V\n, Kl»'»» camasaie «mon wiCv «toJot,w.,.> — ï^
L'abbé Sieyès lui inspire ce croquis huraorislique.
f C'eut été chose plaisante, si la plaisanlerie était per-
I bieal quo lui osl-il arrivéï — Hélas! Sire, il vient lie mourir. — > Cela m'est égal, il ne m'ciaii plus bon à rien. — Puisque i'em-
. 1 pereur la prend de la sorle, me voilà lout consolé... > I^t en eOËt, le sourire reparut sur les lèvres du mlmslre dont la douleur venait de se calmer si facilement. > fleugnol n'a-t-il pas embelli ou piulAt enlaidi le trait? Oo sait qu'il avait intérêt k ne pas se Saire une idfe trop élevée de l'humanité. Il semble bleu qu'on doive, avec Salnie-lieuve, saluer en Portails une des ligures les plus pures parmi les hommes de gouvernemeat de celte époque, qui rappelle les juriacunsultes romains elcetArlstidequ'£tieDQePasquierdéQoit: t le grand prudhommeenlrolesAthénions.caractÈregénÉreuï et conciliant, esprit tempéré, doué d'une Immense mémoire, orateur ftouri et dlserl, dont les écrits et les discours ne manquent ni de Qnesse, ni d'une certaine grAce d'ironie >. Après la proscriplion de Fructidor.
II s'étonne qu'on veuille former un noaiteau ciel et une noui'ells terre et qu'on ait l'amliitiOD de faire un peuple de philosophes, lorsqu'on n'eût dûs'occuper qu'attire un peuple d'heure uï. A propos dus disputes philosophiques auxquelles prenait part le public allemand sans les comprendre ; t On pariait jadis de ta foi du Charbonnier; je crains bien qu'on ne puisse parler aujourd'hui de la philoiophie du charbonnier. > — lia surtout sa précision et sa force quand il exprimedes Idées de probité etde morale sociale ; ( Nos ilnances, dira-t-ii, ne cloivenl point èlre arrosées de sang innocent... Avec la raclllté que l'on a, on peul & chaque instant &iro de nouvelles émissions d'émigrés... Si la boussole ouvrit l'univers, le cbrisilaolsnie le rendit sociable... Il n'est plus question de détruire, il est temps de gouveroer. I! faut Riire en temps de paix le plus de bien, et en temps de guerre, le moins de mal qu'il wt possible... — On a de lui deux lettres écrites à Mallel du Pan en août et septembre 17^, lettres admirables de prévision et de prophétie : « On n'a jamais vu ni connu de République en France, reutarque-t-il. 11 n'y a point de républicains. Tout le monde y est fitligué du régime révolu 11 onnaire. La lassitude qui lerniine loules les révolulions, a ramené tous les esprits et tous les cœurs i la monarchie. Je ne parie point des jacobins qui sont une poignée d'hommes que l'apparence même de la justice peut faire disparaître... 1 Ses discours sur le code civil el le coaï,wi^a,S, tcsnVKt^i«s&
LES CALSEURS
Kinise en pareille matière, que de conlempter ce mAfl llphysicien suuTagc itxpliquant son svstèiiie tic uonîtlll nioii à l'aide des ligues qui silloaiiaient la paume desv^ nain ; puis le jeu des différents pouvoirs par i'exlensioo
K^ le déploiement des doigts; que si nn lui demandait une division par cliapiires, par articles, quelque chose de plus substantiel enfin quo les signes d'un prestidigitateur, ie grand homme de sourire de pitié et de haiis^et les épaules. Ces leurs de passe-passe furent pourtaol interprétés par la patience et tarare habileté de Dauiioo, en tribuns qui devaient toujours parler, en députés qui <It valent toujours se taire, en grand électeur qui devait ton! élire el en sénat qui devaittout conserver... »
Au commencement de la Restauration ', Beuguot [l^ vient le rédacteur officiel ou officieux des tirades let mieux réussies en l'honneur du trône et de l'autel. C'est de lui le mot fameux du comte d'Artois, apréé bob enirée à Paris, t Plus de divisions! la paii et la France; je la revois enfin ! et rien n'j est changé si ce n'est qu'il
de belles et éternelles maximes il'Ëtat : Il montre que le philnsoplu lui-même a besoin, autant que la multitude, du courage irignum et do la .sagesse ilc croire, ([ue le concordat a êlê en qnelque !orlt redit de Nantes du xix' siècle, a réeoneilié la Rét'olalion arec It Ciel. « lîapliseï l'héroïne sauvage, s'ëcritil le père Veniura, partMl de la dcmocraiie moderne, a (Sainte-Beuve, Catutriet du Lm^ l. y.^DUtowi e( Tapportt de Portalis, pulillés par son nwiluMtj 2 vol. In-H.) ■ J
t. Il joue alors un t6\e a<?tif, mais gai-ds peu de temps le ndid^l t^rede rinlérleur. Le faul)ourg Saint-Germain le jugeailIropboiïS geois : i C'élsit bon du lenips de Ëansp:ir[e. disait madame de Simlane : aujiiiird'lmi il Ihut mciire dans les minisières .lus, p-o» de qualité, ayant H leurs ordres de bons travailleurs qui foui In hce qu'on ap^ellB 4^ bouteux. >
g'y'POUTfi "" Français de plus ! s de lui l'idite d'avertir lllûcherque s'il persistait à vouloir faire sauter le pont d'iéna, le roi s'y ferait porter pour sauter de compagnie; de lui l'inscription si ingénieuse : Ludovico reduce, iienricu» redivivus, gravée sous la statue de Henri IV : > Je me cassai la tète toute la matinée; j'essayai vingt versions sur le papier; je ne lisais pas sitôt ce ([ue j'avais écrit, que je le rayais comme trop long, comme trop court, comme inintelligible, comme niais. Enfin, à force d'essayer des versions en français, j'accouchai du mot latin resurrexit {i\ est ressuscité). 11 était bon, mais il était usé, je me rappelai qu'on l'avait affiché au piédestal de la statue de Henri IV, à l'avènement au trûne d'un prince qui valait cent fuis mieuï que lui, de Louis XVI, et il y resta jusqu'à ce nu'uu plaisant s'avisât de mettre au bas :
D'Henri rwsuscitû j'approuve le bon mol;
Hais, pour me le prouver. Il tout la poule aii pot.
» Je ne pouvais plus songer à mon remiTexit, et puis, le même plaisant, s'il n'était pas mort, serait revenu nous redemander sa poule au pot, et les Cosaques y avaient mis bon ordre. J'avisai, dans ma perplexité, de consulter la classe des inscriptions et des bciles-lcltres de rhistitut. qui voulut bien m'adresser quatre versions qui avaient leur mérite, mais dont aucune ne me salisf^isaitcomplètement. Enfin je jetai un dernier coup d'œii sur la feuille couverte de mes essais et de mes rattres el j'y démêlai celte version : le relonr de l'un fait revivre l'autre... J'essayai delà traduire en latin par ces raols : Ludovico rediice, JïenncttB Tediuiïus. KW'îi*-
I tant
LES CAUSRITIIS
tant même je fus frappé du bonheur de ma Iradoeliol f et je m'adjugeai saus fa(;oii le prix, i Mais voilà qui
^^^^Beugnot apprend qu'on l'atlribne i Lally-Tollendal; ^^^Hde se lamenter! Que les princes s'emparent de ses mal ^^^Kien de plus naturel, mais en laisser l'honneur el 1 ^^^Hjpvrit à de simples particulierSgC'était affreux. Louis XMl ^^^^na ayant parlé à Lally, celui-ci prouva discrtemeot à ^^^Hpa Majesté que, dans un royaume comme le sien, i ^^^* riiondant en beaux-esprits, il n'était pas étonnant qui I leur anivût quelquefois de se rencontrer.
Il y aurait une très intéressante élude à écrire sur I9 - larcins littéraires, les mensonges de l'hisloire, les ef>
reurs du public au sujel des véritables auteurs de mots 01 de belles actions *. Par exemple, ce n'est pas trois cent hommes que Léonidas commandait aux Tbcrmopyles.c'ei sept mille selon Diudore, douze mille selon Pausaollf
I La lettredc Philippe à Arislole pour le charger de l'éduct
^^^ ^lion d'Alexandre; Hippocrate refusant les présents d'iF
^^V laxcreès; la lanterne de Diogéne; l'héroïsme de Hucii
W^W ScBBvola, de Regulusj la vlttoire de Camille sur Breoniisj
" le combat des trois Horaces emprunté à l'hisloire grecqaej
l'aspic de Cléopâlre; le mol d'Archimëde a Donncz-ffl
un point d'appui, et avec un levierje remuerai le monde |{
son fameux Eurêka prononcé non à propos de la vis i{
porte sou nom, mais lorsqu'il eut découvert la gravité tftt
ci/ïjue à l'occasion de la couronne de Hiéronj te t Poo;
I quoi craindre, tu portos César >; au pilote cITrayé pendi
la tempête; l'aveuglemenl de Bélisaire; Porcia se tui
B avalani du charbon; le c Tu as vaincu, Gatiléeol ><
J. Les basjs de ce iravail sa Irouvenl dans le livre {t'£douar4 FM ■ rSlfrit dam t'kUhHre.
DE LA RÉTOUTTION. 837
Julien blessé à mori; l'incendie de la bibliothèque d'Alesandrie par Omar, alors ([ue celle-ci avait cessé d'exisler depuis plus de deux siècles ; la phrase de Galilée E pur si muove, l'épisode de sa prison; le médecin Procida dans les Vêpres siciliennes; l'œuf de Christophe Colomb, ses trois jours d'attenle et d'aneoisse au milieu de l'équipage menai^anl, auquel il a promis un nouveau conlinenl; l'histoire de Guillaume Tell; le tonneau de Malvoisie du duc de Clarenee ; Hillou dictant à ses filles son Paradis perdu; le mot du paysan h Louis XIV « Vous aurez beau agrandir voire parc de Versailles, vous aurez toujours des voisins », mot copié tout simplement dans Apulée; celle jolie paillardise « Il est bien difficile de garder un trésor dont tons les hommes ont la clei'o, attribuée faussemenl à Bassompierre; l'anecdote du chien de Honlargis, qui courait le monde bien avant Charles V; l'aventure de Pépin abattant d'un coup de sabre la léte d'un lion furieux ; la prédiction de Charlemagne au sujet des pirates normands dans la Méditerranée; le cri de Philippe VI après Crécy « Ouvrez, ouvrez chastelain, c'est l'infortuné roi de France », travesti magnifiquement en « Ouvrez, c'est la fortune de la France »; Artevelde, le brasseur-roi, qui ne fut ni brasseur ni roi; le t Cette terre me désire », d'Edouard débarquant sur le rivage de France; les cages-prisons de Louis XI, inventées en réalité bien avant lui ; le courage des dames de Beauvais faussement personnifié dans Jeanne Hachette ; l'amour de François I" pour Diane de Poitieirs; la belle Ferronniers; la cruauté de Richelieu envers Cinq-Hars et de Thou ; la scène de Louis XIV entrant au parlement a^puet à la main ; les béquilles de S'vs.\ft-Ai>\wJ.\\'M.
t sans jjf
338 LES CAOSEDRS
vers de Marie Stuart au plaisant pays de France; magnifiques ale\an(lrins de Charles IX à Itoiisard t maniés sans doute par de Prades : f)ne de redis apocr] phes, ou aux trois quarts faux ; que de romans dans i'hi toire, que de fictions parfois utiles et charmantes, fieu héroïques d'une époque dont elles transmettent cou* leur et parfum, selon l'heureuse expression dÉdous Fournier. 11 serait piquant de restituer à chacun s bien, par exemple ce cri sublime: « A moi Auvergne ■voilà l'ennemi I » lancé en réalité par le sergent Duboisj noii par le chevalier d'Assas; le rapport de FÊlrn jirème lu â la Convention, le 1 mai 1704, par Rob» pierre, mais composé par l'abbé Porquel, ancien aU' uiônier du roi Stanislas^ le mot de l'abbé Edgefforfl à Louis XVI: a Fils de saini Louis, montez au ciel! i imaginé par Charles Ilis; Camhronne nianl toujours ti fameux mot naturaliste que loul te monde lui allribiM, Kosciusko n'acceptant pas davanlaa;e l'e^clanalion: nis Poloniœ; Rougemont vendant ou prêtant ces mot» t II est bon que de chçz lui un souverain puisse voir I| maison du pauvre! » — « Plus de hallebardes I t réplique du due de Berry à un vieux grognard : « Parl>let c'est bien extraordinaire, avec des bougres comme vonsl) El tant d'autres anecdotes, tant Oc légendes que les foula acceptent el répètent, sans souci de la vérité, sans se lai» ser ébranler par les témoignages les plus aulhentiquei Les romans ont toujours plu et plairont davantage qa l'histoire. -
Il y a après tout des inventions plus vraies que Phil loire, qui font partie du trésor moral de l'humanité, i sans jjrélendre que \e Nra\ soKv Vt aviiVwaft ia^ soig^ i
peul atlmellre avec Rousseau ([ue la morale de beaucoup de ces fables est 1res appropriée au cœur humain.
Louis XVIII eul le lort de se priver des services de Beugtiol. Élu député de la Haute-Marne, celui-ci brilla davantage dans les commissions et les couloirs qu'A la Iribune. Le 2" janvier 1830, il obtint enfin le tilro de pair bérédilaire, que la révolution de Juillet allait lui enlever.
Un joui-, sous la Restauration, le comle de Marcellua proposait à la Chambre des députés de placer au-dessus de la tribune l'image du Christ comme témoignage de Justice, de respect et de foi. Le comte Beugnot se leva et prit la parole: s Je viens appuyer la proposition de noire pieux et honorable collègue, mais je me permettrai d'y ajouter un amendement qui sera toujours de circonstance. Je prie la Chambre de faire inscrire en lettres d'or, aux pieds du Christ, ces paroles de grâce et d'oubli que Jésus mourant adresse à Dieu : a Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! »
De tels mots valent de longs discours. On raconte qu'un politicien assez médiocre s'avisant de contester les talents de Lamartine, quelqu'un répliqua: « [1 est possible qu'il laisse à désirer comme homme d'Étal, maïs il est le premier de nos poètes, et il y a tant de gens qui ne sont ni hommes d'Etat, ni poètes! » Beugnot n'est ni un écrivain, ni un orateur, ni un grand caractère, mais combien nombreux sont ceux qui ne possédèrent ni les qualités qui lai manquèrent, ni celles qu'il eut en partage I
« Économiste plus vigoureux qu'original, historicD plu orî^'iiial que sûr, Rœderer a été, dil H. Miguel, un organisateur du premier ordre, comme l'atleste la part qn'H a prise au système de contributions sous ta Constituante, à l'établissement administratif sons le Consulat, îi la i^ géiiéralionlinancîère du royaume de Naples, à l'acte ci tilulifde la Suisse. Dans les temps de violence, hutnaiiH dans le maniement des deniers publics, honnCte; dan l'aclion, inventif; dans la rctraite,digne; dans le commerce de la vie, aimable; il a de plus uni le mérite di la célébrité des actes. » Rœderer est aussi un journalîsU hardi, fertile, paradoxal, grand rcmucnr d'idées, qui, saul la Chronique de cinquante jours et le livre sur 17* fltience de la Société polie, a écrit ses meilleures page dans les gazettes*, un homme du xviii* siècle, banli
i.M en 1751, mort en 1S35. — Sainle-Beuve, CoiMeriei Lundi, l. VUI. — Mtgnet, Aecue des lieux il ondes, i&avier 1X3S. Edouard Itergouniouii, Revue de Paris, 1H4S. — Œuvres W plélei lin camte [iccilerer, 8 vol. in-8.
S. Par eiemple celte humgrlallque fanlaisie coDire les' iacroyall du Directoire : t... Mais le diagTiostic le plus caractérisé est l« piralvsle comnicDCÉc de rorgEine de la parole. Les jeunes InfartuDéi gui en sont alleints évitent les consonnss avec unealleDltonexIréin^ el sont, pour ainsi dire, réduits S. la aécessilè de se dâsosser It langue. Les arllculallons fortes, les touches vigoureuses de la pto^ noDclatioD, les râQeïions accentuées qui sont le cliarmc de la leur sont Interdites. Les lèvres paraissent k peine se mouvoir ot du frottement léger iiu'elles exercent l'une contre l'aulre résulte m bourdouncmenl confus qui no ressemble pas mal au pz-pz-pi. fat leiguel on appelle un petit chien do dame. Rien do moii gible qui: les enti'etioiis itos malades. Les seuls mots qu'on dislhiîW duis eell« série de vo<jeïtBs monaUraea «A. ^wiws inarticulés *Ml
DE LA RÉVOLUTION. 3-il
jusqu'au bout des préjugés philosophiques, qui considère Chaleauhriatid « comme an esprit romanesque et à rebours I el n'admet guère le pouvoir de l'imagina lion sur les Frangais, un cerveau relors el sublil que la métaphysique et la science juridique onl marqué de leur erapreiii le. Son rôle équivoque le 20 Juin et le 10 Août comme procureur général syndic du département de la Seine, ses sautes d'idées, donnèrent à penser « qu'il serpentait au travers des orage'Tst des partis ». 1! fut en grande sympathie de pensée avec Sieyès, mais trouva sa voie véritable avec Bonaparte ; ce qu'il avait d'utopie politique disparut
ce:ix de ma paote mpimn, d'incoyable, d'hoible, et autres mots bIdsï défigurés. Un homme doué d'une sagacité peu commune a voulu Irarluire en français ce qu'il croyait former des jihrases ; mafa l'iaslgninance de ce qu'il a deviné l'a dégoûté de coutlniior un travail aussi stérile. > Cel arlicle du Journal de Paris publie le !3 messidor au III, est iutUulé : d'une nouvelle maladie da Jeûnasse nommée le Semta ou Secsa : Ce mol est une abréviation de : 9 Uu'est que c'est que <}3.? » Ne prenons donc pas su scHeui l'Ëpigrammo de Joseph Chènier :
La tirade de Rœderer me journil l'occasion de cller un agréable soonel de M. Emmanuel de; Rssaris sur les IncroijabUi.
En irril, et
as dss Bols ds cranle, lunellB
E,.ee.nee 1.»
ll> vont en i Porlenl thign Et bnodltu
t (Vue tr.icas d'alTreiii fonrdlni.
vert ponme, en chopoii qui ffi ■nkin qu'jiaprèa du leur idole,
Leur pr<le l'air vilniiainir dt loetUiï a C'^\,\\hn.
I ib:
LES CArSECRS
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bien iît«, après le 18 Bramaire, ]>a3 assez cependant i (n du mallrr, pntsqae celai-ci atait coutume de lui d iBaodrr:«C«nimefllra la métaphysique? «En réalité, ils domestiqué, niais rempereurvonlaitassiïi'vir les volonté les pensées et les arrière- pensées, il exigeait l'adoralia sans phrases, le fenalisme sans réserve: un mélaphysidej pour lui, c'élatl relui qui avait des idées en propre l y leiiait. Rœderer crut voir poindre l'ombre effrajanle i la dtsgrftce lorsqu'il passa du conseil d'Élal, où loutl faisait, au Sénat, où tout se conservait. Le premier cons lui avant dit en riant : « Eh bien! nous vous avons env9 nospères conscrits. — Oui, répliqua gaiement Rœdi -.vous m'avez envoyé adpiïlres.» lien Ait quitte pourl ^ur, car les sénateurs étaient aptes à de hautes mîssiof actives et on ne l'oublia point: on peut croire aussi qt^ 'était point de ceux qui se laissent oublier. Avec Tall^ rand et Siovès, il Joue un ]'6le important dans les préjt ratirs du 18 Brumaire*: plus tard il répétait avec oiç ce mot qui résume les deus instants décisifs de sa vie U torique: k J'ai passé auprès de Louis XVI la dernière iv lde son règne, j'ai passé auprès de Bonaparte la preraîèl Ifiuit du sien, s Aussi quand Ëmiapartc lui demanJ 'il ne voyait pas de difficultés à ce que le 18 Brumaù fît : c Ce que je crois difficile, même impossible, répoi ■tfit-il, c'est que la chose ne se fasse pas, car elle est ai trois quarts faite. «
I. IH) :^t la mol iris spirituel de N'apoléou III ù im illustre ad Il ■lui «Mil v»ole le r.onsulat : ■ J'espire, monsipiir Ib d» ' 'tiret un juur de moD 1<J BruiD&ire ce que vniis tivet i S thxcrabn 4M nton oat\«. > Ia réplique ne se lil pas atleoA
DE LA IIÉVOLUTIOU. m
1) a écrit une IcUc page sur la démagogie parisienne de 1792, puissance formidable .que l'Assemblée conslituanle, à Torce de démanteler le pouvoirj avail laissé grandir autour d'elle. « Il s'était élevé en France une multitude d'hommes d'une éloquence forte et barbare, tels que notre fabuliste nous représente le paysan dii Danube, qui avaient bien mieus découvert que les orateurs des assemblées nationales les voies de la persuasion et de l'entratnement, qui entraient bien plus avant dans les pensées, dans tes passions, dans les préjugés, dans les intérêts imaginaires ou réels des dernières classes du peuple qui sont les plus nombreuses. Ils montraient aux prolétaires la Francecomme une proiequi leur était assurée s'ils voulaient la saisir. Ils promettaient l'égalité absolue, l'égalité de fait, les magistratures, les pouvoirs... Les orateurs n'avaient qu'à s'adresser à la faimpour avoir la cruauté, ils étaient sûrs de la réponse... Et Rœderer terminait en citant une pensée de Hobbes : « Dans la démocratie, il peut y avoir autant de Nérons qu'il y a d'orateurs qui flattent le populaire ; il y en a plusieurs à la fois, et tous les jours il en sort de nouveaux de dessous terre, s
Son premier article dans le Journal de Paris contient un piquant apologue : 8 On causait hier chez un libraire au l'alais-Égalilé ; ou parlait sans ménagement de Carère "el desjacobins; on était unanime, lorsque entre un lionime assez mal vêtu, la figure hâve, les cheveux à la jacobine. Aussitût un des interlocuteurs change de ton, essaie de se rétracter, d'atténuer ses paroles.
€ On le regarde, on se regarde, on ne sait d'où vient nn changement si subit. Cependant la. t;owfttî.iV.\aft msîb-
Ui LES CAUSEURS
tinue e( l'homme aux cheveux noirs prend avec cfaaiear
la pause de la liberté contre celui qui paraît hésiter à la dél'endre ; celui-ci s'étonne, se rassure et se met à rire en (Usant: * Ma foi, je croyaisque ce citoyen élail un jacobin «et je n'étais pas à mon aisel...» Cela prouve que sans ta sécurité il n'y a point de liberté. Il ne sutTil pas d'avoir . ouvert les prisons à un grand nombre de patriotes; il; faut maintenant délivrer ceux qui sont prisonniers eK eux-mêmes sous les verrous de la peur.
Après la seconde Restauration, Rœdererfut éliminé d» ritislilut et de la Chambre des pairs. Retiré dans sa propriété de Bois-Roussel (Orne), il se consacra aux lettres et eut l'idée singulière de renouveler l'hôtel de Rambouillet. Son salon lut disposé, décoré, meublé de manière qu'il parût en loul semblable au grand cabinet décrit par mademoiselle de Scudéry dans le roman de Cyrus. On caUf sait, on faisait des lectures, on rimait absolument coinin<K si l'on se fût trouvé chez la mère de Julie d'Angennesi Il y eut des sujets de conversation annoncés d'avance a| pour lesquels on se préparait comme pour une discussion à la Chambre : on alfectalt de ne point parler des quer~ lions littéraires à l'ordre du jour, de Victor Hugo, de romantiques. 11 pleuvait des quatrains et des madrigaui, Un juge accompagna de ces vers son bonnet carré qu'i] expédiait à un ami, lequel, devant jouer la comédie Bois-Roussel, n'avait pu se faire prêter un costume d'aï dience par le juge de paix du canton :
Eq le refusant leur rabal Les Peri'lns de la ville oal eu l'âme cruelle, Il me scmlile piiurLanl, quand Je prile ma selle,
Qu'ttB pourrateai bien prâier leur tjài.
Rœderer ' écriïil VHistoire de i'kàtel de Rambouillet el charma ses loisirs en composant des comédies. Il disait cii plaisantant qu'il n'élail pas 1res sur qu'on ddt mourir, quoiqu'il y eût beaucoup d'exemples contraires âce doute, mais donnés par des gens qui n'avaient pas su vivre. Il se piquait de le savoir; en tout cas, il ne sut pas bien mourir, si j'en crois le mot allribué à Talleyrand : « Il a pu au moins mourir en paix, dans la vérité, dans le matérialisme. »
t Publicisle, moraliste, observateur, écrivain froid aiguisé et mordant..., sans fraîcheur d'imagination, mais avec une sorte de grâce quelquefois, à force d'esprit fin, de ces hommes secondaires qui ont de rinHucncc, couseillers-nés, mêlés à bien des choses, à trop de choses, meilleurs que leur répulalion, échappant au mal Irop grand et à la corruption extrême par l'amour de l'indépendauce, une certaine modération relative de désirs et
1. La ronversalion, écrlvaU-ll, a embrassé en France toutes lea cciDDaiBSBoces humaiEes, Par l'iniroduction des femitios sur un pieil de pariane égalité, par le mclange des sexes qui ti'est nulle part aussi complel, tous les lotéréia se sont trouvés, dans la sodélé française, placés entre toutes les inégalitéa... La conversalion trancalse commune aux deux moitiés de la société, eidlée, modérée, mesurée par les lemmes, est seule uae conversaliia nationale, sociale; c'est, si on peut le dire, la conversation humaine, puisque tout y rentre et que tout y prend part, d
2. Né en 1Î67, mon en lH3a. — Salnlo-Beuve, Cauieriea du L-^ndi, l. V, — (Cuvres de Flévée : La dot de Sutelle. — Frédéric. — Du 18 Brumaire opposé nu système de ta rerreur. — Lettres sut l'AtigteleTre. — Correspondance avec Bonaparte, 3 vol., de. Charles Brifaut, RédU d'un vUux parrain, p, âS5 elsuW.
3in LES CAUSEURS
de ta paresse; — MachUivels modérés, dignes de ce noBfti pourlanl par leur vne froide, ferme et fine; assez libf raiix dans leurs résultais plulôt que généreux dans leurt principes... n'ayant rien des anciens, ni les éludes classiques, ni le goût de la Tornie, de la beauté dans le style, ni la morale grandiose, ni le souci de la gloire ; rien de cela, mais l'entente des choses, la vue nelle, précise, positive, l'observation sensée, utile et piquante, te tour d'idées spirituel et applicable; non l'amour du vrai, mais une eer^ laine justesse et un plaisir à voir les choses comme ell sont et à en faire part... gens précieux, avec qui tout verneuient devrait aimer causer ou correspondre poi entendre leur avis après ou avant chaque crise. »
Fiévée, comme l'indique ce portrait savamment nuan< est avant tout un spectateur et un critique : ne rien adj rer, ne rien aimer, mais comparer, juger, analyser, résà? mer une situation dans une Formule ironique à doubl sens, assaisonner la vérité d'un ragoût piquant, foui un chef d'Étal ou au public leur provision quotidienne conseils spirituellement sensés, voilà son rôle, sa devisé) son programme. On dirait presque d'un astronome qui étudie avec un merveilleux instrument de précision la^ marche d'une planète, tant il semble froid en présence des drames les plus poignants, tant lui font défaut l'émotion intime, le frisson sacré; il n'ignore pas la puissance des sentiments et des passions, et les pèse, dans sa balance, avi les intérêts, et les autres principes des actions humaini La balance fonctionne admirablement, Fiévée fait sa pi exacte !l chaque principe, il a très souvent raison, on lui en vent presque d'avoir raison de celte maiiîëi
Le 9 Thermidor, il décide sa sectiun à se pronoat
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si- I
eoiili'e Robespierre, arrive à la barre de la Conveiilio]i, qu'il trouve dans le trouble qu'on sait, et raconte qu'un gros et joyeux conventionnel lui dit en le voyant sortir : » Prenez le plus long pour retourner vers vos commeltajils, et, toutes les fois que tous passerez devant une sectôto. entrez ; parlez de la mission que vous venez de remplir et de l'accueil que vous avez rofu... Vanlez surtout l'assurance que vous avez vue parmi nous. — Saus doute, lui répondis-je, cela me formera si jeveuï un jour écrire l'bistoire. » Voilà l'homme tout entier ; il risque sa vie ^anîquemenl, se montre le 13 Vendémiaire et avant le 18 Fructidor' « un faclieus de sang-froid et en loule connaissance de cause », N"est-ce pas celle séance du 9 Thermidor qui lui aurait inspiré ces jolies définitions? « La politique, même dans les gouvernements représentatifs, ] est ce qu'on ne dît pas... Les masses vont mieux par surprise que pardélibérulion. n
Il ne larda pas à donner des gages au premier consul : ( Les Étals en révolution, disait-il dans une brochure de 1803, ne se sauvent point par des constiLuLions, mais par des hommes... » Plus tard il citait volonliers le mot de Bonald: > Les nations finissent dajis les boudoirs, elles recommencent dans les camps, » et il ajoutait : « 11 en sera de mËme des nations qui s'obstinent à finir dans les bureaux'. »
1. Après le 18 fructidor, il va se fiire oublier en province ; «Une seule observation me rappolall à la pollltque; tout paysan (pie Je reaconlrals dans les champs, les vignes ou les Lois, m'abordail pour me demander si on avait des nouvelles du ijcnéral Uonaparta, et [iDurquoi il ne revenait pas en Pian ce ; Jamais aucun ne s'infor-
lûL ilu Directoire, >
2, gûalB-Beuve remarque à propos de> nsUous qui s'otisUnent
348 LES CAUSECRS
Bonaparte n'oublia point un liomme qui Ira (luisail si bien sa pensée, et commença par l'envoyer en Angleterre avec la mission d'observer ce pays. Dans ses Lettres sur l'Angleterre, Fiévée combat l'anglomanie, et ne se ^'êne guère pour dire leur fait aux philosophes du xvui" siècle: f Heureux, écrivait-il, heureux ceux qui n'ont pas fermé les yeux sur les évéïiemenls pour ne les ouvrir que sur les J livres 1 » Frédéric et Catherine n'eussent pas aulremenfil parlé.
Ses notes à Bonaparte témoij^nent d'une rare pénélralion et d'une L-erlaine indépendance de caractère. J'j trouve bien des aperçus que l'on pourrai! médiler encore avec profit: « Ou peut dire des peuples qui sont entrés dans la carrière des révolutions, qu'après s'Être Taligués d'idées et d'espérances, ils retorabenl lourdement sous le joug de leurs besoins... La Révolution ayant exagéré toutes les espérances populaires et n'ayant rien produit qu'un plus grand malaise, le peuple, toujours dupe de' ceux qui l'exaltent, attendait tant de ses flatteurs qu'on ne peut rien faire pour lui qui approche de ce qu'on lui avait promis... La liberté n'est véritablement pour les peuples que le droit de vivre selon leurs habitudes... La grande folie de ceux qui ont conduit la Révolution est d'avoir voulu tout renouveler à la fois, et d'avoir traité comme une r sistance calculée des usages qu'eux-mêmes conservatei dans leur inlimîté... »
11 demandeau premier consul d'accomplir toute sa de) tinée, afin t que l'homme de nos jours ue ressemble p
1, qu'il y a pour elles u
^^auï ho
aux hommes fameux de l'antiquité qui n'ont fait que donner au monde une grande secousse dont le mondû s'esl ensuite lire comme il a pu ». 11 lui conseille de rallier les anciens conventionnels, muisen iesréduisantàriaaction : « Qu'on puisse dire du premier consul que, s'il engraisse ]es vieux philosophes et les vieux révolulionnaires, c'est poiii' les mettre hors de cause, à peu près comme le^ athlètes dans la Grèce étaient forcés de renoncer aux combats quand ils avaient trop d'embonpoint '. »
Il est né mentor, peu admirateur, fort difficile à déconcerter. L'empereur, qui s'amusait à le railler sur son ancien dévouement aux Bourbons, lui dit un jour: nFiévée, vous devez être riche, vous ! — Moi, Sire, et pourquoi ?
]. A propos du scandale ileNalnt-Rocli;(i Les boaneurs accordés aux morts sonl une leçoa pour les vivants... Pline assure qu'après une république, rieu n*est plus (lilUeile à gouverner qu'une troupe de comédiens... Il av^t appris dans son mèUer d'histrion, comment on devient un factleui... > Ailleurs des (rails de moraliste dignes des plus grands penseurs : t L'envie et l'opinion publique sonl toujours du cùlé des bibles contre les Torts... Quand le peuple ue se croit pus tout, It s'accoutume volontiers k n'êlre rien... L'opinion publique est celle qui so lait... Le seul élabKssRment qui se retrouve aprùs chaque catastrophe et toujours plus puissant, est la monarchie llscale... On avait surnommé Rol)espierre : l'incorruptible. 11 l'était en effet comme ceux qui veulent tout prendre à la fois. Cette probité en détail séduit toujours le peuple... Le meilleur ftindemËnt de l'égalité aujourd'hui, c'est qu'il n'est personne qui ne soit apte & recevoir de l'argent... Les constituiioas ne créent pas, mais elles arrangent ce qui est créé... C'est une chose remarquable de notre RévoluUon qu'elle trouve son point d'unité dans les craintes et ne se divise que par les succès... On se lasse d'avoir raison comme de toute autre chose... La liberté dans une monarchie est le contraire de l'esprit de* révolution... L'esprit de Paris esl de sa nature cuntralrei toutes les institutions inonarcbiques; il est républicain avec > qui exigeraient les verges du despotisme, mélange
350 LES CAliSElIRS
— Le comte de Lille vous a sans doute comblé. — Jugez-en par ce que Votre Majesté niedoanel > Napoléon renonça il le plaisanter..
Fii'Viie ue croit pas que le ridicule lue encjjreen France : c Est-ce qu'il y a du ridicule, en effet, quand il n'y a plus de mœurs fixées? Le ridicule serait aujourd'hui un moyen de succès s'il aidait un homme à sortir de la foule. »
Plus on étndieceshommesquivécureut dans la seconde partie du xvni' siècle et dans la première partie du xix', plus ou remarque de profonds et continuels changements dnns leurs positions et lours idées, chançrcments i|ui refloleiit: en trénér.il les immenses bouleversements des choses. Correspondant de Bonaiiarte, maître des requêtes,
Dlicarre dont Iei Râvolulion nous s. nioolrâ les dangers et les résultais. — Je ne suis pas de l'avis de UODiosquleu donnant la vertu pour baseaux républiques, et Vliotmear aux inonarctiles ; Je crois quu VatnbîtioH c?it fond am un taie dans les républiques et la i>ai%it4 dans les iiionarttiles. ^ t^ force comprimB, la force (ait des rivollos, mais les opinions Hiiit lies révolutions. — Ou a trop longtcinp|i| oublia que si l'autorilA peut quelquefois taire la vérilé, elle ne doit jamais ta déguiser. — La politique u'est que la conciliation uni iaturât^,' lordqu'vlle veut concilier des opinions, elle s'égare. ~ lll est plus^ile encore de goureinerles FrancEdsque delescbangarù
— L'ordre, comme le bon sens, est une qualité qui s'applique à loul. — Hul mieux que FiÉrée n'a démasqué l'orguoll, les projet* des vieux révalutlonnalres devenus barons, comtes et ducs ; « Ilf^ ne sont ni corrigés,, ni effrayés de la Révolution; ils trouvent q)]^ c'est un bon métier qui rapporte beaucoup; 11 prévoient de ooiH vcilcs circonstances et ne s'en cacbent pas. Ils s'unissent voir cotnine les molaes s'unissaient h Gbarlemagne, pour le pou:
r \6S Saxons les armes ù la main; cela (Usait ériger dQ X évécbâs, fonder de nouveaux couvents. Les prËtres n'efti ont pas moins Oté deux fois la couronne à son (Ils. ) Plus loin Q démontre que la Révolution ne s'est pas btlle uniquement par les. livres, que les Idées ne viennent jamais qu'à la suile des drcoo»>
DK LA RÉVOLIITIOS. 351
préfet, correspondant dit comle deTtlaeas, constilulionnel libéral, coliaboratnur du Temps avecM. Cosle, du National avec Garrel, Fiévée pensait sans doute, avec le cardinal de Relz, qu'il faut souvent changer d'opinion pour reslei de son parti. Il avait fiai par se détacher entièrement des personnes, et affedail de ne se soucier plus que des peuples: n Les peuples vont, non parce qu'on les gou-, verne, mais maljçré qu'on les gouverne, s Avait-il entièrement tort pour h France où les vertus privées tiennent lieu de vertus publiaues et remplacent les hommes d'Étal?
lances politiques et admlnlslrallves qui dominent, qne c'est lorsqu'il n'yaplus deliberlÉduisliislnstiliilloDsquQ toutes les llberléi se soDl réfugiées dans les esprits. Il admira l'ingieterri?, il a lies poufsées do UbËralisme idéal, qui retombeol bien yite quand il se Iroure en présoncedes faits, a L'Angleterre, dira-l-il, n'a pas de constilulion écrite el c'est le seul pays qui soit constitué. » Mais, lorsque le comte Reguault lui demande quel plaisir il éprouve ^ aller il Hambourg : i C'est, répond-li, lue Je n'entendrai plus délibérer. > Aprë-s la cousplration Malet, il écrit a l'empereur ; « On peut coDuparer la France k un clavier musical; en posant le doigt sur telle touche, on sait d'avance le son qu'elle doit rendre; de même quiconque a vécu au milieu do nos longs troubles civils et a ré- Oéelil, n'a pas besoin d'Interroger les hommes pour savoir lo parti qu'ils prendront dans telle ou telle circonslanro. H sufllt d'amener la l'ircouslance, les hommes répondront.... Depuis l' Assemblée eoosliliianli', la Hévolulion n'a été qu'une transformation continuelle du pouvoir à tout prix, el à des conditions si sanglantes que l'histoire n'offre rien qu'on puisse leur comparer... Dans un État ainsi constitué, parler au peuple d'attachement à ses lois, ft son gouvernemenl, c'est ressembler aux pères qui Interdisent en paroles k leurs enfants les actions dont ils leur donnent l'exemple... » — En 1813, II écrit à l'empereur : n Sire, Il n'y a pas do monarchie ■ eu France, H n'y a que le nom de Votre Majesté, s
!. — atnault'
Ou a oublié les tragédies d'ÂrDault, Marius à Minf»rneî,GerwîanicM»,fesF^mïien*; on se souvient encore de ses Mémoires, livre agréablement écrit, finement observé, plein de curieux détails sur les littérateurs et les hommes de la Révolution. En le composant, l'auteura dd rentrer un peu ses (biffes, car ses contemporains et son successeur à l'Académie française, M. Scribe, le dépeignent comme un homme qui avait au plus haut point la reconnaissance des mativaii et des bons procédés, sensible et irritable, très franc, incapable de retenir an bon mot.
Celte Terve caustique se retrouve plutôt dans ses fables et ses chansons. C'est Juvénal fabuliste, a-t-ondit'.
]. Ké ea 1768, mon en 1834.— Soiiuenin ifun stxagëmire, 4 vol. — Slario) à Uintuntu. — Le* Vénitietu. — Germaniau. — Fie ]iotiliqae el milllaire de Napoléon. — Mon porU/euille. — Fables, etc. — Sainte-Beuve, Cattseriei du Lundi, l. VIL
3. Aun premiers jours de bod exil k Broielles, après te retour des Bourbons, Afnault écrivll sa jolie pièce allégorique de la Feuille, Il seule de ses poésies qui ail vola jusifu'à nous, et dont les derniers vers se citeront toujours.
DE LA RÉVOLUTIOiN. 353
M. de Thiard reprochait à Florian d'avoir mis dans ses bergeries trop de moutons; peut-être dans les fables d'Arnault y a-t-il trop de loups «.
L'agrément de ses Souvenirs ne se dément pas un instant ; il semble s'accroître quand l'écrivain raconte ses
1 . On ne s'écrie pas, en lisant ces fables un peu satiriques : c Ah ! le bonhomme ! d mais on dira toujours : c L'honnête homme ! » Le Riche et le Pauvre, les Taches et les Paillettes , le Secret de Polichinelle, le Chêne et les Buissons, le Colimaçon, méritent de rester gravées dans toutes les mémoires. Il a su non seulement glaner, mais ré~ col ter dans un champ déjà moissonné. Forcé de choisir, je doimerai la dernière de ces pièces.
LE COLIMAÇON
Suns amis, coinmo sans fnmillo.
Ici-bas vivre en étranger ; Se retirer dans sa coquille, Au signal du moindre danger; S'aimer d'une amilié sans bornes; De soi seul emplir In maison; En sortir, suivant la saison, Pour faire à son prochain les cornes ; Signaler ses pas destructeurs Par les traces les plus impures; Outrager les plus tendres fleurs Par ses baisers oa ses morsures ; Enfin, chez soi, comme en prison, Vieillir de jour en jour plus triste, C'est l'histoire de l'égoïste Et celle du Colimaçon.
n excelle à condenser une sentence dans une image rapide.
...Au milieu du discours le plus sot.
On peut rencontrer un bon mot Comme une perle dans une huître...
...Si quelque étincelle m'échappe, La faute n'en est pas à moi, Elle est à celui qui me frappe...
Presque toujours, Arnault cherche dans ses apologues Toccasion d'un trait acéré, c'est là la marque distinctive do cet esprit armé Jusqu'aux dents, et, dès l'enfance, prompt èLlani^osXe. A.\>oucV.a\
Econversalions ramili^ros avec Bonaparte, )es prélîmiDain nu IS Biiimniro, el nons inlroduit dans les coulisse IhéAtro puHlique, Le héros l'avait pris en goût, l'cmme- ^Ait en K^'Vpte, jouait avec lui aujeu de l'oie : « Faisons me tragiïdiccnseinIjlD, me dît-il un jour. — Volonbers, gfinéral, maïs (juand nous a tous l'ait ensemble nu blan de campagne. — 11 me regarda en riant, me lira ÎToreille et parla d'autre chose. » Plus lard il lui confie d'importantes missions, le nomme secrétaire général de rCtiiversité : au IS Brumaire, Aniault est confident et complice A sa fa^on; la rédaction des prorlamations revint h He^'nauld qui l'associa à ce travail en lui commandant une chanson; car il faut des proclamations aussi pour les halles et c'est sous cette forme surloiU qu'on se fait comprendre de lapopulation qui fourmille là etdaiis les rues. Le trait n'a pas vioilli. C'est à Arnaull que nous devons le récit d'u keurioiise conversation entre madame de SlaEl et le vaio-
bon rat, Était sa devise. Ud de ses pi'olbsseurs do Juill; I' Intorpellé nu milieu de ses camarades : i Eh bien, vous cbercliu-M sujet d'épigrammo? ~ Jo l"ai rencontré, » repart Amsull en H fliant. Plus lard, son ami le général Leclerc l'aborde furl « Uèrement dans un salon ; u Te vuilii donc, toi qui t< après Racine cl CoroeiUoI — Te voilà donc, réplique Arnaull. loi qni lé crois un général apr^s Turenne et Condé! • Il dit »ssn cavalidri'nicnt de Louis XVIll. son ancien maître, qui le h n 1R15 : « Monsieur, à tout prendre élail un garfon d'esprit, n H le prouvait moins par des mots qui lui hissent propres ipio p fremplol qu'il (Usait des mots d'autrui. > Peut-eir« son ttS m a éplgramme qui courut s<
DE LA IIÉVOLOTION. 355
queurdes Pyramides, chez Tallejrand"; ï ... On croyait voir Taleslris avec Alexandre, ou la reine de Saba aveu Safomon.MadaraedeSlaèiaccablad'abord de compliments assez emphatiques Bonaparte, qui répondit par des propos assez froids, lunis très polis. Une autre personne n'ett pas été plus avant. Sans faire atteution à la contrariété ([ui se manifestait dans ses traits et dans son accent, madame de Staël, déterminée à engager une discussion en règle, le poursuit cependant de questions, et tout en lui faisant entendre qu'il est pour elle la premier des hommes: a Général, lui dit-elle, quelle est la femme que vous aimeriez le plus? — La mienne.— C'est tout simple, mais quelle est celle que vous estimeriez le plus? — Celle qui sait le mieux s'occuper de son ménage. — Je le conçois encore. Mais enfin quelle serait pour vous la première des femmes? — Celle qui fait ieplus d'enfants, madame. » Kt il se retira en la laissant au milieu d'un cercle plus égajé qu'elle de cette boutade, — Toulc déconcertée d'un résultat qui répondait si mal à son attente : « Votre grand iiomme, me dit-elle, est un homme bien singulier... La manie de madame de Stafl était de gouverner tout le monde et celle de Bonaparte de n'ÈIre gouverné par personne. »
' Mois incisifs, tirades plei nés de verve, silhouettes humoristiques abondent dans les Sourenirs. On l'eût pris pour en grenadier déguisé en séminariste, pensait-il de Maiiry, qui. lui aurait tenu ce propos cynique : « Vous pouvez m'en croire, je ne mens qu'en chaire. » Venant demander au peintre David des dessins pour les décors d'une ira-
Bit celui-ci le recevant fort mal parce que son ses gants sont semés de fleurs de Ua '. «. VW\-
ati LES CACSF-uns
(liï la paresse; — Machiavels modérés, dignes de ce noai pourlaiil par leur vue froide, ferme et fine; assez lib^*, mus dans leui's résultais plutôt que géjiéreux dans leiu pi-iiicipes,.. n'ayant rien des anciens, ni les ëludos claa ques, ni le goût de la forme, de la beauté dans le sljle; la morale grandiose, ni le souci de la gloire ; rien de ci mais l'entente des choses, la vue netle, précise, posilH l'observation sensée, utile et piquante, le tour d'idées s rituel et applicable ; non l'amour du vrai, mais une 8 taine justesse et un plaisir à voir les choses comme à sont et à en faire part... gens précieux, avec qui toulgi vernement devrait aimer causer ou correspondre [M entendre leur avis après ou avant chaque crise. »
Fiévée, comme l'indique ce portrait savamment noan est avant tout un spectateur et un critique : ne rien adi rer, ne rien aimer, mais comparer, juger, analyser, résn mer une situation dans une formule ironique h doub^ sejjs, assaisonner la vérité d'un ragoût piquant, fournir I nn chef d'Étal ou au public leurprovisiou quotidienne é conseils spirituellement sensés, voilà son râle, sa déviai son programme. Ou dirait presque d'un astronome q étudie avec un merveilleux instrument de précisioo-'' marche d'une planète, lantil semble froid en présenced drames les plus poignants, tant lui font défaut l'émoti intime, le frisson sacré; il n'ignore pas la puissance i sentiments et des passions, et les pèse, dans sa balance, ait les intérêts, et les autres principes des actions humaiiH La balance fonctionne admirablement, Fiévée fait sa p exacte k cbaque principe, il a très souvent raison, m on lui en veut presque d'avoir raison de celle manièî
Le 9 Thermidor, il décide sa section à se prodoiK
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Robespierre, arrive h la barre de la Coavenlioii, qu'il trouve dans le trouble f|ii'on sait, et raconte qu'un gros et joyeux couvenlionnel Jui dit en le voyant sortir ; » Prenez le plus long pour retourner vers vos commeltants, et, toutes les fois que vous passerez devant nne section, entrez; parlez de la mission que vous venez de remplir et de l'accueil que vous avez reçu... Vantez surtout l'assurance que vous avez vue parmi nous, — Sans doute, lui répondis-je, cela me formera si je veux un jourccrire Tbiâtoire. > Yoilà l'iiomme tout entier : il risque sa vie ironiquement, se montre le 13 Vendémiaire et avant le 18 Fructidor' «r un factieux de sang-froid et en toute connaissance de cause », N'est-ce pas celte séance du 9 Thermidor qui lui aurait Inspiré ces jolies définitions? « La politique, même dans les gouvernements représentatifs, est ce qu'on ne dit pas... Les masses vont mieux par surprise que par délibération. »
11 ne larda pas à donner des gages au premier consul : a Les Étuis en révolution, disait-il dans une brochure de 180â, ne se sauvent point par des constilulions, mais par des hommes... » Plus lard il citait volontiers le mot de Bonald: « Les nations linissent dans les boudoirs, elles recommenceut dans les camps, » et il ajoulail : « Il en sera de même des nations qui s'obstinent à finir dans les bureaux', *
1. Aptbi le IS FrucUdor, ilva se Taire (lubUerea province : aUno smile observation me rappelait à la polUli|UB; tout paysan que je reucoDtroJi dans les cbamps, les vignes ou tes bois, m'abordail pour medemandcrsi on avait des nouvelles du géiic^ral Uoriaparle, et [wurquoi II ne revenait pas en Fj'anco ; jamais aucun ne s'inrormait du Directoire, v