‹ Les causeurs de la RévolutionChapitre 30 sur 42 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

RIYAROL

Je n'en finirais pas de rapporter les mots, les maximes de Rivarol; il est inépuisable.

Dans un cercle, une femme qui avait de la barbe, ne. déparlait pas : « Cette femme, observe Rivarol, est homme h parler jusqu'à demain matin. » — Il disait du maréchal de Ségur qu'il allait toujours demandant l'aumône du bras qui lui manquait. — « La dévote croit aux dévots, l'indévote aux philosophes, mais toutes deux sont également crédules. « — « Les poètes nous ont plus intéressés en donnant aux dieux les faiblesses humaines que s'ils avaient donné aux hommes les perfections des dieux. » — <c On peut diviser les animaux en personnes d'esprit et en personnes à talent : le chien, l'éléphant, par exemple, sont des gens d'esprit; le rossignol et le ver à soie sont des gens à talent. » — v L'homme est le seul animal qui fasse du feu, ce qui lui a donné l'empire du monde. » ^— « Rien n'étonne quand tout étonne : c'est l'état des enfants. » — « Les philosophes se sont trompés sur le peuple et sur les grands : Ils ont pensé que les petits s'éclaireraient et que les grands ne s'éclaireraient pas. » — « Quand on a raison vingt-quatre heures avant le commun des hommes, on passe pour n'avoir pas le sens commun pendant vingt quatre heures. » — « La grandeur d'un homme est

3Bi APPENDICE.

comme sa rèpulalion; elle vit et respire i d'aulrui. » — >• Ce qui fait que les gens du monde sont, i la fois, médiocres et fias, c'est qu''ils s'occupeut beaucoti des persoanes et fort peu des choses. i> — n 11 y a gens qui n'ont de leur fortune que la crainte f.

rdre. » — " Les jeuoes gens auprès des femmes soitt des riches honteux et les vieillards des pauvres elTrontés. * Hevenez, Écrivait une femme peu chrétienne h soA t; si j'avais pu aimer un absent, j'aurais atmfi » — » Pourquoi prëfëre-t-on pour sa fille un sot qav nom et un état à un homme d'esprit? C'est que le» avantages du sc)t se pHitngent, et que ceux de l'esprit sont incomtnuniuables : un duc fait use duchesse; un homnw d'esprit ne fait pas une femme d'esprit. » — « Sur dî personnes qui parlent de nous, neuf en disent du mal, e souvent la seule personne qui en dît du bien le dit mal. i

— Il Le mépris doit être le plus mystérieux de nos sea timents. n — « L'homme ne jouit jamais d'une libertA. plinière, mais seulement d'une liberté de second ordre}; par exemple, il est bien libre de man^^er telle ou telle chose, mais il n'est pas libre de ne pas manger du tout, t " Un youvernenient serait parfait s'il pouvait mettre autant de raison dans la force que de force dans la i

— " Il n'y a de leçons ui pour les peuples ni pour 1« rois. ■" — « Les passions sont les orateors des grande) assemblées. " — " Un homme habitué à beaucoup écrin écrit souvent sans idées, comme le vieux médecin qu t&tait le pouls à son fauteuil en mourant. i> — v On df '

lie toujours si les rois sont faits pour les peuples o tes peuples pour les rois : c'est comme si on demandai 8J les poulets sont faits pour les hommes ou ceux?!! pour les poulets. La réponse est toute simple : peuples sont faits pour le corps politique; car, iau l'État, si le peuple est la portion la plus considérable. I est la pièce principale; l'uu et l'autre sont fuJta p^tt tout. L'aiguille dans une pendule n'est pas faite [ roues, ni les roues pour l'aiguille; le tout est fait p

I laïai, SI

^^K^TOi est In ^^^ge tout.

^^^^Hts roues

la pendule. » — « Les passions ont une raison et rintérêt>une logique dont la philosophie ne se défie pas assez. » — « lyes hommes en se réunissant, ne gagnent pas des idées, mais (le la résolution et du courage, ce qui est d'une tout autre importance. » — « La raison du tiers état ne détruira pas plus le préjugé de la noblesse que l'histoire ne fera oublier la fable. » — « Si les rois se perdent pour vouloir trop régner, les assemblées ne se perdent pas moins pour vouloir trop innover. " — « Quand on ne peut faire peur aux hommes, il faut leur faire honte. » — « L'homme passe sa vie à raisonner sur le passé, à se plaindra du présent, et à trembler pour l'avenir. » — « La souveraineté est dans le peuple, comme un fruit est dans nos champs, d'une manière abstraite. » — « Le peuple, dans les services qu'on lui rend, ne souffre pas la pi udence et ne pardonne pas le repentir. » — « Il y a peu de gens qui sacrifient leur rhétorique à la patrie, et qui, ayant le talent de parler, aient l'humanité de se taire. »

l'abbé maury

Le lendemain du départ du roi, les passions populaires firent rage au point qu'on effaça de tous côtés, sur les monuments, sur les enseignes, le mot royal pour y substituer celui de national. L'abbé Maury connaissait un marchand de fourrures qui avait fait peindre un beau tigre sur sa devanture avec cette légende : Au Tigre royal. « Malheureux, lui dit- il, vous voulez donc vous faire lapider? Vous ne savez donc pas que partout on efface le mot royal pour mettre à la place national. » Le pauvre marchand suit cet avis ; bientôt, voilà tout le quartier en rumeur, et l'abbé Maury obligé de quitter sa maison pendant quelques jours.

En 1812, Maury lançait ce brûlot à Fouché, ancien con-

APPENDKE.

mtionn^ et régicide : " Les LOlaMes étaient des

bigants; à rAssemblèe nafoual^ nous étions des écerve-

; les membres de la CaustiluaDte étaient des coquini

IX de la Convenlion nationale étaient des gredini

n discon Tiendrez pas,

MOHTLOSIEB

D'après Montlosier, il existait autrefois en Auvergne UQ usage en vertu duquel le Tiancé enlevait on faisait niins d'enlever sa lianoée. Les parents et les amonts avaiei beau être d'accord, une dumoiselle un peu Qére ne s croyait pas assez estimée si l'amant négligeait cett« marque d'aflectîon. A son insu, on convenait avec les parents d'un voyage, et, dans ce voyage, d'nn lieu particulier où le futur et ses afiidés se trouvaient apostés. L malgré sa résistance vraie ou feinte, la demoiselle étaïfc placée sur un cheval et amenée à la demeure de son mail au milieu des chants et des fanfares. Conclusion matin, un juge, selon l'ordonnance, condamnait le geatilhomme ravisseur à être pendu, ce qui s'exécutait ea effigie; le soir jnge et condamné soupaient ensemble^ riant l'un et l'autre du délit et de la sentence.

Voici encore quelques anecdotes que je glane dans U Mémoires de Montlosier :

Passant auprès d'une maison de mon village, j'eniea' dis une jeune femme qui pleurait & !a suite d'une relie qu'elle avait eue avec son mari. Je crus que cului-o l'avait battue, c Oh! non, me dit-elle eu conlinuant ( pleurer, il ne m'a pas battue, mais il me dil dBs paroltl yui me battent. •>

.APPE?(DICE. 397

c Un de nos bons paysans était à Clermont nn beaa jour d'hiTcr; il se démenait de son mieux sur le pavé couvert de glace, à la fin il tomba. Un marchand, qui était devant sa boutique, lui dit en raillant : c Eh bien! l'ami, le pavé de Clermont est fier. — C'est vrai, monsieur, lui dit le paysan en se relevant; mais, tout fier qu'il est, je lui al pourtant fait baiser mon derrière. »

Dans les premiers jours de 1789, lorsque toutes les têtes étaient déjà échauffées de révolution, quelque affaire ayant amené Montlosier à la ville un jour de marché, la mai tresse' de Fauberge qui le connaissait, s'empressait de le ser\ir et lui montrait des égards : elle est aussitôt interpellée par un groupe de paysans qui réclament la préférence : « Après tout, disaient-ils rudement, ce n'est qu^tn monsieur. — C'est vrai, répondit-elle, mais, tout monsieur qu'il est, sachez qu*i/ y a tel monsieur qui peut valoir encore un faysan, »

Des belles dames de Paris étant venues offrir leurs bijoux à la patrie, l'Assemblée ne voulut pas demeurer en arrière d*un tel exemple, et voilà de tous côtés les boites d'or, la vaisselle, les montres, même les boucles apportées en offrande. Montlosier ayant demandé au chevalifer de Boufflers ce qu'il avait fait de ses boucles : «f Je les ai mises aux pieds de la patrie », répondit-il avec sa grâce ordinaire.

Montlosier donne un singulier exemple de la crédulité populaire : le bruit s'était répandu dans son quartier que les membres de la droite, notamment Mirabeau-Tonneau et lui, faisaient ensemble des orgies où ils mangeaient des petits enfants. Ce qui accréditait ce bruit, c'est que deux enfants avaient subitement disparu : on découvrit plus tard que des bohémiens les avaient enlevîs, mais, en attendant, on trouvait plus simple d'accuser les aristocrates.

■AULBT ■> P&B

imaf^'A parie dr

MT de Ifakt ém Pïa lon^e en déraal.

haspute; îd h bame remporte, Im I fci jiBi. tileleHpHBe rectîGe gntre ! i la lêle sal/ttreue, OB , oe UUrd de Xant jevae^ ■t sa gloire de lades, ses inso- 1 k t^énl jacobiD. Hallet r oa >s éeins point le reconstrao-

■iiabkaO

L Buis n brillante ÉUde

les Mirabeaa Berue ' liei

Dnu J awdw , l" jniii 1S79), M. Alfred Uéiière^ rapport* de Domhreax traits de cette race lempe$tive, remarqu par tant de signes distioetifs : la ton», la dureté, rîDqniii! tnde, an air de siogalarit^ tianchante. Ainsi, le grandonde da marquis de Htrabeaa, capitaine aux gardes françûses, rerenant de U cérémonie organisée par le dod de La Feuillade autour de la slatae de Louis XIV, s'aiiset-il pas de dire à ses soldats, en passant devant la stalae de Beori tV? « Mes amis, saluons celui-là, il en nat bien un antre. »

Héme incontinence de longue cbei le père de 1' «

Un commissaire iospecleur, euTojé par

LouTois, ne le trouvant pas à la têle de sa compagQÎe, veut le porter absent; il revient sur ces entreTaites, et, De pouvant obtenir d'être considéré comme présent, cravache le commissaire, puis lui dit d'un ton dégagé : n Puisqae je suis alisent, mettez que ceci se passe en mon absence. » Devenu colonel, il rencontre, à la suite d'un combat où son régiment a ctt: décimé et lui-même blessé, le frère' de Charaiilard, qui lui promet de rendre compte de sa belle conduite. « Monsieur, remercie notre bourru, votre frère est bien heureux de vous avoir, car saus vous, il serait l'homme le plus sot du royaume. » Présenté à Louis XIV par le duc de Vendôme, il lance celte boutade : « Sire, si, quittant les drapeaux, J'étais venu à la cour payer quelque coquine, j'aurais mon avancement et moins de blessures, h Au sortir de l'audience, Vendârae, fln courtisan, ne put s'empêcber de remarquer ù son protégé'' : « Désormais je te présenterai à l'ennemi, mais jamais au roi. .■

Un homme fort attaché à la cour, mais ami de Mirabeau, le comte de R*", ayant remarqué le regard hautain qu'il lança du côté de la noblesse en entrant dans la salle des étatj généraux, lui dit : » Songe que la société veut qu'on fasse pour elle ce qu'elle ne fait jamais; elle e.st dirHcilement ramenée, une fois blessée. Tu as des torts envers elle, et, si tu veux qu'on te pardonne, tu dois ne rien braver et plutât demander grâce. » A ce mot, Mirabeau s'emporte et s'écrie d'une voix tonnante : « Je suis venu ici pour faire demander grâce et non pour la demander moi-

Dans une conférence que Mirabeau et La Fayette eurent ensemble, Mirabeau lui ayant développé pour l'exécutioD de ses plans des moyens violents, La Fayette se récria : " 11 est impossible qu'uu tionnéle homme emploie de pareils moyens. — Un honnête homme? répliqua Mirabeau, ah! monsieur de La Fayette, je vois bien que vous voulez être un CroxnwcU-Grandisson. Vous verrez où vous mènera

ce mélange-là. « Une aatre fois, La Fajette ne craignit pas dv lui avùuer. comme une chose étant à sa conaaissancc. que tui, Mirabeau, avait voulu le faire assassiner. « Comment ! s'écria celuîxi, vous croyez ces choses-là, et j'existe eococe!... Bonhomme ! Vous voulez jouer uq rôle dans u rëvolulionl » Alexandre de Lamelh rapporte aussi q Mirabeau, pour mieux assurer le succès de son élection, avait un orateur populaire, auprès duquel il plaçait a homme qui ne devait pas le quitter, et qui l'eût poignardé, s'il n'eût pas rempli ses engagements. Il fut ëlonué de l'elTioi qu'excita en nous un pareil récit, et sur celte question : ■• Comment! votre homme l'aurait tué? — Oui, " tué! Comme on lue. — Mais, c'eût été un horrible assasi> sinat ! — Oh ! dans les révolutions, la petite morale tue » la grande. »

Rivarol disait de Mirabeau : u C'est un crapaud à qui Dieu donne quelquefois un beau chaut. «

l.u reiac Harie-Auloinetle eut ave ' Mirabeau uoe entrevue

sccri'te dans ses jardins particuliers de Saint-Cloud. < me raconta qu'elle l'avait abordé en lui disant : « Auprès d'un ennemi ordinaire, d'un homme qui aurait juré la perte de la monarchie, sans apprécier l'utilité dont ell« est pour un grand peuple, je ferais en ce moment la démarche la plus déplacée, mais quand on parle à un Mirabeau, etc... » Celte pauvre reine était charmée d'avoir trouvé cette manière de le plac?r au-deaîus de tout, et, eu me confiant les détaib de cette cnlievue, elle me disait : Il Savez-vous que ces mots, un Mirabeau, ont paru le flatter iurinimeol? >• Il avait quitté la reine en lui disant avec enthousiasme : » Madame, la monarchie est sauvée... se croyait en politique l'Atlas du monde entier, (Mémoiret de madame Cttwpun, t. Il, p, 126, — Mt.'moires de Wéber, ■ Le dernier amour de Mirabeau, par Maiy

I Summe L A. son

A. son retour d'Angleterre, Uumont remarqua avec sur-

prise le luxe dont s'entourait Mirabeau; précieux écrins, achat de la bibliothèque de BulTon, table splendide et compagnie nombreuse, tout proclamait la liste civile. Avec cela il restait le comte de Mirabeau, non seulement pour ses gens et ses visiteurs, mais encore pour le peuple qui aime à décorer ses idoles. « Mirabeau, observa Dumont devant Clavière, est bien mal conseillé; on dirait qu'il a peur de passer pour honnête homme. — Il nous est nécessaire, répondit Clavière; lui seul impose aux jacobins et à la cour; et s*il coi^tait un million à la nation, ce million ne serait pas mal employé. »

Un jour qu'on parlait de Washington, qu'on admirait la sagesse, la proportion de toutes ses qualités, Mirabeau à son tour lui rendit hommage, mais ne put s'empêcher de dire qu'à sa place, après avoir fini la révolution américaine, il aurait réuni tous les aventuriers qui auraient voulu s'attacher à lui et ï^erait allé tenter la conquête de l'Amérique espagnole. « Le fait est, reprend Dumont, que Mirabeau ne se sentait point capable de cette noble vie de l'homme dans la retraite et dans la paix, othim cmm dignitate. »

En voyant un emblème du Temps armé d'une faux et tenant une clepsydre, il s'écriait : « Nous avons pris sa faux, mais nous n'avons pas pris son horloge. » Et encore : « L'Assemblée nationale aurait besoin d'un Fabius, elle a assez eu d'Annibals... Lorsqu'un étang est plein, une taupe en perçant la digue peut causer une inondation. »

Mirabeau avait un valet de chambre nommé Teutch, qui avait été contrebandier et qui racontait des prodiges de valeur sans se douter qu'il y eût même de la prouesse, c Ces flibustiers, disait Mirabeau, avilissent bien le courage; la plus grande intrépidité appartient aux derniers des hommes. » Le service personnel durait longtemps, car il était fort recherché dans sa toilette, et il l'égayait quelque-

fois en donn&nt quelques coups de pied, quelques coups de poing, à Teut«h qui les prenait comme des marques d'amilié, et quand son maître, troj: occupé, passait quelques jours sans lui donner de ces petites attentions, il faisait son devoir tristement et le temps lui durait beau*

Quant au marquis de Mirabeau, il représente l'invasioD des idées démocratiques dans un esprit féodal; ilesl&lafois eo arrière et en avant de son siècJe. Madame de Pailly, sa maltresse, lui reprochait de l'incohérence du décousu dans la volonté : " Il n'y a que l'autorité, dit-elle, mais de vouloir la conseiller à notre ami, c'est vouloir coudre un morceau do drap à de la mousseline. Il fera bien acte de force dans un mouvement de chaleur, mais cet acte sera isolé, n'assortira à rien, ni pour le passé, ni pour l'avenir. »

L'anecdote du premier bénéfice de TaileyraQd n'a qu'un défaut, c'est d'être iaesacte. L'abbé de Périgord ne reçut son premier bénéfice qu'en 1775, un an après la mort de Louis XV.

H. Ui(toel rapporte que l'abbé de Périgord, agent général du clergé de France, de concert avec son ami le comte de Cboiaeul-Gouffier, arma au temps de la guerre d'Amérique un corsaire contre les Anglais. « L'armement d'un corsaire par un abbé peiut ce temps singulier oA le pape Benoit XIV avait reçu de Voltaire la dédicace de Mahotnet, où la cour allait applaudir aux saillies de BeaumArcbaia contre la noblesse. L'esprit était le vrai souverain de< l'époque. X Sur le comte de Choiseul-Gouffier, voir la substantielle et pénétrante élude de H. Pingaud, professeur à . Ja faculté des lettres de &es8Laooa. ^a.t\£^ C\<:aid,é<iilear4

u Ja faculté .

H Sa manière de raconler étail pleine de grâce. C'était un modèle de bon gollt en coDversalion. Indolent, voluptueux, né pour la fortune, aé pour la grandeur, il a su toutefois, dans son exil, s'accoutumer à une vie simple, aux privations, et partager avec des amis la seule ressource qu'il eût sauvée de France, les débris d'une superbe bibliothèque qui se vendit Ir&s mal, parce que l'esprit de parti empêcha à Londres le concours des acbeteurs. Un soir, Jouant au whist, on parlait d'une lady de soixante ans qui cenait d'épouser une espèce de valet de chambre. L'évêque d'Aulun Hit : " A neuf, on ne compte plus les honneurs. » Ce genre d'esprit lui appartenait; il le tenait de Fontcnelle, qu'il aimait beaucoup. Il me racontait une infamie de son collègue C"* sur laquelle je m'indignai. Je lui dis : il L'homme qui a pu faire cela est capable d'assassiner. — )i D'assassiner, non, répondit-il froidement, mais d'empoi- II sonner, oui ». {Souvenirs de Dumont.]

le trouve, dans le livre de M. Auguste Marcade (Talteyrandprùtre et évéque, Rouyeyre, éditeur, 1883), ud intéressant chapitre sur les relations de l'évêque d'Autun avec le clergé de ses divers bailliaj^es, an moment de la convocation des états généraux. Devant ses prêtres, devant ses électeurs, il expose avec clarté l'ensemble des réformes nécessaires, passe toutes les questions en revue, procédant par traits incisirs èi la manière de Beaumarchais. « Les privilèges exclusifs, leur disait-il, accordent à un ce qui appartient à tous... La liberté d'écrire ne peut différer de celle de parler; elle aura donc la même étendue et les mêmes hmites; elle sera assurée, hors les cas où la religion, les mœurs et les droits d'autrui seraient blessés; surtout elle sera entière daus la discussion des affaires publiques, car les affaires publiques sont les affaires de chacun. >i — .c On se trouvait alors, observe M. Marcade, vers la fin du carême, dont les prescriptions étaient autrement rigoureuses qu'aujourd'hui. Le jeune évèque se préoccupa de la table de ses électeurs, et, par ses soins, 1» marée arriva en poste a, Autun. Le souvenir de la raie

toi APPE^U1CE.

au beurre noir préparée par son cuismier s'est transmis'i dans le clergé de son diocèse. > — Quel bel exemple de diplomatie culinaire! Le monstru mitre, comme l'appelle comlesse de Neuilly, n'ignorait aucun des moyens capables d'enguirlander les hommes.

Plus tard, il prétendait que cette révolution, dont il Tut le serviteur, avait ^désossé la France; en 1830, quand on agita devant lui la question de République, il motiva ainsi son opinion : ii Pourquoi la République? C'est une fille à marier. N'cst-ilpas plus sage de s'attacher le mari d'abord? h

M. de Craon prétendait que cet abbé périgourdin avait Tair d'un remords injecté.

L'ouvrage que vient de publier M, Patlain : la Mission de Talteyrand à Londres (Pion, in-S"), donne d'intéressants détails sur le grand diplomate : c'est lui qui parle, qui écrit, qui agit, et il gagne beaucoup à se montrer sous cet aspect. La politique intérieure n'est pour lui que Tâccessoire; et, dans sa politique étrangère, nous le voyons gui Je par cette idée unique : la paix assurée par l'allia anglaise ; « Le 3 octobre 1792 il écrit à lord Lansdowt " Comprimés depuis deux ans entre la terreur et les déli » ces, les Français ont pris l'habitude des esclaves qui est de ■ ne dire que ce qu'on peut dire sans danger. Les clubs et les » piques tuent l'énergie, et, si on laisse contracter au peuple B celte infâme habitude, il ne verra plus d'autre bonheur 1) que de changer de tyran. Depuis les chefs des jacobins qui u plient devant les coupe-téles, jusqu'aux plus honnêtes •I citoyens, il n'y a aujourd'hui qu'une chaîne de bassesse et <i de mensonges dont le dernier anneau se perd dans la

La princesse de TaUeyrand. — •< Celte ci-devant merveille, devenue la femme de Talleyraud quand il n'en voulut plui pour maîtresse, était alors chargée d'un énorme embonpoJat; elle avait peine à maïcher, çcuie â. ii^eïer, ^\va k,

API'EMIICE. 405

causer, peine à tout. On aurait dit que ta vie, celle vie dont elle avait feit quelque chose de délicieux, devenait pour elle une tache de fille r<?p<.-iitîe; elle ea ramassait péniblement les restes en ramassant feu sa jeunesse... C'est elle de qui le malin Michaud, mou confrère, disait si drôlement : u Voilà pourtant la femme d'un prince et d'ua ■ évéque qui n'a de place ni à la cour ni b. l'église. " (Brifaut, t. I", p. 434. — Voir aussi les Belles Amks île Tallcyrand, 3' édit., par Mary Summer, in-18, Calmann Lévy.)

: DE MliiLUA»

Dans l'Émigré, ce roman de Sénac de Meilhan, qu'on ne Lt pas assez, et qui renferrae de très intéressantes observations sur les émigrés en Allemagne pendant la Etévolution, il y a une foule de traits humoristiques qui méritent de prendre place dans une histoire de l'esprit français :

H Les plaisirs bruyants nous éloignent de nous-mâmes... Hais qui a jamais été aussi heureux en riant de tout son cœur qu'en répandant des larmes arrachées par le sentiment. H — "La Révolution a fait du monde un grand bal masqué où des princes paraissent sous des habits de paysans et des valets sont habillés en empereurs. » — « Ce mari ne possMe que la plus petite partie de cette femme divine; il ne sait la langue ni de son esprit ni de son coeur. » — ■( L'amour sera toujours démocrate quand il aura intérêt i. l'être, 'i — « La pudeur n'est pas naturelle & l'homme, puisqu'elle ne vient que de la connaissance du mal. Adam ne chercha à se couvrir que lorsqu'il eut péché; combien de jeunes filles, peut-être, auraient besoin de perdre leur innocence pour conserver leur sagesse.» — ■< La beauté est moins ftOBT la plupart des hommes une harmonie sublime de S3.

[ us APPENDICE.

proportions qu'une réDnion de traits qui leur présagent II volupté qu'ils cherchent. » — « La vertu est l'amour do l'ordre et l'art d'opérer son propre bonheur sans aucun dommage pour autrui. » — « Deux penchants opposés attirent l'homme en sens contraire : l'horreur de l'ennui et l'amour du repos; le grand art est d'échapper à l'un sè.ns troubler trop violemment l'autre, de trouver un èlat moyen enlie la léthargie et la convulsion. » — « Le terme des plaisirs doit être le degré où ils deviennent nuisibles à nous on ' aux autres. » — « Tout ce qu'il y a de moral dans l'amour

1 est factice et dangereux, il n'y a de bon que le phytique

de cette passion. » — "Il Faut dans les maux physiques employer des remèdes tirés du moral, et dans les chagrins des remèdes physiques, exalter l'âme pour faire diversion à la douleur, exercer et fatiguer le corps pour faire diversion au chagrin. « — «Il n'est personne à qui l'on doiva . coniier des secrets dont la publication peut compromettre

1 la vie et le bonheur. » — ic La pensée... est une vaste mai-

i son ouverte à l'amitié dont une seule pièce reste fermée.

H. de iN'arbonne disait que La Fayette avait tontes lai

grandes qualités, mais que dans toutes il manquait quelque.!

chose; Mirabeau qui ne l'aimait guère, avouait son sang->,

froid : i[ Tout ce qu'il a de talent, il le possède toujours, i

Le comte de Narbonne étant au bal de l'Opéra, reçut ui^ bouton de rose d'un masque fort spirituel et très poursuivi îi on lui disputa le bouton de rose. Il fut se battre h l'instat derrière l'Opéra. En se battant, la fleur qu'il tenait entrotl ses lèvres tomba de sa bouche. ., sans retirer son fer, il M

pencha et la ramassa... Un jour qu*il demandait de Tar* gent à Tempereur qaî lui en avait donné peu auparavant, comme Napoléon l'interrogeait : «.Vous avez donc beaucoup de dettes? — Je le crois bien, Sire, répondit-il, je n'ai que cela. » Après sa mort, le général de Flahault lut envoyé auprès de la duchesse de Narbonne et lui demanda au nom de l'empereur comment il pourrait la servir. « Je ne puis que remercier, dit la fervente légitimiste, en évitant le nom de l'empereur, je ne demande rien et ne demanderai, jamais rien, mais ma position nie commande de ne rien refuser. » Elle reçut aussitôt une pension de dix mille francs. (Mémoires de la duchesse dAbrantés, t. XVI et XVU.)

Page 1