‹ Les cavaliers athéniens (volume 2)Chapitre 2 sur 43 · LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE L'ÉPOQUE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE L'ÉPOQUE HÉROÏQUE

La société que dépeignent les poèmes homériques est toute féodale (1): il y a d'abord le Roi, le Bas ; ensuite los nobles, qui ont aussi le nom de rois; bien loin au-dessous d’eux est la masse du peuple, le &uoç; enfin, au dernier rang, les esclaves. Les mis règnent de droit divin; ils sont &toyevées, Gorpegées ; ils tiennent leur autorité de Zous, qui leur a remis le sceptre, emblème visible de leur autorité (2). Dans les circonstances importantes, le peuple est convoqué en assemblée; mais son rôle y est purement passif; il écoute, il manifeste scs sentiments par des cris d'approbation ou des murmures; ces cris et ces murmures n’ont

{1) Poar tout ce qui concerne la société homérique, je renverrai seulement à G.-F. Schômann, Griechische AUerthümer ; l, p. 20 et suiv.; E. Buchholz, Die Homerischen Healien ; W.Helbig, Das homerische Epos.

(1 Uf. surtout le passage célèbre connu sous le nom de l'éxâosts cxfirtgou. U, 11, 101 et suiv. D'après Buchholz, la royauté est établie güset, non Oée (ep. laud., 11, 6).

d'ailleurs aucune action ; les chefs décident sans tenir compte des sentiments Imanifestés par le peuple (1). Cependant l'agora est déjà un élément essentiel de la vie politique ; on peut observer que le peuple siège véritablement , il est assis (2). C'est là un détail important; dans Athènes, le peuple sera assis à la Pnyx, et il sera le maître de l'Etat; à Sparte, le peuple sera debout . son autorité sera subordonnée à celle des éphores et du sénat (3).

Quand les rois s'adressent au peuple, ils lui parlent souvent avec uno certaine déférence (4); nous voyons des personnages comme le porcher Eumée, comme le bouvier Philoetios (5) appelén êtor et bei. Ailleurs, au contraire, le sentiment aristocratique el très fortement marqué; ainsi Ulysse , réunissant les Grecs à l'agora , adresse de douces paroles, des flatteries aux chefs, tandix qu'il injurie et qu'il frappe l'homme du démos (6). La disinetion ontre les nobles et le peuple est, en maint endroit, indipar les expressions que plus tard on trouve si souvent, les mots àyabée, dpvrcoc, éc0kdç désignant l'homme de naissance, le riche, le puissant, 1e mol xexéç désignant le pauvre, le faible (7).

La royauté est héréditaire , elle n’est pas considérée comme absoluce (H). À côté du roi, il y a d'autres chefs nobles, à qui on donne aussi le nom de Baaieï. Si le peuple est muet à l'agora (9), s'il obéit sans hésiter à ce que lui ordonne le roi, les autres chefs peuvent prendre la parole même pour contredire ce dernier (10).

(1) G£. surtout IL, 1, 22 et suiv.

(2) 1, 1, 99; Odys.. VIIT, 16; un exemple d'une assemblée ôpôäv écvaéruw dans des circonstances exceptionnelles, 1L., XVIII, 246.

G) Plut., Lye., 6, d'après Aristote.

(4) 4, IL, HO, voir la note d'Aristarque réfutant Ister.

6) Odyr., XIV, 48, 401, 413; XVI, 1; XXI, 240,

(6) 11, 11, 188-206. Les accusateurs de Socrate lui reprochaient (Xén., Mémor.. 1, 2, 58) d'aimer à répéter cus vers : « x 6 romrie éraivoin nafesdas roùc Enpôvez sai mévsas. » M. Mistchenco (Sur la royauté homérique, dans les Mélanges'en l'honneur de Ch. Grauz, pp. 159-162), a proposé une explication nouvelle de ce passage. Cet article est plein d'excellentes observations ; il me semble cependant qu'il y avait lieu d'observer que ce ne sont nas seulement les historiens mo= dernes qui ont vu là une scénr antidémocratique , mais que c'était bien aussi le sentiment de l nité.

@) Il en est ainsi chez Hésiode et surtout chez Théognis.

(8) Thuc., L, 13, 1 : Meéregov dt faav érl fnroïs yépant rarpunal Bauer, — Aristote, Polit.. [11, 10, 1 (1285*, 20), — une bonne scolie dans Aristoph. , Achar. . 61.

(9) 11, IX, 17, scolie, d'après Aristote.

(10) CE. cependant H1., XVIII, 285 et suiv., où Hector répond si durement à son compagnon Polydamas.

de graudeur héroïque qui s'offre à nous devant les monuments de Mycènes ; il est certain que, chez Homère, le Baoiei esl déchu de son ancienne grandeur. Les monuments de Mycènes éveillent ée d'une monarchie riche, puissante, absolue : « Sous » les murs de Troie , nous trauvons, au contraire, un prince em- » pétré dans des difficullés sans nombre, borné dans ses res- » sourres, indécis et dépendant, chez qui le pouvoir est fort au- » dossous du vouloir; il a plutôt des prétentions à la puissance » qu'il n’a do puissance réclle, ct il est obligé d'inventer toutes sor- » tos de moyens et de détours (1) pour obtenir l'approbation gé- . Le pivot du monde héroïque est ébranlé ; à côté de é royale s'est élevée une autre puissance , celle de la » noblosso , sans laquelle le roi ne peut déjà plus gouverner et » rondre la justico, et cette maxime mêmo que l'on cite depuis » longtemps pour prouver la popularité de la royauté héroïque :

Une souveraineté à plusieurs ne vaut rien. Que celui-là soit seul souverain, Seul roi, à qui le fils de l'artificieux Kronos a donné le poste (2).

» porte évidemment le caractère d'une réflexion politique; elle » donno à entendre que l'on avait déjà senti les inconvénients » d'une aristocratie à plusieurs têtes, inconvénients qui se mon- » trent dans tout leur jour à Ithaque. »

Ainsi, les pobmos homériques nous montrent comme se préparant ot même comme étant déjà commencée la révolution qui devait faire passer le pouvoir des mains du roi à celles des nobles. Cotto substitution du gouvernement aristocratique au gouvernement monirchique peut se placer dans les huitième et septième siècles. Les renseignements qui nous sont parvenus sur cette révolution sont très incomplets, comme d'ailleurs tous ceux qui concernent ces parties reculées de l'histoire grecque. Partout la royauté est reuverséo (3) par ces grands vassaux que nous avons vus à côté d'elle; ils appartenaient le plus souvent à la famille royale; ils renversent la royauté afin que tous les membres de cetto famille puissent à leur tour posséder le pouvoir; c'est ainsi que les Bacchiades ont procédé à Corinthe (4). La lutte paraît sou-

(1) Plusieurs des traits de ce portrait du Roi des hommes ne s’appliquentils pas aussi à Zeus le roi des dieux ?

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