Sainte-Beuve remarque à propos dei natiom qui s'obslioent
Julie Talraa, de Bonaparte à Miisson : Musson, le myslificaleur par excellence, le boute-en-tmin des salons da direttoiie, le roi de la gaieté, le précurseur d'Henri Mom nier, Musson qui, jusqu'à son dernier momenl, couserrat le don de l'aire rire toiil le monde et le don de rire i tout. Une fois, sur li; boulevard, s'amusaiit de la bout d'un provincial aux soins duquel il s'était fait confier, i qui le prenait pour un imbécile dont la manie était i se croire un enfant, s'arrétant h toutes les boutiques i demandant dans la langue de l'enfance tout ce qu'il voyais il se fit acheter par lui des gàleaux, un pantin, et quan^ la foule que celte singulière farce avait réunie i'nt asseï nombreuse, il exigea de son mentor improvisé la com plaisance la plus grande qu'unmarmol puisse obtenir di sa bonne. Heureusement pour le mystifié, Lenoir qui loi avait confié cette tutelle et qui observait de loin la sc4i vint le tirer d'embarras, sans toutefois le désabuser.
Une autre fois Musson se fait passer pour un gentit homme campagnard dans une société où se (rouvii Picard, lonne conire les théflires et exaspère violemtned l'auteur conire ce sot provincial, si bien que le malin de la maison crut devoir inlervenir. a Monsieur Mussm dil-il, vous cnvcrrai-je du macaroni? u La fureur A Picard fil place à un rire inextinguible.
Un des premiers, Amault rendit justice à Lemierra poète rocaillcu.f, incorrect, dont les tragédies éclate^ parfois en traits de dialogues dignes des grands mai tresf C'est de lui cette réponse de Banievelt i son fils qui II conseillait de se soustraire par une mort volontaire à supplice igi\am\a\(i\.\\.
. S, i-emicrrf, OSufres, 3 \o\., fttnft lïwVm, \'S!.'i.
f^V DE LA REVOLUTION. 31D
aui hommes fameux de rantiquité qui n'ont fait quâ doimer au monde une grande secousse dont le niondu s'est ensuite tiré comme il a pu ». Il lui conseille de rallier les itnciens convenlionnels, mais en les réduisaiil à l'inaction : « Qu'on puisse dire du premier consul que, s'il engraisse les vieuï philosophes et les vieux révolutionnaires, c'est . pour les mellre hors de cause, à peu près comme les ' athlètes dans ta Grèce étaient forcés de renoncer aux combats quand ils avaient trop d'embonpoint ', »
Il est né mentor, peu admirateur, fort difUcile à déconcerter. L'empereur, qui s'amusait à le railler sur son ancien dévouement aux Bourbons, lui dit un jour: « Fiévée, vous devez être riche, vous 1 — Moi, Sire, et pourquoi ?
1. A propos du scandais de Salnl-Roch ; s Les hoaoeurs accordés aux morts sont une leçoo pour les vivants... Pline assure qu'après une république, rien n'est plus difficile a gouverner qu'une troupe de comédiens. ■■ Il avait appris dans son métier d'blstrion, comiaeat on derïent un factieux... i Ailleurs des traits de moraliste dignes des plus grands penseurs : t L'envie et l'opinioa publique sont toujours du cûté des laibles contre les forts... Quand le peuple ne se croit pas tout, Il s'accoutume volontiers à o'étre rien... L'opinion publique est celte qui se lait... Le seul établissement qui se retrouve après chaque catastrophe et toujours plus puissant, est la monarcjiie fiscale... On avait surnommé Robespierre : Vincorniptible. Il rètail en effet comme ceux qui veulent tout prendre il la fois, l^etle probité en détail séduit toujours le peuple... Le meilleur fondement de réjjalitâ aujourd'hui, c'est qu'il n'est personne qui ne soit apte à recevoir de l'argent... Les constitutions ne créent pas, mais elles arrangent ce qui est créé... C'est une chose remarquable de noire Révolution qu'elle trouve son point d'unité dans les craintes et ne se divise que par les succès... Oq se lasse d'avoir raison comme de toute autre cbose... La liberté dans une monarchie est le contraire de l'esprit de révolution... L'esprit de ParÏJi est de sa nature contraire à toutes les inslitulions monarchiques ; il est républicain avec des mœurs qui exigeraient les veri;os du despotisme, mélange '^
LES CAUSEunS -Lo comte do Lille VOUS u sunsdotile comblé,
i-e (\ae Volro Majesté medounel i Napoléon reuo) • Je plnisaiile)'..
I Fi<Wée lie croît pas que le ridicule lue enr^re en Frani i Ësl-ce qu'il y a du ridicule, en elTel, qaandilu'va pli mœurs fixités? Le ridicule serait aujourd'hui un moi e succès s'il aidait un hoiume à sortir de la l'oule. * l 'Plus ou étudie ces hommes qui vécurenl dans lasecon ^rlie du xviu' sicclc t>t dans la première partie du xu' |dus ou remarque de profonds et continuels chaiigenit ■nns leurs positions et teuifi idées, changemonls qui «èIl'IiI en ^-(.'néral les immenses bouleversements d( mhoties. Correspoudanl de Bonmiarte, maître des requ^ti
Dlzarre dont la UâTOluliOD nuus a montra les dang:ers et les r^i laU- — Je ne auis pas de l'avis de Montesquieu doDnanl la vei |)oiir base aux républiques, et IVionnsur aux monarcbiesi Je en ijuo Vambilioit est raudamcatale dans les républiquiL's et la wn dons les mODarcliio^i. — La torce comprime, la torce lail des révolu mais les opinions Tost des révolutioos. — On a trop l«ii^ieai| outillù que si l'ButorïtA peut qaolquufols taire la vérité, eUa an jamais la Oâguiser. — La polillque n'c^t quo la conclliatioo Intérêts ; lorsqu'elle veut concilier des opinions, elle s'égare. est plu.'t facile encore de gouverner les Fi'angais que de les ébUt — L'ordre, comme le bon seifs, est une qualité qui s*a^^u* tout. — Nul mieux que FlévËo n'a dcnia^qué l'orguoil, les pu des vieux révoliilloniiaJrus devenus Imroni, comtes et ducs : i ne sont al corrigés,, ni eCtrayéii do la Révolution; ils trouvoDt c'est un bon métier qui rapporte beaucoup-, Il prévoient de i s circonïitïncos et ne s'vn caclient pas. Ils s'unissent an j lesmoiDBSs'unlssaicnlàCtiarleroagne, pnurlepng r les Saxons les armcâ k la maia; cela fUsalt érige X évécbés, fonder de nouveaux couvents. Los prétcw s moins ûté deui fois la couronne h sou HIs. d I'Ius luis iti'o que la Itcvuiuiton ne s'est pas Adte unlqutrmeDt pur i, que lea IdôéS Qq \teaneat lamals qu'à la suite des cin»
préfet, correspondant du pomle de Blacas, eoiisliluliomiel libéral, pollalioraleurdu Temps avecM. Coste, AnNational avec Carrel, Fîévée peasaiLsaus doute, avec le cardinal de Retz, qu'il faut souvent changer d'opinion pour restei de son parti. Il avait fini par se détacher entièrement des personnes, et affeelait de ne se soucier plus que des peuples : « Les peuples vont, non parce qu'on les ^'ouverae, mais malgré qu'on les g;ouverne. » Avail-il eiiliiTemenl tort pour la France où les vertus privées tiennent lieu de vertus publiaues et remplacent les hommes d'Éfat7
lances polUiques et administratives qui dominent, que c'est lorsqu'il n'y a plus de liberté dans los Institulions que lonies les liborlûi se sont réfugiées dans les esprits. 11 admire l'ingleterrc, Il a des poussées (le libéralisme idéal, qui relombcot bien vite quand il so trouve en présence des faits. « L'Angleterre, dlra-t-il, n'a pas de conslitulion écrite el c'est leseul pays qui soit constitué. lUals, lorsque le comte Ilegnaull lui demande quel plaisir II éprouve h aller il Hambourg : o C'est, répond-il, que je n'entendrai plus délibérer, «
I .Ipr&s la conspiration Malet, il écrit U l'empereur : a On peut comparer la France i. un clavier musical; en posant le dolgl sur telle louche, od sait d'avance le son qu'elle doit rendre ; de mÈme quiconque a vécu au milieu de nos longs troubles dvits et a rÉ- Héchi, n'a pas besoin d'interroger les hommes pour savoir le parti qu'ils prendront dans telle ou telle circonstance. Il su fut d'amener la circonstance, les hommes répondront.... Depuis l'Assciuliléa constituante, la névolulion n'a élé qu'une transformation conlinuolle du pouvoir à tout prix, et à dos conditions si sanglantes que l'tiistolre n'offre rien qu'on puisse leur comparer... lians un Ëlat ainsi ConsUlué, parler au peuple d'atlacbement fi ses lois, à son gouvernemeat, c'est ressembler aux pères qui Interdisent en paroles k
I leurs enranls les actions dont Us leur donnent l'eiemple... > -~ En 1813, il écrit à l'empereur : t Sire, il n'y a pas de monarchie ■
i ea France, 11 n'y a que le nom de Votre Majesté, i
pas à protester. Mais il l'appelle Gain Cliénier, elTôiu Timotéonane fausse juslilîcalioii.
Le grand Timoléon vint apprenilru aux FrançaU
Que la fralernité n'ëliUt qu'une cbiniËrs,
Et qu'on poiivail sans crime sssaaalner aoDl trirt.
11 osait même dire :
Je sais t)len que Chénler, OdËle i. HelpomËno ', l'eut tuer ses liÉros ailleurs que sur la scène.
Voilà oti la polémiqtie peut entraîner un homme d'une nature bienveillante et donce qui, dans ses derniers jours, se félicitait de ne garder pas une rancune, pas un ressentiment, et se flallait de n'avoir pas un ennemi. Il avait aussi attaqué madame de StafI avec beaucoup de vivacité; l'ayant rencontrée ensuite cbez madame Suard, il se tira de sa fausse position en disanl : * Que voulez-vous, madame? nous combattions dans la mêlée et dans les ténËbrcâ; je n'ai pas la fatuité do me comparer à un dos héros de l'Ilmle; il m'est pourtant arrivé le même malheur qu'à Diomëde ; j'ai blessé dans la nuit une déesse. » Madame de StaBl sourit et pardoima. — M, Thiers a dit plus lard dans le mémo sens : i La politique est un combat de nnil; quand l'aurore parait, on regrette souvent' les cnu[is qu'on'a portés, b
Après le 18 Brumaire, il publie ses Adieux à Bonaparte, ils firent grand bruit et renferment des mois frappants : t Je crains qu'on ne dise un jour que notra [
I. Ud Jour que Glnguené en cau.salt avec lui, il caQvlut qu'il avait eu là qu'une stratégie de presse et ajouta sans tard : i fallait bien le démonétlsf r; après loul, c'est un Kimeux chat qii« is Jeté dans les Jbui1)es. ■
DE LA RÉVOLUTIOiN. 353
M. de Thiard reprochait à Florian d'avoir mis dans ses bergeries trop de moutons; peut-être dans les fables d'Arnault y a-t-il trop de loups «•
L'agrément de ses Souvenirs ne se dément pas un instant ; il semble s'accroître quand Técrivain raconte ses
1 . On ne s'écrie pas, en lisant ces fables un peu satiriques : c Ah ! le bonhomme ! d mais on dira toujours : c L*honnète homme ! ]> Le Riche et le Pauvre, les Taches et les Paillettes fie Secret de Polichinelle, le Chêne et les Buissons, le Colimaçon, méritent de rester gravées dans toutes les mémoires. Il a su non seulement glaner, mais récolter dans un champ déjà moissonné. Forcé de choisir, je donnerai la dernière de ces pièces.
LE COLIMAÇON
Sans sinls, coinruo sans famillo, Ici-bas vivre en étranger; Se retirer dans sa coquille, Au signal du moindre danger; S'aimer d'une nmilié sans bornes; De soi seul emplir la maison; En sortir, suivant la saison, Pour faire à son prochain les cornes; Signaler ses pas destructeurs Par les traces les plus impures ; Outrager les plus tendres fleurs Par SCS baisers oa ses morsures; Enfin, chez soi, comme en prison, Vieillir de jour en jour plus triste, C'est l'histoire de l'égoïste Et celle du Colimaçon.
Il excelle à condenser une sentence dans une image rapide.
...Au milieu du discours le plus sot, On peut rencontrer un bon mot Comme une perle dans une huître...
...Si quoique cliuccllc m'échappe, La faute n'en est pas à moi, Elle est à celui qui me frappe...
Presque toujours, Arnault cherche dans ses apologues Toccasion d'un trait acéré, c'est là la marque distinctive de cet esijrlt ^txsokék jusqu'aux dents, et, dès l'enfance, prompl k\a yv^^o^X^. A.\)OtVrC\^.Q\
WU LES CAUSEL'RS
coRTeisalioRs familUTes avec Bonaparte, les préliminaires da IS Brumaire, et nous introduit dans les coulisser du théAire politique. Le héros l'avait pris en ^oùt, l'emme- J sait en Fg\'pte, jouait avec lui au.jeii de l'oie : i Faiso ■ne tragédie ensemble, me dit-il un jour. tiers, général, mais quand non? a rons faîl ensemble m plan do campagne. — Il me regarda i l'oreille et parla d*aulre chose, t Plus tard II Ini conls^ dlm portantes missions, le nomme secrétaire général de rfaiversité : au 18 Brumaire, Arnault est confident et romplire à sa façon; la rédaction des proclamalions retint à Itegnanld qui l'associa à ce travail en Ini rouimandanl une chanson; car il faut des proclamatioM aussi pottr le» bailes et c'est sùus cette forme surioul ^"•H te fait comprendre de la population gui fourmiitt là et dans tes rues. Le trait n'a pas vieilli. C'est à Arnanlt que nous devons le récit d'une ir^ i«use conversation entre madame de Sianl et le vaindevise. Co de ses professeurs de JulU; l'anml aa milieu de sfs camarades : « Eh bieD, vous charcbu ii» s? — Je l'ai rencODlré, i repart Amaall eo le soD ami le général Leclerc l'aborde forl »•>salon : > Te voilà donc, toi qui to crois un pooe el Corneille! — Te voilft donc, réplique iniaull.Ul ^fd le trois un géoéial aprts Tureone et Condél » Il dit «<3AI csnli»fvtn«ai de Loais XVIH. son ancien maître, qtii le hannll n IM5 : < Moa^iear, i tout prendre élail un gartoe d'espril, wiif ■ te Koovail OHiiiis par des mois qui iul nissonl propres i|ue pu ~ à q«1l bûiil des mois d'aalnii. t Peut~(tre son eill El
L> l4fsa têt Baarb«ui me unn
DE LA RÉVOLDTION. 355
queiir des Pyramides, chez Talleyriind": t ... On croyait voir Talestris avec Alexandre, ou la reine de Saba aveu Salomoii.Madamede S taëlaccablad'abordde compliments assez emphaliques Bonaparte, qui répondit par des propos assez froids, mais très polis. Une autre personne n'eût pas élé plus avant. Sans faire attention à la contrariété qui se manifestait dans ses traits et dans son accent, madame de Stai;!, déterminée à engager une discussion en règle, le poursuit cependant de questions, et tout en lui faisant entendre qu'il est pour elle le premier des hommes: e Général, lui dit-elle, quelle est la femme que vous aimeriez le plus? — La mienne. — C'est tout simple, mais quelle est celle que vous estimeriez le plus? — Celle qui sait le mieus s'occuper de son ménage. — Je le conçois encore. Mais enfin quelle serait pour vous la première des femmes? — Celle qui fait te plus d'enfants, madame, t Et il se retira en la laissant au milieu d'nu cercle plus égayé qu'elle de cette boutade. — Toute déconcertée d'un résultat qui répondaitsi mal à son attente : c Votre grand liomme, me dit-elle, est un homme bien singulier... La manie de madame de StaEl était de gouverner tout le monde et celle de Bonaparte de n'être gouverné par personne, »
Mots incisifs, tirades pleines de verve, silhouettes Immorisliques abondent dans les Souvenirs. On l'eût pris pour an grenadier déguisé en séminariste, pensait-il de Manry, qui lui aurait tenu ce propos cynique : « Vous pouvez m'en croire, je ne mens qu'en chaire. » Venant demander an peintre David des dessins pour les décors d'une tragédie, et celui-ci le recevant fort mal parce que son Éet et ses gants sont semés 4e îleMS, à.fc Xv* ". "v ^w!ï-
f delà
LES CAtSEUilS
de la paresse; — Machiavels modérés, dignes dfl ee MM poui'lanl par leur vue froide, ferme et fine; assez Ubi vau\ dans leurs résultais pluldt que généreux dans li prindpes... n'ayant rien des anciens, ni les éludes claa ques, ni le goût de la forme, de la beauté dans te style la morale grandiose, ni le souci de la {gloire ; rien de oi mais l'entente des choses, la vue nette, précise, posilB l'observation sensée, utile et piquante, le tour d'idée a rituel et applirnble ; non l'amour du vrai, mais une i laine justesse et un plaisir h voir les choses comme d sont et à en faire part... gens précieux, avec qui toulf verneraent devrait aimer causer ou correspondre j entendre leur avis après ou avant chaque crise, i
Fiévée, comme l'indique ce portrait savamment nuaa est avant tout un spectateur et un critique : ne rien a rer, ne rien aimer, mais comparer, juger, analyser, réS mer une situation dans une formule ironique k iloul sens, assaisonner la vérité d'un ragoût piquant, fourni un cbcf d'État ou au public leur provision quotidienne conseils spirituellement sensés, voilà son rôle, sa devë son programme. On dirait presque d'un astronome i étudie avec un merveilleus instrument de préci marche d'une planète, tant il semble froid en présence^ drames les plus poignants, tant lui font défaut l'i^inoll intime, le frisson sacré; il n'ignore pas la puissance i sentiments et des passions, et les pèse, dans sa balance, u les intérêts, ei les autres principes des actions buoi La balance fonctionne admirablement, Fiévée fait sa p exacte à chaque principe, il a très souvent raison, n lui en veut presque d'avoir raison de celle i
Le 9 Thermidor, il décide sa section à se pronom
DE LA KÉVOLUTION. 347
Tonli-e Robespierre, arrive à la barre de la Convenlloii, qu'il trouve dans le trouble qu'on sait, et raconte qu'un ^Tos et joycuï conventionnel lui dit en lo voyant sortir : B Prenez le plus long pour retourner vers vos commeltanls, et, toutes les fois que vous passerez devant une section, entrez ; parlez de la mission que vous venez de remplir et de l'accueil que vous avez re;;u... Vantez surtout l'assurance que vous avez vue parmi nous. — Sans doute, lui répondis-je, cela me formera si je veux un jour écrire rbistoirc. 2 Voilà l'homme tout entier : il risque sa vie ironiquement, se montre le 13 Vendémiaire et avant le 18 Fructidor' « un factieux de sang-froid et en toute connaissance de cause s. N'est-ce pas celte séance du 9 Thermidor qui lui aurait inspiré ces Jolies définitions? « La politique, même dans les gouvernements représentatifs, est ce qu'on ne dit pas... Les masses vont mieux par surprise que par délibération. »
Il ne larda pas à donner des gages au premier consul : « Les États en révolution, disait-il dans une brochure de 18ûâ] ne se sauvent point par des constitutions, mais par des hommes... n Plus lard il citait volontiers le mot de Bonald: ir Les nations linlssent dans les boudoirs, elles recommencent dans les camps, » et il ajoutait : « 11 en sera de même des nations qui s'obstincnlà linir dans les bureaux*. >
1. Après le 18 Fructidor, il va se faire oublier en province :»Une seule observttUoa me rappelait à la poliliiiue ; loul paysan que JH reuconlraJs dans les chauips, les vignœ ou les bois, ui'abordall pour me demander si on avail des nouvelles du général lionaparte, cl pourquoi il ne revenait pas en France ; jamais aucun ne s'Informiiil du Directoire. >
2. SûQte-Beuve remarque II propos des aatlons qui s'ot)slinenl
fus LES CAD
Bonaparte n'oublia poini un homme qui tradutsallsibieil sa pensée, el commença par TeQvojer en Angleterre avet la mission d'observer ce pays. Dans ses Lettres sur l'Angleterre, Viévée combat l'anglomanie, et ne se ^^ii£ guère pour dire leur fait aus philosophes du sviti' siècle: I Heureux, écrlvail-il, heureuï ceus qui n'ont pasTeriot les yeux sur les événemenls pour ne les ouvrir que sur les livres! » Frédéric el Catherine n'eussent pas aulrcmeal parlé.
Ses notes à Bonaparte témoignent d'une rare pénétration et d'une certaine indépendance de caraclère. J'j trouve bien des aperçus que l'on pourrait méditer encore avec profit : c On peut dire des peuples qui sont entrés dans la carrière des révolutions, qu'après s'être fatigués d'idées et d'espérances, ils rotoinbeut lourdement sons le joug de leurs besoins... La Révolntion ayant cxagér* toutes les espérances populaires et n'ayant rien produit qu'un plus grand malaise, le peuple, toujours dupe de ceoi qui l'exaltent, attendait tant de ses flatteurs qu'on ne peut rien faire pour lui qui approche de ce qu'on lui avsil promis... La liberté n'est véritablement pour les peuples que le droit de vivre selon leurs habitudes... La grande folie de ceux qui ont conduit la Révolution est d'avoir voulu ' tout renouveler à la fois, el d'avoir traité comme une rê-
sislance calculée des usages qu'eux-mêmes conservEtieiit
Ldans leui intimité... »
Il demandeau premier consul d'accomplir toulesadwtinée, afin < que l'homme de nos jours ne ressemble pu aux intrigues parlemcniaires, iju'il t finir datu 1» couloirs >.
elles UDe maolindt
CE LA RÉVOLUTION, 3iP
aux hommes faineuK de l'anLiquLté qui n'onl fail que (Joiiner au monde une grande secousse dout la monde s'est ensuite tiré comme il a pu ». Il luiconseille de rallier les anciens conventionnels, muis en les réduisant à l'inactimi : « Qu'on puisse dire du premier consul que, s'il engraisse les vieux philosophes et les vieux révolulioanaires, c'est pour les mettre hors de cause, à peu près comme les athlètes dans la Grèce étaient forcés de renoncer aux combats quand ils avaient trop d'emhonpoint'. »
Il est né mentor, peu admirateur, fort difficile à découcerler. L'empereur, qui s'amusait à le railler sur son ancien dévouement aux Bourbons, lui dit un jour: « Fîévée, vous devez être riche, vous ! — Moi, Sire, et pourquoi ?
1. A propos du scandale de Saint-Ttoch : a Les tioaneurs accordés aux morts sont uae leçoa pour les vivants.. .Plioe assure qu'après une république, rien n'est plus dlflicile à gouveraer qu'une groupe de comédiens... 11 avaii appris daos sod méUerd'bistrlon, comment on devient un fai^iicux... • Ailleurs des traita de moraliste dignes des plus grands penseurs ; ■ L'envie et l'opinion publique sont toujours du e&lé des faibles contre les forts... Quand le peuple ns se croit pas tout, il s'ucuoutume volontiers i n'être rien... L'opinloD publique est celle qui se tait... Le seul établissement quise retrouve après chaque catastroptio et toujours plus puissant, est la monarcble fiscale... On avait surnommé Robespierre ; Vincorniptible. Il l'était en effet comme ceux qui veulent tout prendre à la fols. Cette probité en détail séduit toujours le peuple... Le meilleur fondement de l'égaillé aujourd'hui, c'est qu'il n'est personne qui ne soit apte & recevoir de l'argent... Les constitutions ne créent pas, mais elles arrangent ce qui est créé... C'est une chose remarquable de noire Révolution qu'elle trouve son point d'unité dans les craintes et ne se divise que par les succès... On se lasse d'avoir raison comme de toute autre cbose... Ut liberté dans une monarcbie est le contraire de l'esprit de révolution... L'esprit de Paris est de sa nature cuntraireii toutes les inslitulions monarchiques; Il est républicain avec des mœurâ qui eilBeraionl les verger^ du despotisme, mélange
350 LES CiCSElIRS
— Le comte de Lille vous a sans doute comblé. — J^^^^^ par ce que Votre Majeslé me donne 1 > Napoléon reuoiiïa à le plaisanter.
Fiévée ne croit pas que le ridicule tue encore eu France^ « Est-ce qu'il y a du ridicule, en eiTel, quaiidii nya plqj de mœurs fixées? Le ridicule serait aujourd'hui uunioja de succès s'il aid;til uu homme â sortir de la foule. •
Plus ou éludieccs hommes qui vécureul dans lasccoa partie du sviii* siècle et dans la première partie du ï plus ou remarque de profonds et continuels changemeiilB' dnns leurs positions et leurs idées, changements qui n^ flétent en général les immenses bouleversements itMchoses. Correspondant de Bonaparte, maître des requél6%i
Aiiarre dont la tUWlullon ni>us a montré tes dangers ot le^ résn|-r lais. — Je ne suis pas de l'aris de Moalosquiou iIoaQaal la ctrtg pour luseaiuc r^'pubUques, et Vhonnsur aux monarcliies; Je crv| iiui^ Vambilion est roodameatale dans les républiqui?s e dimslesmonarcbies. — La force comprime, ta force bit des rtiutl mais les upinloos foBt des r^roluilons. — Od a U'up longlvDl oublié que si l'aotoricA peut quclqucrois tatre la Térllô, elle ni (amals la déguiser. — La politique D'est que la conciliaiioa i fulLTèls; turii|u'i>ile veut concilîi'r àes opinions, elle s'égare. esi plus flicile encore ds gouverner les Franchis que de tes chani — L'ordre, comme la bon sens, esl une qualité gnl a'appliqk tout. — Tlu] mieux que Fiévée n'a dôma5(]u4 l'orgueil, lei prijl des vieux révolutionnaires devenus barons, comtes et dues : ne sont ni corrigés,, ni el^jâs de la Itèvatution; Ils Irouveol I c'est un bon méUerqui rapporte beaucoup; 11 prévoient den vtll<s circonstances et ne s'ua cacbenl pas. Ilss'unissci voir comme tesmnîDMs'unissaientïCbarlejnagne, pour le pous k convenir les Saxons les armes à la main ; cela bisait êrig«r nouveaux évéchés, fonder de nouveaux couvents. Les prêtres ii ont |>a^ moins Oté deux fois la couronne â. son lits. > llus lois; démontre que la Révolution ne a'&il pas tUle uniqucmeni fU 1 itvns, que les idées ne viennent Jamais qu'& ta suite des ci
DE LA RÉVOLDTION. 351
préfet, correspondant du comle deBlacas, constilulioiinel libéral, collaboraleurdu Temps atecti. Cosle, du iVûîi'onal avec Carrel, Fiévée peusail sans doute, avec le cardinal de Retz, qu'il faut souvent changer d'opinion pour restei de son parti. Il avait fini par se détacher eutiibremeiit dea personnes, et affedail de ne se soucier plus que des peuples: « Les peuples vont, non parce qu'on les f;ouverne, mais malgré qu'on les gouverne. » Avait-il CLdicrement tort ponr la France où les vertus privées tiennent lieu de vertus publiaues et remplacent les hommes d'État?
tances politiques et admlnistrativea qui dominent, que c'est lors~ qu'il n'y a plus de llberlA dans les tnsIUnlions quu toutes les libertés se sont réfugiées dans les esprits. Il admire l'Anglolerre, Il a dea poussées de llbiralUmo idéal, qoi retombent bien vite quand il se trouve en présence des faits, a L'Angleterre, dira-l-il, n'a pas de constitution écrite et c'est le seul pays qui soit con.^tltué. i Mais, lorsque le comte Regnault lui demande quel plaisir il épnnive à aller il Hamtmurg : t C'est, répond-Il, que Je n'entendrai plus délibérer. » Après la conspiration Malet, il écrit k l'empereur ; < On peut comparer la Fraocc à un clavier musical; en posant le doigt sur telle touche, on sait d'avance le son qu'elle doit rendre; de même quiconque a vécu au milieu de nos longs troubles civils et a réfléchi, n'a pas besoin d'Interroger les hommes pour savoir lo parU qu'ils prendront dans telle ou telle clrcoostance. Il sufQt d'ameoer la circonstance, les hommes répondront.... Depuis l'Assemblée constituante, la Révolution n'a été qu'une Irensformation continuelle du pouvoir à tout pris, et ï dos conditions si sanglantes que l'Msloire n'oCTre rien qu'on puisse leur comparer... Dana un Ëtat ain^l constitué, parler au peuple d'aiiacliement ft ses lois, à son gouvernement, c'est ressembler ans pères qui interdisent en paroles ji leurs enfanta les actions dont ils leur donnent l'esemplo... o — En 18J3, U écrits l'empereur : « Sire, il u'j a pas do monarchie ■ en France, Il n'y a que le nom de Votre Majesté, s
LES UAIISEURS
Ou a oublié les tragédies d'Arnault, Marins à Mtttturnes,Germanicui, les Vénitiens; on se souyieuleocon
s ^(îmoires, livre agréablement écrit, finement obfervê, plein de curieux {lélnllR sur les liltér;i leurs et 1e pmmes delà Révolution. En le composant, l'auteur a dft tenti'er un pea ses grifles, car ses contemporains et sottaccesseur à l'Académie française, M. Scribe, le dé-' rpeignent comme un homme qui avait au plus haut I poiut la reconnaissauce des mauvais et des bons procé> dés, sensible et irritable, très franc, incapable de retenii un bon mot.
Cette verve caustique se retrouve plulflt dans sm' fables et ses chansons. C'est Juvénal fabuliste, a-l-ondil'.i
I, N6 en 1766, mon en 1834.— Souvenirs d'un texagénairtf
(Ivol. -^ llariui à Mintumes. — La Véaitietu. — Germaniau. ~'
Wie politique et militaire de Napoléon. — lUnn portefeutUe,
Ole. — Sainle-Beuve, Causerie! du Litiidî. l. VII.
!. Aux pramiera jours ie son enil à Braielles, après le retour
is, Aroault écrivit sajotle pièce aliègorique de ta Feuitté, Il seule de ses poésies qui ait voie jusqu'à aous, et dont les d n se citeronl toujours.
De t> %B détochie, Pau^TC [suUIo dHiéclii*.
M. de Thiard reprochait à Florian d avoir mis dans ses bergeries trop de moutons; peut-être dans les fables d'Arnault y a-t-il trop de loups *.
L'agrément de ses Souvenirs ne se dément pas un mstant; il semble s'accroître quand l'écrivain raconte ses
1. On ne s'écrie pas, en lisant ces fables un peu satiriques : « Ah ! le bonhomme ! » mais on dira toujours : « L'iionnète homme ! )» Le Riche et le Pauvre, les Taches et les Paillette s, le Secret de Polichinelle, le Chêne et les Buissons, le Colimaçon, méritent de rester g^ravées dans toutes les mémoires. Il a su non seulement glaner, mais récolter dans un champ déjà moissonné. Forcé de choisir, je donnerai la dernière de ces pièces.
LE COLIMAÇON
Sans omis, comme sans fnmillo.
Ici-bas vivre en étrangler; Se retirer dans sa coquille, Au sig;nal du moindre danger; S'aimer d'une amilié sans bornes; De soi seul emplir In maison; En sortir, suivant la saison, Pour faire à son prochain les cornes; Signaler ses pas destructeurs Par les traces les plus impures ; Outrager les plus tendres fleurs Par SCS baisers ou ses morsures; Enfîn, chez soi, comme en prison.
Vieillir de jour en jour plus triste, C'est l'histoire de l'égoïste Et celle du Colimaçon.
Il excelle à condenser une sentence dans une imagée rapide.
...Au milieu du discoui*s le plus sot.
On peut rencontrer un bon mot Comme une perle dans une huître...
...Si quoique étincelle m'échappe, La faute n'en est pas à moi, Elle est à celui qui me frappe...
Presque toujours, Arnault cherche dans ses apologues Toccasion d'un trait acéré, c'est là la marque distinctive de cet esprit armé jusqu'aux dents, et, dès l'enfance, prompt à la riposte. A bonchat
LES CAUSEURS conversations ramilières avec Bonaparte, les préliminaira du 18 Bnimaire, et nous introduit dans les coulisser ds i" théâtre politique. Le héros l'avait pris en goùl, l'eminfr-
I nail en Égvple, jouait avec Ini au jeu de i'oie : « Faisofflf
I une tragédie ensemble, me dit-il un jour. — VoloiK
I^^^B tiers, général, mais quand notts a Tons Tait ensemble m ^^^^Rplan de campagne. — Il me regarda en rianl, me tàt^ ^^^^B'oreille et parla d'autre chose. > Plus lard il lui conf ^^^^P d'importantes missions, le nomme secrétaire |!énéral t ^^^FrUniversité : au 1S Brumaire, Aniault est confident i ^^^g complice à sa façon ; la rédaction des proclamnlioi P revint à Itegnauld qui l'associa à ce travail en lui coni'
mandant une chanson; car il faut des proclamaliou \ aussi pour tes haltes et c'est sous cette forme surti
qu'on se fait comprendre de la population qui fourmUli là etdans les rues. Le trait n'a pas Tieilli,
C'est à Arnault que nous devons le récit d'une Ifi curieuse conversation entre madame de Staël et le viiii
bon rnl, était sa devise. Un de ses protesseurs de JulUj- !'«;« interpellé au milieu de aes camarades: (Eli bien, tOus ctienbni sujet d'éjiigrammoV — Je rai rencontré, » repari Ârnaull M fliaat. Plus lard, son atnl le généi'al Leclcrc l'aborde riirl utf llèremeul dans un salon : u Te voilà donc, toi i|ut te crois un fiot «près Racine et Corneillol — Te voilà donc, réplique Arnault,! qui le crois un général aprËs Tureune et Condél » Il dll »a cavaliËremcnt de Louis XVIII. son ancien maître, qui le ban en 1815 : «Monsieur, A tout prendre était un (rarçon d'esprit, IW 11 lo prouvait moins par des mois ipil lui ftjsscnt propres qae | l'emploi qu'il (iUsalt des mots d'aulrui. » Peut-être son etil eut pour cause cette éplgramine qui courut sous son nom :
DE LA RÉVOLDTION. 355
queur des Pyramides, chez Tallevi'and": « ... On crojait voir Talestris avec Aloxacidre, ou la reine de Saba avee Salomon.MadamedeSlaËlaccabtad'aborddeconipliiiienls assez emphatiques Bonaparte, qui répoudit par des propos assez froids, mais très polis. Une autre pereoniie n'eût pas été plus avaul. Sans faire attention à la contrariété qui se manifestait dans ses traits et dans son accent, madame de Staël, déterminée à engager une discussion en règle, le poursuit cependant de questions, et tout en lai faisant entendre qu'il est pour elle le premier des hommes : « Général, lui dit-elle, quelle est la femme que vous aimeriez le plus? — La mienne. — C'est tout simple, mais quelle est celle que vous estimeriez le plus? — Celle qui sait le mieux s'occuper de son ménage, — Je le conçois encore. Mais enfin quelle serait pour vous la première des femmes? — Celle qui fait le plus d'enfants, madame. » Et il se retira eu la laissant au milieu d'un cercle plus égayé qu'elle de cette boutade. — Toute déconcertée d'un résultat qui répondaitsi mal h son attenle : « Yotre grand homme, me dit-elle, est un homme bien singulier... La manie de madame de SLiÈl était de gouverner tout le monde et celle de Bonaparte de n'être gouverné par personne. »
Motsincisifs, tirades pleines de ven-e, silhouettes humoristiques abondent dans les Souvenirs. On l'eût pris pour un grenadier déguisé en séminariste, pensait-il de Maury, qui lui aurait tenu ce propos cynique : •t Vous pouvez m'en croire, je ne meus qu'en chaire. » Venant demander au peintre David des dessins pour les décors d'une tragédie, et celui-ci le recevant fort mal parce que son
Ipt et ses gants sont semés de fleurs de lia *. *s. ïl^iîi^
376 ,LtS CAUSEURS
et là, mueU aaxieus, l'œil fixe, el comme enchaiiié ai* lèvres des orateurs, il voyait metlfe les lois hors la loi. Frappées de son attitude, les mégères l'aTaienl surnommé l'Idiot, et, un jour qu'il arrivait un peu en retard, il entendait l'une d'elles dire à sa voisine : « Ne le mets pas là, c'est la place de Vldïotl » Or, cet idiot, à l'âge de quinze ans, étonnait les acteurs de la Comédie française, le public et la cour par sa tragédie de Méléagre, et faisnnt de l'opposition contre lui-même, relirait sa pièce après la première représentation, parce qu'il jugeait ce succès de mauvais aloi ; l'Idiot donnait, pendant la Révolution, Clarisse Harlowe, h Lévite d'Ephra'im, le Tartufe révolutionnaire, Agamemnon; l'Idiot avait la sympathie et l'estime du premier consul, de Talleyrand qui le proclamait le plus brillant causeur de Paris.
C'était un novateur original, dispersant sa Torce dans la variété et le nombre, étudiant avec la même ardeur les lettres, la peinture, l'anatomie, et, selon la délinition de M. Legouvé, un homme du xix' siècle égaré à la tin du iviri' : il a le génie de l'invention, il lui manque le génie de la forme, qui seul achève les grands écrivains et les recommande à la postérité. La sobriété, le j la proportion lui font défaut.
Agamemnon, Pinto, la Pankypocrisiade, Plauteî Frédêgonde abondent en traits inspirés, eji scènes saisissantes, mais aucune de ses tragédies, aucun de sel poèmes ne présente un tout harmonieux, il n'a que deff fragments cl son caractère bien plus que son talent Is sauve de l'oubli.
Un jour, au Théâtre -Français, un officier vient i planter devmt Lemerciet (^uvVe çïV«ft.ftïAïM\'i«î.i;<iÇ
Arnault nous fournit un frappant exemple de la dépréciation des assignats. Après dix on douze représentations d'Oscar, le caissier du théâtre lui remet treize ou (juatorze cent mille francs pour ses droits d'auteur. « La France est plus pauvre que jamais, dis-je à ma inére qui me demandait comment allaient les affaires. — Et pourquoi, mon ami? — C'est que me voilà millionnaire. > En effet, ces assignats lui donnèrent sept cents et quelques francs de produit net.
Pendant le Directoire, certains politiques ne sortaient pas sans avoir la perruque brune dans une poche et la belle à poudre dansTaulre, pour pouvoir se coiffer, avant d'entrer, de l'opinion qui régnait dans la maison. De là, ce quatrain :
Au gi'é de l'InlérSt passant du blaac au noir, • Le matin royalisle el jacobin le soir,
Ce qu'il blâmait bicr, demain pr£t & l'absoudre, Il prit, quitta, reprit la perruque el la poudre.
Gracieuse, abondante et parée d'ironie légère, la verve d* Arnault se joue, à travers les sujets les plus variés : comme le Diable Boiteux, elle promène un peu partout le lecteur, sur mer et sur terre, à Paris el à l'étranger, dans les assemblées, les coulisses des théâtres, les salons el la rue, recueillant avec empressement ces détails intimes qui forment en quelque sorte la menue monnaie de l'histoire. En passant, elle donne un coup de patte à la Société des bétes fondée par Barré, Radet, Despréaux, etc..., afin de parodier l'Inslilul : les adeptes ne devaient rien dire qui eût apparence de sens ou du moins de raison ; cette règle qui avait l'amusement pour but, produisit vn effet tout contraire. Elle saule ie Ta\\e^\'M\i.^
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LES CACSËURS
Bonaparte n'ouliHapoint un homme qui Iraduisaïl si lu pensée, et comment^a par l'envoyer en Angleterre nvee I la mission d'observer ce pays. Dans ses Lettres sur t'Arn gleterre, Fiévée combat l'anglomanie, et ne se gél gnère pour dire leur fait aux philosophes du sviii= sièelfl « Heureux, écrivait-il, heureux ceux qui n'ont pas feri les yeux sur les événements pour ne les ouvrir que sur lû livres! » Frédéric el Catherine n'eussent pas aulromai pai'lé.
Ses notes à Bonaparte témoignent d'une rare pénéln tion et d'une certaine indépendance de caractère. trouve bien des aperçus que l'on pourrait médiler enca^ avec proOt : « On peut dire des peuples qui sont entr dans la carrière des révolutions, qu'après s'être fatigi d'idées et d'espérances, ils retombent lourdemei le joug de leurs besoins... La Révolution ayant exa^ toutes les espérances populaires et n'ayant rien produl qu'un plus grand malaise, le peuple, toujours dupe de ceni qui l'exaltent, attendait tant de ses flatteurs qu'on ne peul rien faire pour lui qui approche de ce qu'on lui avait promis... La liberté n'est véritablement pour les peuples que le droit de vivra selon leurs habitudes.., La grande folie de ceux qui ont conduit la Révolution est d'avoir voulu tout renouveler à la fois, et d'avoir traité comme une résistance calculée des usages qu'eux-mêmes coDger?aient dans leur intimité... »
11 demaude au premier consul d'accomplir toute si linée, afin f que l'homme de nos jours ne ressemble p
ii'il y a pour elles
^Hp DE LA KËVOLIJTION. 34'J
aux hommes laineux de l'anliquité qui n'ont fait que donner au monde une grande secousse dont le monde s'est ensuite tiré comme il a pu », Il lui conseille de rallier les iinciensconveiitionnels, mais en les réduisant à l'inaction: « Qu'on puisse dire du premier consul que, s'il engraisse les vieux philosophes el les vieux révolutionnaires, c'est puur les mettre hors de cause, à peu près comme les athlètes dans la Grèce étaient forcés de renoncer aux combats quand Ils avaient trop d'embunpoiut'. »
Il est né mentor, peu admirateur, fort dirficile à déconcerter. L'empereur, qui s'amusait à le railler sur son ancien dévouement aux Bourbons, lui dit un jour: «Fiévée, vous devez être riche, vous ! — Moi, Sire, et pourquoi ?
1. A propos du scandale de Saint-Kocti : t Les hoaneurs aiccordés au\ morts sont une lei^oa pour les vivanl-s... Pline assure qu'après une réputilique, rien n'est plus difikile à gouverner qu'une ironpe de comédiens., , 11 avait appris dans son métier d'histrion, comment on devient un faclieui... > Ailleurs des Irails de moraliste dignes d«s plus grands penseurs : t L'envie et l'opinion publique sonl [ou- Jours du câté des faibles contre les forts... Quand le peuple ne se croit pas tout, il s'accoutume volontiers k s'être rien... L'opinion publique es! celle qui se tail... Le seul établissement qui se reti'OUTe après chaque catastrophe et toujours plus puissant, est la monarchie liscale... On avait surnommé Robespierre : VincorrHptible. 11 l'était en effet comme ccuï qui veulent tout prendre i, la fois. Cette probité en détail séduit toujours le peuple... Le mEllieur rondement de l'égalité aujourd'hui, c'est qu'il n'est personne qui ne soit apte & recevoir de l'argent... Les constitutions ne créent pas, mais elles arrangent ce qui est créé... C'est une chose remarquable de notre Révolution qu'elle trouve son point d'unité dans tes crainles el ne se divise que par les succès... On se lasse d'avoir raison comme de toute autre chose... La liberté dans une monarchie est le contraire de l'cgprit de révolution... L'esprit de Paris est de sa nature cootraireà toutes les Institutions monarchiques; Il est répuhlicala avec des mtEurs qui exigeraient les verges du despoUsme, mélange
c Es»«e^llya^ridiealc!,eaefl«l,qiiaiidaii'yapla
^ ■«■■s filées? Le ridicale serait aajonrd'hui uomoja
deswnssllMlakubMuneà^octirdeUfoule. •'
lartic^BxmrsâèclBCt Ans la première partie du six*»
|fa««a lOHVfK de profands et continuels changemeat»
éMs kvs iiiMiM H kws idées, chaageuieiils qui r«»
na^ — Je BB Mis fat de Fa* de Hooles^uu ilonaanl la rerlâ
|nt hoean KfriA|KS rà Ifcawwn- aui moaarchles i Je en
m^ te i«liia« IM« *s révolutions. — Od a Irop longlcm|
wMi» !•• ^ rautedM paol quelquefois lairo la vérilé, ella db dàl
■MMtts: l#r>4(i'rUc t«M coorilier 4çs opinions, elle â'égare. — :
Kt ptB^beOe notre de «uuFenier les Francusque de les cbaogt
- L-«rdN. MMOM Ift bon sois, csl une qualité qui sappliqw
ImL — !til Mkmt qoo HcT^e na domiisqué VorgueU, les prqjtl
c>^ <w boa Mttierqui rapporte beaucoup; U prévoient deiMU
wUri cirtMbUkMS et ae s'ua carbcnt pas. Ih suai^sEnl au pw
»OHwau «t'iebès, Itmderde nouveaux convenls. Les prêtres o*i
*ni i*-4 moias Mé deui fois la couronne a son OU. > l-lus loin
1 Unt^ «(H tM M«es ue vi«ttncu. ^amaU qu'l ■« ^ulte ties clrcon
préfet, coirespoiirlaiit du comte de Blacas, coiistilulionnel libéral, collaborateur du reiîi/jsavecM.Coste, i\\\ National avec Carre l.Fiévée peusailsaiis doute, avec le cardinal de Relz, qu'il faut souvent changer d'opinion pour restot de son parti. Il avait fiai par se détacher enlièremeiit des persouiies, et affeclail de ne se soucier plus que des peuples ; « Les peuples vont, non parce qu'on les gouverne, mais malgré qu'on les gouverne, s Avait-il eiiliéremenl lorl pour la Frauce où les vertus privées tiennent lieu de vertus publiiues et remplacent les hommes d'État?
lancss politiques et administratives qui dominent, que c'csi toraqu'il n'ï a plus de liberlc dans les lostitutloDS que toutes tes libevliis se sont réfugiées dans les esprits. 11 adioire l'ingleterre, il a des pouEsâBs de libéralisme idéal, qbi retoin1>eDt bien file quïnd il sa trouve en présence des fkits. o L'ingleterre, dira-l-it, n'a pas de consliluUon écrite el c'est ieseul pays qui sait constitué, g Mats, lorsqae te comte Hegnautt lui demande qae\ plaisir 11 éprouve à aller à Hambourg : c C'est, lépond-il, que js n'entendrai pins dËlibérer. a Après la conspiration Malet, il écrit à l'empereur : s On peut comparer la France à un clavier musical; en posant le doigt sur telle toucbe, on sali d'avance le son qu'elle doit rendre; de même quiconque a vécu au milieu de nos longs troubles cifiis et a rénëchi, n'a pas besoin d'Interroger les bommes pour savoir le parti qu'ils prendront dans lelle ou toile circonstance. Il suDlld'amener la circonstance, les hommes répondront.... Depuiii l'assemblée cod- Elituante, la Itévolullan n'a été qu'une transAirmatlon continuelle du pouvoir à tout prli, et à des conditions si sanglantes que riiis~ loire n'offre rien qu'on puisse leur comparer... tiens un Ëtal ainsi constitué, parler an peuple d'attachement k ses lois, isongonvernemenl, c'e^t ressembler aux pères qui Interdisent en paroles & leurs enrants les actions dont ils leur donnent l'exemple... » — En ISIS, 11 écrit à l'empereur ; * Sire, il n'y a pas de monarchie en France, Il n'y a que le nom de Votre Majesté, o
3KS LES CAUSKunS
portes. La science du monde, une bienveillance et u lacl parfaits, des connaissances très variées en littérature cl en art, !'aj,'i-éiiieut de son salon, ses jonrnaux, iio lan-^^ gage dont l'élégance se faisait Eonjnurs sentir saus "Se montrer jamais, qui laissait plus remarquer les choseï que la manière de les dire, voilà le secret de ses succès ^ prompts ot ai prolongés : ajoutez-y le culte de l'amitié (oà inspire toujours les sentiments qu'on ressent), la fermetv des convictions, et ces moeurs clievalercsqucs qui lui faisaient refuser des places pour qu'on les donnât à d'autres: qu'il croyait plus di^'cies. Madame Geoffrin le grondait parce qu'il ne voulait plus retourner chez un personnage qui l'avait repu un peu cavalièrement : t Quand t pas de ctiemises, il ne faut pas avoir de fierté. — Au con-t traire, répliquait-il, c'est alors qu'il faut en avoir, afin d'avoir quelque chose. s^Marmonlel, ayant été enferml k la Bastille pendant quelques jours, lui contait cetti aventure avec force détails, et comme Suard semblai peu ému, il ajouta : n Mais c'est que vous ne pouvez pa vous faire une idée de l'horreur dojit on est saisi lorfl qu'on enlenil de gros verrous fermant sur vous des porLel de fer. — Mais, si fait, je puis m'en faire une idée, J'i passé treize mois sous les gros verrous du fort Sainte Marguerite (à propos d'un duel à Besançon). — Commeal s'écria Marmonlel houleux, vous avez été en prison treia mois et vous me laissez parler de maprison de laBastill&L' Suard n'avait jamais raconté à ses amis cet épisode 4 sa jeuiiesse.
11 était royaliste de sentiment par son éducation, roy« liste de principe par sa raison ; comme tel il fut p. pendaatln Révolution el4\Bç;ticvfeyixiaVï.mçttfc.^w
M. de Thiard reprochait à Florian d'avoir rais dans ses bergeries trop de moutons; peut-être dans les fables d'Arnault y a-t-il trop de loups *.
L'agrément de ses Souvenirs ne se dément pas un instant ; il semble s'accroître quand l'écrivain raconte ses
1. On ne s'écrie pas, en lisant ces fables un peu satiriques : < Ah ! le bonliomme ! j> mais on dira toujours : a L'honnôte homme ! » Le Riche et le Pauvre, les Taches et les Paillette s fie Secret de Polichinelle, le Chêne et les Buissons, le Colimaçon, méritent de rester gravées dans toutes les mémoires. Il a su non seulement glaner, mais récolter dans un champ déjà moissonné. Forcé de choisir Je donnerai la dernière de ces pièces.
LE COLIMAÇON
Suns smls, comiuo sans famillo, Ici-bas vivre en étranger; Se retirer dans sa coquille, Au signal du moindre danger; S'aimer d'une amitié sans bornes; De soi seul emplir In maison; En sortir, suivant la saison, Pour faire à son prochain les cornes ; Signaler ses pas destructeurs Par les traces les plus impures; Outrager les plus tendres fleurs Par SCS baisers ou ses morsures; Enfîn, chez soi, comme en prison, Vieillir de jour en jour plus triste, C'est l'histoire de l'égoïste Et celle du Colimaçon.
Il excelle à condenser une sentence dans une image rapide.
...Au milieu du discours le plus sot.
On peut rencontrer un bon mot Comme une perle dans une huître...
...Si quelque étincelle m'échappe, La faute n'en est pas à moi.
Elle est à celui qui me frappe...
Presque toujours, Arnault cherche dans ses apologues l'occasion d*un trait acéré, c'est là la marque distinctive de cet es^ût. ^t\Si^ jusqu'aux dents, et, dès J 'enfance, prompt èi\aT\i^o?X^. k\)0'a0^a\
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IwnversationsfamiliÈres avec Bonaparte, lesprélimitinîm %éa 18 Drumaire, et nous introduit dans les coulisses du théâtre politique. Le hi5ros l'avait pris en goùl, l'emmenait en Egypte, jouait avec lui au jeu de l'oie : « Faisors ■ une tragédie ensemble, me dit-il un jour. — Volon-
l^^^fttiers, général, mais quand non? a 'rons Tait ensemble ^^^^nlan de campagne. — Il me regarda en riant, ^^^^B'oreitle et parla d'autre chose. » Plus tard il )ui coi ^^^^Vâ'i m porta nies missions, le nomme secrétaire général de ^^^^B l'Université : au 18 Brumaire, Aniault est co ifide tel ^^^r comptine à sa fairon; la rédaction des prochmatan P revint ii Regnauld qui l'associa à ce travail e 1 1 com
I mandant une chanson; car il faut des pi-oclan at otis
^^^ flMsst pour les halles et c'est sous cette fouie si Hout ^^^L qa'on se fait comprendre de la population qui fourmitlt ^^^H là etdans les rues. Le trait n'a pas vieilli. ^^^H^ C'est à Arnault que nous devons le récit d'une tr^ ^^^^^leurîeuse conversation entre madame de Sta^l et le vain-
^^^^ bon ril, ét^t sa ilevlse. Un de ses prolËsseurs de JuUIf l'ajaDlK ' Interpelle au milieu de ses camarade : t Eh bien, vous dierebu U
sujet d'Èpigramme? — Je Tai rencoolré, » repari Arnauil «oÉ Biant. Plus lard, son ami le général Leclerc l'aborde fort a lîèremenldSDS an salon : <• Tevoilï donc, toi après Hacine et Cornelllo ! — Te voilii donc, réplique âroault, ^ qui te crois ua général après Turenne et Condâl s II dit i. cavalièrement de louis XVIIt. son ancien mdire, (|iU le banj
Monsieur, A tout prendre était un garçon d'esprit, ta
n le prouvait moins par des mots qui lui rusaeat propres que f
'empld qu'il blsalt des mots d'autml. i Peut-Ëlre s
âpigramme qui c
queurdes Pyramides, chez Tallejrand': * ... On croyait voir Talestris avec Alexandre, ou la reine de Saba aveu Salomoti.MadamedeSlaël accabla d' abord dccomplimenls assez emphatiques Bonaparte, qui répondit par des propos assez froids, mais très polis. Une autre personne n'eût pas été plus avant. Sans faire attention à la contrariété qui se manifestait dans ses traits et dans son accent, madame de Statd, déterminée à engager une discussion en règle, le poursuit cependant de questions, et tout en lui faisant entendre qu'il est pour elle le premier des hommes: « Général, lui dit-elle, quelle est la femme que vousaimeriezleplus? — La mienne. — C'est tout simple, mais quelle est celle que vous estimeriez le plus? — Celte qui sait le mieux s'occuper de son ména{,'e. — Je le conçois encore. Mais enfin quelle serait pour vous la première des femmes? — Celle qui fait leplus d'enfants, madame, n Et il se retira en la laissant au milieu d'un cercle plus égayé qu'elle de celte boutade. — Toute déconcertée d'un résultat qui répondaitsi mal ^ son attente ; < Votre grand liomme, me dit-elle, est un homme bien singulier... La manie de madame de StaEl était de gou- Tenier tout le monde et celle de Bonaparte de n'être gouverné par personne. »
MotsiucisifSjtîrades pleines de verve, silhouettes humoristiques abondent dans les Souvenirs. On l'edt pris pour nn gi'onadier déguisé en séminariste, pensait-il de Maury, qni.Iui aurait tenu ce propos cynique : « Vous pouvez m'en croire, je ne mens qu'en chaire, s Venant demander au peintre David des dessins pour les décors d'une tragédie, et celui-ci le recevant fort mal parce que son l^aUgt el ses gants sont semés de fleavs 4«. V\s, -, «. ^'a'x-
[ dési
1 par.
LES GÂUSEUltS
désinléressé, indépeadant, père de famille el ami înronl' parable, saDS aucune défaillance dans les mcpurs, ayaot
I dés saJËUuesse un registre secret où il écrivait tout S'
examen de conscience, avec ce titre : Ma grande affaù c'est-à-dire, l'affaire du salut. Dans sa corres|)ondanoe;
I avec Sedaine, Deleyrc, Thomas, Lemercier, Floriaa, Bi-
! taubé, Beruardin de Saint Pierre, Talma, Garrick, d<
Rochefort, etc., il se montre spirituel avec grâce, origt nal sanR prétention, éloquent avec simplicité; on dirait parfois d'un Montaigne chrétien; « pour certains accent^ religieux, grandioses el douï, il est un parent de Cb%
' teaubriand, de même qu'il fut nn de nos pères et de noii
aïeuii en rêverie. » On sait l'histoire de son petit lo{ ment de Versailles, véritable galetas, d'où il (royail vi le parc, dont il vantait l'agrément et le confortable :
' en effet il voyait tout au travers de son àme, car
] portait le bonheur avec lui.
Il pense continuellement à son ami Thomas dont l'àme' délicate, jumelle de la sienne, le captivait, et remarque) tristement que les ilmus douces habitent dans des corpK douloureux où elles supportent leur détention sauf murmure el sans emportement : n Notre bonheur, ajoutéi t-il ailleurs, n'est qu'un malheur plus ou moins consolé.» Thomas, voulant exprimer ce que le talent da Ducis avait d'inculte, d'àpre, de populaire, le comparait au père Bridaine : « Vous êtes le missionnaire du thé&tr^ vous faites la tragédie comme le père Bridaine faisait
, ses sermons, criant, pleurant, effrayant l'auditoire comme
on effraye des enfants par des contes terribles. » Thomas appelait sa tragédie de Macbeth : un traité de remords;'
broge; mais, reprend-il, laissons lui son vêtement des montagnes*.
Lorsque la vieillesse commence, il se prend d'un grand amour pour la solitude et ne songe qu'à cacher sa vie : € La solitude est plus que jamais pour mon âme ce que les cheveux de Samson étaient pour sa force corporelle... Je ne vis plus, j'assiste à la vie... Oui, mon ami, j'ai épousé le désert comme le doge de Venise épousait la mer Adriatique; j'ai jeté mon anneau dans les forêts.... Je travaille innocemment et avec plaisir comme un bûcheron qui chante dans ses bois en faisant ses fagots...» Après une promenade en Sologne : « J'ai fait une lieue ce matin dans des plaines de bruyères et quelquefois entre des buissons qui sont couverts de fleurs et qui chantent. »
Quels sentiments délicats, quelle saveur parfumée dans les lettres à Bernardin de Saint-Pierre : « Je ne suis plus qu'une ruine couverte d'un peu de mousse et de quelques petites fleurs qui me consolent et me déguisent les outrages du temps. Je vous assure que mon âme, aulréfois si avide d'impressions, actuellement s'y dérobe par faiblesse, et ne peut supporter ce qui l'émeut trop et ce qui l'agite. Je songe douloureusement au passé, au présent, et doucement à l'avenir Et vous, mon ami, vous
regardez le berceau de votre petit enfant, et sa mère, et
1. Après la première représentation d'Abufar, qui n'avait pas eu de succès, son neveu le ramenait en silence : « Ne te chagrine pas autant pour moi, fit Ducis, j'aime mieux avoir fait une mauvaise tragédie qu'une mauvaise action. » Gomme il le disait à son évoque, il croyait fermement que ses pièces étaient des sermons en cinq points. « Je n'ai jamais reçu qu'une faveur de la destinée, obscrvait-il modestement, celle d'avoir été le contemporain de Talma. »
lai prend le bras et l'hilerrogeant : « Gônèra!, aimcz- Tons lii chasse?» Étonnement, embarras du héros qui n'était accoutumé ni aux ijucslions, ni aux rÉsistaiicest Eh bien, si tous aimez la chasse, avez-vous quelquefois chassé aux cananis sauvages? C'est une chasse difficile, une proie qu'on n'attrape guèce et qui flaire de loin le fusil du chasseur. Moi je suis un de ces oiseaux, je me sais fail canard sauvage ! t
Peu après il écrivait à Bernardin de Sainl-Pierre : c Je suis catholique, poêle, républicain et solitaire, voilât les éléments qui me composent et qui ne peuvent s'arranger avec les hommes en société et avec les places... Il y a dans mon âme naturellement douce quelque chose d'indompté qui brise avec fureur, et à leur seule idée, les chaînes misérables de nos institutions humaines...
qu'on venait de lui apporter : • Je suis à vous tout ï l'heuro, s me dlt-ii ïommB J'entrais, et sans se déranger; et, remarquaDt que J'ëlaisun peu surpris : i Vousnevojez donc pas que c'est demain la Sainl-Guillaume, tite palrnnale de mou Shakespeare? t Pui.s. s'np- IHiiant sur mon épaule pour descendre et m'ajanl coasulté sur l'elTel de son bouquet, le seul sans doute que la saison eût pu lui oUtir. I Mon ami, ajouia-i-il avec une (Igure dont l'eïpression m'est encore présente, les anciens couronnaient de (leurs les souries Où lis avaient puisé. « Un jour un bnmme qui passait pour irréligieux va le voir de grand matin et insisle pourélre reçu : oSiteshii, répond Duels, qu'il atlciule que J'aie Uni ma prière, i
Duels, quelque temps auparavant, avait dtné à la Malmaison avec Bonaparte qui lui lit paiie de velours, tout en pariant de ses projeta : a Je ferai loutes les guerres nécessaires, dans l'unique but de la paix; Je vous donnerai des institutions fortes; Je tes mettrai en bannoole avec vos besoins et vos habitudes; je protégerai la religion; je veux que SCS ministres soient à l'abri du besoin. ~i;i après cela, général? interrompit doucement Duels. — Aprts cela! reprit Bonapario un peu élonné! — après cela, bonbomme Duels, si TOUS êtes content, vous me nommerez Juge de paix dans quelque village 1 >
Mai» j'entends qu'on se plainl, qu'on gémit, qa'oii in'80« cuse, Qn'on s'ca prenne au potier tjui a ainsi façonné mon argile. »
( Il vaut mieux porter des haillons que des cliainc' disait-il à Campenon'.
Les politiques de profession n auront sans doute que dédain pour une telle conduite, mais ils savent qu'ils n'ont pas à craindre la conla{;ion de l'exemple.
Aussi bien, il est beau, il est utile pour la société de conserver toujours au milieu d'elle quelijues représenlanls de ces vertus intraitables : ils joue il le rôle des stoïciens dans le tableau des Romains de la décadence,
1. > C'est un vrai Rumaio, s'écria madame de Boufllers. du temps des eniperaurs, » reprit Ilouniers. — Lo bonbomme B parfois de lirutales apostrophes, des mots (|ul emportent la d'ofllclcux maladroits le pressent-ils d'accepter la dignité de s6naitour, pro'.uugeaDl outre mesure leur visite : g Léonard, s'ècric-!-:!, qu'on mette mon lit dans larue! « — 11 accuelllepar cette bouiad» nn ancien ami devenu comte de l'Empire et sËnalcur : a Quand J^l songe à la. bassesse des bommes,... il me pronil de.; envies de n; sauver dans la luno, d'en ouvrir la fenêlra et de craclier sur genre humain. « — t Que vouleï-vous, ol)servail-il, ces gens-là u. peuvent taire i|ue la polillquo d'en bas; Ils no se doutent pu Eeal».r ment qu'il y ait une politique d'eu haut qui peut, d'un jour j; l'antre, souffler sur leurs chSteaui de cartes, s Haiheureusament,, sous couleur de pnlitiquo d'en haul, les poêles, les rêveur servent trop ^ouveni ua plal de clilmèrcs, ciimme. sous prËiexta; de poliilque ptisiiive, leurs adversaires écarieni le seniimi générfisilé, lagmndour, et réduisent lasdance du gouvemomeat, an liMc diui vulgaire mdller. Quelquefois en politique la variât n'eit pQH dans la raison, mais dans l'Imagination, queiquerots Ù: but savoir conci^dcr aux pcupi s que deux et deux Font dnq, #f' paralU'c alianilonner les lois du bon sens pour marcher vers le» rtglc's de l'éternelle justice. Les pouvoirs se diminuent, lombeat par excès de sagesse aussi bien que pat ettts de (aDialste.
OU plutôt ils sont comme ces soldats qui. placés derrière le char du vainqueur, raillaient tout haut ses défauts et tempéraient l'orgueil du triomphe.
El n'étes-vous pas charmés aussi de découvrir, que ce xviii* siècle, tant méconnu, n'appartient pas seulement à la grâce, à J'esprit, mais donne, lui aussi, sa moisson de fortes âmes, de nobles caractères ?