B LES CAUSEURS
de pleuvoir sur ces malheureux modérés, sur les nobleî renégats, les d'Aiguillon, les Montmorency, les Lameth,,J sur le duc d'Orléans. Inutile de dire qu'on ne respecte" guf^re le mur de la vie privée, lui mur fabriqué plus lard par de bien mauvais arcbitectes, si l'on en juge par les crevasses, les brèches qui s'y pratiquent à chaque instant :
Vous demandez pourquoi La... Hoat... e;
Ont des fîmes si roturiâres.
On vous répondra : le voici.
C'est que de plats valets ont tait... leurs pères.
Le mot est en toutes lettres, ce mot dont Molière s servait si volontiers; quant à l'idée, elle avait été exprimé! par certain duc fort disgracié de la nalure, lequel mon* trantàunami son valet de pied, un homme superbe.J lui disait : « Voilà comme ils nous font et voilà commoJ nous les faisons. > La marquise de Lamelh ne s'étonnaîn pas moins spirituellement des opinions de son fils : « Quat je le considère, Je me de a de s je e ne suis pas v jour endormie dans o a t 1 a b e »
Nos bons Apôtres s été dent avec co nplaisance i M. Target, une de leurs victi nés de préd lection. Ic£ c'est la Targetade, poe ne tieroi épi con$Muliono~polH tico-comigue, imité de la Hi,nrtade, là les Couches d M. Target, père et mère de la Constitution, son testament,son mausolée, sa résurrection, avec gravures à l'ap*! pui; ou bien son horoscope polititiue ;
Rivarol n'aime guère La Fayette et l'on s'en aperi^
bien vile; déjà dans le Journal politique national, il l'avait affublé de sobriquets : Gilles-César, Cromwcll- Graiidisson, le général Morphée. « A force de soltisea, il vînt à bout de ses amis, et sa nullité triompha de sa forlune. » Il lui reproclie d'avoir dormi contre son roi les 5 et 6 Octobre :
Lorsque j'étais couclié, le crime ëialt debout.
Madame de Staël est « la Bacchante de la Révolution»; son père, M. Necker, u un charlatan si impudent que ses promesses finissent par persuader ccux-mêmes qui n'y croient pas >. On avait fait courir le bruit que lo cardinal (ic Bricnne, auquel le public prétait des idées très corrompues, s'était empoisonné : « C'est qu'il aura avalé une de ses maximes. » Déjà Rivarol avait accouimodé de la belle façon M. Targel. « Il n'est point de mot que M, Target ne puisse décrier quand il voudra. Cet orateur s'est rendu mailre de leur réputation et il les proscrit par rusngo. »
L'abbé Fauchet rei^oit les élrivières à mainte reprise : comme il avait pi-oposé de donner des spectacles gratuits an peuple, les Ap6tres lui décochent un morceau qui se termine ainsi :
Du moins, s'U manque de tariae, le peuple aura toujours du sou.
Un député fait rendre un décret eu laveur de la liberté de la pèche :
Il ne s'esi réserva que U pèctic en eau Iroubls.
ricanent les Apôtres. Ils harcèlent sans cesse Mirahcnu
40 LES CACSEU
el contribueiil par leurs alla<]ues à grandir soa prestige'
Vo arisUicrale Inhumain {lier au cabaret voisÏD Trouve Mirabeau le vicomte :
— Comment va votre Mte aine?
On dit iiu'il souITre en vrai tiamné.
— Bon, répond-il, c'est un acompte,
Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, prêt© cette boulade féroce à Louis-Philippe, lequel, entendant. Talleyrand moribond se plaindre de sonlfrir comme un damné, atirait murmuré: < DL'jà! » On voit, par c^ exemple, et j'en pourrais citer beaucoup d'aulres, qnell^ créance mérilenl ces mois que les lettrés se repasseï^ de siècle en siècle et donneni pour inédits,
Les Âp6lres poursuivent Mirabeau jusque dans la tombe'.
En lapin Quand je D'allw,
isjo ris
oui bas
c qui sVmpreisa
Pour un
mort qui n'y croyait pas.
Ils marchent sur les traces d'Aristophane, d'HoracCji et font le procès au maître des maîtres, au peuple, Démos parisien, aussi naïf, crédule, irritable et inconscient que celui d'Athènes, préférant comme toujours le| Cléon, les flatteurs grossiers à ses amis austères, bons serviteurs. Aussi voudraietil-ils qu'on fit tout ji lui et jamais rien jiar lui. Ils raillent ce goût de l'épa lette et du panache qui trouble toutes les cerrellm « Il fallait céder au besoin que chacun avait de comntsi
quo le gib
DE LA nevOLUTEON. 41
der au moins un fusil. » On tue Foulon, Berlliîcr, disentils, afin d'averlir le peuple que, dans une démocratie anarclliquc, il doit être le maître de tout. »
Jadis Darcau par ses bougies Pour lanternes prit des vessies, Et le peuple français, d'après ses nouveaux roU, l'rond les lanternes pour des droits.
L'histoire ancienne, d'après Thomas Vireloquc, c'est maugeuxet mangés; l'histoire moderne, c'est blagueuï et hiaguésj l'histoire de la Révolution, c'est l'un et l'autre.
Dans ce charmant pays de sapience.
On nous disait tes ordres conrunJus,
Moi J'en vois deux et trÈs dlstlneis on France,
L'uQ des pondeurs et l'autre des pendus.
Voici une dâlioition du peuple tînement observée et d'une vérité éternelle :
Je suis tout et je ne suis rieu.
Je tais et le mal et le iilen, J'obéis toujours quand j'ordonne.
Je reçois tnoins que je ne donne, En mon nom, on me tait la loi El quand je frappe, c'est sur mol.
Faut-il prêter serment à la constitution, nos incorrigibles farceurs inventent le serment civique à double race qui permet aux casuisles de renier et maudire en sourdine ce qu'ils célèbrent à haute voix. Alors, en effet, sévissait la maladie du serment politique, qui plus tard inspirait celte réponse cynique à Talleyrand auquel Louis-Philippe demandait de jurer fidëlilé à la charte de 1830:
■ —Sire, c'esl le onzième ; j'espère qtie f e sera le dernier
A la nouvelle loi le Teiu Ure Hdèlc
Je reniwce dans rame ; Au rteime ancien ;
Comne article de foi. Je crois la loi □ourelle
Je crois celle qu'on blâme. Opposée k loul bleu.
Dieu vnus donne la paii. Messieurs le* dèmocratea,
Koblesse désolée, Au diable allei-vous-eo ;
Qu'il coaronde à jamais Tous les aristocrates
Messieurs de l'Assemblée. Ont seuls du Jugement.
Les Apôtres confondent volontiers le peuple avec 1^ populace, la démocralie avec la démagogie, la liberti avi^c la licence, et il Tant avouerque la distinction n'était pasTacilcà éliiblir. La démocratie pour eux, c'est l'envie,, c'est le droit du plus fort, c'est la brutalité atroce des égorgeurs, des lanteniems; ils lui adressent ce compliment dérisoire :
Telle qu'une bergère, aux plus beaus jmirs de fSle,
De superbes rubis ne charge point sa l*te,
Et sans mËlsr à l'or l'éclat des diamants,
Cueille dans les faubourgs ses plus beaux ornements,
Telle aiinablo on son air, mais du Haslo ennemie,
Brille la déité de la démocratie.
Tout naturellement, régalilé leur semble un niveau abrutissant, et non l'application de celte grande parole s A chacun selon ses œuvres ». Ils prophétisent que 1' lité chimérique de Sieyès n'abouttra qu'à voir élrangl à tour de rùle les auteurs, les acteurs et les speetftteu;;! de son drame métaphysique. La liberté n'est que li pouvoir de nuire, ou, si vous aimez mieux.
Quant au gouvernamont, licence et brigandage, Quant au rèfime Iniqullé, Et quant aii\ mwurs, libertinage.
DE LA RÉÏOLUTIOH. *3
Lorsque j'entends crier derrière moi « Vive la liberté! t disait un sceptique, je n'ai pas besoin de me retourner, je suis bien sur qu'on bal, qu'on blesse ou qu'on tue quelqu'un. Les Apôtres ne goûtent pas davantage la fraternilé, mol narquois qui resplendit sur les murailles, principe aussi respectable que peu respecté, dont l'application révolutionnaire agaçait M. de Metternich à ce point qu'il prétendait, que s'il avait un frère, il ne l'appellerait plus que : « Mon cousin ».
Lois, décrets, p | 1 m 1 n é( mes utiles, inventions malencoiitr u p n 1 férule de Rivarol el de ses collabo t d l 1 m I ne fail grâce ni aux personnes, h T ut I u est prétexte h plaisanteries; ta tôt 1 ég t £,d 11 tôt ils déchirent et emportent le morceau. Une sorte de surenchère de violence s'établit, où chacun à son tour croil n'user que de légitimes représailles. Tandis que VOrateur du peuple, de Fréron, recommande, comme panacée, deux coups de fusil par village, l'un sur le curé, l'autre sur le seigneur, les Sabbats jacobites de Marchant annoncent qu'à la contre-ré volulion « on décrétera que la potence sera permanente sur la place de Grève pendant un an ». Et le Jugement national de riposter, en demandant que le prince de Lambesc soit conduit en place de Grève « pour y avoir les bras, jambes et cuisses coupés de la largeur de trois pouces, de sis en six minutes, son corps ouvert, le cœur arraché pour lui Être mis dans la bouche '. » De telles
1. En avril 179Î, les Réfolutions de Pari» proposaieal pour la gUilloUne cette inscription :
U LES CAUSËDRS
horreurs expliquent, sans les justifier, certains coups de plumes des Apùlres» ; ils n'expliquent que trop aussi ces pendaisons, ces massacres que Mirabeau appelait les
pustules de la libei-té.
Ou moins retombons-nous dans le genre badin avee ces vers contre les assignats :
Des assignats, «signais, assignats.
Onguent genevois pour la banqueronlA; Des assignats, assignats, assignats, La lille à Target en fait ses chons gras.
(TABcET, pfre ei mûre rte Démagoginetlo.)
Et ce couplet de BoulTlers nous ramène à la tradition de l'ironie gracieuse et vraiment voUairienne :
SI Vénus sur son presbytère Veut me donner un assignat.
Sur la feuille la plus légère l'accepte ce billet d'£lat.
Hais rAsscmbléo aut^ beau felre, Bon seing n'est point accrédité, Papier-monnaie e.=t nn mystère.
Et gare a l'iiicréilulité!
Les districts, la commune provisoire, les municipaoi, la garde nationale, font naître quantité d'ëpitres, charge^ parodies, flonflons, arias, ponts-neufs, dont quelque»uns sont encore d'une lecture assez agréable. Voici uat repartie constitutionnelle de Lucas, orCcier municipal,!
son voisin :
^ lésai