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[ Vais loin, c'est Carnot, fulur organisateur de la vIcIoît^, ^\\
W.t% LES CAUSEURS
liymnes, odes, élégies, dilhyrarnbes, madrigaux, vers galauts de loute sorte coatinuent à sévii* pendant la Itévolulinn; c'est à peine si la Terreur marque un léger ralenlissemenl dans l'éclosînn de celte littérature de lioiidoir.
Chose étrange, les almaiiachs ne renferment contre Robespierre aucuneépigramme vraimentréussie. L'homme cependant était inoquable. Je ne vois que ces vers d'un anonyme, qui vaillent la peine d'être cités :
Lorsiu 'arrivés au bord du Qeuve Phlégélon,
^Cam)Uo DesmoullQs, Desglanllns, Danton, PayËrenl pour passer cel endroit redoutable, Le naulonnisr Caron, citoyen équitable, A nos trois passagers voulut remettre en mains L'excâdent de la taxe imposée aux humains.
— Carde, lui dit Danton, la somme tout entière Je paye pour Couthon, Saint-Just et Robespierre.
Plus lard, Mtchaud Tera celle spirituelle repartie i an jiiujie fanatique qui vociférail : «; Monsieur, Robespierre n'csl pas encore jugé. — llenreusement il est exécuté.
Dans les crises révolutionnaires, beaucoup d'hommes
eoiiAole une Sophie abandonnée et publie la Reviiedi l'air: fin jvpon court, en btaac conet, Amour ildéle, amour papillon, amour bigot, amour physique, amour platonique:
Un Rulanlln écrit b une dame qui lui a 6ùM nue luttro:
timides s'efforcenl de louvoyer enlre les parlis et de nu pas prendre couleur, aliii d'échapper aux vengeances, aux proscri plions. C'est à ces circonspecis que s'adresse le Dialogue national :
— Monsieur bsHI aristocrate?
— lion, monsieur, Je m'en garde bien.
— J'entends, vous êtes démocrate.
— Ah ! s'il vous platt, n'en crnyez rien !
— Eh ! mais quel choix est donc le vùtre?
les deux parlis flottez-vous suspendu?
~ Vous l'avez dit; jo ne suis ni l'un ni l'auli Pour n'être ni pende ur ni peudo.
Remarquons la date du dialogue : 1798. Quelques années avant, il fallait hurler avec les loups, être sansculotte oasanstétc. Un Faiseur d'almanachs afiîrme avoir lu sur les registres de la prison des Madelonnelles un mandat d'arrêt contre un prévenu suspect, comme ayant une figure trop joviale pour aimer la Révolution.
Sous le Directoire, l'Alinanach royaliste fait fureur et ne rencontre presque plus de rivaux. Villiers, dans le Portefeuille d'un Chouan, prend pour épigramine cette phrase : f Périssent à jamais les cannibales qui régnent encore sur nous! »
Il suppose celte conversation entre un citoyen et un gargon du café de Foy.
— Dites-moi, garçon, les jacobins osent-ils venir ici?
— Oh! mon Dieu! oui.
— Prennent-ils quelque chose au café?
— Oui, monsieur, il y en a un, l'autre jour, qui a mjjg,,. six cuillers d'argent.
Les couplets du Marchand de bois des Tuileries mordent vigoureusement le directoire et les conseils.
On dit qu*il faut, ô ma patrie, Se livrer à l'espoir charmant Que du règne de l'infamie La fin approclie en ce moment.
Nos patriotes aux yeux louches Donnent la paix aux nations ; Us manquent de munitions; 11 ne reste que cinq cartouches.
On dit que vers les Tuileries Est un clianticr très apparent, Où cinq cents bûches bien choisies Sont à vendre dans ce moment.
Le vendeur dit à qui l'aborde :
Cinq cents bûches pour un louis.
Mais, l)ien entendu, mes amis, Qu'on ne les livre qu'à la corde.
Dans ce chantier de bois de corde,
Qu()i<iuc tout soit bon à brûler,
Tout le monde à dire s'accorde
Qu'on en pourrait écarteler.
S'il est trop cher pour le chauffage,
Ou (Ml f(M'a du bois carré ;
('iiu(i grandes croix de Saint-André
Serviront à l'échafaudage.
On affichait sur les murs de Paris cet appel au peuple :
Nation coupable, égarée, Aux phis cruels fléaux livrée, Vcux-lu chasser de ton giron Kt la fauiinc et la misère?
Uétablis le petit mitron Dans la boutique de son père.
D'aprèsYilliers, le Baromètre politique français pro-
DE LA HEVOLUKOK. 71
nostique pour l'année i 707 : « les jacobins à la lenipêlc ; les Cinq-Cenis à l'orage; les Anciens au tempéré; le direcloire an variable ; les assignats au vent ; le peuple au 1res sec et le palriolismc à la glace. »
On criiile le directoire de flonflons, de calembours, de caricalures : « La France sera plus tôt débarrassée que l'Angleterre ne sera dépitée, n Au commencement de l'an VII parait une caricature des cinq directeurs : au bas, une lancette, une laitue el un rat, ce qui signillail en style de rébus : l'an sept les tuera. Au lieu du bien public, dit'-on, les Pentarques ne veulent que le bien du public.
Après rinsiallalion de ceux-ci an Luxembourg, les murs se tapissent d'affiches avec ces mots : « Palais de Sainl-Cyr (cinq sires). Palais de Saiul-Fiacre (cinq fiacres). Magasin de cires à frotter, i
On répétait encore qu'un savetier, soumis à l'emprunt forcé, avait répondu : « J'ai cînti cents galoches, deax cent cinquante savates, quinze tire-pieds, cinq lirans, tout cela ne vaut pas un louis : comment veut-on que je paye ? » Quelqu'un soutenant que Tallien reviendrait aux honnêtes gens, si on le prenait par les sentiments ; c Sandis, s'écrie un Gascon, ce serait vouloir prendre un tondu par les cheveux! »
Larevellière-Lépeaux s'étant plaint à Barras du peu de succès de sa religion ihéophilanthropique. Barras lui aurait donné ce conseil : a Fais-toi pendre, lu la consolideras par ton martyre. »
Aux menaces, aux satires de la réaction, le directoire répond par le coup de force du iS Fructidor, bientôt puni lat-mâmepar leltJ Brumaire. Villîers met en vaodevillea
LES CAtSEURS
la conslilulion de l'an Vlil el la dédie galamment 1
madame Bonaparle :
1 cair
L les
Ou peut ta cbaoïerssns la lire;
Puisse-i-clle vous récréer, I . Madame, et vous Taire auiant rire
' Que les autres odI taii pleurer.
En 1804, on fail circuler ce billet d'enterrement itiffl très-haute et très-puissante citoyenne République fraik {aise, une, indivisible, itnpérissable :
Partisans (JD la nùpubllquc,
Grands raisonneurs en politique.
Dont Je partage la ilouleur,
Veoez assister en (Emilie
Au grand roEvoi de voire DHe,
Horle eo couche d'un emperear.
L'itidlvisible cltojeDDe
Qui ne devait jamais pÉrir,
K'a pu supporter sans mourir
L'opération césarienne.
Hais vous ne perdez presque rien,
vous que cetaccideni touche,
Car si la mère est morte en coucbe.
L'enfant du moins se porte tiieo.
De la part de Bsitrand Barrere, ouvrier directeur do la tabria tlon des monnaies républicaines, place do la Révolution, ti do la défunte, el des CC. Fouctié, Rœderor, Réal, etc... eti^..i proches parents Le convoi funèbre aura lieu le li Juillet an X^ au palais du Sénal... Conseri'alem- de la défunte...
L'Almanach du XIK' siècle clotla série en annonça
la venie par licilatioti de 75000 qulnlaux de lois, ra{
ports, instructions, discours : MM. les épiciers et apolh
caires étaient avertis que, déduction Taite de la poussiers,^
susdits pouvaient être vendus, de gré à gré cl i!i p
fixe, à raison de 25 centimes le quintal, poids de marc et tare nette. Les almanachs politiques ont vécu; le premier consul ne les aime guère plus que les journaux ou les livres, et les grands hommes font payer parfois leurs bienfaits presque aussi cher que les révolutions. Mais la liberté n'est que le sel de la terre, tandis que l'autorité en est le pain ; la liberté n'est que le superflu, le luxe des âmes élevées, l'ordre est la nourriture nécessaire des peuples : serait-ce donc une utopie d'aspirer à leur conciliation dans un harmonieux équilibre?
I'r(i|)li(Stlu ù relioura. — Maury, TreiltLard et Porial. — On i LoulK XVI. — Vous me prenez la iiiesured'un éloge. — RèQeilori do Voltaire Bur l'AcadËinie Trancalse. — Caractâre de Hanry, mémoire : débuts et qualités. — L'anecdote des trois pomnu
— Haury, orateur k la Conslltuanlo. — Une spitiluellB soUii
— Vous allez doue m'emljrasstîr I — Mirabeau-Tonneau: » couraito, soo esprit, aas pamphlets ; la Lanterne magique, génf lo^lo burlesque do la Gonsliiution. ^ Voyage Tuitional. — I mco il'Alréc et de TljyestB. — ï verrez-ïous plus cl^rî — L liuivllei clo l'alibi Maury. — Réplique à Regnault de Sainl~Jei d'AiJKuly. -~ Discours h la Constituante. — Une déllnlUon de llbai'lé, — Les deux pots do tabac. — L'éloquence de la cbali
0]i raconte qu'à l'âge de dix-neuf ans, léger d'ai^nt rieho d'espérances, parli pour chercher fortune à Parïs^ lo l'iilur ubhé Maury fit, au sorlir d'Avallon, la rencootH de doux jeunes gens, et que, bientôt, la candeur el la belU humeur de l'adolescence, une même situalion les ayan
]. Né eu 17W, mon on 1817. - (Eurres de Cabbé Maury. Salntu-Uouve, Cauitriesdu Lanili , t. IV. — Poujoulai, l'abËé Mtau ■d vie et set œuvre». — De Concourt, la Socifté frattcaitt tout Hévolution.— A.-V. Arnault.œuire!.— M"Ritattl, l'AbbéMaw I vol, lu-13, rtoD. — Louis Si rreiii- Maury, Vie du eardinoiJfMH -- A. de Ponlmartin, Dernières cauieriei liltérairei.
faits compagnons de route et camarades, ils s'ouvrirent sur leurs projets, leurs ambitions. Portai, le médecin, voulait èlre de l'Académie des sciences; Treilliard aspirait aux di^'nités de la m a^'ist rature, et l'abbé se voyait dèjh prédicateur du roi. Arrivés prÈsde Paris, le bourdon delacall^drale résonne, et aussitôt les imaginalious de se mettre en branle. sËaleudcz-vous cette cloche?ditTreilhard ii Haury; elle dit que vous deviendrez arciievêque de Paris. — Probablement, riposte celui-ci, lorsque vous serez ministre. — Et qu'est-ce que j'aurai, moi? demande Portai. — Le bel embarras, répondirent les deux autres, vous serez premier médecin du roi, » Rien de plus fréquent que ces sortes de prophéties à rebours qui résument une destinée, dont les sujets ont fourni euï-mèmes le canevas, la matière première ; car, presque toujours, les personnages célèbres ont eu le pressentiment, raffinnation, cette forte volonté du succès qui déterminent le succès lui-même. Puis viennent le metteur en scène, le panégyriste qui poétisent la vérité, estompent les contours, mêlent le roman à l'histoire, car ils savent que le peuple aime la mythologie, et relient mieux un fait bien habillé, enjolivé ou même travesti, qu'un fait tout nu, sans épithète ni broderie. Chacun pare son héros à sa fapon, le voit, le grandit, le métamorphose avec son imagination. A vingt ans, M. Thiers disait à son ami Migael comme la chose la plusnaturelledu monde, ï Quand nous serons ministres B. Bien avant 1870, Gambelta, ayant eu l'occasion d'entretenir un diplomate, lui déclarait que ni l'Autriche ni la Russie n'avaient rien à craindre de lui, lorsqu'il arriverait aux alTaires, et le priait de reporter ses paroles à i'empe- : et au tzar. Quelque écrivain du xi' siècle ne man^
Bet ai
qaera pas de coudre à ces paroles une rianle faotaisî
une liclion ingénieuse qui s'incrustera profondément daO^
la mémoire populaire : ainsi quelquefois se fait et s'écrij|
l'histoire.
Quoi qu'il en soit, nous trouvons Maurj à Paris vet 1766, vivant rudement et pauvrement, tantôt 4fi rÉpétt tions de latin ou de géographie, tantôt de correction d'épreuves d'imprimeries, levé tous les joi heures du matin, étudiant jusqu'au soir, cherchant âpre ment l'occasion, cette dame d'honneur de la Fortune, i travaillant l'art de plaire à celle-ci. En 1771, il obtiedi un accessit à l'Académie pour son Éloge de Fénelon^ l'année suivante, il prononce le panégyrique ( Louis à propos delà fête du roi, que l'Académie francaisôl célébrait tous les ans : son succès est tel qu'on applaudit en pleine chapelle et que l'Académie envoie une dépulation au cardinal chargé de la feuille des bénéfices pour le. recommander, a En lisant le panégyrique de saint Loqïb prononcé par M. Maury devant notre illustre Académie^ écrivait Voltaire, je croyais, à l'article des croisades, e» tendre ce Cucupiètre ou Pierre l'Ermite, changé i Démosthène et en Cicérou. Il donne presque euvie de v< une croisade, i
Neuf ans après, il prêche le carême devant la cour, i dans un de ses sermons, il touche à l'administration, an] finances, à la politique, tant et si bien que Louis XVI, i sortant de la chapelle, observait avec une bonhomie quoise : a C'est dommage ! si l'abbé Maury nous avait u parlé de religion, il nous aurait parlé de tout ! s Volonf tiers d'ailleurs, il eût marché sur les traces de Bourd»^ loue qui rabrouait si vertement les grands et le roi id
DE LA llEVOLUTION. 77
inême; mais, un jour qu'il avait morigéné la cour, s'apercevanl de l'iiunieur que sa semonce donnait à l'auditoire, il s'empressa d'ajouter: a Ainsi parlait saint Clirysoslome. » Ce mot raccommoda tout; on n'hésila point à proclamer sublime, dans un père de l'Église, co qui, dans un petit abbé, n'avait semblé qu'impertinent.
En 1785, il succéda à Lefranc de Pompijjnan, et non à cet abbé deBoismont dont il convoitait le fauteuil à l'Académie, et qui, questionné d'un peu près, le lui reprochait spirituellement : a L'abbé, vous me prenez la mesure d'un éloge'. »
Grimm reconnaissait alors que peu d'orateurs chrétiens paraissaient plus dignes des sulfrages de l'illustre assemblée. « Il n'en est guère sans doute qui puissent se trouver moins déplacés dans une assemblée de philosophes, ï Éloge qui semblerait compromettant, s'il ne s'agissait de l'abbé Maury, si Voltaire n'avait écrit depuis longtemps qu'on recevait à l'Académie des ducs, des prélats, des (inanciers et quelquefois des gens de lettres.
Le voilà donc, ce fils du cordonnier de Valréas, membre de l'Académie française, riche bénéficier, prédicateur en renom, doné d'un talent robuste, de rares qnalilés d'énergie et d'action, d'une mémoire si prodigieusequ'il retint par cœur, un jour, un sermon de l'abbé Poulie et l'écrivit au sortir de l'Église, esprit vif, primesautier et tranchant, tempérament passionné et peu délicat, plein d'élan, de verve et d'audace, devinant ce qu'il
1. Madame de Tencin, déjà vieille, avait souligné de ta même fafon les assiduités de madame Geoffrln : i Savci-vous, disait-elle, ce que la. GeofTrln vient Taire ici? Elle vient voir co qu'elle pourra recueillir de mon Inventaire. >
I recueillir de
LES CAESECBS
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