IL
(3) Sur cette révolution, voir surtout Fustel de Coulanges, Cité am, 1. IV, ch. 3, pp. 283 et suiv.
{4) Diodore, fragment, I. VII, 9 : « O à’ äxè ‘Hpaxhéouc BaxylBai rAelouc dvssc
qui, avec son personnel d'hommes libres ou d'esclaves, allait voyager sur lo continent pour y faire les ventes et les achats (1). Dans les pays de plaines, l'aristocratie est formée des grands propriétaires fonciers , yewpépor où yauépor, par exemple à Samos (2), à Syracuse (3). dans Athènes (1).
D'après Aristote (5), ces aristocraties présentaient un caractère commun; c'est surtout comme corps de cavaliers, c’est en véritable chevalerie qu'elles s'étaient constituées : € Le premicr gou- » vernoment chez les Grecs, après les royautés, fut composé par » ceux qui faisaient la guerre et tout d'abord par les cavaliers » (car c'est dans la cavalerie que reposaient la force et la supério- » rité dans la guerre; en effet, sans discipline , la grosse infan- » lerie est sans effet; les exercices, les dispositions tactiques » n'existaient pas chez les anciens ; aussi la force était-elle dans »
la cavalerie) ; mais quand les villes eurent commencé à s'éten-
dre, quand ceux qui servaient comme hopliles eurent acquis de » la solidité, le nombre de ceux qui eurent part au gouvernement » devint plus grand ; aussi appelait-on d'abord démocraties ce que » nous appelons maintenant des Etats. »
Dans un autre passago, Aristote ajouto (6) : « Aux temps an-
(1) Plut,, Quant. Gr., 29 ; Curtins, Hist. Gr., 1, 332; LUI, 9.
@) Thuc., VIII, 21 ; Plut., Quest. Gr., 57.
(3) Hérod., VII, 155 ; Suidas. v. KaXhexGpiou; Diod., VIII, 11.
(4) Plut., Thésée, 25 : Xpelg à Tewpépus ; Pollux, VIIL, 111.
(5) Politique, LV, 10, 10 (1297 b, 16) : « Kai ñ rpôm 8b modele bv vote EXmow yévero era tac Baothelas x tüv noepoüvruv, À pèv &E Gpyñc x rüv Eanéuv (rhv yap loxbv xai ch Urepoyhv dv troie Lrreboiv à nédeuoc elyev * Eveu pv vüp auvréteus dypnotov tà émrrexôv, al &à repli r@v rororuv éprepiat xal rébex dv rote épalorc oùy bripzov. Get êv rot Irredawv elvai rhv laxüv,, aüfavopévuv di tôv méleuv rai rôv dv tot Emhoig ryuaévruv pale mhelouc peretyov rhç modurelac Biôrep 8 vüv xadodpev molreiac, ol pérepoy éxédouv Bmpoxparias. »
(6) Polir., IV, 3, 2. 1289 b, 36 : « Atérep éni rüv épyaiuv xpévuv Baaiç xédequ êv soës Hrrott f Güvapie fiv, hyapyiar mapà roûrox ñoav * éxpüvro à np vodç mohépous Trmoic mpôc roùs daruyelrovas olov *Eperpuete xal Xaknôeï xal Mépvnces oÙ êr Mardvèp nai rüv &uv roMol repl rhv ‘Aolav. » Ces lignes appartiennent à un des passages de la Politique qui présentent le plus de difficultés, cf. Susemihl, préface de la petite édition, chez Teubner, 1882, p. XXII et suiv. Il est certain que tout ce chapitre 3 du livre IV (1289 b, 27-1291 b, 13), ne se lie guère avec ce qui précède. On a donc essayé de le placer ailleurs, mais sans succès ; on a pensé alors à le supprimer, en alléguant aussi qu'il contient des obscurités et des redites; de tels défauts, pour ce qui concerne les écrits d'Aristote, n'entrainent pas nécessairement cette conséquence que le passage gâté ne puisse appartenir, au moins en partie, à l'auteur ; ces défauts se présentent presque à chaque page; ils s'expliquent par le mauvais état dans lequel nous sont parvenus les écrits d'Aristote. Il y a, dans le passage
des plus difficiles : en Argolide, en Laconie, en Messénie, par exemple; on a donc quelque peine à admettre que , dans de tels pays, la force militaire ait pu consister presque exclusivement en cavalerie ; aussi Wachsmuth en a-t-il couclu que, si l’on examine la chose de près, le passage d'Aristote n'est pas applicable à la majorité des Etats doriens ; telle a été aussi l'opinion de G.-F. Schômann (1).
Si considérable que soit l'autorité de ces deux savants, il nous est impossible de uous rallier à leur opinion ; nous pensons, au contraire, que le passago d'Aristote sur les aristocraties qui ont succédé à la royauté a bien une portée générale, qu'ainsi, dans la majorité des pays grecs, le pouvoir, après la chute de la royauté, est venu dans les mains d'aristocraties composées de cavaliers.
Dans les armées qui luttent autour de Troie, il n'y a pas de cavalerie, au sens où nous entendons ce mot, et cependant il faudra aller jusqu'au règne d'Alexandre pour retrouver une époque où le cheval ait autant d'importance que dans les combats del'Iliade. La tactique militaire est toute aristocratique; le noble combat sur un char, avec un écuyer à ses côtés pour conduire les chevaux ; ainsi élevé au-dessus de la foule, il accomplit de brillantes prouesses ; les combats les plus importants ne sont que de véritablos duels entre deux chefs ennemis aux yeux des deux armées rangées autour d'eux. Le peuplo combat à pied ; il suit ses chefs; il avanco ou il recule selon que ceux-ci avancent ou reculent ; tout dépend de la valeur, de la force personnelle de quelques héros. Ce n'est pas seulement par sa valeur personnelle, mais parce qu'il est sur un char que le héros so distingue de la foulo ; lo char de guerre est l'arme propre de l'aristocratie de l'Iliade. Cette aristocratio, comme nous l'avons vu, a renversé la monarchie et a pris sa place ; il senbledifficile d'admettre qu'avec cette révolution politique ait coïncidé, dans l'art militaire, uno révolution qui ait eu pour objet do faire descendre le noble àtorre pour le mêler avec la foule du pos. Ne serait-il pas plus naturel de croire que, comme l'organisation po‘itique dans l'Iliade, annonce une aristocratie , ainsi l'organisation mililaire annonce une cavalerie, dans le sous ordinaire du mot, c'est-à-dire un corps composé de cavaliers montés. Cette cavalerie montée serait sortie tout naturellement de la chevalerie sur chars de guerre ; la prenière serait la suite naturelle de la seconde; de l'une
() W. Wachemuth, Hell. Albert, t. 1, p. 388: G. F. Schümann, Griech. Alt, 1, 135.
Cypre (1), mais eu Béotie (2), à Erétrie (3). Tout porte à croire que, primitivement , l'usage de ce char a été général en Grèce ; on peut au moins le conclure de plusieurs faits. À Sparte, il y avait une troupe d'élite, au nombre de trois cents hommes, qui avaient pour mission de servir de garde de corps au roi en campagne; ils étaient appelés les cavaliers, mais ils servaient, en réalité, comme hoplites (4). A Thèbes, les trois cents guerriers qui formaient le fameux bataillon sacré étaient unis par couples, et là l’analogie avec les habitudos de l'âge héroïque était clairement indiquée par les noms que portaient les deux soldats de chaque couple, vioxos OÙ mapabdrnç (5). L'Eubée était un pays très favorable à la cavalerie; aussi trouvons-nous à Erétrie et à Chalcis une aristocratie très puissante ; à Chalcis, les nobles s'appelaient Hippobotes ou éleveurs de chevaux (6) ; à Erétrie, la grande procession, qui se rendait au temple d'Artémis Amarynthionne, outre trois mille hoplites et six cents cavaliers, comprenait soixante chars de guerre encore vers le commencement du sixième siècle (7); 1l est fait mention d'une guerre qui éclata entre les deux villes au commencement du huitième siècle ; l'issue en fut décidée par la cavalerie; on était alors au beau temps de l'aristocratie (8). A Cyrène, l'aristocratie portait aussi un nom emprunté à l'usage du char de guerre (9).
Le char paraît avoir été d'un usage fréquent à cette époque auprès de l'aristocratie ; ainsi, lorsque Pisistralo, pour s'emparer de la tyrannie, imagine de se faire lui-même des blessures, c'est sur sou char qu'il se présente au peuple dans l'Agora (10). 11 ne faut pas oublier que la course des chars fut ajoutée aux jeux d'Olympie dès l’année 680; la course au cheval monté le fut en
{1) E. Curtius, Hist, Gr., IL, 207.
(2) L'usage du char de guerre doit s'être conservé longtemps en Béotie. » €. Curtius, op. laud., LV, 343.
(3) Strabon, X, p. 448.
(4) Hérod., 1,67; VIII, 124 ; Thuc., V, 72; lsocr., Lettres, II, 6 ; Strabon, X,p. 481; cf. Gilbert, Handb., p. 71.
(5) Diodore, XII, 70.
(6) Hérod., V, 77: Plut., Périclès, 23.
(7) Strabon, X, p. 418. ë
(8) Thuc., 1, 13, 3; Hérod., V, 99 : Strabon, p. 448. Cf. Grote, Hist. Gr., IV, 231: E. Curtius, Hist. Gr., 1, 535.
(4) À Cyrène, on trouve aussi une troupe d'élite de trois cents hommes, comme à Sparte et à Thèbes. Uf. Hésychius, Tpraxérior; Eustat., Hl., p. 7: 18; Od., p. 1592, 57.
(10) Hérod., 1, 59, cf. aussi I, 60.
n’est pas nécessaire de croire que ces oligarchies supposent des corps de nombreux cavaliers ; c'est le contraire qui est vrai : le noble, monté sur son char ou sur son cheval, avait une telle supériorité qu'il était facile à une petite troupe bien équipée de tenir tête à de grandes foules sans ordre. Mais quand les Elats vurent grandi,quand le nombre des hommes pouvant servir dans la grosse infantcrie fut devenu plus nombreux, surtout quand cette infanterie fut réeliement organisée, quand ce qu'on appelle la tactique dorienne eut assuré la supériorité de l'hoplite, il n'y eut que très peu d'Etats qui furent en mesure d'entretenir une cavalerie assez nombreuse, assez forte pour résister. Il y en eut cependant, et lo fait que la cavalerie est restée l'arme nationgle d'un certain nombre de peuples indiquerait que le triomphe de celte tactique n’a pas été aussi prompt et aussi complet qu'on le croit généralement; là où une forte cavalerie était déjà organisée, cette tactique a été impuissante , et là aussi, avec cotte cavalerie, s'est maintenu le gouvernement oligarchique. Outre les pays indiqués par Aristote (1), Erétric, Chalcis, Magnésio du Méandre, on peut encore citer toute la Thessalie (2), avec les deux grandes familles des Scopades et des Aleuades. La cavalerie theséalienne a toujours été considérée comme la meilleure de toute la Grèce ; mais aussi il n'y a pas eu de pays où le pouvoir des nobles soit resté plus absolu ; ils ont toujours été les maîtres, malgré les tentatives de révolte du reste de la population, surtout des classes pauvres, de ces Pénestes, dont le sort était à peu près semblable à celui des Hilotes de Sparte. Dans d'autres pays, nous trouvons encore de ces grandes familles organisées pour le service de la cavalerie ; elles jouissent d’une grande autorité ; aussi le gouvernement y est-il aristocratique, par exemple en Béotie; toutes les villes importantes de ce pays, Thèbes (3), Orchomène (4), Thespies (5), Lébadée (6) étaient renommées pour leur cavalerie.
{1) Le passage de la Polit., LV, 3, 2 (1989 D) est suspect ; mais sur trois des villes qui sont citées , deux ont été célèbres par leur cavalerie, Erétrie et Cbalci
(2) Aristote, Polit,, Il, 6, 2 (1269 a, 36); Xén., Hel., VI, 1, 9-12; Cf. Grote, ist. Gr., LL, 180, E. Curtius, Hist. Gr., 1, 123. Sur les Aleuades, voir la note de Stein, Hérodote, VII, 6, 6.
(3) Cf. la note de Schneïdewia-Nauck sur Sophocle, Œä. Col., v. 1062.
(4) Diod.. XV, 79; voir une insertption des cavaliers d'Orchomène qui ont suivi Alexandre en Asie. Bull. de corr. hell., LUI (1879), p. 453.
@) W. Larfell, Sylloge inscriptionum boecticarum ; voir les u* 231, 240 jdeux bipparques éponymes avec l'archonte).
(6) Larfeld, op. laud., n° 66, 72.